L'explication la plus courante des problèmes économiques des Etats-Unis est l'incapacité du capitalisme industriel de faire face à la concurrence internationale. Mary C.Malloy, journaliste dans Against the current et enseignante d'économie à New York City discute cette thèse. Mary C. MALLOY
"argument central de la thèse
L de la «désindustrialisation»
Best que les industriels des Etats-Unis n'ont pas été capables, depuis le début des années 70, de contrecarrer la chute des coûts unitaires de leurs concurrents, aussi bien de ceux qui misent sur les «bas salaires» (Tiers monde) que de ceux qui misent sur les «hauts salaires» (Européens et Japonais). En fait, le capital américain a poursuivi une stratégie concurrentielle de «bas salaires». Plutôt que d'avoir recours à la formation publique et privée et aux investissements pour la recherche et le développement et pour de nouvelles infrastructures publiques, il a comprimé les salaires et augmenté le taux de chômage industriel. Avec l'illusion selon laquelle il existe des politiques économiques de capitalisme d'Etat («politique industrielle-planification indicative») susceptibles de reconstruire la base industrielle en faveur aussi bien du capital que du travail.
Au lieu d'adopter le modèle stratégique «interventionniste» qui aurait assuré le succès économique de l'Allemagne occidentale et du Japon, la politique de l'Etat aux Etats-Unis garantit la rentabilité des secteurs «improductifs» comme les secteurs financiers et militaires. L'abandon par Clinton de la politique de la croissance, promise lors de sa campagne électorale, au profit d'une politique monétaire rigoureuse et d'une réduction du déficit n'est que la dernière manifestation de la domination du capital financier sur la politique nord-américaine.
La thèse de «désindustrialisation» est très séduisante et semble saisir la réalité
ETATS-UNIS économique des vingt dernières années et en même temps indiquer le chemin d'une reprise économique qui augmenterait à la fois la rentabilité du capital et le niveau de vie des travailleurs. Toutefois, cette thèse est défaillante sur trois aspects essentiels.
Premièrement, la stagnation économique à long terme n'est pas fondamentalement un problème de compétitivité globale mais le résultat d'une chute aigue de profit moyen touchant tous les secteurs économiques et tous les pays capitalistes, laquelle chute a été provoquée par la tendance généralisée à la mécanisation de la production. Il y a des indices de plus en plus clairs qui prouvent que la compétitivité de l'industrie américaine est en train d'augmenter alors que la faiblesse de la croissance économique, le chômage structurel croissant et la diminution des salaires réels pour la plupart des travailleurs persistent et même s'aggravent.
Deuxièmement, le refus d'adopter une «politique industrielle» du capital n'est pas le résultat de la domination du «capital financier», mais de l'émergence d'un consensus parmi les milieux bourgeois internationaux, selon lequel le modèle américain de la relance industrielle sous le signe du «libre marché» est la voie pour accroître la rentabilité.
La crise économique actuelle est beaucoup plus sérieuse et le mécanisme de la reprise et d'une nouvelle «onde longue» est beaucoup plus difficile que la thèse de la «désindustrialisation» ne le suppose. Pour élever le taux moyen de profit à des niveaux garantissant une expansion réelle, il faut une destruction massive d'une partie importante du capital et un arrêt temporaire de la concurrence et des investissements.
Crise économique et
«désindustrialisation»
Personne ne peut nier que des secteurs de l'industrie manufacturière américaine ont subi des pressions concurrentielles très sérieuses depuis les années 70, ni que les niveaux et les conditions de vie des travailleurs se sont détériorés au cours des 25 dernières années. Rien que dans les années 80 l'emploi industriel a diminué de plus d'un million et les salaires réels horaires ont diminué constamment depuis 1979. Des concentrations ouvrières ont été détruites et des familles déracinées et affaiblies. La question essentielle est de savoir quelle est la cause fondamentale de cette dynamique : la position déclinante du capital industriel américain dans l'économie mondiale ou la stagnation des taux de croissance mondiaux à la suite de la chute du taux de profit moyen dans tous les pays industrialisés.
Marché mondial des exportations 1981 1985 Japon 9,0 % 10,7 % Allemagne 13,7 % 15,0 % Etats-Unis 13,8 % 10,5 %
Source : DRI/McGraw Hill, 1994.
Pour répondre correctement à cette question, il est nécessaire de distinguer les effets de la concurrence étrangère des effets de la chute moyenne du taux de profit (chute du taux de croissance) à l'échelle mondiale sur l'emploi industriel aux EtatsUnis. D'abord, le déplacement du poids économique du secteur industriel vers celui des services est un processus de longue haleine qui remonte à la fin du siècle dernier, et qui a opéré dans les ondes longues aussi bien d'expansion que de stagnation. Alors que le taux d'emploi global dans les services et celui de l'industrie étaient à peu près les mêmes en 1879 et ont augmenté dans la même proportion de 1879 à 1919, de la fin du XIXème siècle à 1950 le taux de la production industrielle n'a augmenté que de 6 % alors qu'il a diminué par rapport à celui des services. Depuis 1950, le taux de l'emploi industriel a chuté en terme absolu. De 1950 à 1970 (onde longue d'expansion) l'emploi industriel est tombé de 34 % à 27,4 %. Dès que l'onde longue de stagnation a commencé, le déclin s'est accéléré. En 1990 le taux de l'emploi industriel était tombé à 17,4 %.
Le déclin de l'emploi
Le déclin à long terme de l'emploi industriel ne comporte pas automatiquement une diminution en terme absolu de postes de travail. De 1950 à 1970, alors que le taux a diminué, le nombre de postes de travail dans l'industrie a augmenté de 27 % . Quelle est l'explication de la perte absolue des postes de travail dans l'industrie pendant l'onde longue de stagnation ? Des économistes ont expliqué que le nombre de postes de travail pouvait continuer à croître malgré la perte d'une partie du marché à l'avantage des sociétés étrangères à la condition qu'il existe une croissance d'ensemble de la demande. Pour ce qui concerne les années 70, les économistes de la Brookings institution ont estimé que le taux de croissance de la période de stagnation aux Etas-Unis avait provoqué une diminution de 1 % de l'emploi industriel, alors que les effets du commerce extérieur avaient entraîné une augmen-
Station de l'emploi de 2,1 %. Dans le cas de l'industrie automobile sévère-
1993 ment frappée, la même
8,5 % étude estime que 20 % de la chute de la production
10,4 % américaine peut être attri-
13,7% buée à la balance commerciale négative de la période, alors que 80 % est la conséquence du déclin global des ventes. Pour sa part, l'économiste radical Arthur Mc Ewan a estimé que les Etats-Unis auraient pu vendre 700 000 voitures de plus en 1984 si la vente globale était restée au niveau de 1978 même si le taux des importations avait augmenté de 18 % en 1978 à 23 % en 1984. En outre, des économistes ont remarqué que le dollar surévalué, résultat du financement du déficit et non de la concurrence étrangère, a réduit de 10 % l'emploi dans le secteur de l'automobile et de l'acier.
Ces études montrent que l'argument «désindustrialisation» n'est pas très substantiel pour la période 1970-1984. Il est encore plus faible en ce qui concerne la dernière décennie. La perte de postes de travail, notamment depuis la fin des années 80, semble être l'effet combiné d'une augmentation plus accentuée de la productivité (capitalisation de la production) et de la persistance d'une croissance ralentie de la demande à l'échelle mondiale, à la suite de la chute du taux moyen du profit. Autrement dit, l'emploi industriel stagne en termes absolus parce que les effets de destruction de postes de travail provoqués par le remplacement du travail par le capital (ce qui améliore la compétitivité des Etats-Unis) ne sont pas compensés par les effets de création de postes de travail par un niveau de consommation plus élevé. Les sociétés augmentent l'intensité de la production dans les opérations en cours, mais ne créent pas de nouvelles capacités de production. Cette tendance se traduit par de nouvelles formes d'investissement global.
Alors qu'en 1994 le taux de l'investissement fixe brut (global) des non-résidents par rapport au PIB était le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, l'investissement net anticipé (expansion de la capacité industrielle) n'était que de 25 % du PIB, le plus bas depuis la guerre. La chute du taux de l'investissement net s'explique par le fait que les hommes d'affaires, aussi bien dans l'industrie que dans les services, investissent plus dans les équipements de courte durée que dans des structures de plus longue durée. Qui plus est, les capitalistes sont en train de restructurer et d'améliorer les potentiels existants
(retrofitting) pour faire face aux concurrences interne et externe plutôt que de se doter d'un potentiel nouveau et de développer l'emploi.
Ce boom de l'investissement semble avoir eu un effet positif sur la compétitivité industrielle américaine. Depuis la fin des années 80, la productivité industrielle a augmenté de 5 % par an et la productivité dans l'automobile de 10 %, ce qui paraît presque incroyable. De 1987 à 1992, les exportations de biens de consommation durables ont augmenté de 97 % alors que les importations n'ont augmenté que de 34 %. Le réajustement du taux de change pendant cette période a stimulé la croissance des exportations, mais les gains de productivité réels ont joué aussi un rôle essentiel. Au début des années 80, pour produire une tonne d'acier il fallait environ 30 % d'heures de travail de plus qu'en Allemagne et au Japon. En 1993 la moyenne était inférieure de 10 %. Comme l'indique le tableau qui suit, l'industrie américaine a reconquis une partie des marchés de l'exportation qu'elle avait perdus dans les années 70.
La restructuration de la production, combinée à une reprise économique conjoncturelle lente, difficile mais réelle, a attiré l'attention des politiciens de Washington. Certains aspects des modèles japonais et allemand de la «planification industrielle» — que Clinton et ses conseillers Reich et Tyson ont trouvé si excitant il y a cinq ans (et qui a incontestablement aidé ces pays au moment où l'économie mondiale était en croissance) - apparaissent aujourd'hui encombrants et bureaucratiques dans une période où la demande exige une flexibilité accrue et une adaptation pénible à des marchés instables. Marché financier obstacle ?
La thèse de la «désindustrialisation», selon laquelle la politique du «libre marché» de l'administration représenterait la domination du capital financier, se base sur deux postulats. D'abord, que les intérêts du capital financier sont tout à fait conflictuels avec ceux du capital industriel. Ensuite, le capital financier aurait le poids économique pour obliger Clinton à abandonner l'orientation interventionniste qu'il avait promise. Or, il est difficile de défendre l'idée que le secteur financier et le secteur réel (industriel) sont si clairement conflictuels, économiquement et politiquement. Les entreprises industrielles constituent encore une partie importante des clients du secteur financier. Et les trente dernières années ont confirmé une interpénétration accrue des groupes financiers
et des groupes industriels par le biais des conseils d'administration imbriqués. Il est vrai que les ressources allant vers le secteur financier se sont considérablement accrues, mais en réalité cette tendance avait commencé vers la moitié du XIXème siècle. L'impression selon laquelle le profit important réalisé par des instruments financiers sophistiqués et les salaires élevés des dirigeants du secteur financier démontreraient l'existence de «super-profits monopolistiques» n'est basée sur aucune autre preuve que les gains dans le secteur des finances sont dans l'ensemble supérieurs à ceux réalisés dans le secteur productif. Il est raisonnable d'estimer, dans une période où le potentiel de production peut s'adapter aux revenus moyens (entrée de nouvelles entreprises et de nouveaux investissements), qu'il y ait une égalisation du taux de profit entre le secteur productif et le secteur financier plutôt qu'un maintien d'un revenu financier plus élevé. En d'autres termes, des années de pertes succèdent à des années de profits normaux aussi bien dans le secteur financier que dans le secteur «réel». Le secteur financier doit alors connaître le même réajustement cyclique et structurel de concentration et centralisation du capital et de mécanisation que le secteur industriel. Le développement dans le service financier américain au cours des huit dernières années répond à cette attente en matière de service.
La politique de la Banque fédérale
De même, la vague de fusion et d'achat, ainsi que la réduction des dimensions des entreprises et la réduction des dépenses en rapport des possibilités limitées de réaliser des profits ont balayé Wall Street. Finalement, il n'est pas évident que la politique monétaire de la Banque fédérale américaine pendant les quatre dernières années n'ait fait que favoriser les intérêts étroits du capital financier. La Banque a établi une réduction du taux d'intérêt à court terme entre 1991 et début 1994, et dans les systèmes bancaires, a limité l'impact des mauvais prêts accordés dans les années 80. Des profits substantiels ont été réalisés grâce à la différence entre les coûts de fonds bancaires et les gains plus élevés des bons du Trésor à long terme. Les bas taux à court terme, ont aidé aussi le capital industriel. Les taux d'intérêt à long terme sont tombés en même temps que les taux à court terme en réduisant ainsi les coûts financiers du capital industriel et contribuant en partie au petit «boom» conjoncturel dans l'investissement des capitaux.
De la même façon, les restrictions au crédit que la Banque fédérale a opérées, à plusieurs reprises en 1994 ne visent pas essentiellement à limiter les investissements productifs et la croissance économique même si on peut aboutir sans le vouloir à un tel résultat. En revanche, de telles restrictions ont constitué une tentative réussie d'arrêter la frénésie spéculative sur les marchés des obligations. Des sociétés financières et non-financières et des gouvernements locaux (Orange County en Californie en a été l'exemple le plus spectaculaire) encaissaient la différence entre les emprunts à des taux d'intérêts bas à court terme et l'investissement dans des obligations du Trésor à long terme aux rendements plus élevés. En février 1994 la Banque fédérale a décidé de freiner ce processus et les taux à court terme ont commencé à augmenter.
Les spéculateurs ont dû payer pour leurs emprunts plus qu'ils ne recevaient sur leurs investissements. L'action de la Banque fédérale contre la recherche de revenu à deux chiffres par des stratégies financières sophistiquées (au moment où les instruments financiers sous-jacents n'assuraient au mieux que des revenus à un seul chiffre) a provoqué la pire année sur le marché des obligations depuis les
Alors que toute une série de sociétés de New York annonçaient des licenciements à cause des pertes enregistrées en matière d'obligations et des dérivés, il est possible que le président de la Banque fédérale Greenspan ait accentué la relance conjoncturelle du secteur «réel» en éliminant la possibilité très concrète d'une panique financière. De même, il est difficile d'expliquer par la thèse de «l'hégémonie financière» l'attitude désinvolte de la Banque fédérale en ce qui concerne la chute récente du dollar. Au lieu de s'empresser de consolider par des taux d'intérêt plus élevés la valeur des investissements libellés en dollar, la Banque fédérale s'efforce de nouveau d'accroître l'expansion par la stabilité des taux et le soutien à la croissance des exportations et des investissements étrangers à la suite du bas taux de change du dollar.
Si le capital financier n'est ni antagonique au capital industriel ni ne dispose d'une hégémonie économique, comment peut-on expliquer qu'actuellement le gouvernement mise exclusivement sur la politique monétaire (en excluant les stimulants fiscaux) pour gouverner l'économie ? La politique «anti-inflationniste» fait partie d'une stratégie d'ensemble basée sur le marché pour promouvoir la compétitivité du capital américain aussi bien nationalement qu'internationalement. Cette stratégie fiscale, notamment de réduction du déficit, vise à éliminer toute possibilité pour les entreprises de survivre sans réduire leurs coûts et sans augmenter leur productivité, en stimulant ainsi la rentabilité et la compétitivité capitalistes. Cette stratégie est poursuivie sous des formes multiples. Premièrement, les dépenses publiques pour l'Etat Providence et d'autres formes de soutien aux revenus sont en train d'être réduites dans l'espoir que les ressources soient finalement utilisées dans des buts «productifs» par la réduction des impôts des hommes d'affaires et des classes moyennes. Ainsi les déficits et les payements des intérêts vont diminuer en allégeant le fardeau fiscal et en opérant un transfert de revenus des détenteurs des obligations des bons du trésor aux contribuables capitalistes «productifs».
Deuxièmement, la réduction des stimulants fiscaux directs a limité la demande intérieure des biens d'importation pendant la reprise conjoncturelle (pourvu que la demande globale augmente à l'extérieur), ce qui contribuera à diminuer le déficit commercial. De 1987 à 1991, ce déficit a diminué de 86 % à la suite de l'affaiblissement du dollar et du ralentissement de la demande globale intérieure. Depuis 1993, au fur et à mesure que la reprise économique conjoncturelle s'est précisée, le déficit commercial a augmenté de nouveau sérieusement puisque la relance au Japon et en Europe a été insuffisante.
Finalement, et c'est le facteur le plus important, les restrictions dans les dépenses de l'Etat imposent à tous les capitalistes une stricte discipline du marché. Les mesures inflationnistes nécessaires pour financer la création d'emplois et la formation, le développement infrastructurel, le réaménagement des villes ou les diminutions d'impôt en faveur de la classe ouvrière et de la classe moyenne, permettront à des capitalistes produisant à des coûts très élevés d'être encore rentables à court terme, en exploitant le décalage entre prix à la hausse et coût de revient.
La rentabilité dans un monde keynésien
Après que «la manie» de fusion et d'achat des années 80 ait éliminé certains des capitalistes les moins compétitifs et obligé ceux qui subsistaient à organiser la production et à réduire leurs coûts, il y a eu parmi les capitalistes un consensus en faveur d'une réelle austérité fiscale visant à intensifier la concurrence et à permettre la «survie» des plus «aptes», c'est-à-dire ceux qui étaient capables de produire au moindre coût. Puisque l'inflation a permis de réaliser des profits globaux (et non des
..MONSIEUR TRANSFORMATION STRUCTLIKELE HiP HO. taux de profit) proches des niveaux records, il apparaît clair que le gouvernement Clinton a été inspiré non par des intérêts spécifiques, mais par la logique de la concurrence capitaliste.
Si l'histoire peut donner des leçons, une relance généralisée de la rentabilité, qui serait la base d'une «onde longue d'expansion», se heurte aujourd'hui à un certain nombre d'obstacles principalement d'ordre économique et non politique. La montée des taux de profit qui a mis fin aux deux dernières ondes longues de stagnation dans les années 1890 et 1930 a été déterminée par deux conditions cruciales. La première a été une forte augmentation de la masse globale des profits par un déplacement de revenus des travailleurs vers les capitalistes. Le deuxième facteur est l'allégement des intenses pressions concurrentielles qui amènent les entreprises à moderniser le processus de production et à diminuer leurs coûts. Cet allégement a permis aux capitalistes d'accroître considérablement les revenus de leurs investissements.
Accroître les revenus des investissements
A l'heure actuelle, la première condition d'une relance est en train de se produire lentement, et elle ira sûrement en s'accélérant dans les prochaines années en l'absence d'une riposte ouvrière. Les sociétés ont diminué les salaires réels, et ont utilisé de plus en plus des travailleurs temporaires. Parallèlement, elles ont augmenté leur productivité par l'intensification du travail et l'automatisation de la production. La politique du gouvernement visant à réduire l'allocation aux chômeurs et les frais sociaux a aidé les entreprises à comprimer les salaires réels en accentuant la concurrence parmi les travailleurs. Les capitalistes ont réduit les dépenses pour la sécurité sociale sans qu'il y ait une «concurrence geree» par le gouvernement La restructuration de l'industrie de la santé (notamment le nombre accru des organismes de santé qui limitent leurs dépenses) permet de faire les économies dont les capitalistes ont besoin. Force est de constater que l'offensive des patrons et l'austérité gouvernementale ont atteint leurs buts : la productivité augmente, les salaires réels stagnent ou chutent et la masse globale de profit s'accroît.
Néanmoins, la seconde condition, c'est-à-dire l'arrêt de la concurrence capitaliste limitant les besoins d'investir dans des équipements plus productifs, n'est pas à l'ordre du jour. Les entreprises sont en train de réexploiter les potentiels existants à un niveau très élevé d'intensité du capital. Les efforts pour réaliser des économies au niveau des investissements ne peuvent pas être généralisés. En dépit de la forte augmentation de la masse globale du profit par les gains de productivité et la réduction des salaires, le taux global du profit, adapté aux fluctuations à court, moyen et long terme de l'exploitation du potentiel en place, n'est pas en train d'augmenter.
Si la faiblesse de la demande était la cause sous-jacente de la chute de rentabilité, alors le réajustement n'amènerait pas à une tendance à la baisse, ce qui se produit. Cela renforce la conclusion selon laquelle la chute de la demande intérieure est un effet et non la cause de la chute du taux moyen de profit.
Si la diminution du coût n'a pas provoqué une augmentation du taux de profit suffisamment supérieure au taux d'intérêt pour stimuler une onde longue d'expansion, elle a empêché une chute ultérieure. L'effort de réduire constamment le coût par la mécanisation et par la compression des salaires réels ne peut que s'accroître dans les prochaines années, dans la mesure où le Japon et l'Allemagne rationalisent leur économie pour riposter à la nouvelle efficacité des Etats-Unis. En l'absence d'une crise financière au niveau mondial qui «arrêterait la musique» pour quelques années, les pressions concurrentielles subsisteront. Dans le cas d'un écroulement global, les banques centrales et les gouvernements capitalistes mettraient probablement sur pied un plan permettant de maintenir à un niveau acceptable la demande solvable et les mécanismes du marché.
Malgré l'adoption par les capitalistes de politiques «anti-étatiques» au cours des vingt dernières années, les gouvernements n'ont pas complètement abandonné des politiques keynésiennes permettant d'éviter l'écroulement de la demande solvable et la dépression qui s'ensuivrait. Toutefois la capacité des gouvernements capitalistes d'échapper à une catastrophe économique (et la menace politique d'un chômage massif) renvoit cet allégement qui déterminerait une forte hausse du taux global de profit.
Crise du réformisme
L'échec de la politique industrielle du gouvernement du parti démocrate est une manifestation de la crise d'ensemble du réformisme. De même que la social-démocratie européenne au cours des vingt dernières années, le régime de Clinton paye le prix du rétrécissement de la marge de manœuvre d'une politique visant à bénéficier en même temps au capital et au travail. Les travailleurs se sont éloignés de Clinton comme ils se sont éloignés de la social-démocratie européenne, parce qu'il a fait des promesses qu'il ne pouvait pas tenir dans la situation économique actuelle. Il est fort probable que la même chose arriverait aux Républicains.
Si l'on ne veut pas que les échecs du libéralisme et du réformisme (et même du courant fondamental du conservatisme) amènent à un déplacement plus accentué vers l'extrême-droite (Perot ou pire), la gauche américaine doit construire un mouvement de la classe ouvrière et des autres couches opprimées qui s'affronte aux profits capitalistes.
Une nouvelle gauche anticapitaliste devra promouvoir le militantisme, nourrir la solidarité et l'indépendance politique de toutes les luttes. Seules des luttes massives permettront de défendre les conquêtes du passé, d'arracher des conquêtes nouvelles de stimuler une prise de conscience radicale et l'organisation. Tout en luttant pour des revendications transitoires visant à redistribuer les revenus aux travailleurs, à réorienter les investissements au bénéfice des communautés démunies et à taxer tous les capitalistes, la gauche doit expliquer que ces mesures ne constituent que des solutions à court terme dans un monde où le capital est libre de se déplacer et où les profits sont plus élevés. Ceux qui militent pour le socialisme doivent stimuler la formation de réseaux internationaux pour empêcher la fuite des capitaux et contrecarrer la concurrence entre travailleurs à l'échelle mondiale. En dernière analyse, aucune amélioration du niveau de vie ne sera garantie aussi longtemps que la domination du capital et la logique du profit ne seront remplacées par l'action démocratique des travailleurs.*