Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HAÏTI

Commission d'enquête en Haïti

Inprecor n° 387, janvier 1995 · p. 36 · 469 mots

Le 2 décembre, à Port-au-Prince, trois juristes nord-américains, membres de la Commission Haiti, ont rendu compte de leur bref voyage à travers le pays. Ils ont recueilli de nombreux témoignages sur les trois années de dictature et sur la répression qui sévit encore. C'est ainsi que, la veille, ils s'étaient rendus à la prison de Petit-Goâve. Quatre paysans y ont été incarcérés le 4 novembre par des soldats haïtiens et américains. Ils avaient participé à une manifestation contre un grand propriétaire qui a pris leurs terres.

Deborah Jackson, membre de l'Association américaine des juristes, a souligné «la carence totale des autorités à enquêter sur les accusations de meurtres, tortures et arrestations» perpétrés depuis le coup d'Etat. Elle a expliqué que beaucoup de personnes se sont plaintes à la Commission du parti pris des troupes américaines en faveur des militaires et des paramilitaires haïtiens. Selon l'avocat Michael Ratner, qui défend de nombreux Haitiens de la diaspora, notamment des réfugiés internés à Guantanamo, «ce n'est pas par manque d'informations que le gouvernement n'agit pas». Il disposerait notamment d'une liste complète des membres du FRAPH. Dans plusieurs villages, on lui a dit : «Voici où habite telle personne du FRAPH. Quand nous voulons traîner cette personne hors de sa maison, quand nous voulons la poursuivre, il y a deux soldats américains plantés devant chez elle, protégeant ces individus coupables d'atrocités envers le peuple haïtien». De nombreux militaires mis en cause par la population sont mutés dans une autre ville ou «recyclés» dans la nouvelle force de police. Une semaine après ces déclarations, un des chefs du FRAPH a cependant été convoqué devant un juge.

Selon l'ancien ministre de la justice nord-américain Ramsey Clark, qui a également participé à la commission d'enquête : «Si avec le retour d'Aristide cela semble être un paradoxe, un fait pourtant demeure : dans les rues, là ou vit le peuple, le coup d'Etat continue». En effet, les membres de commission ont souvent entendu dire que «les mêmes personnes qui ont tué et fait des exactions depuis le 30 septembre 1991 sont encore là. Ils sont en nombre écrasant, occupant les mêmes postes qu'auparavant. On les voit chaque jour déambulant dans les rues, perquisitionnant les maisons, procédant à des arrestations». Il s'est prononcé en faveur de l'abolition de l'armée,

Nouvelles du Monde

de la formation d'une commission «Vérité» indépendante, et de tribunaux mis en place par la population elle-même. Dans un entretien avec le bulletin Haïti Info, Ramsey Clark a expliqué que les mois à venir allaient être cruciaux pour le peuple haitien, et qu'il n'y aura pas avant longtemps d'autres occasions pour se débarrasser des vestiges de l'armée et des tontons macoutes. Il estime donc nécessaire que les mouvements progressistes des Etats-Unis multiplient les liens de solidarité avec les associations haitiennes.IM

Une erreur sur cette page ?