Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

La confession d'Adolfo Francisco Scilingo

Inprecor n° 391, mai 1995 · p. 4 · 460 mots

Pagina : Lorsque vous parliez entre vous de ces opérations, que disiez-vous ?

Scilingo : On appelait ça un vol. C'était normal, même si, aujourd'hui ça paraît aberrant. (...) Quand j'ai reçu l'ordre je suis allé dans la cave où étaient rassemblé ceux qui allaient faire partie du vol. Il ne restait personne en bas. On leur a dit qu'on allait les transférer dans le Sud et qu'avant on allait les vacciner. Et on leur a fait un vaccin, enfin je veux dire qu'on leur a injecté une dose de sédatif, pour les abrutir.

• Qui leur faisait l'injection ?

Un médecin de la marine. Après, on les a chargés dans un camion bâché vert de la marine. On est allé à l'aérodrome et on est entré par derrière. On a chargé ces subversifs comme des zombies et on les a embarqués à bord de l'avion.

• Qui a pris part à ces opérations ?

La plupart des officiers de la marine ont fait un vol. Tout le monde y participait à tour de rôle. Une sorte de communion.

• Comment réagissaient les détenus quand on leur parlait du vaccin et de leur transfert ?

Ils étaient contents.

• Ils ne soupçonnaient rien ?

Absolument rien. Aucun d'entre eux n'avait conscience qu'il allait mourir. Après le décollage, le médecin qui était à bord leur faisait une seconde injection, un calmant extrêmement puissant. Ils sombraient dans un sommeil profond.

(...) Pendant qu'ils étaient inconscients, on les déshabillait, et quand l'avion se trouvait au large de Punta Indio, sur ordre du commandement, on ouvrait la porte et on les jetait nus, un par un. Voilà comment ça se passait. C'est une histoire sinistre mais viridique, et personne ne peut dire que c'est faux. Les appareils étaient des Skyvan de la préfecture maritime et des Electra de la marine. Moi, ça m'a rendu si nerveux que j'ai failli tomber dans le vide. J'ai glissé et on m'a rattraper

• A combien estimez-vous le nombre de personnes assassinées de cette façon ?

Entre 15 et 20 chaque mercredi (...) Pendant deux ans.

• Quel type de personnel de la marine participait à chaque vol ?

Dans la cabine, il y avait l'équipage habituel de l'avion.

• Et avec les prisonniers?

Deux officiers, un sous-officier, un quartier-maître et un médecin. Lors de mon premier vol, le quartier-maître de la préfecture ignorait tout de la mission. Quand, une fois à bord, il a compris ce qu'il devait faire, il a piqué une crise de nerfs. Il a éclaté en sanglots. !! n'entendait plus rien. Il bégayat. Je ne savais pas comment me comporter face à un homme de la préfecture dans un tel état.

* Extrait de Pagina 12, mars 1995

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