Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUTRICHE

Victoire des anti-nucléaires

· Inprecor n° 39, 30 novembre 1978 · p. 28-30 · 1 740 mots

Écologie

Le chancelier social-démocrate Kreisky avait sous-estimé la polarisation créée par le mouvement anti-nucléaire. Ce mouvement de masse lui

Avec tout juste une majorité absolue (50,47%) des suffrages exprimés, la population autrichienne s'est prononcée dimanche dernier contre la mise en marche de la centrale nucléaire de Zwentendorf.

L'issue de ce referendum signifie une défaite évidente, et d'une ampleur inattendue, pour ceux qui profitent du nucléaire, non seulement en Autriche, mais aussi au niveau de la direction de la multinationale Siemens et partout ailleurs. C'est aussi une déroute importante pour le Chancelier fédéral social-démocrate Bruno Kreisky et pour les dirigeants de la Fédération syndicale (OGB) qui, pour combattre le mouvement anti-nucléaire, avait mené une action conjointe avec les industriels et les producteurs d'électricité au niveau de la propagande et, plus généralement, sur le plan politique. On notera avec intérêt le «démocratisme» peu commun du Parti social-démocrate autrichien qui, au lendemain du résultat des élections, changeait sa position du tout au tout : l'Autriche aura fourni le premier parti ouvrier de masse à être désormais intégralement contre toute implantation de centrale nucléaire (1) !

Hermann DIRKES

Le referendum décidé en juin 1978 par tous les partis du Parlement autrichien n'a pas provoqué le raz-de-marée attendu en faveur de la mise en marche de la centrale de Zwentendorf et pour « l'utilisation pacifique de l'énergie atomique». Ce fut au contraire la débâcle. Maintenant, les partisans du nucléaire et Kreisky n'ont plus seulement à faire face à un mouvement anti-nucléaire renforcé à la ville comme à la campagne et conscient de sa force politique, mais aussi à une opposition croissante dans le Parti socialiste et dans les syndicats. Le calme plat qui régnait dans les zones rurales a été sensiblement dérangé par la popularisation qui s'est développée lors de la campagne pour le referendum. Le succès politique des opposants au nucléaire - porté et rendu possible par un large mouvement populaire - peut donner un élan important vers

Autriche

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anti-nucléaires

a fait perdre le référendum dont il pensait sortir vainqueur. une reprise de la lutte des ouvriers autrichiens, qui, après des dizaines d'années de « miraautrichien, sont de plus en plus en butte aux attaques du capital et du LES METHODES DE LA MAFFIA DE L'ATOME : PARTOUT LA MEME CHOSE

Le premier réacteur nucléaire autrichien (730 mégawatts) près de Zwentendorf, environ à 30 km à l'ouest de Vienne, aurait dû entrer en action des 1976. Il s'agit d'un réacteur à eau légere. Ce type de réacteur correspond à ce que l'on demande généralement à une centrale nucléaire : « sécurité, propreté, résistance ». Le programme nucléaire de l'Etat autrichien prévoit d'ici 1990 la mise en service de trois réacteurs.

La résistance anti-nucléaire a complètement bouleversé ces plans. Le 12 juin 1977, environ

6000 opposants à l'utilisation civile du nucléaire ont manifesté à Zwentendorf, devant la centrale presque terminée. C'est un chiffre considérable dans la situation autrichienne présente. L'OVP (le Parti du peuple - le plus grand parti bourgeois d'opposition, dont le dirigeant est Taus), cherche à utiliser cette occasion pour faire comme en Suède, c'est-à-dire faire basculer l'opinion en sa faveur contre le parti de Kreisky. Celui-ci est au pouvoir depuis huit ans avec tout juste la majorité absolue.

C'est alors qu'un grand éclat s'est produit. En janvier de cette année, les opposants au nucléaire ont dénoncé le transport de barres d'uranium vers Zwentendorf. L'opposition bourgeoise s'est emparée de l'événement, l'affaire est deve nue un véritable scandale politique. Cette livraison signifiait véritablement le coup d'envoi pour la mise en marche de la centrale, alors que le Parlement ne s'était pas encore prononcé. On ne sait pas si l'opposition n'était vraiment pas au courant de cela, ou si elle a agi seulement sous la pression du déroulement des faits. Par contre, ce qui était évident pour la popuc'est que le Parlement ne signifiait plus rien pour le gouvernement.

A partir de ce moment-là, on n'a plus parlé du tout des décisions du Parlement concer nant la centrale nucléaire. Les deux partis bourgeois d'opposi-

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tion (l'OVP et le FPO - ce dernier est encore plus à droite) se sont déclarés de jour en jour plus critiques envers la mise en marche de la centrale, bien qu'ils soient en principe en faveur de l'utilisation de l'énergie nucléaire, et que la décision de construire la centrale de Zwentendorf ait été prise par un gouvernement uniquement OVP, à la fin des années 60. Le plan de Kreisky, était d'obtenir Punité des partis représentés au Parlement, a échoué. C'est alors que le rusé stratège de la socialdémocratie autrichienne a choisi la fuite en avant, et s'est décidé à organiser un referendum. Pourtant, au printemps 1978, il avait personnellement repoussé cette idée dans un article de l'organe central du Parti socialiste Arbeiterzeitung. Cette proposition avait été lancée depuis quelques temps par les opposants au nucléaire, comme solution de rechange à une décision du Parlement. Son changement soudain d'opinion paraissait au début être un coup génial contre l'opposition divisée. En effet, alors que le président de l'OVP, Taus, s'inquiétait du manque de mesures de sécurité, les gouvernements de province dirigés par l'OVP préparaient la mise en marche de la centrale. Kreisky semblait ne rien avoir à craindre du mouvement anti-nucléaire, grâce au contrôle de la social-démocratie sur le puissant UGB. L'issue du referendum semblait assurée dès le départ.

Mais Kreisky s'était fait des illusions. Pendant la campagne pour le referendum, une forte polarisation s'est développée, et le mouvement anti-nucléaire est devenu un véritable mouvement de masse. Dans tout le pays ont surgi des initiatives multiples, des comités ont été créés dans pratiquement toutes les branches d'activité, et ils ont développé une agitation intense. Ce qui a été particulièrement significatif, c'est l'opposition croissante qui s'est créée à l'intérieur même du SPO. Pour la premiè re fois depuis longtemps, un groupe de membres et de dirigeants du SPO (dont le syndicaliste Paul Blau, ancien rédacteur en chef de AZ)a osé s'opposer ouvertement et construire un comité. La Jeunesse socialiste a soutenu ce comité de façon non officielle. MENSONGES ET MENACES

Le succès des opposants au nucléaire est d'autant plus remarquable que le lobby nucléaire, très puissant financièrement, avait organisé une gigantesque campagne de propagande. Les producteurs d'électricité avaient envoyé une brochure à chaque ménage (naturellement aux frais des utilisateurs !), dans laquelle ils faisaient de la publicité pour l'énergie nucléaire à l'aide d'une démagogie grossière et d'une intoxication l'opinion sur le thème : «Bientôt nous n'aurons plus d'électricité, nous reviendrons à l'âge de pierre. ». Siemens menaçait, dans le cas d'une issue négative du referendum, de devoir remettre en cause ses «engagements antérieurs » en Autriche (C'est Siemens qui livre les réac-

RESULTATS DI (en pourcentage) Participation au vote Ensemble 64,1

Vienne 63,7

Vorarlberg 75,8 Zwentendorf 86,4 Tullnerfeld St Pantaleon Allensteig Les sondages d'opinion antérieurs au 5 novembre devenaient de plus en plus inquiétants pour le gouverement. Le plus étonnant était que le pourcentage de «non» était aussi élevé dans le SPO que dans TOVP. Kreisky faisait de lourds reproches à la jeunesse socialiste, et manaçait de démissionner au cas où il échouerait. En même temps, il appelait à « préparer la défaite des opposants politiques». La base du SPO devait être amenée a dire «oui» par des appels démagogiques à l'instinct politique de classe.

Sans aucun doute, une partie du mouvement anti-nucléaire est politiquement conservatrice, pour ne pas dire directement sous l'influence de l'OVP. Le FPO - contrairement à lOVP - n'appelait pas directement à voter «non». Dans les grandes entreprises et dans le mouvement ouvrier, on remarquait peu d'opposition. Finalement, le minuscule Parti communiste stalinien s'est prononcé contre le mouvement anti-nucléaire et a décidé d'une « tactique» qui rendait tout possible, du «oui» critique au vote nul, en passant par l'abstention. DE QUOI IL S'AGISSAIT VRAIMENT

Dans cette situation, le travail des forces progressistes dans mouvement anti-nucléaire avait une signification particulière. Ils devaient expliquer aux partisans du SPO que de voter J REFERENDUM

Oui B88E2AS* Nul 49,53 2,33 55,5 2,6 15,59 55,6 36,3 44,4 contre la centrale nucléaire ne signifiait absolument pas appuyer la politique de l'opposition bourgeoise. Ils devaient d'autre part monter, face au mouve ment pour la protection de l'environnement, que seul le mouvement ouvrier serait à long terme capable de lutter contre les profiteurs de l'atome et les destructeurs de l'environnement. C'était un des points centraux de l'intervention du GRM

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(groupe marxiste-révolutionnaire - Section autrichienne de la IVe Internationale). A l'intérieur de la plus importante et de la plus ancienne organisation des opposants au nucléaire (lIOAG), qui a été créée par la gauche radicale, les activités du GRM ont maintenant un rôle dirigeant, à côté de celles des inorganisés et des maoïstes.

Le résultat montre néanmoins le fait que la classe ouvrière dans sa majorité n'a pas encore fait sienne propre la lutte contre la production d'énergie atomique pouvant amener des catastrophes. Cependant on peut constater que la démagogie des partisans du nucléaire a vraiment perdu de son efficacité. Dans les quartiers à forte majorité ouvrière de Vienne., 30 à 40% des gens ont voté «non». D'autre part, il y a eu un fort pourcentage de «oui» dans les régions industrielles où un fort taux de chômage existe, comme dans le Steiermark.

Les résultats les plus importants contre la mise en route de la centrale ont été obtenus dans la région de Vorarlberg, où un mouvement actif contre une centrale nucléaire dans la Suisse voisine existe depuis des années. Ils est aussi intéressant de constater un grand nombre de «non» dans les autres régions où doivent être établis des centrales ou des dépôts de déchets nucléaires (à St Pantaleon et à Allensteig). Le gouvernement et l'opposition bourgeoise minimiser l'événement. Les résultats élevés sont visiblement désagréables à la direction de POVP. Elle voulait profiter d'une opération démagogique et non amener le referendum à la victoire. Elle se trouve maintenant un peu dans la situation d'un apprenti sorcier. Les producteurs d'électricité menacent d'aug menter les prix et de ne plus satisfaire la demande. Contre ces machinations, il faut maintenant renforcer la lutte de classe et mobiliser la classe ouvrière sur des programmes d'action clairs. Note 1) Nous avions déjà traduit et mis sous presse cet article pris dans Was tun (que faire) - journal de la section allemande de la IVe Internationale -quand nous avons reçu Rotfront, journal de notre section autrichienne, donnant le bilan de la campagne menée par nos camarades autrichiens à qui nous adressons nos excuses.

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