Un an après la formation du gouvernement d'unité nationale la «nouvelle Afrique du Sud» est en train de se dessiner. Cela malgré le fait que l'Assemblée constituante n'est qu'au premier stade de rédaction de la constitution, que beaucoup de projets du Programme de développement et de reconstruction (RDP) sont encore au stade de la planification et que la réintégration de l'Afrique du Sud dans l'économie mondiale est en train d'être négociée. Mark HARPER
Be jugement du rapport annuel
L
du Fonds monétaire international (FMI) est révélateur : «le cours du débat sur la politique économique en Afrique du Sud a été extraordinaire. Il y a 18 mois la discussion était centrée sur l'intervention du gouvernement, les programmes de travaux publics et les nationalisations. Actuellement la discussion est centrée sur la discipline fiscale, le commerce en tant que stimulant de la croissance et les privatisations» (Sunday Time, 9 avril 1995). Ce n'est pas seulement au niveau de «l'économie politique» que nous pouvons saisir ces changements d'une orientation émancipatrice à une orientation politique plus traditionnelle. Cela se reflète également dans l'évolution du RDP et d'autres orientations sociales du gouvernement concernant l'héritage de l'apartheid.
C'est la très calomnieuse Winnie Mandela qui a mis le doigt sur le vrai problème, lorsque aux obsèques d'un policier noir elle a demandé d'une façon rhétorique à la direction de l'ANC de prouver «si nous sommes au pouvoir ou tout juste au gouvernement» ? Elle n'était pas seulement en train de toucher un point sensible pour l'ANC — ce qui devait finalement aboutir à son exclusion du gouvernement — mais soulignait également un fait évident, que ses anciens camarades de la
• AFRIQUE DU SUD M au pouvoir direction de l'ANC et ses alliés (SACP et COSATU) ne voulaient pas aborder, à savoir des postes au gouvernement, bien que nécessaires, ne constituent pas une condition suffisante pour assurer la transformation de la société sud-africaine.
Ce qui était implicite dans l'agitation ouverte de Winnie Mandela contre le gouvernement, c'est une autre question peutêtre encore plus importante, que son ancien mari avait posée au début de la dernière conférence de l'ANC : « On ne saurait rejeter la méthode qui utilise le processus de négociation pour établir une tête de pont au niveau du pouvoir. Le défi auquel nous devons faire face est de savoir si nous serons effectivement capables d'utiliser les nouvelles positions pour déterminer une transformation fondamentale». Un an plus tard un bilan peut être tiré.
La dilution du RDP
Le RDP a été conçu au départ par la COSATU comme le moyen de garantir qu'une fois au pouvoir l'ANC respecte son engagement de satisfaire les besoins sociaux des masses opprimées. Il est devenu par la suite le manifeste électoral de l'ANC. En fait, ce document dans sa version finale comprenait des idées centristes et même conservatrices. Dans son discours après la victoire électorale Nelson Mandela avait expliqué aux autres partis membres du gouvernement d'union nationale que l'ANC en tant que parti du gouvernement n'aurait toléré aucune opposition au RDP. Au lieu de rejeter ouvertement le RDP, les représentants des classes dominantes qui s'y opposaient ont tenté d'exploiter ses ambiguités pour justifier leurs orientations politiques et économiques. Par exemple, le patron de l'industrie automobile et certains fonctionnaires du gouvernement lors de la grève du NUMSA (syndicat des métallurgistes) en 1994 ont brandi le RDP contre les grévistes en expliquant que la perte de production mettait en cause sa réalisation. Le même argument est avancé aujourd'hui pour amener les habitants des banlieues à arrêter le boycott du paiement des services municipaux.
Les aspects conservateurs du RDP ont été renforcés lors des marchandages pour adopter le RDP comme politique du gouvernement. Comme De Klerk l'a dit, «le RDP n'est plus le programme de l'ANC mais le programme de nous tous». Les changements introduits étaient si importants, que la COSATU a éprouvé le besoin de mettre en garde contre le danger que le RDP ne se réduise à un amortisseur de l'impact du chômage et de la pauvreté.
La conséquence de la version finale du RDP a été que ce dernier est devenu prisonnier d'une politique économique et conservatrice qui a mis l'accent sur la dis-
cipline fiscale, la réduction des dépenses gouvernementales et la promotion d'une croissance basée sur les exportations, la réduction de l'inflation, la libéralisation du commerce et la création d'un climat favorable aux investisseurs.
Cette approche conservatrice est soulignée par la décision du gouvernement de ne pas baser la réalisation du RDP sur une augmentation des dépenses gouvernementales. La portée de ce repli est apparue clairement lorsque le gouvernement a projeté de réduire ses dépenses pour les cinq prochaines années de 17 % à 20 % du Produit national brut (PNB). Le financement direct du RDP par le budget de l'Etat, combiné au contrôle nécessaire du déficit budgétaire, auraient comporté une redistribution importante du revenu en faveur des ouvriers et de l'Etat. En revanche le gouvernement a proposé de collecter les fonds pour le RDP par la privatisation des propriétés de l'Etat. Au début, la privatisation était projetée pour des terres de l'Etat et des bâtiments gouvernementaux, etc. Maintenant on projette aussi la privatisation des services publics essentiels. Cela a provoqué des manifestations de protestations de la part des postiers et des cheminots. La bataille pour la privatisation a été menée avant tout par le vice-ministre des Finances, Alec Erwin, vieux syndicaliste et socialiste de gauche. Par un tournant à 180° Erwin, qui avait joué il y a quelques années un rôle central contre l'introduction de la TVA, explique aujourd'hui que la privatisation des entreprises de l'Etat représente un meilleur moyen de réaliser les objectifs du RDP que la distribution gratuite des produits de première nécessité. Et quand il prône de baser le RDP sur la croissance économique il confirme la thèse du gouvernement selon laquelle la prospérité des affaires constitue le moteur de sa réussite. Au service des investisseurs
La caractéristique majeure de la politique économique du gouvernement est de créer un climat favorable aux investisseurs. Voilà pourquoi on se préoccupe de la violence permanente, du taux élevé de criminalité, de la menace de la police en grève pour l'augmentation des salaires et des étudiants qui boycottent les cours dans de nombreux établissements scolaires.
Toujours dans le souci de favoriser les investissements étrangers le gouvernement a adopté une politique de libéralisation du commerce. Il a signé l'accord du GATT qui exige l'ouverture du marché, et s'est engagé à éliminer rapidement les tarifs commerciaux et douaniers. Le ministre du Commerce et de l'Industrie, Trevor Manuel, est même allé plus loin que la privatisation brutale exigée par les institutions internationales, ce qui a provoqué des manifestations des ouvriers du textile et de l'automobile dont l'emploi est menacé. C'est le même Manuel qui a rejeté l'idée d'introduire une législation anti-trust qui, d'après lui, entraverait la capacité du patronat sud-africain à être compétitif sur le marché mondial.
Le but sous-jacent de la politique économique gouvernementale est d'attirer des investissements étrangers et nationaux importants comme moyen pour assurer le développement. Le secteur privé est encouragé à investir dans le bâtiment, dans l'infrastructure (canalisation, électricité, télécommunications, etc.) En d'autres termes, le gouvernement veut garantir des taux de profit élevés, ce qui pose le problème du coût du travail. Le patronat se plaint d'une faible productivité du travail ; selon lui l'Afrique du Sud ne pourra être compétitive sur le marché du travail sans réaliser en même temps une réduction des salaires et une augmentation de la production.
La volonté de limiter les augmentations des salaires est apparue à l'occasion des négociations annuelles pour les salaires, les patrons exigeant que les augmentations soient inférieures aux taux d'inflation même au risque de faire saigner leurs industries. Cela a été particulièrement vrai lors des deux principales grèves des deux dernières années (automobiles et supermarchés Pick'n Pay).
C'est pourquoi, s'il est étonnant que le président Mandela ait choisi le Congrès de la COSATU pour demander aux ouvriers de serrer leurs ceintures, l'appel aux travailleurs pour qu'ils limitent leurs revendications salariales de la part du représentant du gouvernement d'unité nationale ne l'est pas.
Une autre atteinte à la satisfaction des besoins populaires a été la politique de rigueur monétaire appliquée par la Reserve Bank independante. Malgré une croissance économique anticipée de plus de 3 % pour l'année en cours, le gouverneur de la Banque centrale a augmenté deux fois le taux d'intérêt et en projette deux autres pour cette même année.
Au mois de mars le ministre des Finances, Liebenberg, a présenté le premier budget du RDP qui n'autorise aucun optimisme. S'il tient compte de l'inflation et de la croissance de la population, ce budget ne comporte aucune augmentation des dépenses sociales pour la santé, l'éducation, etc. L'objectif de ce budget est d'encourager les affaires afin de réaliser une croissance économique et dans ce cadre on aborde les problèmes du chômage et de la pauvreté. Le monétarisme, l'austérité salariale, l'accroissement de la productivité, la libéralisation du commerce, les privatisations et la croissance basée sur les exportations sont devenus les traits essentiels de la politique économique du gouvernement. Pour utiliser l'expression du quotidien conservateur Financial Mail, la plus grande vertu du RDP est la «modestie».
Que sont devenues les promesses sociales du RDP?
L'un des projets présidentiels qui a été réalisé avec le plus de succès est celui de la distribution de nourriture dans les écoles : 5,5 millions d'enfants en auraient bénéficié en recevant un sandwich correspondant à 25 % des besoins quotidiens d'un enfant. Les soins gratuits pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 ans sont considérés comme un autre succès du projet présidentiel (qui coûterait 485 millions de rands, bien qu'il ait provoqué des tensions dans le service de santé). Le projet de fourniture d'eau potable, tout en étant encore au stade préparatoire, a commencé à se développer : il en prévoit la distribution à 1.4 million d'habitants de différentes communautés rurales.
On a prêté beaucoup d'attention au programme de construction de logements présenté comme l'un des projets les plus ambitieux du RDP. Fin février on n'avait achevé que 876 logements, destinés à des personnes à revenu élevé susceptibles de présenter des garanties financières pour obtenir des subsides gouvernementaux. L'une des raisons de la lenteur de la construction des maisons a été le retard dans la définition d'un mécanisme de garanties de la part des constructeurs sans lesquelles les banques ne sont pas disposées à financer des projets pour des logements à bon marché.
L'annonce récente par le nouveau commissaire de police, George Fivas, selon laquelle des fonds du RDP seraient utilisés pour construire davantage de com-
missariats de police indique symboliquement dans quelle mesure le RDP est en train de perdre son contenu progressiste.
La conférence de l'ANC
Le défi de la 49° conférence de l'ANC tenue au mois de décembre 1994 consistait à voir s'il était possible de contrecarrer la tendance à reléguer les revendications populaires à la dernière place de l'ordre du jour du gouvernement et d'esquisser une stratégie visant à donner la priorité aux intérêts des masses opprimées dans cette période de transition.
Avant la conférence il existait au sein de l'ANC une certaine tension. Les gens se plaignaient que les dirigeants une fois devenus des personnages haut placés perdent le contact avec les masses. Notamment, il y avait un mécontentement provoqué par la lenteur dans l'application du
Toujours est-il que la conférence a été une célébration de la victoire électorale plutôt qu'un forum où les délégués de base pourraient exprimer leur soucis.
Des discussions sur la stratégie et la tactique il est ressorti qu'il fallait continuer la lutte pour faire progresser et approfondir le processus de transformation :«Notre victoire décisive aux élections d'avril a été l'avancée la plus décisive dans l'histoire de notre lutte pour la libération nationale, l'objectif fondamental reste la réalisation du gouvernement par la majorité et la construction d'une société non raciale et non sexiste, ce qui comporte la transformation fondamentale de tous les aspects de notre société. Par conséquent nous réaffirmons que la libération des Noirs en général et des Africains en particulier est le contenu principal de notre révolution démocratique et nationale (Document de la conférence sur la stratégie et la tactique).»
Puisque on continue à expliquer que le compromis des accords négociés qui impliquait la réalisation d'une pleine démocratie était le résultat du rapport de forces à l'époque, il appartenait à l'ANC de définir une stratégie pour changer ce rapport de forces défavorable. Il était essentiel dans ce but de préciser le rôle des forces populaires organisées aussi bien dans le mouvement de masse que dans les structures de base. Pourtant, dans les résolutions ou documents de la conférence, il n'y a aucune référence à une stratégie engageant les forces populaires dans des campagnes et des mobilisations de masse.
Presque toutes les résolutions concernant les tâches de transformation démocratique indiquent ce que l'ANC doit faire au gouvernement et au parlement. On ne fait pas allusion à la nécessité d'élargir et de stimuler les luttes dans les entreprises dans les quartiers et dans les cités pour renforcer la position de l'ANC dans le gouvernement. En fait la déclaration de la conférence affirme : «Notre nature de mouvement ayant une large nature populaire devrait faciliter la réalisation des programmes gouvernementaux de transformation de notre société.»
Une lutte récente contre le racisme a illustré ce point. Au mois de février 1995, le syndicat de police et des gardiens de prisons (POPCRU) a engagé une action militante pour contrecarrer le racisme extrême des officiers de la police blanche. Dans la mesure où la lutte s'est élargie, la direction de l'ANC a exercé une pression sur le syndicat pour qu'il suspende son action de peur de provoquer une rébellion parmi les forces de sécurité.
La ligne pragmatique et prudente de la direction de l'ANC est illustrée aussi par la nature des résolutions sur la transformation de l'appareil de l'Etat. La conférence a invité le Comité exécutif nationale (NEC) «à examiner la nécessité d'amender la constitution intérimaire de façon à permettre au gouvernement d'appliquer sa politique sur la fonction publique».
Les clauses de compromis selon lesquelles l'ANC avait proposé un partage du pouvoir et la garantie de tous les postes des fonctionnaires publics pendant cinq ans, constituent un obstacle majeur à la réalisation de la politique de l'ANC au gouvernement. C'est pourquoi des délégués ont proposé avec force de supprimer cette clause par un effort de l'ANC pour gagner une majorité des deux tiers.
Dans la discussion de la commission on a demandé aux délégués d'être réalistes. Il y avait très peu de chance pour que leur proposition soit acceptée puisque les conditions qui avaient amené l'ANC à accepter le compromis n'avaient pas changé. La version finale de la résolution n'engage l'organisation ni dans un sens ni dans l'autre. Elle charge le NEC de vérifier si l'initiative visant à supprimer la clause en question n'amènerait pas à une réaction des blancs en provoquant une situation instable.
Quant à la résolution de la commission sur la transformation de l'économie, elle dit entre autres : «Puisque notre économie est relativement faible notre pouvoir de négociation est limité. La réalité de l'économie globale est déterminé par un monde unipolaire où dominent des pays comme les Etats-Unis et des blocs commerciaux. Pour atteindre notre but de transformation nous devons maintenir notre orientation, conscients du pouvoir du capital international. Si nous ignorons cette réalité, le peuple de l'Afrique du Sud devra payer un prix élevé et on ne réalisera pas la transformation. Nous devons opérer d'une façon responsable. Respectons les comptabilités de nos dépenses.» En d'autres termes la transformation de l'économie se réduit au soutien à la ligne adoptée par le gouvernement.
Dans cette conférence, la première après l'entrée de l'ANC au gouvernement, il n'y a eu aucune référence à la Charte de la liberté avec ses propositions radicales de nationalisation et de réforme agraire qui avaient permis à l'ANC de devenir hégémonique dans le mouvement de masse. La montée au sein de l'ANC d'une direction qui n'a pas la volonté politique de défendre avec confiance les intérêts de sa base a été donc confirmée par cette conférence. Alors que cette direction projette de réformer l'Etat, il semble que ce soit l'Etat qui commence à la réformer.
NEDLAC et les nouveaux rapports de travail
Après la conférence de l'ANC, et selon ses indications, le gouvernement a mis sur pied le Conseil national du développement et du travail (NEDLAC) qui doit constituer un forum où le gouvernement, les travailleurs et le capital peuvent s'accorder sur une stratégie économique et industrielle. Derrière cet engagement tripartite de l'ANC, il y a la conviction qu'il est possible de canaliser toutes les forces vers la reconstruction du pays par une politique de consensus social. Dans ce but, la lutte de classe doit être remplacée par des contrats sociaux et des accords négociés.
Dirigé par l'ancien syndicaliste Jayandra Naidoo, (à ne pas confondre avec Jay Naidoo, ancien secrétaire général du COSATU et maintenant ministre du RDP) le NEDLAC réunit la vieille Commission
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DOSSIER
nationale de la main-d'œuvre et le Forum économique national. Il se compose de trois chambres : finances publiques et politique monétaire, commerce et industrie et marché du travail et développement. Des organisations représentant de la «société civile» seront aussi intégrées à la chambre du développement. La SANCO, l'organisation nationale des civics (comités de quartiers) est parmi les organisations représentées. L'un des critères d'admission, à part la représentativité, est la capacité d'une organisation à garantir que ses membres respectent les décisions et les accords du NEDLAC.
La presse patronale analyse la question de savoir si parmi les accords probables au sein du NEDLAC il y aurait un pacte social «qui introduit des restriction salariales en échange de programmes de formation assurés par les patrons et des avantages de RDP assurés par le gouvernement» (Cape Times, 7 avril 1995). La COSATU a salué la formation du NEDLAC en expliquant que cela met fin à l'action unilatérale de la part du gouverne-
Nouvelle loi sur le travail
Un des premiers accords réalisés par le NEDLAC sera le parachèvement d'une nouvelle loi sur le travail. Presque au même moment où le NEDLAC a été constitué le ministre du Travail, Tito Mboweni, a publié un projet d'un nouveau Code de travail. Un axe central de ce Code consiste à déplacer les rapports de travail d'une approche conflictive à la participation et la solution conjointe du problème, de façon à réduire les possibilités de grèves et conflits entre ouvriers et patrons. En se basant sur le modèle allemand on introduit la codétermination dans les entreprises de 100 ouvriers ou plus. Selon le mémorandum qui accompagne le projet, l'introduction de ce mécanisme vise à assurer une participation ouvrière «permettant d'augmenter la productivité et la rentabilité». Tenant compte des besoins des employeurs de restructurer leurs entreprises de façon à les rendre plus compétitives, le mémorandum explique qu'il faudra introduire des structures qui facilitent la coopération entre patrons et ouvriers de façon que la restructuration ne se réalise pas au détriment des droits des ouvriers et de la sécurité du travail. La COSATU est en général en faveur de la codétermination qu'elle interprète comme un élargissement des droits des syndicats. Toutefois une discussion est en cours sur la question de savoir si les lieux de travail sont le cadre le plus apte à la codétermination.
En plus dans des périodes de crises économiques structurelles avec les restructurations qui s'ensuivent, les directions des organisations populaires sont souvent obligées d'exercer une contrainte sur leurs membres pour leur faire accepter des accords impopulaires sur les restrictions salariales, etc.
Le mouvement de masse
Le mouvement de masse, qui en règle générale a soutenu l'ANC, est fondamental pour toute stratégie visant à remettre à l'ordre du jour les intérêts de la classe
Cela apparaît particulièrement difficile du fait qu'au cours des dernières années le mouvement de masse s'est considérablement affaibli pour toute une série de raisons. L'une des raisons fondamentales de la détérioration du rapport de forces est une approche du problème de la transition qui ne permet pas aux organisations de masse d'avoir une vision stratégique de la défense des intérêts de leurs membres.
L'absorption d'une partie du mouvement dans les structures de l'Etat pèse dans ce sens : des milliers de dirigeants syndicalistes, des organisations de quartiers et des militants de communautés sont membres du parlement ou du gouvernement ou sont placés dans tel ou tel autre département gouvernemental. Cela a laissé un vide dans le mouvement populaire d'autant plus que leur activité est axée sur la réalisation de la politique gouvernementale. Le renouveau de traditions militantes est essentiel pour reconquérir l'indépendance politique et organisationnelle du mouvement populaire. Une partie de cette tâche consiste à développer des campagnes en défense des intérêts des masses. Les promesses sociales contenues dans le RDP sont un bon point de départ. Les syndicats, les comités de quartiers, les femmes, la jeunesse et les organisations étudiantes doivent s'engager au maximum pour que le RDP soit stimulé par le peuple. Le secrétaire général du COSATU Sam Shilowa dans une réunion récente avec une délégation du SACP a fait des remarques utiles à ce sujet : «Le RDP ne sera pas stimulée par le peuple par des procédés magiques : nous devons élaborer des structures et des programmes pour impulser la créativité populaire. Nous devons retrouver l'imagination révolutionnaire qui a été dans une certaine mesure perdue ! Sans transposer mécaniquement d'autres expériences, nous devons prendre en considération des programmes de masses qui ont été réalisés dans d'autres transitions révolutionnaires au Nicaragua et à Cuba. Le fait que nous avons eu une "révolution négociée" ne signifie pas que
South africa
CONSTITUTION
nous ne puissions pas mobiliser des campagnes de masse nationales contre l'analphabétisme, pour la prévention sanitaire, la réforme agraire et les logements. Nous avons besoin de mobiliser toutes nos structures au niveau local dans des campagnes nationales dans lesquelles chacun puisse contribuer selon les conditions locales, comme nous l'avons fait lors de la campagne de l'UDF. Pour réussir, il faut un front pour la reconstruction et le développement avec des unités de base dans les localités, les entreprises, les villages, etc.» (African Communist, first quarter 1995).
Cela représenterait un pas en avant très important. Mais une telle initiative irait à l'encontre de l'orientation de l'ANC au gouvernement. Le gouvernement dirigé par l'ANC, a ignoré les mobilisations de masse ou a essayé de les neutraliser en expliquant que c'était la tâche du gouvernement de décider ce qu'il devrait faire. La lutte pour l'indépendance du mouvement ouvrier passe par l'existence d'une organisation politique enracinée dans les organisations de masse, qui a la légitimité pour défier les forces qui projettent des réformes strictement contrôlées par en haut.
Le principal défi qui se pose à la gauche est celui de la construction d'un pôle politique crédible, capable de capter aussi bien les nouvelles luttes que le mécontentement et les ruptures partielles qui pourraient voir le jour dans le vaste courant disparate que forme le bloc ANC-SACP-COSATU. *
Avril 1995