En 1994, l'économie occidentale a surmonté la récession des années précédentes. Néanmoins, l'avenir ne se présente pas pour autant sans nuages. D'un côté, les problèmes de fond qui tenaillent l'économie capitaliste restent posés, de manière telle que la sortie de l'onde longue récessive est encore lointaine. De l'autre, la reprise actuelle est encore très faible et ses perspectives sont incertaines en raison d'une demande dont toutes ces composantes rencontrent des obstacles pour jouer leur rôle de moteur économique. Jesus ALBARRACIN
'instabilité du marché des changes et des capitaux continue à s'accentuer et le spectre d'une crise financière semble de plus en plus réel. A cela il faut ajouter le chômage massif, un problème qui ne trouve pas de solution. Après plus d'une décennie de politique économique et sociale néolibérale, la crise globale persiste.
A la fin des années 80, l'optimisme a commencé de se propager au sein les cercles du pouvoir dans les pays industrialisés. La récession de 1981-1982 était très loin, la reprise étant durable, les rythmes de croissance étaient élevés, tous signes qui montraient que la crise économique était en train d'être surmontée. Et le néolibéralisme, la doctrine qui avait permis ces réussites, paraissait triomphant et indiscutable. Il faut y ajouter l'approfondissement de la crise du «socialisme réel», l'acceptation du traité de Maastricht et les progrès de l'intégration européenne (marché unique, projet d'union monétaire), pour comprendre que l'optimisme a donné des délires comme celui de Fukuyama et de son classique, la «Fin de l'histoire».
Une analyse plus en profondeur n'aurait pas permis un tel optimisme. Le rythme de croissance des pays industrialisés n'avait pas réussit à atteindre le rythme
• ECONOMIE incertaines d'expansion économique que l'on retrouvait à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, même au moment le plus haut du cycle, si bien qu'on a considéré comme structurel ce qui en fait était conjoncturel. L'ampleur du chômage, qui touche plus de 30 millions de personnes dans l'OCDE, montrant ainsi que malgré la durée et l'ampleur de la croissance telle qu'elle était en train de se faire, elle ne serait jamais suffisante pour absorber tout le chômage cumulé depuis la récession antérieure, et moins encore la croissance de la population active. Le taux de profit s'était amélioré tout au long des années 80, comme conséquence, fondamentalement, de la croissance de la productivité et de la baisse des salaires, mais il n'avait pas retrouvé son niveau d'avant le début de l'onde longue récessive. Un bon nombre de problèmes de fond restaient : l'instabilité financière internationale, les déséquilibres dans les balances de paiement, l'inexistence d'un système financier international, le taux élevé de l'endettement des gouvernements, entreprises et familles, etc. Il convient d'y ajouter les conséquences de la politique économique néolibérale dominante et ce qui a rendu plus dramatique encore une des questions fondamentales de la situation économique, la dépression de la demande. Le résultat est une chute de l'activité économique dans tout le monde occidental à partir de 1989. La guerre du Golfe a fait apparaître les premiers Produits intérieurs bruts (PIB) négatifs aux Etats-Unis et l'activité a continué de chuter jusqu'en 1991, année au cours de laquelle l'économie des EtatsUnis atteignait le point le plus bas du cycle. A ce moment, Union européenne avait réduit son rythme jusqu'à 1,5 %, alors que le Japon maintenait un rythme d'activité de 4 %.
La chute de la productivité
En 1993 la récession devient générale : la croissance du PIB de l'Union européenne a chuté jusqu'à un 0,5 % pendant que le Japon, pour la première fois de son histoire moderne, croissait de seulement 0,1 %. Ainsi l'optimisme a tourné en pes-
Toute récession cyclique est suivie d'une récupération également cyclique. c'est ce qui arrive aujourd'hui. En 1994 la
MONSIEUR
RUPTURE SiGNiFiCATiVE...
4. Mathien
croissance est revenue dans les pays industrialisés, mais la reprise est encore plus lente, faible et contradictoire que celle qui s'est produite après la récession antérieure. Les causes, il faut les chercher dans la propre dynamique de l'économie capitaliste et dans les conséquences de la politique économique néolibérale.
Les rythmes amoindris de croissance de la productivité et de l'accumulation du capital tels que l'on a pu les enregistrer depuis les années 70, ont produit un ralentissement très marqué de la croissance de la productivité. Ce ralentissement a eu lieu malgré les très durs ajustements dans l'emploi et l'utilisation massive de nouvelles technologies, qui rendent plus intenses l'accumulation de capital et l'épargne de main-d'œuvre, ce qui démontre à quel point il est difficile de créer les conditions structurelles pour démarrer une nouvelle phase expansive. Comme si une malédiction était tombée sur les économies capitalistes malgré : un chômage massif, la détérioration des conditions de travail et la substitution des femmes et des hommes par des machines, la récupération de la croissance de productivité ne se réalise pas. La raison réside dans toutes ces mesures qui ont un impact très limité sur la productivité en comparaison à celui qu'aurait une production croissante et soutenue. C'est la contradiction
1960 1965 1970 1975 1980 dans laquelle vit le capitalisme : il sortira de la phase récessive quand il aura récupéré la productivité, mais la productivité ne se récupérera pas tant que la production et l'accumulation ne se remettent à croître intensément, ce qui n'est pas possible si on ne dépasse pas la phase récessive.
Les voies par lesquelles le capital a essayé de forcer une plus grande croissance de la productivité ont été très différentes et se sont traduites par des changements relatifs entre les différentes régions impérialistes. Au sein de l'Union européenne, la recherche permanente de compétitivité et une politique néolibérale plus orthodoxe a donné une croissance sans emploi d'une particulière virulence. Cette méthode a amélioré la position relative du capital de l'Union européenne dans la compétitivité mondiale, mais a conduit à une plus faible croissance de la production et à un taux de chômage plus élevé. L'économie japonaise, tournée vers les marchés extérieurs, a obtenu une croissance de la productivité légèrement supérieure aux européens, mais elle l'a obtenue avec un rythme plus soutenu de l'augmentation de la production et une certaine création d'emplois, ce qui lui a permis de progresser avec un taux de chômage relativement bas. L'économie américaine, pour sa part, a continué à perdre de la compétitivité face à l'Europe et au Japon, puisque l'augmentation de la productivité a été sensiblement plus réduite. Mais finalement aucun pays n'a pu éviter que la croissance de la productivité se situe dans toutes les régions en dessous de 2 % annuels, pourcentage très inférieur à celui de la phase expansive postérieure à la Seconde Guerre mondiale.
Le double rôle des salaires
La crise économique rendait nécessaire la baisse des salaires pour pouvoir récupérer le taux de profit. L'évolution postérieure de la productivité a rendu nécessaire
CE : Taux de croissance du PIB
1985 1990 1995 des reculs plus importants. L augmentation du chômage, la détérioration des conditions de travail, la segmentation de la classe ouvrière ont affaibli la capacité de résistance des travailleurs et la politique néo-libérale avec ses campagnes de culpabilisation des salariés a fait le reste. Conséquence, depuis le début des années 80, les salaires ont moins augmenté que la productivité décroissante dans tous les pays industriels. Au fil des années, le pouvoir d'achat des travailleurs a moins augmenté que la production, provoquant une faiblesse relative du consommateur salarié, ce qui a fini par devenir un aspect structurel. Ce phénomène n'a pas été visible dans la sphère de la consommation privée, pendant la deuxième moitié de la dernière décennie, puisque la croissance des rentes en provenance de la spéculation a renforcé la consommation non-salariale. Mais cette manière de maintenir une demande effective si anormale ne peut pas durer toujours et la faiblesse de la consommation a fini par devenir une donnée importante de la situation. Dans la dernière récession, la consommation privée a chuté plus que pendant la récession de 1981-1982, et dans l'actuelle récupération, la croissance de la consommation est plus faible que celle des
CE : Taux de croissance des salaires et de la productivité
1960 1965 $970 1975 1980 années 80. Les perspectives ne sont pas meilleures parce que récemment le déphasage chronique entre la croissance des salaires et celle de la productivité s'est amplifié. C'est pourquoi on ne peut pas attendre que la consommation devienne le moteur de la reprise. Dans les économies capitalistes, les salaires jouent un rôle contradictoire. Ils font partie des frais des entreprises mais ils sont aussi la composante la plus importante de la demande ajoutée. L'économie capitaliste marche sur ce fil : les salaires ne peuvent ni trop augmenter, sinon les profits diminuent, ni trop peu augmenter, sinon il n'y aurait pas une demande effective suffisante. En privilégiant la politique de l'offre et la réduction des coûts, le néolibéralisme a oublié le rôle des salaires comme moteur de la demande et a provoqué une faiblesse structurelle de la consommation qui, aujourd'hui, rend difficile la récupération.
La faiblesse de la consommation privée n'aurait pas d'importance si les dépenses publiques, les exportations, les investissements ou plusieurs de ces composantes de la demande, croissaient suffisamment pour pouvoir jouer le rôle moteur de la demande effective.
Les limites de la demande
Mais les obstacles qui se dressent devant cette croissance sont énormes. Commençons par les dépenses publiques. Tout au long de la crise s'est produit un ralentissement très marqué de la croissance des dépenses publiques, ce qui est logique car sa réduction a été un des objectifs de la politique économique néolibérale. Mais l'effet sur les ressources publiques du changement de tendance dans la production, la politique de réduction des impositions sur le capital et les revenus élevés, pratiquée par le néolibéralisme ainsi que la croissance du service de la dette comme résultat d'un plus fort endettement et des très forts taux d'intérêts, ont
SALARIOS PRODUCT IV IDAC 1985 1990
provoqué une aggravation considérable du déficit public dans tous les pays industriels par rapport à la situation vécue pendant la phase expansive de l'onde longue. Le financement propre de ce déficit a provoqué une croissance de la dette publique d'une telle ampleur que, du point de vue du fonctionnement du capitalisme, il a fini par devenir un des problèmes les plus graves. Un simple exemple suffit pour montrer l'importance de ce problème. Dans l'ensemble des pays qui composent l'OCDE, la dette publique nette est passée de 20,2 % du PIB, en 1980, à 42,4 % en 1994. Comme conséquence, la réduction du déficit public est devenue l'un des objectifs les plus importants de tous les gouvernements qui tendent à pratiquer une politique fiscale contraignante. Ils l'ont fait pendant la dernière récession, et ils sont en train de le faire pendant l'actuelle reprise. Les obstacles que trouve l'investissement sont aussi importants. A la chute du taux des bénéfices et à la réduction des rythmes de croissance de la demande globale, phénomènes caractéristiques de la phase récessive, s'est jointe la montée des taux d'intérêts réels à long terme. Ces taux, qui ont été très élevés pendant les années 80, sont descendus pendant les dernières années, mais en 1994 ils se trouvaient toujours autour de 4,5 points dans la communauté européenne et aux Etats-Unis, un pourcentage notablement supérieur à celui enregistré avant la crise économique.
Réduire l'inflation
Les très hauts taux d'intérêts réels sont une conséquence logique de la politique monétaire stricte qui s'applique dans la plupart des pays qui ont comme objectif de réduire l'inflation, de stabiliser les taux de change, mais ils sont aussi une conséquence de l'énorme hypertrophie financière qui a été engendrée. Une seule donnée suffit pour mesurer l'importance du phénomène : le passif extérieur des 7 pays les plus industrialisés qui en 1980, n'arrivait pas à 2 billions de dollars, en 1993, a dépassé les 9 billions de dollars. Bien sûr, les actifs extérieurs ont crû avec la même intensité, mais ceci ne réduit pas la gravité du problème. Il s'est créé alors un volume énorme de capital financier qui se déplace d'un pays à l'autre à la recherche des profits de la spéculation ou d'une plus forte rentabilité, ce qui, ajouté à l'existence d'un problème de financement général, force les taux d'intérêts réels vers le haut. Il est prévisible qu'aucun de ces facteurs ne va s'améliorer dans un futur prochain. C'est pourquoi les taux d'intérêts réels continueront à être élevés. Combiné à la faiblesse de la consommation et à la reprise insuffi-
OCDE EUROPA Y USA
60 г 50 40 -30 20 1975 1980 1985 sante du taux de profit, on pourra conclure : il n'est. pas possible d'attendre que l'investissement devienne un moteur de la demande capable de soutenir la reprise. Pour le néolibéralisme, la croissance de la demande effective doit être poussée fondamentalement par les exportations. La libéralisation du commerce international, la recherche constante d'augmentation dans la compétitivité, les attaques contre les salaires et les conditions de travail, les politiques de rigueur monétaire internes, etc., n'ont d'autre objectif que de faciliter l'ouverture des marchés externes. L'accroissement du nombre d'exportations sera parallèle à celui de l'investissement, de la consommation et de la rente. La réussite de cette politique est incontestable, car, pendant la phase récessive, les exportations de biens et services ont augmenté plus que le PIB dans tous les pays industriels et, en conséquence, leur poids dans la demande totale a augmenté. Mais le problème, c'est que les marchés intérieurs des pays industriels ont aussi dû s'ouvrir aux marchandises et services de leurs compétiteurs avec comme résultat, l'augmentation aussi importante, voire, plus conséquente, des importations que celle des exportations. Conséquence, personne n'a amélioré sensiblement sa position dans la compétitivité internationale. Ceci a été reflété dans la balance des paiements par compte courant. Dans l'Union européenne, cette balance s'est améliorée en passant de 0,4 % du PIB pendant la période 19611973 à 1,3 % en 1994, et au Japon, même augmentent de 0,6 % à 2,7 %. Mais aux Etats-Unis, elle a empiré, puisque les pourcentages correspondants ont été de 0,5 % et -1,7 %. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la demande extérieure nette apporte seulement 0,9 point du PIB dans l'union européenne et 2,1 au Japon, par rapport à ce qu'elle apportait avant la crise. Dans le cas des Etats-Unis, l'apport est passé de positif à négatif. Les données sont alors
Dette publique (% PIB)
60 OCDE EUROPI USA 40 30 20 10 1990 concluantes. Le modèle de croissance basé sur l'impulsion des exportations qu'a essayé de mettre en pratique le néolibéralisme, a échoué. Autrement dit, les politiques de dépression de la demande intérieure n'ont pas pu impulser la demande extérieure. Le «village global» n'a pas mené à plus de croissance ni à plus de bénéfices dans les pays impérialistes pour la simple raison que chacun d'entre eux a essayé de gagner la course de la compétitivité et en conséquence aucun d'entre eux n'a obtenu un grand avantage. Le résultat est qu'aucune autre composante de la demande n'a pu se substituer à la faiblesse structurelle de la consommation privée produite par la crise économique et la politique néolibérale. Ainsi, à la «crise de l'offre», développée au début des années 70, on peut ajouter une crise de demande. Il est bien possible que le taux de profit ait pu être amélioré dans une certaine mesure, il est apparu un nouveau problème qui entrave aussi la sortie de la crise, l'insuffisance de la demande effective. Surmonter cette contradiction requiert qu'apparaisse une demande extérieure nette soutenue dans le temps, ce qui à son tour exige l'ouverture d'un nouveau marché. L'apparition de ce marché, n'est visible nulle part à court terme.
L'instabilité financière
L'avenir de la reprise est aussi menacé par l'hypertrophie financière créée pendant l'onde longue récessive, comme conséquence de l'énorme croissance de la dette des gouvernements et des entreprises, et des déséquilibres extérieurs des pays. Pendant les dernières années, les forts déficits publics et leurs financements propres ont amené à un endettement public qui n'a pas de précédent dans l'histoire du capitalisme. En 1993, la dette publique brute des 12 pays de la Communauté signifiait 66 % du PIB de l'ensemble
de la Communauté, ce qui représente un chiffre supérieur à 4 milliards de dollars. Dans cette même année, la dette nette du gouvernement des Etats-Unis était de 39,6 % du PIB, ce qui équivaut à 2,7 milliards de dollars. Si on ajoute les dettes des gouvernements des autres pays de l'OCDE, dont les pourcentages respectifs à leur PIB sont aussi très élevés, il n'est pas exagéré d'affirmer que les marchés des capitaux ont été grossis par des actifs émis par les Etats qui s'approchent de 10 billions de dollars. De cette manière, les Etats ont absorbé un très grand volume de capitaux qui se libéraient des sphères productives, et les ont mis en rentabilité dans un moment où ils ne pouvaient pas trouver une place facile en tant qu'investissement réel en raison de la chute du taux de profit. Rien que dans l'Union européenne, les intérêts de la dette publique se montaient en 1993 à 5,6 % du PIB de l'ensemble, ce qui suppose un chiffre proche de 350 millirds de dollars. A la dette publique, il faut ajouter celle des entreprises, qui a également augmenté et c'est sur ce pilier qu'a été bâti l'énorme édifice financier, produit de la multiplication du crédit : les Etats émettent de la dette, les entreprises ou les fonds d'investissement les achètent, en les finançant avec leur propre dette et cela successivement dans un processus sans fin. On invente de nouveaux types de titres et de nouvelles formes de financement dans un processus que l'on appelle «innovation financière», ce qui contribue à accroître de plus en plus le déficit, à faciliter la spéculation, etc.
«Les papiers fictifs» Le résultat, c'est que l'on a bâti une énorme montagne de papier, formée de ce que Marx appelait «des capitaux fictifs», sur la base du capital directement productif, ce qui a introduit une énorme instabilité dans le fonctionnement du capitalisme. L'hypertrophie financière a favorisé l'apogée des cotisations pratiquement dans tous les marchés des capitaux. Après le «krach» boursier de 1987, les indices de bourse ont augmenté de plus de 25 % en Italie et au Canada, plus de 50 % aux Etats-Unis, Allemagne et Royaume-Uni et plus de 100 % en France. De tous les pays industriels, c'est uniquement au Japon qu'ils ont descendu. Les très hauts niveaux de cotisations se traduisent dans de faibles rentabilités pour les capitaux financiers mais ceux-ci n'attendent pas d'obtenir des bénéfices par la voie de la rentabilité que payent les entreprises, sinon par les gains de capitaux produits de la spéculation. En somme, les niveaux de cotisations n'ont rien à voir avec la situation réelle des entreprises, ce qui amène à investir les propriétaires de capitaux financiers n'est pas la rentabilité réelle ou les structures de financement de celles-ci, mais un spéculation déchaînée. On obtient alors des marchés de capitaux surévalués, ce qui fait que l'ajustement des cotisations en bourse à la situation réelle du capitalisme reste à faire. Un événement quelconque peut déchaîner la crise. Dans un contexte de liberté absolue pour les mouvements internationaux des capitaux, l'hypertrophie financière s'est reflétée aussi dans les comptes extérieurs. Entre 1981 et 1993, le passif extérieur des sept plus grands pays industrialisés a été multiplié par 4 : il est passé de 2,3 milliards de dollars à 9,2 milliards. Bien que les actifs extérieurs aient fait autant, un volume énorme de capitaux spéculatifs se déplace dans les marchés internationaux en cherchant une rentabilité ou dans les marchés des capitaux ou en spéculant dans les marchés des changes. Le résultat est une grande instabilité des taux de change et que leur évolution ne correspond pas forcément à la situation réelle de balance des paiements et les gouvernements se voient dans l'impossibilité de contrôler la cotation de leur monnaie, vu la taille des fonds spéculatifs mis en jeu. Depuis décembre 1993 jusqu'en février 1995, c'est-à-dire avant que ne se déchaînent avec toute leur virulence les spéculations actuelles, le mark a été apprécié de 12,2 % face au dollar, le franc suisse de 13,1 % et le yen de 10,7 %, la livre sterling a été dépréciée de 6,8 % par rapport au mark, et la lire de 7,8 % pour ne mentionner que les plus importants. A tout ça, il faut ajouter le problème de la dette extérieure des pays du Tiers monde, qui, loin de se résoudre, devient de plus en plus grave. En 1986, cette dette montait à 1 037 milliers de millions de dollars, en 1994 elle avait augmenté jusqu'à 1 489, c'est-à-dire de presque 50 %. A ce volume, il faut ajouter 215 000 millions de dollars des pays de l'Est. Deux données additionnelles peuvent servir à montrer la gravité du problè-
Un futur très peu prometteur En 1994, le service de la dette extérieure des pays du Tiers monde montait à 203 000 millions de dollars, ce qui supposait 4,3 % du PIB de ces pays, pourcentage notablement supérieur à la croissance annuelle de celui-ci, et plus de la moitié de la dette correspond à des pays en difficulté pour faire face au service de la dette. La dette des pays du Tiers monde continue alors à être une bombe collée au système financier international et le Mexique, un des pays les plus touchés, mais pas le seul, a donné des signaux clairs.
L'instabilité financière crée de très sérieuses incertitudes sur le futur de la reprise, vu qu'elle n'est pas capable d'empêcher que se produisent des crises graves dans les marché des changes ou des capitaux, et qui finissent par se généraliser à l'ensemble de l'économie. La montagne de papiers est arrivée à un volume tel, et les spéculations sont si intenses que tout peut arriver. Même si elle ne donne pas lieu à de grandes convulsions, l'instabilité est garantie, ce qui assombrit l'avenir. Dans des projections à moyen terme faites récemment, l'OCDE prévoit un scénario propre à une phase récessive de longue durée. Dès 1997, jusqu'à l'année 2000, l'ensemble de la région se trouvera sur le chemin du PIB potentiel, ce qui suppose un taux moyen de croissance annuelle de 2,9 %. Si on prend en compte que pendant la récupération 1984-1990, le taux moyen annuel de croissance a été de 3,5 %, la conclusion est que la récupération actuelle sera sensiblement moins importante que la dernière. Si on ajoute l'optimisme obligé de l'OCDE, le résultat est un scénario de stagnation. Dans ces conditions, on n'a presque aucun espoir que le chômage soit réduit sensiblement, et ceci est même reconnu par l'OCDE qui prévoit pour l'année 2000 un taux de chômage pour l'ensemble de la région de l'ordre de 7,1 %, un pourcentage très proche de l'actuel. Telle est la conclusion la plus importante qu'il faut prendre : la reprise aura un effet minime sur le chômage, avec comme conséquence une aggravation des problèmes sociaux et politiques décisifs pour l'ensemble de ces pays. *
Madrid, mars 1995