A son prochain congrès, qui se tiendra les 27, 28 et 29 janvier 1995 à Berlin, le PDS discutera «10 thèses sur le chemin à suivre par le PDS». Les 10 thèses proposent un changement de société par une «alternative de réforme» et un «contrat social» au-dessus des classes pour résoudre par une «coalition de la raison» les problèmes globaux qui menacent l'humanité. Ces thèses ont d'abord été rejetées par la direction nationale, puis votées avec beaucoup d'abstentions, ensuite — après une forte vague de protestations au sein du parti — retirées au profit de «5 thèses», qui réaffirment en gros que «le socialisme est la voie, la méthode et le but», que le PDS est une opposition et que «la pensée stalinienne est incompatible avec l'identité du PDS». Angela KLEIN
A près les grands succès
électoraux de l'année 1994 qui ont démontré que le PDS sera durablement présent sur la scène politique allemande, alors que la plupart des forces politiques avaient prédit le contraire, il ne se trouve pas moins dans une impasse stratégique. Il ne sait pas bien que faire de son succès, tant les contradictions qui traversent la société et la politique sont grandes et tant l'échec du stalinisme pèse sur la confiance de trouver «un deuxième élan».
La transformation de l'identité d'un parti d'Etat dans un système dit «socialiste» vers un parti d'opposition dans un système capitaliste est marquée par le déroulement même de la chute du stalinisme et l'intégration de la RDA dans l'Etat ouest-allemand qui s'en est suivie. Ce «tournant» a été marqué par plus d'une contradiction:
Il a commencé par le soulèvement d'une partie de la population contre la dic-
ALLEMAGNE tature du parti unique et s'est terminé par la subordination à la dictature de la propriété privée. A l'origine, le PDS se forme pour sauvegarder la RDA comme alternative à la RFA et se propose de rénover le système ancien avec maintien sur un plan social de la propriété collective et création de formes de démocratie directe. La fin du processus se conclut par une négation de l'expérience de la RDA. Le développement du PDS est donc marqué à la fois par son caractère d'ancien parti d'Etat, par la charge démocratique et émancipatrice du soulèvement de 1989, par la domination bourgeoise dans le processus de l'intégration à la RFA - tant au niveau idéologique, politique qu'économique — puis par l'expérience de la marginalisation de tout ce qui fait une référence positive à la RDA comme exemple d'une voie alternative au capitalisme.
En transformation
Dans ce sens le PDS est une expérience unique en Europe, puisqu'il est le seul parti à l'Ouest provenant de tradition communiste qui soit issu d'un parti d'Etat, d'autant plus que la perte de pouvoir ne date que d'il y a cinq ans. Par sa composition et son identité, le PDS ne peut être un parti ouvrier, communiste ou révolutionnaire. En revanche, l'affirmation d'un régime démocratique tant en son sein que comme objectif politique est une condition de sa survie dans des circonstances où la
FORDERN
rhétorique démocratique bourgeoise n'a pas pu être dissociée des aspirations démocratiques des masses.
Formellement, la naissance du PDS date du 8 décembre 1989, date à laquelle le congrès extraordinaire du SED décide de ne pas dissoudre le SED, mais d'en changer le nom et de lui donner une nouvelle identité.
Jusqu'en décembre 1991 la préoccupation majeure du PDS est de sortir de l'ombre du SED et de se «renouveler». Dans cette période son existence est plus que fragile et les débats en son sein sur la nécessité d'une autodissolution persistent. Lors des différentes sessions du congrès entre 1991 et 1992, des nouveaux statuts sont votés (pour la deuxième fois), ainsi qu'une motion «Pour une prise de position conséquente, ouverte et publique du PDS vis à vis du problème de la Sécurité d'Etat» [Stasi, ndlr] en juin 1991. Finalement, un nouveau programme sera adopté en juin 1992. Sur cette base, le PDS a réussi à s'affirmer comme parti d'opposition - en premier lieu pour défendre les intérêts des Allemands de l'Est, ensuite pour s'établir aussi comme parti d'opposition de gauche dans toute l'Allemagne.
La chute de son audience électorale à partir des élections à la Chambre populaire (parlement de la RDA) en mars 1990 s'arrête en hiver 1993 à l'occasion des succès remportés dans les élections municipales en région de Brandenburg, élections où le PDS a failli prendre la mairie
dans la capitale régionale Potsdam. Depuis, il connait un nouvel afflux d'électeurs, surtout des jeunes, d'abord à l'Est, ensuite (notamment dans les élections générales d'octobre 1994) à l'Ouest. A l'Est, ces succès l'amènent à jouer de nouveau un rôle décisif dans la composition des gouvernements régionaux et tend à estomper son rôle oppositionnel, alors qu'à l'Ouest la présence du parti (avec 2000 affiliés à l'heure actuelle) n'est pas plus importante que celle d'autres groupuscules d'extrême gauche, hormis une représentation politique au Bundestag.
Sous le poids d'une multitude de contradictions qui se vivent dans la nouvelle Allemagne, le PDS doit poursuivre sa redéfinition comme un parti dont le rôle et l'identité définitive sont encore à trouver. La difficulté majeure à ce niveau-là est certainement celle qui se situe entre l'assymétrie des dynamiques politiques à l'Est et à l'Ouest. Il en découle des choix politiques différents, qui parfois risquent de déchirer le parti. D'autre part, la direction est bien consciente que la survie du parti se décide désormais à l'Ouest. Dans un entretien avec Neues Deutschland, jadis quotidien du SED, le directeur du bureau électoral du PDS, André Brie, expliquait le 27 août : «Comme parti socialiste, alternatif de gauche, nous ne pouvons pas rester à long terme un parti régional». Mais la construction du PDS à l'Est ne peut se concevoir comme une simple extension du parti à l'Ouest. Vu l'effondrement de la gauche à gauche de la social-démocratie et des Verts après 1989 à l'Ouest, il s'agit ici d'une nouvelle fondation, d'une construction originale d'un nouveau parti socialiste, comme produit des conditions et de la culture politiques existantes à l'Ouest. Dans la mesure où le PDS réussira à s'imposer à l'Ouest, son identité toute entière changera. Le PDS est donc toujours traversé par un processus de transformation dont le résultat est ouvert. Conservation et rénovation
Des conditions existent au sein du PDS actuel, qui permettent à la gauche radicale de peser sur ce processus. Nous allons les expliquer dans les lignes qui suivent, pour ensuite donner les termes du débat existant actuellement dans le VSP (1). Le VSP se prononcera en effet sur ses rapports vis-à-vis du PDS lors de son prochain congrès en juin 1995.
La crise de régime en 1989 s'ouvre avec la falsification des résultats électoraux des municipales en mai, la mobilisation de l'opposition et sa volonté de contrôler les résultats. A l'intérieur du SED augmente le mécontentement, mais il ne débouche pas sur la formation d'une opposition structurée — héritage d'une tradition stalinienne, qui depuis 1924 a écrasé, puis anéanti toute tentative allant dans cette direction.
Jusqu à la visite de Gorbachev lors du 40ème anniversaire de la RDA le 7 octobre 1989, la direction du parti et de l'Etat refusent de prendre acte de la crise profonde qui traverse le pays et qui s'est manifestée pendant l'été avec les départs massifs à l'Ouest via les ambassades de Hongrie et Tchécoslovaquie. La destitution de Honecker le 18 octobre et l'élection de son successeur Egon Krenz au poste de secrétaire général ne changent pas grand chose : Krenz essaye de calmer la mobilisation dans la rue (qui se fait sous le slogan: «Nous restons ici! ») en promettant une nouvelle loi de circulation de la population. Sa première version a déçu la population mobilisée. En effet, celle-ci répond massivement à l'appel des artistes en faveur d'une manifestation de masse à Berlin. Le 4 novembre, l'Alexanderplatz est remplie par une manifestation de plus de 500 000 personnes - dont beaucoup de membres du SED. La deuxième version promulgée quelques jours plus tard ouvre le mur de Berlin et annonce par là le début d'autodissolution du régime.
L'ouverture du mur change du coup les paramètres du «tournant» : le vieux régime n'a plus de vigueur, un nouveau régime n'est pas encore en place, la classe ouvrière reste politiquement passive (à quelques exceptions près), le mouvement des citoyens est incapable de satisfaire dans l'immédiat les demandes en biens de consommation car un changement rapide dans la gestion de l'économie est hors de portée. Puis, la bourgeoisie ouest-allemande offre une solution de rechange en proposant l'unification à un modèle de capitalisme encore voilé par un Etat social stable et efficace et une monnaie forte.
La chute du régime est accompagnée le 3 décembre par la démission du Bureau politique et du Comité central du SED. Un groupe de travail est chargé de la préparation du congrès extraordinaire début décembre. Il se compose des premiers secrétaires du parti dans les districts — de même que les directeurs des grosses concentrations de l'industrie et la direction de le sécurité d'Etat, ils représentent la couche la plus influente dans le parti.
Au congrès du parti se dessine une large majorité autour d'une aile réformatrice composée par les gorbacheviens (Hans Modrow), les directeurs d'industrie (autour de Wolfgang Berghofer, maire de Dresde et également représentant de l'aile «social-démocrate» du parti) et de l'intelligentsia réformatrice (Georg Gysi), qui demandent une «démocratisation radicale de la société de la RDA» et un «changement du système politique vers le pluralisme». Dans un document voté à une très grande majorité, le congrès constate : «Nous avons rompu inéluctablement avec le stalinisme comme système». Le parti se dénomme dorénavant «SED-PDS».
Le même congrès vote de nouveaux statuts qui prévoit la dissolution des structures et mécanismes hiérarchiques dans le parti, sa constitution en parti pluraliste, le refus d'une conception politique paternaliste et autoritaire et de la substitution des masses par le parti, l'adieu à la conception de parti d'avant-garde, la transparence des décisions et l'ouverture du parti vis-à-vis d'autres forces de la gauche et des mouvements sociaux et, naturellement, l'abandon du «rôle dirigeant» du parti.
Les mobilisations continuent
Parallèlement à cela, le parti réaffirme «sa responsabilité pour ce pays» et son gouvernement, pour qu il ne soit pas simplement intégré dans la RFA. Fort de la persistante identité d'appareil d'Etat et du parti, Gysi réaffirme, comme principal protagoniste du congrès, la primauté de l'appareil d'Etat existant et nie aux «tables rondes» la faculté «de prendre des décisions étatiques et de remplacer l'Etat dans ses compétences». Les «tables rondes» avaient été imposées par le mouvement des citoyens dans différentes villes et étaient une sorte de démocratie de conseil, qui pourtant ne se basait pas sur les lieux de travail. La préoccupation majeure de la nouvelle direction du parti est — à part sa transformation en un «parti socialiste moderne» - le maintien d'un appareil d'Etat intact dans la période de bouleversement.
La population percevait cela comme une dernière tentative du parti pour se maintenir au pouvoir. D'ou les mobilisations contre le parti et le gouvernement Modrow qui essayent de sauvegarder des mécanismes centraux du pouvoir du SED. En toile de fond, il y a aussi le rejet de l'identité de la propriété d'Etat et celle du parti ainsi que le rejet du système de contrôle tatillon de la société par la Stasi.
Modrow voulait remplacer la Stasi par un nouveau service de renseignement conçu d'après le modèle bourgeois. On lui répondit par le siège des immeubles centraux de la Stasi à Berlin.
Au sujet de la propriété collective (étatique), Gysi déclara au congrès extraordi-
1) Le VSP, Parti Socialiste Unifié, est une formation politique issue d'une fusion entre le KPD, anciennement maoïste et le GIM, affiliée à la IV° Internationale.
naire: «Nous rendrons ce qui ne nous appartient pas. Mais nous n'avons pas le droit de renoncer à notre propriété... Naturellement un parti qui existe depuis tant d'années posséde plus de biens qu'un parti qui vient d'être fondé.»
En novembre-décembre 1989 un groupe de manifestants envahit les habitations de la nomenklatura au lac de Wandlitz au nord de Berlin. En février 1990 le parti décide de verser 3 milliards en monnaie RDA au gouvernement et de se séparer de ses «Firmen» (entreprises liées au partiétat). Peu avant les premières élections pan-allemandes, le trésorier du parti transfère 107 millions DM à l'étranger, par «peur d'expropriation et de mise hors la loi». Pourtant, l'expropriation radicale et définitive du parti ne se fera que plus tard, sous la direction de la Treuhand et donc du ministère des finances de la RFA — une expropriation, qui cette fois-ci, vise tout naturellement toute autre chose que de rendre la propriété à ceux qui l'ont construite. Elle sera perçue comme une «deuxième expropriation», au profit des capitalistes et des nobles qui retournent réclamer leur possessions d'autrefois.
Composition sociale et structure interne
Entre mai 1989 et mai 1990 le parti perd 2 millions des 2,3 millions de ses effectifs. Une première vague de démissions a eu lieu déjà en 1988, à l'occasion de l'exclusion d'oppositionnels autour de Bärbel Bohley, Wolfgang Templin et Freya Klier. A l'occasion des élections municipales et des départs massifs à la fin des vacances se succèdent d'autres vagues. Les ouvriers sont parmi les premiers à quitter le parti. Les «découvertes» de privilèges des bonzes, de leur corruption et du déficit dans le budget d'Etat repulsent beaucoup de membres qui se sentent
Le SED-PDS n'arrive pas à se stabiliser comme force dirigeante sur une nouvelle base politique. A cela s'ajoute la perspective d'une assimilation à la RFA plus concrète de jour en jour, provoquant parmi la plupart des bureaucrates (dans l'économie, l'administration et l'armée) le sentiment : «Le SED-PDS est sur la voie de l'impuissance. Il devient un parti comme les autres.» (Wolfgang Berghofer au moment où il quitte le parti.) Raisons suffisantes pour abandonner avant qu'il ne soit trop tard le navire qui chavire et de se recycler sous les ailes des nouveaux patrons. Après le siège de la centrale de la Stasi mi-janvier, Berghofer quitte le parti et avec lui la plupart des grands dirigeants nomenclaturistes. Le SED-PDS se nomme depuis lors «PDS». Il n'est plus le parti politique de la nomenklatura.
Ceci-dit, 90 % des membres sont des anciens membres du SED, la plupart ont tenu des fonctions aux niveaux inférieurs et moyens des appareils. Une étude sociologique publiée en 1991 par un institut proche du parti en conclut: «Le PDS estt structurellement un autre parti que le SED. Il n'a plus la structure d'un parti d'Etat, mais porte dans sa structure l'héritage d'un parti d'Etat.» L'étude souligne les traits suivants comme particulièrement révélateurs pour la composition sociale du PDS : 60 % des membres ont plus de 50 ans ; 10 % moins de 30 ans ; 41 % sont à la retraite ; 45 % sont employés (parmi eux se trouvent nombre d'ex-employés d'Etat); 17 % ont un diplôme universitaire ; 40 % sont des femmes. La plupart des membres sont inactifs (60 %) et voient dans le parti un lieu d'abri et une communauté de solidaires, concevant la participation aux activités du parti comme essence de leur activité politique.
On assiste depuis quelque temps à un processus de rajeunissement et de renouvellement des instances de direction à tous les niveaux. Les statuts du parti facilitent l'auto-organisation des jeunes, des femmes, des écolos, des homosexuels, des ouvriers, leur reconnaissent des droits de représentation particuliers et aident par cela à la lente émergence d'une direction de rechange, dont la composition continue
La plupart des affiliés étant passifs, on ne peut être surpris que le pragmatisme soit le trait dominant du parti. La «majorité silencieuse» se range derrière la direction, mieux : derrière Gysi, qui depuis 1993 est président de la fraction au Bundestag, et Bisky, qui a suivi Gysi dans sa fonction précédente de président du parti. Modrow, président d'honneur, continue à être le personnage clef pour l'intégration des membres plus vieux. Bisky représente un groupe de membres d'âge moyen, souvent actifs dans le travail municipal et dans les parlements régionaux. Sa base se trouve dans la région de Brandenburg et constitue une des ailes les plus favorables à une coalition avec la social-démocratie. Ce type d'affiliés est actif, mais non moins pragmatique ; ils se laissent guider principalement par «le succès», en l'occurrence le
Il n'existe que trois courants politiques organisés ; la «plate-forme communiste» est de loin la plus importante, elle compte quelques centaines de membres ; à coté il y a une «plate-forme social-démocrate» et une «plate-forme anarchiste», qui ne jouent aucun rôle. La «plate-forme communiste» a une activité surtout idéologique. Elle représente les membres qui regardent avec nostalgie la disparition de la RDA, accusent Gorbachev d'avoir vendu le socialisme, y compris par ses discours sur la démocratie, et épousent la position maoïste que tout allait bien dans le camp socialiste jusqu'au XXème congrès du PCUS (2). Un des débats, qui sera à l'ordre du jour du prochain congrès du parti (27-29 janvier 1995), aborde la question de la compatibilité de telles positions avec le programme et l'identité du PDS. En même temps, le poids politique de la «plate-forme communiste» dans la politique quotidienne du parti est minime.
Le pragmatisme
La pratique politique du pragmatisme constitue en fait un obstacle pour le développement d'un débat stratégique autour duquel pourraient se former des courants cristallisés. Elle encourage un comportement «bonapartiste» de la part de représentants clefs de la direction. Et elle tend à déplacer le centre de gravité de l'activité politique vers les fractions parlementaires, en négligeant les structures du parti. Il en découle une faiblesse politico-stratégique considérable de la direction du parti.
La gauche non-stalinienne organisée n'existe pas. Elle existe néanmoins à travers les assemblées générales de jeunes, de femmes et dans la fédération de Berlin ou encore les fédérations (plus faibles) de l'Ouest. Cette gauche influence les décisions centrales du parti principalement à travers l'appui de Gysi. Elle peut compter sur une série de représentants dans la direction confédérale (nationale). Toutefois ces «représentants» défendent une certaine socialisation et une culture politique commune plutôt qu'un point de vue stratégique commun. Ils sont parfaitement capables de mobiliser tous les leviers pour défaire un projet tel que le «contrat social» ou les différents projets de coalition cachés ou ouverts avec la social-démocratie dans les Länder de l'Est. Mais à l'heure actuelle, elle demeure incapable de formuler un projet de construction alternatif — une faiblesse qu'elle partage avec la majorité de
Il faut reconnaître que le PDS est à l'heure actuelle probablement le parti réformiste le plus démocratique en Europe de l'Ouest. Le PDS se considère un parti pluraliste ouvert à des courants et mouvements hors du parti. Dans ses statuts le droit à la formation de courants et tendances et expressément reconnu. Ces tendances, une fois reconnues, ont des droits
2) Le XXème congrès est mieux connu comme celui où Kroutchev a formulé la première critique stalinienne des crimes de Staline.
privilégies : ils peuvent réclamer une représentation particulière aux congrès du parti et ils ont droit à une ligne spéciale dans le cadre du budget d'ensemble. Les non-membres ont le droit d'assister aux réunions, peuvent même être délégués et participer aux votes — sauf dans des cas particuliers.
L'année dernière le PDS a fait un effort considérable pour ouvrir sa liste pour le Bundestag à des personnalités syndicales, littéraires, féministes, etc. — et cela avec beaucoup de succès et une poussée indiscutable de celle-ci à gauche.
Ce régime démocratique interne, inhabituel pour un parti réformiste, s'explique encore par un dernier facteur la faiblesse de l'appareil. Le vieil appareil du SED a été complètement détruit. En décembre 1989 fut introduite une «réforme du parti». Elle visait au démantèlement de l'appareil qui comptait alors 44 000 membres. Aujourd'hui le parti, qui compte 130 000 membres, a 150 permanents en tout et pour tout. Les 3000 organisations de base, assemblées générales (groupes de travail) et «Intrest Grüppe» (groupes d'intérêts) doivent recourir au travail facultatif, nonrémunéré des membres et sympathisants. Le nombre de ces cadres est estimé entre 30 000 et 40 000.
Les fédérations régionales sont très fortes. La direction centrale ne peut plus compter sur un appareil central fort pour imposer son point de vue. Elle ne peut se baser que sur l'autorité personnelle de ses membres et sur sa capacité d'intégration.
Le PDS n'a plus de journal à lui ; le Neues Deutschland s'est transformé après 1989 en un journal matériellement et politiquement indépendant du parti, tout comme le quotidien Junge Welt, qui était jadis le quotidien de la FDJ, l'organisation de jeunesse du SED. Les puissants districts du SED avaient tous leur quotidien à eux ; tous ont été rachetés par les trusts médiatiques ouest-allemands. Par contre le PDS publie mensuellement un magazine, Disput, qui sert de plate-forme de débat entre les membres et à la formation des cadres. Sa rédaction et la majorité de ses contributions reflètent un point de vue de gauche. A part cela, le parti sort une multitude de brochures, organise fréquemment des conférences de débats et entretien un institut de formation politique.
Ces activités font preuve d'une vraie culture de débat. En même temps le PDS est aujourd'hui le seul parti qui conserve en lui la continuité et les traditions du mouvement révolutionnaire et communiste allemand. Il en fait la preuve par la manifestation annuelle du 15 janvier de commémoration de l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Une manifestation qui chaque année compte de plus en plus de participants (cette année il y avait plus de 100 000 manifestants pour défiler devant les tombeaux).
Les statuts et la conception de fonctionnement ont été le produit d'un conflit aigu entre la majorité conservatrice et un courant de gauche anti-stalinien (qui s'appelait «courant»), qui a joué dans les années 1991-1992, les années de formation du PDS, un rôle clef dans la «rénovation» du parti. Ce courant anti-stalinien visait à transformer le PDS en un parti socialiste de gauche et militant — en pratique, la somme vivante des leçons tirés de l'échec du stalinisme. Pendant ces années marquées par le démantèlement de la RDA, ce courant s'opposait à toute tentation de se replier sur lui-même en ne répondant que par la défense de son organisation et son patrimoine idéologique et matériel. Il a demandé avec insistance que le PDS formule une critique socialiste du régime en RDA et n'abandonne pas la critique du stalinisme aux forces bourgeoises.
Vers la fin, à l'heure de sa dissolution en 1992, le «courant» a tiré un bilan d'échec de son projet, admettant qu'il était illusoire de vouloir transformer un ancien parti d'Etat en un parti socialiste de gauche. Toutefois il a pu imposer deux résultats importants, les statuts d'une part et une motion de fonctionnement d'autre part. Cette motion a touché le cœur du parti et a failli faire exploser le PDS. Il s'agissait de la motion sur les membres anciens collaborateurs avec la Stasi : «Les camarades qui se préparent à travailler pour le parti dans une position avancée ne peuvent plus considérer en cette matière leur biographie personnelle comme une affaire privée (...) Membres du PDS, qui étaient actifs comme collaborateurs officiels ou non-officiels du ministère pour la sécurité d'Etat (Stasi) et se portent candidats pour un mandat du parti dans l'élection d'une représentation populaire. Ils ont le devoir de rendre publique leur activité pour la sécurité d'Etat afin de permettre une analyse de cas particuliers. Les instances chargées de nommer les camarades décident de leur candidature. Les mandataires qui s'avèrent être malhonnêtes et non-solidaires sur cette question seront appelés à abandonner leur mandat.» Une décision analogue fut prise pour les camarades qui se préparaient à remplir une fonction importante dans le parti. Entre socialisme et réforme
Etant maintenant confronté à ce choix, nous devons comprendre que ce parti a derrière lui l'échec d'un régime et doit sa chute à un mouvement démocratique. De plus, dans un environnement démocratique bourgeois, il doit constamment apporter la preuve d'avoir «vraiment abandonné» 1 héritage stalinien.
L'entourage politique allemand lui est extrêmement hostile au point que son interdiction est ouvertement débattue. Il faut prendre en compte que l'intégration de l'ex-RDA s'accompagne jusqu'à ce jour d'une destruction violente non seulement de toute référence politique positive au régime du SED, mais aussi de toute valeur culturelle et sociale qui pourrait défendre le point de vue que la société peut être organisée mieux et de façon différente de la société capitaliste existante. Toute en étant poussé à s'intégrer dans la société bourgeoise, à admettre ses valeurs et à être reconnu comme partie intégrale de celle-ci, le PDS se trouve donc en même temps repoussé, marginalisé, traité comme un paria. Ce dernier élément constitue un obstacle majeur à son intégration dans la société bourgeoise.
Intégration et marginalisation
Le PDS trouve sa place dans cette contradiction objective — qui reflète une contradiction entre deux lignes poursuivies par les forces politiques dominantes vis-àvis d'elle : la marginalisation ou l'intégration. Ce débat traverse aussi bien les démocrates chrétiens que les sociaux-démocrates. Naturellement il traverse aussi bien le PDS lui-même. Le débat entre intégration et opposition, qui s'est déroulé tout de suite après les succès électoraux de la fin 1993 et de l'année 1994 en est le reflet.
Le programme voté en 1992 laisse cette question ouverte.
Il déclare : «Dans le PDS il y a place autant pour ceux qui veulent former une résistance contre la société capitaliste et s'opposent de manière fondamentale aux conditions actuelles, que pour ceux qui combinent cette résistance avec le but de changer les conditions actuelles dans un sens positif et de les surmonter graduellement.» Cette contradiction traverse le programme tout entier. Il part — à la manière des rénovateurs dans les PC ouest-européens — des grands défis de l'humanité, dans lesquels sont noyés comme d'habitude les antagonismes de classe de la société capitaliste et sont niés les couches exploités comme sujet d'un bouleversement social. En même temps il dénonce «le système capitaliste de production, distribution et consommation dans les centres de l'économie mondiale et la domination du patriarcat» comme «les causes principales pour les problèmes globaux». «La société de concurrence et de consomma-
tion bureaucratisée est le problème social majeur sur notre planète »
Le programme constate : «La crise d'existence de la civilisation fait que le bouleversement du mode de production et de vie capitaliste devient une question de survie humaine » En même temps il considère que «le type de force productive nouvellement surgi (automatisation flexible, team work) remplace de plus en plus la chaîne de montage et qu'elle offre de nouvelles possibilités de participer à l'organisation des processus de travail et d'épargner des ressources.» Il critique en premier lieu «l'imposition antisociale du nouvel type de force productive», qui mène à la destruction massive de postes de travail.
Le programme définit le socialisme comme un «mouvement» et un «système de valeurs». Il constate en même temps : «Une société démocratique socialiste, qui n'est pas dominée par le principe du profit, ne peut que se baser sur l'effort commun des forces sociales et politiques diverses (...) Les décisions stratégiques sur le développement (...) nécessitent une planification consciente et démocratique ainsi que la participation (cogestion) des producteurs, des municipalités et des mou-
Il contient un catalogue des revendications immédiates très avancées (en s'appuyant ici sur les positions les plus radicales des mouvement sociaux), mais il remplace la revendication de l'expropriation des grands capitaux par des revendications de «contrôle du système bancaire», de «constitution de conseils économiques et sociaux à tous les niveaux» et «d'élargissement de la propriété communale». Il véhicule une attitude foncièrement positive vis-à-vis de l'économie de marché et esquive aussi bien la question de le propriété que la question du pouvoir — cela aussi est un héritage de l'échec du régime stalinien. Mais il persiste à défendre la légitimité de la RDA comme tentative de proposer une alternative au capitalisme et admet que maintes choses y étaient réglées de façon plus progressiste et sociale. Finalement le programme véhicule une vision foncièrement positive viscivilisationnel») et de la nation.
Entre coalition et opposition
La confusion programmatique ne manque pas de se concrétiser dans une confusion sur l'attitude appropriée vis-àvis de la social-démocratie et des syndicats. Par rapport aux syndicats, le PDS a toujours évité toute critique publique. En ce qui concerne la social-démocratie, il voudrait prendre sa place en tant que parti réformiste — vu que la social-démocratie a viré à droite.
Or les possibilités de réaliser une telle option stratégique divergent massivement de l'Est à l'Ouest. A l'Est le parti socialdémocrate est faible en adhérents, bien que plus fort en audience électorales. La démocratie chrétienne est dans plusieurs Länder le parti minoritaire ; aussi bien les libéraux que les Verts ne sont plus représentés dans aucun des Länder (à l'exception de Berlin). Les sociaux-démocrates de l'Est sont traversés par une tension provenant du fait qu'ils veulent se présenter comme les vrais artisans du «tournant» et tirer de là la légitimité alors que leurs membres et leurs électeurs font partie pour la plupart de la «chaire de la chaire» de l'ancien régime. Ils se voient souvent surpassés par un PDS qui réussit bien mieux qu eux à exprimer les préoccupations et humeurs des Allemands de l'Est, partagent souvent leurs mêmes préoccupations et ne comprennent pas la ligne d'exclusion qui leur est imposé par la direction nationale du SPD vis-àvis du PDS, qui par là continue sa tradition anticommuniste.
En Saxen-Anhalt, l'actuel chef de gouvernement, Höppner, s'est révolté l'été dernier contre la direction nationale du SPD et a accepté de former un gouvernement qui soit toléré par le PDS, mettant ainsi les chrétiens-démocrates dans l'opposition. De telles coalitions sont également imaginables dans d'autres Länder de l'Est. De là, une partie du PDS déduit qu'il est possible et donc souhaitable de chercher un rapprochement stratégique avec cette partie de la social-démocratie qui est ouverte pour une collaboration avec le PDS. Ces membres du PDS imaginent la possibilité d'une rupture dans la social-démocratie, dont une partie rejooin-
Mis à part le fait qu'une telle perspective ne pourrait se réaliser que dans 4 ans (lors des prochaines élections), elle sousestime aussi la capacité de la social-démocratie de tenir ses rangs sous contrôle et de manœuvrer en sorte que ce ne soit pas le PDS qui gagne une partie du SPD, mais le SPD qui mange une partie du PDS — tenant en considération qu'elle dispose de bien plus de postes et de carrières, pour lier à elle des dissidents.
A l'Ouest en revanche, le poids de la social-démocratie est tel, qu'un parti à sa gauche ne peut gagner qu'avec un profil nettement en opposition à elle (comme le firent les Verts autrefois, avec en plus un début de vision sur un mode de vie sociale alternative bien plus marqué que celle du PDS ainsi qu'une forte compétence en matière écologique).
A l'heure actuelle ces diverses pressions politiques et sociales produisent un débat intense dans lequel l'option «pour un contrat social» se présente comme la ligne la plus consistante, mais actuellement largement minoritaire. Comme contrepartie à gauche se dessine une option «d'opposition prolongée» qui elle, a le défaut de vouloir privilégier les mouvements sociaux et de tout baser sur les forces extraparlementaires relativement faibles à l'heure actuelle. Cette gauche devrait en principe produire un contredocument, mais il s'avère difficile d'engager le débat là-dessus, puisqu'elle est en soi très hétérogène. Au milieu, il y a la direction nationale (Gysi, Bisky) qui bascule entre les deux, répond aux pressions de tous les cotés et camoufle sa faiblesse par des attaques violentes contre la plateforme communiste et des documents du type «programmatique», qui veulent satisfaire tout le monde sans satisfaire personne. Le VSP par rapport au PDS
Avec la campagne électorale et l'entrée de Winfried Wolf au Bundestag (sur la liste du PDS, comme membre du VSP) l'activité des membres plus actifs du VSP commence à graviter autour du PDS. Lors de sa dernière conférence des sections de ville en décembre, le VSP a décidé de présenter à sa prochaine conférence (en juin 1995) une résolution clarifiant ses rapports avec le PDS ainsi que les perspectives de construction d'une organisation révolutionnaire dans la configuration politique et sociale actuelle.
Le débat, à peine engagé, a fixé trois questions à résoudre :
• un bilan du VSP (en tant que bilan de la construction d'un certain type d'organisation)
Dune analyse du PDS
• la préparation d'un débat sur la perspective de reconstruction d'un parti socialiste sur une base d'indépendance de classe (programme, réorganisation syndicale, réorganisation politique, type de parti) et du rôle d'une organisation révolutionnaire dans un tel projet.
S'il y a des divergences au sein du VSP par rapport au PDS, il y a par contre consensus sur la nécessité pour le VSP de définir un projet de construction à partir de la nouvelle situation objective et subjective et des tâches qui en découlent afin de définir ses rapports avec le PDS dans le cadre d'un tel projet, et non vice-versa. Une contribution convaincante dans ce sens pourrait également exercer une force d'attraction sur une partie de la gauche dans le PDS.*