Nous publions ci-dessous un bref entretien avec Jélila, militante de l'Association pour l'émancipation de la femme, qui nous parle du travail des militantes de son association et des perspectives qu'elles se donnent
Inprecor : Est-il encore possible pour des militantes féministes de militer en Algérie ?
Jélila : Bien que ce soit difficile, c'est absolument nécessaire. De plus en plus ciblées, les femmes se doivent de prendre des précautions. Nous ne voulons pas jouer avec leur vie en les convoquant à des réunions publiques. Nous nous sommes donc organisées en réseau de contacts personnalisés et étroits pour des rencontres qui se déroulent à un rythme régulier au même endroit. Notre but est avant tout de maintenir une solidarité par l'échange qui permet de dépasser l'isolement générateur de peur et de désespoir. Nous avons des militantes qui vivent et travaillent dans les quartiers fiefs des islamistes, subissant au quotidien la terreur des groupes armés. Obligées de porter le hidjab pour pouvoir circuler dans leurs quartiers, contraintes de taire leurs convictions, elles n'ont que ces rencontres pour ne pas sombrer.
Par ailleurs, nous avons décidé d'entamer une réflexion sur les violences faites aux femmes et nous procédons à un recueil de témoignages pour dresser l'inventaire des formes d'agression anciennes et nouvelles, de la violence ancestrale ou institutionnelle à celle des viols et meurtres commis par les groupes armés. • Avez-vous des contacts avec les autres groupes de femmes?
La dernière expérience de travail unitaire date du 22 mars 1994. Nous nous étions retrouvées nombreuses à vouloir prendre une initiative de rassemblement à la suite d'une recrudescence des assassinats. Avec des représentantes entre autres du Rassemblement algérien des femmes démocrates présidé par Zanzi Sadou, journaliste et militante de l'ex-Parti communiste (tendance éradicatrice forcenée), nous avons réussi à nous mettre d'accord, à l'issue d'une journée de travail, sur un appel unitaire qui dénonçait la violence des groupes armés et la répression aveugle du pouvoir. Le lendemain, nous avons été prévenues que le RFD retirait sa signature à cause de la dénonciation du pouvoir. L'appel fut remplacé par une dénonciation unilatérale du terrorisme intégriste exigeant la répression la plus sauvage contre les islamistes.
• Et cette position vous paraît erronée ?
Absolument. Il n'est pas possible pour un mouvement démocratique comme le mouvement des femmes de ne pas dénoncer toutes les atteintes aux droits de l'homme et les exécutions sommaires qui faisaient rage à ce moment-là. Même si nous dénonçons en priorité la sauvagerie des groupes armés islamistes, nous ne pouvons innocenter un régime qui minorise toujours les femmes par le code de la famille et qui organise la misère et l'exclusion. Comment leur pardonner d'avoir empêché la publication de la déclaration pour Nabila ?
mars?
Le 8 mars de cette année sera consacré à rendre hommage à une sœur de combat assassinée il y a quelques jours, Nabila Djahnine. Peu avant sa disparition tragique, nous avions le projet d'appeler les femmes à réaliser une fresque collective sur une des places d'Alger en hommage à toutes les femmes victimes des violences de cette guerre. La mort de Nabila nous fait mesurer, une fois encore, l'ampleur du danger que courent les femmes. Quoi que nous fassions pour affirmer la présence des femmes en cette date symbolique, nous le ferons ávec Nabila pour le combat qu'elle a mené jusqu'à sa mort.
• Et comment peut-on vous aider ?
Dans un moment comme ça, nous avons besoin essentiellement d'aide matérielle pour payer des loyers de planques, pour publier, pour faxer rapidement, pour pouvoir circuler, etc.
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• Pensez-vous pouvoir organiser des activités à l'occasion du 8