Inprecor 1974–2004

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CHINE

L'heure de la « démaoïsation »

· Inprecor n° 39, 30 novembre 1978 · p. 21-27 · 5 598 mots

Chine Stalinisme

Les luttes de fractions font rage au sommet de la direction chinoise.

Nous publions ci-dessous un article que nous avons reçu de Hong Kong sur l'évolution des luttes de fractions au sein de la bureaucratie chinoise et notamment sur la façon dont la presse pro-Teng britannique en fait état.

Depuis que cet article a été écrit par S. S. Wu, toute une série de nouveaux événements ont eu lieu, confirmant que nous sommes entrés dans une phase nouvelle des luttes fractionnelles en Chine.

Le «Petit livre Rouge» du Président Mao a été dénoncé dans la presse chinoise comme un recueil abêtissant de maximes coupées de leur contexte. Les «Ecoles du 7 mai», d'éducation par le travail manuel des cadres et des intellectuels, seraient fermées. Après la destitution de Wu Teh de son poste de chef de la municipalité de Pékin (il reste membre du Bureau politique), un hommage implicite mais clair a été rendu à Peng Cheng, maire de la capitale de 1951 à 1966 et l'un des principaux déchus de la Révolution culturelle avec Liu Shiao-chi. La municipalité de Pékin a par ailleurs complètement inversé le jugement qui avait été porté à l'époque sur les manifestations de la Place Tien An Men qui s'étaient déroulées le 5 avril 1976 en hommage au Premier ministre défunt, Chou En-lai. Le Comité de Pékin a en effet déclaré que «cette action des masses (...) était totalement révolu-

L'heure de

Le «révisionnisme» dénoncé hier semble gagner du terrain...

au détriment de la pensée de Mao Tse-toung.

doivent être réhabilités».

Hsiao-ping dans la colonie verdicts erronés» condamnés à la «démaoïsation» tionnaire. Tous ces camarades qui ont été persécutés pour avoir honoré la mémoire de Chou En-lai et s'être opposés à la 'bande des quatre'

La presse - notamment le Quotidien du peuple et Clarté - a invité les masses à «réviser les «un certain dirigeant suprême» (à savoir Mao). La Révolution culturelle a été dénoncée et même parfois qualifiée de «dictature fasciste idéologique». Plusieurs des anciens dirigeants pro-Mao Tse-toung des Gardes rouges ont été de lourds «châtiments» pour avoir, entre autres, «combattu le Parti».

Enfin, une brusque campagne d'affiches murales s'est déclenchée à Pékin, qui met cette fois nominalement en cause Mao Tse toung. Le 19 novembre, une affichette lui reprochait de s'être laissé abuser par la «bande des quatre» et de s'être laissé aller à une pensée «métaphysique» à la fin de sa vie. Une autre affiche, collée le 20 novembre, s'est attaquée directement au Président du Hua Kuo-feng. Le 21 novembre, de nouveaux placards réclamaient, sur les murs de la capitale, le respect des «droits de l'homme». D'autres comparaient «le gouvernement réactionnaire» de 1976 en Chine à la «dictature fasciste et réactionnaire du Tsar Nicolas II».

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Le 22 novembre, le ton des affiches murales encore durci. Le peuple chinois invité à «se lever et à se libérer de tous les carcans idéologiques». L'auteur d'une d'affichettes demandait carrément : «Le président Mao a-t-il commis des erreurs, oui ou non ?», avant de répondre lui-même par l'affirmative à cette question. «Mais pourquoi, demande-t-il, faut-il que dès que les gens parlent des de Mao, il leur tombe

(étiquettes politiques) contre-révolutionnaires sur la tête ?». Il met à cette occasion explicitement en cause les liens qui unissaient Mao à la «bande des quatre». «Le Président Mao

Deux ans après la chute de la «bande des quatre», il devient de plus en plus évident que les désaccords s'approfondissent au sein de l'actuelle direction au sommet du Parti communiste chinois. Le contenu de la lutte de fractions apparaît au travers d'une série de débats et d'incidents publics.

L'INCIDENT DE

«JEUNESSE CHINOISE»

Dans son premier numéro, mis en circulation le 20 octobre, le magazine Dong Xiang (Le courant), mensuelle revue maoïste semi-officielle publiée à Hong Kong, publie un article de son correspondant à Pékin qui révèle un incident significatif concernant la distribution de

Jeunesse chinoise, organe de la communistes,

Ligue des jeunes récemment reconstituée.

Après avoir cessé de paraître pendant douze ans, en raison de la désintégration de la LJC, emportée par l'assaut du mouvement des Gardes rouges lors de la Révolution culturelle, Jeunesse chinoise devait être de nouveau publié à partir du 11 septembre. Néanmoins, après la mise en circulation de exemplaires ce jour-là, la distribution du magazine a été sus-

Le correspondant rapporte que les habitants de Pékin ont été si sensibles à cette suspension que, en réponse, des dazibaos (affiches à grands caractè res) ont été posés dans les districts de Wang-fu-cheng et de

Xi-dang. Au moment où le correspondant s'est précipité sur place, les dazibaos avaient

Il est chapeaux se déjà été arrachés. Des témoins ont pu voir que ce dazibao avait été fait en recouvrant un article tiré de Jeunesse chinoise avec une inscription disant «En quoi ceci est-il contraire à la Constitution?».

La distribution du magazine a repris après plus de dix jours de suspension. Le magazine de nouveau distribué ment le même que l'original, sauf quelques pages de supplé ment non reliées. Ce supplément est divisé en deux parties : l'une d'entre elles comporte une calligraphie de Hua Kuo-feng célébrant la reprise de la publication de Jeunesse chinoise et trois poèmes de Mao Tse-toung, alors que l'autre partie est composée d'une photo de Mao Tse-toung prise en 1957 et d'une autre photo le montrant en train de parler aux délégués, au moment où il assistait au troisième Congrès national de la LJC.

Le correspondant du Dong Xiang, dans son reportage, élabore avec franchise trois explications de l'incident. D'une part, bien que la couverture de Jeunesse chinoise montre une photo de Hua Kuo-feng au milieu d'un groupe de jeunes gens, la page arrière de la couverture reproduit deux photos de Chou En-lai

Deuxièmement, le magazine contient une série d'articles dont le hut est de mettre fin à la «supers.ition moderne» point par Lin Piao et la «bande des quatre». Bien plus, un article écrit par le commentateur spécial du magazine, qui équivaut normalement à l'éditorial, reprènd également le même thèest un homme, pas un dieu (...) Le moment est venu de lui donner sa place exacte. Ce sera seulement comme cela que l'on pourra protéger le marxisme-léninisme et la pensée de Mao».

encore trop tôt pour connaître l'objectif immédiat de ceux qui ont suscité ou qui couvrent cette nouvelle offensive de critiques murales contre les anciens partisans de la fraction maoïste. Mais l'agence de presse japonaise

Kyodo croit savoir que les dirigeants chinois sont réunis le 10 novembre pour changer radicalement de ligne politique et «réévaluer» les enseignements de Mao Tse-toung.

me. Selon le correspondant du

Dong Xiang, il s'agit de s'opposer au culte de la personnalité de Mao Tse-toung.

Troisièmement, le magazine publie une série d'articles et de poèmes soutenant la manifestation de Tien An Men d'avril

1976, et la qualifiant de «lutte pour un idéal révolutionnaire».

Le correspondant du Dong

Xiang laisse clairement entendre que Hua Kuo-feng fait partie de ceux qui veulent maintenir le culte de la personnalité de Mao

Tse-toung. Il chercherait ainsi à faire bénéficier de cette

«tradition» un certain nombre de dirigeants chinois actuels.

Il serait aussi de ceux qui se refusent à reconnaître le caractère révolutionnaire de la manifestation de Tien An Men (en

1976, ce mouvement de protesavait officiellement été qualifié «d'événement contrerévolutionnaire»). Visiblement,

Teng Hsiao-ping défend résolument des positions contraires à celles de Hua sur ces ques-

C'est la première fois qu'un magazine maoïste (non publié par les agences officielles chinoises) s'attaque ouvertement à Hua Kuo-feng. Il est impensable que ce magazine ait choisi de publier un tel article sans que ses «relations chinoises» lui aient laissé entendre ou suggéré que les désaccords au sein de la direction chinoise prendraient un caractère semi-public, même si l'on prend en considération le fait qu'après la réapparition de

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Teng Hsiao-ping l'année dernière, les magazines maoïstes publiés à Hong Kong ont généralement commencé à adopter un ton plus « libéral» par rapport aux événements se déroulant en Chine.

Si c'est le cas, le conflit entre Teng Hsiao-ping et Hua Kuofeng a pris une nouvelle dimension, et des luttes de fractions ouvertes pourraient apparaître soudainement. En fait, avant cet incident, il s'est produit un certain nombre d'événements montrant l'existence de luttes de fractions ainsi que l'affaiblissement des positions de Hua Kuo-feng. LE DEBAT PHILOSOPHIQUE

A partir de mai 1978, presque toute la presse importante chinoise s'est lancée dans un débat philosophique vaste et animé, ce qui, bien sûr, signifie simplement une discussion dans laquelle le seul côté exprimé est l'opinion dominante.

Le 11 mai, le quotidien Quang Ming a publié un article intitulé «La pratique est le seul critère de la vérité», écrit par son commentateur spécial. Le thème principal de cet article est que le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Tse-toung doivent être mis à l'épreuve et vérifiés par la pratique sociale, car la théorie n'est pas indépendante, mais au contraire dépend de la pratique.

Cet article philosophique a créé des remous. Peu Jiefangjun Bao (le quotidien de l'Armée de libération) et Renmin Ribao quotidien peuple) ont tous les deux repris cet article. Sa lecture - même superficielle et rapide - ne laisse aucun doute : par son ton, il met implicitement en question l'autorité jusque-là absolue de la pensée de Mao Tse-toung et la validité d'importantes mesures politiques décidées par le «dirigeant suprême» prétendument infaillible.

Trois semaines après, Teng Hsiao-ping a apporté son soutien total à l'article du Quang

Ming à l'occasion du discours qu'il a prononcé à la Conférence de travail politique de toute l'Armée, le 2 juin. A partir de ce moment-là, un certain nombre d'articles tournant autour du même sujet ont été publiés dans divers journaux et revues.

Mais ce n'est pas un débat limité aux philosophes et aux théoriciens. En juillet, c'est devenu un problème politique se posant aux bureaucrates au niveau des provinces. Le Premier secrétaire du Comité de la province du Kan-Su a été le premier à appuyer les idées lancées par cet article, suivi par les Premiers secrétaires des Comités de la du Hei-Lung-Kiang, de la région du Hsin-Kiang, de la province de Ki-Lin, de la province du Liao-Ning, de la province du Chê-Kiang, de la province du Kuang-Hsi, de la province du Ho-Pei, de la province du Ch'ing-Hai, de région de Mongolie intérieure, et par le Second secrétaire du Comité provincial du parti dans le Kuang-Tung. L'organisation de discussions et de conférences, et la publication d'articles sont les principales formes d'actions des bureaucrates au niveau des provinces.

Pour en revenir au contenu du débat, la base de la discussion est la réaffirmation du concept matérialiste de la relation entre la théorie et la pratique (ainsi que la réalité objective), disant que la première découle de la seconde, qu'elle est son reflet au niveau abstrait, et que, bien que la théorie elle-même jouisse d'un certain degré d'autonomie gouverné par sa logique interne, sa vérité peut et peut seulement être vérifiée par son application, qui est la pratique, dans la réalité matérielle.

Il découle de cette position que la pensée de Mao Tse-toung doit être mise à l'épreuve de la pratique. Bien que le débat ne se termine pas par une critique de la pensée de Mao Tse-toung, il montre de façon frappante que l'idéologie d'Etat jusque-là intouchable ne doit plus être considérée comme la «vérité absolue», comme le faisaient Lin Piao et la «bande des quatre».

Les déclarations contre le culte de la personnalité de Mao, autre invention criminelle de Lin Piao et de la «bande des quatre», représentent l'aspect le plus explosif du débat. En septembre, la presse chinoise officielle a commencé à parler de ce problème évidemment politique.

Néanmoins, jusqu'à maintenant, la progression de cette campagne est plutôt lente, en dépit au fait que le 6 octobre, tous les quotidiens de Pékin ont réimprimé une partie d'un rapport fait par Chou En-lai en mai 1949, dans lequel il met l'accent sur le fait que «(on ne devrait jamais) considérer Mao Tse-toung comme un dieu isolé», «Mao a autrefois été superstitieux et arriéré», et que la théorie de Mao sur «l'encerclement des villes par la campagne» n'est pas une création originale mais plutôt un résultat inspiré par un autre vétéran communiste, Yun Dai-ying.

En fait, le débat philosophique actuel ouvre un procès de «démaoïsation». Tout indique que c'est là son but. Néanmoins, certaines caractéristiques de ce procès de «démaoïsation» sont maintenant apparues.

D'abord, le cadre général de la pensée de Mao Tse-toung reste épargné par l'examen critique. Seuls les excès du maoïsme sont étudiés, avec l'excuse, soit qu'ils sont les crimes de Lin Piao et de la «bande des quatre», soit qu'ils sont dus à des changements dans la situation objective.

Ceci se reflète dans «Un principe fondamental du marxisme», article publié par le Jiefangjun Bao, dans lequel il est annoncé que «le drapeau de la pensée de Mao Tse-toung a été et continuera d'être notre drapeau pour l'unité dans la lutte». (Peking Review, 21 juillet, p. 13). S'il y a eu des erreurs dans le passé, c'est seulement parce que «Lin Piao et la 'bande des quatre' ont gratuitement

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falsifié la pensée de Mao Tsetoung et arboré le drapeau du Président Mao pour colporter leur propre camelote».

Deuxièmement, la «discussion» présente se donne une autre limite, qui est d'affirmer que la ligne actuelle de la direction est correcte et que toute critique pouvant lui être faite reflète les résidus de l'idéologie soit-disant de gauche de Lin Piao et de la «bande des quatre».

Les dirigeants bureaucrates sont particulièrement sensibles à la politique étrangère contrerévolutionnaire actuelle, qui reflète profondément la théorie du socialisme dans un seul pays. Dans l'article qui vient d'être cité, après avoir expliqué que la théorie doit subir des révisions, car ce qui était correct dans le passé peut ne plus être juste ni utile en raison des changements de conditions, l'auteur donne en exemple la thèse de Lénine sur la victoire finale du socialisme. Cette théorie stipule que, alors que la révolution socialiste peut triompher dans un pays, la victoire finale du socialisme ne pourra être obtenue que par les efforts conjugués de la classe ouvrière dans la plupart des pays. L'article suggère que cette théorie n'est plus applicable actuellement à la situation chinoise.

Finalement, la forme que prend le débat fait penser à celle des campagnes politiques impulsées par la «bande des quatre». C'est parce que la question de la «démaoïsation», qui est un problème brûlant, étant donné que la politique extérieure de la Chine est de plus en plus contre-révolutionnaire et que sa politique intérieure est de plus en plus «révisionniste» selon les anciens critères, n'a pas encore trouvé de solution sur laquelle l'ensemble de la direction au sommet soit d'accord. Autrement, cela aurait été le Bureau politique ou le Comité central qui aurait déclenché la campagne. Et visiblement, Hua Kuo-feng est un des dirigeants importants qui résistent au courant actuel.

La manifestation de «démaoïsation» la plus dramatique est réhabilitation partielle possible de la cible numéro un de la Révolution culturelle, Liu Shiao-chi. On croit qu'il est encore en vie, bien que cela ne soit pas confirmé.

Luo Bing, un autre auteur du Cheng Ming, qui a visité Pékin récemment, révèle que d'après ce qu'il a vu, l'habitant moyen de Pékin n'a pas tendance rejeter le Président destitué. Un ami, qui doit être une personnaimportante, sinon il ne parlerait pas aussi franchement au milieu des tensions de la lutte de fractions, a dit à Luo raison pour laquelle on ne traitait plus Liu Shiao-chi de traître, de renégat et de briseur de grève, était que ces termes n'étaient pas appropriés.

L'autorité mes» amassés contre lui. Cette seule erreur était sa mauvaise attitude pendant la campagne pour l'éducation socialiste dans les zones rurales au début des années 60. «CEUX QUI COUVRENT» CONTRE «CEUX QUI NE COUVRENT PAS»

Dans son article, «La nouvelle lutte de pouvoir dans le Parti communiste chinois», publié dans le numéro d'octobre de la revue mensuelle Seventies, un magazine maoïste de Hong Kong, Qi Xin concède que des luttes de fractions à l'intérieur du PCC se poursuivent depuis deux ans. Ceci signifie que la chute de la « bande des quatre» n'a pas amené la fin des fractions à l'intérieur du parti.

Selon son analyse, qui laisse transpirer les idées de la fraction de Teng Hsiao-ping, « la lutte du pouvoir dans le PCC se déroule

'ceux qui couvrent' et 'ceux qui ne courent "Ceux qui couvrent cherchent à effacer les contradictions, à écarter les problèmes et à sauter illusoirement par dessus les incidents irréels ou injustes, ainsi qu'à monter de toutes pièces des accusations, depuis la Révolution culturelle. Alors- que

'ceux qui ne couvrent pas' veulent exposer les contradictions, affronter la réalité, rendre publique la vérité sur les événements, et juger correctement ceux qui ont été mal jugés ou accusés à tort».

L'auteur continue en expliquant que «'ceux qui couvrent sont ceux qui ont profité de la Révolution culturelle et de ce qui a eu lieu depuis. Alors que 'ceux qui ne couvrent pas' sont pour la plupart des vieux cadres, des cadres inférieurs, et le peuple.

«'Ceux qui couvrent' sont représentés par Wu Teh. Il est dejà un cadre important. Néanmoins, il doit avoir été soutenu par quelqu'un au-dessus de lui, sinon il n'aurait pas pu travailler aussi longtemps à Pékin en tant qu'élément de 'ceux qui couvrent.

«'Ceux qui ne couvrent pas' peuvent être représentés Wu Yao-bang, le vice-principal de l'école du Parti du Comité central du PCC et le chef du Bureau organisationnel. Il est visiblement soutenu par quelqu'un au-dessus de lui, dont le pouvoir est beaucoup plus important que celui de 'ceux qui couvrent ».

Comme le débat philosophique l'indique, Teng Hsiao-ping est certainement le dirigeant de «ceux qui ne couvrent pas». Alors que l'incident de la distribution de Jeunesse chinoise montre que Hua Kuo-feng soutient «ceux qui couvrent». Et tout suggère que «ceux qui ne couvrent pas» sont plus forts que «ceux qui couvrent».

Parmi les trois organes de presse les plus importants du le Renmin Ribao quotidien du peuple) et Siefangjun Bao (le quotidien de l'Armée de libération) tiennent « ceux qui ne couvrent pas», et seul le Hongqi (Drapeau rouge) est de l'autre côté.

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En ce qui concerne les publications secondaires, du Zhezue Yangjiu (Etudes philosophiques) et du Jingji Yangjiu (Etudes économiques) au Renmin Wenzue (Littérature populaire), presque toutes joignent leur voix à celles de «ceux qui ne couvrent pas». Il en est de même des trois magazines maoïstes publiés à Hong Kong - les mensuels Seventies, Cheng Ming et Dong Xiang.

En fait, Qi Xin, l'auteur cité plus haut, a publié une série d'articles, à partir du numéro de septembre du mensuel Seventies, dont le titre est «Un examen de la pensée 'gauchiste' du PCC», dans lequel il va plus loin que ses équivalents chinois dans les attaques directes contre «l'aventurisme» des communes populaires et du Grand bond en avant (à savoir la critique de la période 1956-1957 et de la politique mise alors en avant par Mao Tse-toung lui-même).

Un article publié dans le numéro de novembre de Cheng Ming, sous le titre inspirant de «Retour à la normale après la confusion ou complet révisionnisme à l'œuvre ?», résume les principaux problèmes en cause dans la lutte de fractions du point de vue de la fraction de Teng Hsiao-ping.

L'auteur expose en ces termes l'essentiel de l'orientation actuelle du PCC : «La mise en application soigneuse des principes de à chacun selon son travail et des intérêts matériels, la prise en compte à la fois des intérêts de l'Etat, de la collectivité et des individus; l'application des principes: le plus vous travaillez le plus vous gagnez, le moins vous travaillez le moins vous avez, et pas de travail pas de salaire; la restauration du système des primes, la mise à l'essai de la méthode de la sanction économique; la reconnaissance de la propriété collective des paysans et le respect de l'autonomie de l'équipe de production; la reconstitution des parcelles individuelles des membres de la commune et du marché du village, et l'encouragement des membres de la commune à développer leur production familiale annexe - on peut faire pousser des produits sur les parcelles individuelles pour les vendre, et on peut vendre de la nourriture au marché du village; la permission aux capitalistes étrangers de construire des usines sous certaines conditions, et la coopération avec des pays étrangers pour prospecter les ressources naturelles; l'acceptation de dépôts des banques étrangères; l'introduction de la science étrangère, de la technologie et des facilités techniques à une large échelle; l'envoi d'étudiants dans les pays capitalistes; l'ouverture de zones touristiques quant Mao soit apparue sur les murs de Pékin, la polémique murale faisait rage dans le centre commercial de la capitale chinoise. Une affiche, rapidement lacérée selon les correspondants de presse, prenait la défense de Mao Tsé-toung et de

Hua Kuo-feng demandaient la réhabilitation de Liu Shao-chi, dénoncé durant la Révolution culturelle comme étant le « Krouchtchev chinois», de Peng Teh-huai, maréchal limogé en 1959 par

Mao, de Tao Chu, ancien chef du bureau centre-sud du PCC, déchu pendant la Révolution culturelle après une ascension politique éclair. Des placards demandent par contre la condamnation politique d'anciens membres du BP qui jouèrent un rôle important comme responsables des services de sécurité il y a une dizaine d'années, Kang Sheng et Hsieh Fu-chih.

Un nouveau membre de l'actuel Bureau politique est publiquement critiqué pour son rôle dans la répression de la manifestation de Tien An-men, Ni Chih-fu, président de la fédération des syndicats.

d'hui se font donc de plus en plus nombreuses et violentes, symptôme de l'acuité des conflits politiques en cours. C'est également au nom du droit des masses à la démocratie que les condamnations les plus virulentes de la fraction maoïste sont menées. L'une des premières affiches murales affirmait à cet égard : «On ne peut pas tolérer que les droits humains et la démocratie soient seulement des slogans de la bourgeoisie occidentale et que le prolétariat oriental n'ait besoin que de la dictature, y compris celle intégrale sur toutes les sphères de la superstructure».

à l'intérieur du pays et le développement important du tourisme; la reforme du systeme d'éducation et du système d'examens, la sélection des meilleurs étudiants, l'enseignement suivant les capacités et les dons des étudiants, l'accent étant mis sur l'éducation intellectuelle; la suppression de la considération comme "bourgeois de ce qui est intellectuel, l'élévation du statut politique des professeurs et des techniciens, et le recrutement de membres du parti chez les intellectuels; la mise en œuvre de la pratique comme seul critère de la vérité, l'abolition de la superstition par rapport à la pensée de Mao Tsetoung, la promotion de la politique des trois anti' (ne pas stigmatiser, ne pas entraîner de force, ne pas frapper) et l'application totale de la politique des deux fois cent' (la discussion entre cent écoles, l'éclosion de cent fleurs); la liberté jusqu'a un certain degré dans la création et la science». Quatre jours à peine après que la première affichette critià leurs contradicteurs. Mais d'autres Les attaques nominales de dirigeants d'hier et d'aujour-

0990990 Néanmoins, l'auteur admet que beaucoup de ces principes étaient considérés autrefois comme «révisionnistes» par le PCC. Le PCC doit donc mettre au point une explication. Autrement, et les cadres et le peuple seront pris dans une grande confusion, au point de rendre douteuse l'application effective de cette politique.

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LA CHUTE DE WU TEH ET LA QUESTION DES CADRES INTERMEDIAIRES

La déposition de Wu Teh de son poste de chef du Comité de la ville de Pékin a marqué un tournant dans la lutte de fractions.

On doit mettre l'accent sur le fait que c'est la pression des masses s'exerçant par une campagne véhémente de dazibaos qui a entraîné la déposition de Wu Teh. Cette campagne de dazibaos a duré presque sans s'arrêter pendant deux ans, Wu Teh étant ouvertement nommé. Une des raisons principales de la haine envers Wu Teh est que c'est lui qui a été responsable de la répression directe de la mani festation de Tien An Men.

Une minorité des dazibaos Teh autrement qu'au simple niveau personnel, en reliant son pouvoir au fait que la vie à Pékin soit ennuyeuse et misérable, et au manque de droits démocratiques. C'est minorité critique qui a refusé de cesser d'attaquer la misère quotidienne des masses après que Wu Teh ait été déposé officiellement en septembre.

Néanmoins, bien que la question de Wu Teh ait été ouvertement posée à la direction pendant deux ans, sa résolution difficile et tardive est très surprenante. La bureaucratie entière est certainement consciente du fait que si on accède immédiatement aux demandes des masses, elles risquent de mettre en œuvre un procès dynamique. En effet, ayant compris que l'équilibre des forces entre elles et la bureaucratie est considérablement amélioré, pourront faire pression pour qu'on leur accorde les revendications qu'elles pensent justifiées. Mais c'est exactement la situation à laquelle la bureaucratie tente d'échapper depuis la mort de Mao et la chute de la «bande des quatre».

Actuellement, le problème de Hua Kuo-feng n'est plus une question de contradiction non résolue entre deux lignes dans la direction. L'orientation de Teng Hsiao-ping triomphe ouvertement. Le problème de Hua Kuofeng est un reflet de la crise profonde des cadres de la bureaucratie.

Dans son numéro de septembre, le magazine Hongqi (Drapeau rouge, organe mensuel théorique du PCC) a publié un article important de son commentateur spécial sous le titre de «Renforcer l'unité base de la ligne du Parti du 1le Congrès». En même temps, en août et en septembre, un certain nombre d'articles publiés Quang Ming Ribao abordaient le même problème que celui qui avait été soulevé par l'éditorial du Hongqi. Ce problème est : comment surmonter la crise des cadres?

L'article du Hongqi admet que « des facteurs minant par en dessous l'unité du parti existent réellement». Après avoir constaté la profondeur de cette crise, il cherche à éclaircir ces facteurs. D'abord, selon cet article, parmi ceux qui autrefois ont appliqué la ligne «révisionniste contre-révolutionnaire» de la «bande des quatre» ou ont été liés aux «activités de conspiration de la bande des quatre' pour usurper le pouvoir du Parti» et sont toujours dans le Parti ou l'appareil d'Etat, il existe une «minorité extrêmement faible» qui se refuse en core à admettre ses anciennes erreurs. Elle continue placer en travers du mouvement en cours». Naturellement, cette accusation concerne des bureaucrates importants comme Wu Teh ou même Hua Kuo-feng.

Il existe aussi des cadres «qui n'ont pas été liés aux activités de conspiration de la bande des quatre' pour usurper le pouvoir du Parti», mais qui sont par son influence que même après sa chute, ils se laissent encore aller à «la pratique bourgeoise des fractions» aux dépens des «principes du prolétariat et de l'intérêt du Parti».

Ces cadres se considèrent comme «ayant toujours raison» et «étant les seuls révolutionnaires», ce qui reflète pratiquement «le système réactionnaire de théorie, de point de vue et de manière de penser de Lin Piao et de la "bande des quatre'». Une grande partie de la bureaucratie, si ce n'est pas sa majorité, est la cible de ces attaques.

Un autre article du Dong Xiang renvoie exactement à la même situation. D'après des interviews de ce magazine réalisées à Pékin et à Canton, seuls les dirigeants au sommet et les masses soutiendraient avec enthousiasme la politique actuelle. De nombreux cadres intermé. diaires, notamment ceux qui ont obtenu leurs postes pendant la Révolution culturelle, considèrent que l'on assiste aujourd'hui en Chine à «la restauration du capitalisme» et à «l'engagement dans la voie révisionniste»-

L'article du Hongqi attaque de même les excès de bureaucratisme manifestés par les cadres, la corruption, la fraude (et envers les masses et envers les instances supérieures de la bureaucratie), le refus d'appliquer l'orientation officielle, ete. Ce que l'article ne mentionne pas, mais dont il faut tenir compte pour comprendre la situation actuelle, c'est qu'il existe un grand nombre de cadres qui ne se sont pas remis de la confusion politique des 12 demières années et qui sont profondément démoralisés.

La crise actuelle est d'autant plus délicate qu'elle ne peut être résolue que par des moyens politiques. Toute solution organisationnelle serait inefficace, si ce n'est impossible, car la bureaucratie ne peut simplement pas se permettre de se débarasser de tous les cadres mis en place pendant la Révolution culturelle.

De même, les luttes de fractions se sont déjà intensifiées en raison du retour en masse des cadres déposés de leurs fonctions pendant la Révolution culturelle ou même pendant les campagnes anti-droitières de la fin des années 50 et du début des années 60. A cet égard, le débat philosophique est aussi effectué à l'intention de la vaste majorité des cadres, en espérant qu'il pourra transformer leur façon

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de penser et leurs attitudes politiques en faveur de la direction actuelle.

Mais jusqu'à aujourd'hui, rien n'indique que les deux principales couches qui composent l'appareil bureaucratique en Chine puissent être rassemblées dans un processus harmonieux : les anciens cadres réhabilités et ceux qui avaient résisté au test de la Révolution culturelle ou qui ont été nommés à leur poste depuis.

Visiblement, comme le montre l'article du Hongqi, la direction ne se fait pas d'illusion sur les possibilités de résoudre la crise rapidement par de simples moyens disciplinaires. On répète que les cadres ont le droit de faire des erreurs, s'ils les corrigent à temps.

Il est clair que si la direction exerçait trop de pressions sur les cadres, elle risquerait tout d'un coup : ou le succès total, ou l'échec complet. La conséquence de cet échec serait la paralysie de toute la bureaucratie. Le risque est trop important.

C'est en partie à cause de cela que Hua Kuo-feng peut conserver sa position à la tête du Parti communiste chinois -car il serait plus facile de le déposer que de surmonter la crise actuelle de la bureaucratie. Cependant, le maintien de Hua Kuo-feng va favoriser en même temps le renforcement - de désaccords au sein même de la direction.

La direction bureaucratique est obligée de donner une explication positive sur la nature de la politique actuelle. Mais une telle explication sera très peu convaincante, si ce n'est tout à fait inutile, si on ne revient pas sur tous les choix politiques importants mis en œuvre depuis le Grand bond en avant.

C'est exactement pour cette raison que la bureaucratie entière est divisée en deux tendances : «ceux qui convrent» et «ceux qui ne couvrent pas». Tous cherchent à revenir sur les orientations du passé, mais c'est une tâche impossible si l'on ne revient pas sur les initiatives de Mao Tse-toung et sur sa pensée. Or, «ceux qui couvrent» et «ceux qui couvrent pas» sont précisément divisés sur cette question. Car ce qui est maintenant en cause, ce n'est pas seulement la pensée de Mao Tse-toung en elle-même, mais son rôle en tant qu'idéologie de la bureaucratie chinoise.

Le «débat philosophique» en cours confirme l'existence de cette divergence au sein du PCC. L'un des journalistes du Cheng Ming en fait état en ces termes (qui peuvent devenir le point de vue officiel en Chine pour peu que Teng Hsiao-ping gagne la bataille en cours) :

«Sur l'appréciation de la pensée de Mao Tse-toung, il existe deux tendances en conflit au sein du PCC, l'une pouvant être qualifiée de 'dualiste' et l'autre d'universaliste'

«Les 'dualistes' estiment que la pensée de Mao Tse-toung n'a pas été monolithique (...). 'Dualiste' signifie qu'il faut correcte et la part qui est incorrecte. La seconde part peut elle-même être divisée en deux éléments : ce qui était fondamentalement faux - ce qui veut dire qui était déjă faux quand il a été avancé - et ce qui n'est que dépassé - ce qui veut dire que ces opinions étaient correctes quand elles ont été avancées mais qu'elles sont dépassées par l'évolution de la situation et qu'elles sont devenues fausses. Il est nécesde réévaluer encore ces opinions dépassées et d'en tirer les conséquences. A partir de ces analyses, les 'dualistes" défendent l'idée selon laquelle on ne devrait pas s'en tenir à chaque phrase du Président (Mao) mais que l'on ne devrait au contraire garder déclarations correctes, les autres ne devant pas être suivies.

«Les 'universalistes' défendent des opinions inverses. Pourquoi les appelle-t-on 'universalistes' ? Parce que leur credo est celui de l'universalité":

soutenons termement toute décision du Président Mao; nous obéissons résolument à toute directive du Président Mao (...). Cette tendance refuse d'analyser d'un point de vue dualiste la pensée de Mao Tsetoung. Ils déifient Mao Tsetoung lui-même ainsi que sa pensée, convaincus que chaque mot prononcé par le Président Mao doit être mis en pratique.»

La prédominance de «ceux qui ne couvrent pas» ou des «dualistes» annonce un processus de «démaoïsation» durant lequel une partie de la politique et des thèses de Mao Tse-toung devront être critiquées post-mortem.

Cette crise du maoïsme rappelle de ce point de la crise du stalinisme après la mort de Staline. Toutes deux reflètent clairernent le fait que si la bureaucratie est capable de concentrer tout le pouvoir de la societe entre ses mains, elle est par contre totalement incapable de créer sa propre idéologie et de lui donner une véritable perspective historique-car la bureaucratie n'a aucun rôle historique progressiste à jouer.

Ceci, le peuple chinois ne le comprendra peut-être pas tout de suite. Mais la crise de la bureaucratie chinoise est un fait qui ne sera pas sans conséquences majeures sur la conscience des masses. En effet, les conditions pour le développement indépendant de la conscience politique du prolétariat et des masses chinoises (et par conséquent pour leur action indépendante) se sont vues améliorées par la crise du maoïsme.

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