Inprecor 1974–2004

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ECONOMIE

Une reprise superficielle

· Inprecor n° 391, mai 1995 · p. 14 · 926 mots

Économie mondiale

DOSSIER

Yes articles qui composent ce dossier posent, chacun à sa manière cette question : les succès remportés par la bourgeoisie sont-ils suffisants à l'émergence d'une nouvelle période d'expansion ? Sur le plan economique, le blocage des salaires, et la baisse de leur part dans le revenu national, sont dorénavant une évidence quasi-universelle. Aux Etats-Unis, cela ne date pas d'aujourd"hui, puisque la progression du salaire est pratiquement bloquée depuis le début des années 70 et que la reprise de la productivité des années 80 laisse les salaires loin à la traîne. En France, la rupture est facile à dater puisqu'elle correspond très precisement au tournant vers l'austerite du gouvernement Parti socialiste-Parti communiste, organisé par Delors en 1983. Les données presentees pour l'ensemble des pays imperialistes contirment qu'a quelques exceptions près, s'impose partout un modèle caractérisé par une baisse continue des salaires. La grande question est alors de savoir s'il s'agit d'une condition suffisante de retour à un dynamisme comparable à celui des années 60. Un premier élément de réponse se trouve du côté de la formation du profit. Le recul de la part des salaires - que l'on peut analyser comme une augmentation du taux d'exploitation — joue évidemment à la hausse des taux de profit. Mais, et c'est tout l'intérêt de l'article de Mary C. Malloy, le taux de profit n'est pas pour autant rétabli dans des proportions suffisantes. Il est en effet soumis à une pression constante d'une concurrence mondialisée qui pousse à une accumulation croissante sous forme d'introduction de nouveaux procédés, d'incessante modification des produits, et de mécanisation à outrance. La composition du capital tend à augmenter, les capacités de production sont en excédent chronique et doivent être très rapidement amorties, de telle sorte que le taux de profit, correctement calculé, ne montre pas de tendance à une remontée suffisante.

ECONOMIE de la rentabilité du capital) se paient d'un rétrécissement relatif des marchés. Jesús Albarracin en fait la démonstration détaillée et met également le doigt sur une autre contrainte qui pese de plus en plus fortement sur la mise en œuvre de politiques de relance, à savoir la montée des déficit budgétaires. Celleci fait d'ailleurs partie intégrante du impôts sur les revenus du capital, se prive des recettes correspondantes, alors même qu'il ne réussit pas à faire On retrouve ensuite le problème du développement d'un capital financier qui viendrait décourager des usages alternatifs plus rentables. a partir de l'idée qu'il existe un mouvement d'égalisation des taux de profit entre les secteurs réels et sphère financière autonome où l'argent pourrait faire de l'argent sans par la sphère productive. Les blocages de fond du capitalisme sont donc à chercher ailleurs que dans la montée des taux d'intérêt. Un autre élément se retrouve en filigrane dans les trois articles : c'est le poids du processus de mondialisation. La mise en concurrence directe des capitaux sur le marché mondial durcit en effet toutes les contraintes. Du point de vue de la rentabilité, la concurrence exacerbée pousse à la hausse. Du point de vue des débouchés, elle a pour effet de généraliser des politiques restrictives destinées à tenir les coûts salariaux pour chercher à exporter plus. La somme de ces politiques est évidemment une tendance récessive supérieure à l'effet direct au niveau national, ce qui explique la gravité

Les deux autres contributions au débat insistent plutôt sur les obstacles situés du côté de la demande : les bons côtés de l'austérité salariale (du point de vue modele néolibéral qui, en réduisant les demande. reculer significativement ses dépenses. l'accumulation du capital en lui offrant Mary C. Malloy refuse cette dichotomie financiers. C'est une approche originale qui permet de rompre avec l'idée d'une que les capitaux en question décrivent toutes les phases du cycle du capital et passent, d'une manière ou d'une autre, constamment la composition du capital l'humanité.* inattendue de la récession du début des années 90. On voit donc s'esquisser une synthèse qui considère le taux de profit comme un indicateur synthétique de la double condition du fonctionnement du capital, qui doit non seulement produire la plus-value mais également a réaliser. L'insuffisant rétablissement du taux de profit, ou en tout cas le fait que son amélioration ne suffit pas à alimenter la reprise, résulterait d'une dialectique récessive où l'austérité salariale et l'aiguisement de la concurrence se renforceraient, mêlant ainsi, de manière inextricable, des effets d'offre et des effets de Cette approche conduit logiquement à revenir sur la théorie des ondes longues pour insister sur l'un de ses éléments constitutifs : en choisissant de parler d'ondes longues et non de cycles longs, Ernest Mandel a voulu bien marquer qu'il n'y a aucune automaticité dans le passage d'une onde longue récessive à une onde longue expansive. Les conditions du retournement sont en grande partie extra-économiques, et ne peuvent se réduire à un simple rétablissement du taux de profit. Il faut redéfinir un environnement permettant au capitalisme d'assurer la compatibilité de ses exigences par nature contradictoires, et c'est à chaque fois une question historique ouverte de savoir si ces conditions vont pouvoir être mises en place (et à quel prix). La conjoncture actuelle illustre avec éclat ces difficultés. On est aujourd'hui en mesure d'assurer que la reprise ne peut déboucher sur une croissance stabilisée, et qu'elle sera assurément faible, contradictoire et incertaine. C'est l'essence même de la période historique que nous vivons. Le capitalisme voit périodiquement sa santé s'améliorer, mais cela ne le rend pas pour autant capable de résoudre les problèmes sociaux primordiaux comme le chômage et d'apporter une réponse satisfaisante aux besoins de

Maxime DURAND

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