s'annoncent d'ailleurs dans des secteurs aussi importants que la Poste, la SNCF, France Télécom, Renault ou EDF-GDF. Elles vont inévitablement mettre le nouveau président aux défis de tenir les promesses dont il n'a pas été avare. Et ce n'est pas la première mesure probable du nouveau gouvernement, l'aggravation de l'injustice fiscale par l'augmentation du taux de TVA, qui calmeront cette exaspération.
Et l'extrême-droite
Avec d'aussi faibles marges de manoeuvre, la droite va subir encore plus vivement qu'auparavant la pression d'un Front national qui, fort de ses 15 %, aura confirmé, au premier tour de la présidentielle, son enracinement national. Le développement de son influence vient principalement des secteurs populaires et des villes les plus touchés par le chômage et la précarité, lesquels votaient en faveur de la gauche avant que celle-ci ne décoive leurs attentes. Le parti fasciste de Le Pen risque fort de concrétiser sa progression lors des élections minicipales des 11 et 18 juin prochains. Pour les vainqueurs du 7 mai, cela constitue le signe inquiétant que les partis de la droite parlementaire ont aujourd'hui perdu tout moyen de faire réellement barrage à cette extrême-droite qui prospère sur le terreau de la crise ou des inégalités et les concurrence désormais directement. Cela ne peut que relancer, de ce côté de l'échiquier politique tous les débats politiques en souffrance. Avec une vigueur d'autant plus grande que, malgré le score de 47,3 % obtenu par Jospin le 7 mai, la gauche traditionnelle subit toujours les effets dévastateurs des quatorze dernières années, dans l'incapacité où elle se trouve d'affirmer une alternative crédible. A l'évidence, aucun état de grâce, aucune période de stabilité ne suivront l'arrivée aux affaires d'un nouveau président. *
LES MESURES DES CENT PREMIERS JOURS
ENCORE UNE PETiTE POMME? нам?
La France à l'ombre
de l'extrême droite ?
La récente élection de Jacques Chirac comme président de la République, le score non négligeable de Lionel Jospin ne peuvent masquer l'une des données capitales de ce scrutin : une progression du vote de l'extrême-droite en France. Arnaldo CASTELLERAS
P our répondre aux enjeux de
la nouvelle situation politique, il est nécessaire de bien analyser non seulement les résultats, mais les raisons de ce vote ainsi que la meilleure réponse à y apporter.
Si les résultats du premier tour traduisent un rapport de forces de 60/40 en faveur de la droite, il importe de voir que la droite extrême représente 20 % des VoIX.
Si l'on additionne les voix de Le Pen (15,27 %) et celles de de Villiers (4,80 %), on arrive en effet à la barre des 20 %.
Ce total des voix représente un recul par rapport à l'élection européenne où les deux listes cumulaient 22,8 %. Les deux scrutins ne sont évidemment pas comparables, car la question européenne permettait un vote cristallisé sur les deux listes porteuses du «non de droite» au Traité de Maastricht. Néanmoins, les 20 % de droite extrême à l'élection présidentielle de 1995 ne sont pas si loin de l'élection européenne et, surtout, représentent une avancée importante par rapport aux 14,38 % de Le Pen à la présidentielle de 1988.
Sur des valeurs communes aux deux candidats Le Pen et de Villiers, comme la préférence nationale, la mise en avant de la famille (et accessoirement de la religion), un retour en arrière sur les droits des femmes, notamment le droit à l'avortement, un engagement en faveur de l'enseignement privé, l'électorat a progressé entre deux présidentielles de 5,70 %. Et cette fois, Le Pen rafle la mise, améliorant légèrement son résultat de
1988 et, nécessairement, le score du FN aux Européennes, + 4,65 % (10,5 % en 1994).
Si de Villiers n'a pas réussi dans sa tentative de rééditer son score des européennes, il a cristallisé au sein de l'électorat de «droite classique», un extrême qui pourra, en partie, être tenté lors d'une prochaine échéance d'aller un peu plus loin. C'est du moins le calcul du Front national qui compte bien disposer ainsi d'un réservoir de voix supplémentaires. Les appels du parti d'extrême-droite à cet électorat pour les municipales sont clairs.
Bien sûr, Le Pen et de Villiers ne sont pas identiques et leurs électorats ne sont pas strictement interchangeables. La nature sociale des électorats par exemple differe. Mais la proximité des thèses et des valeurs défendues par les deux candidats explique aussi le faible score de De Villiers. Diffèrent aussi leurs rapports à la droite classique (à laquelle se rattache directement de Villiers, comme sa présence au grand meeting unitaire de la droite d'entre les deux tours le prouve), les choix stratégiques et tactiques accompagnant ces rapports. Néanmoins, à l'aube d'une recomposition probable de cette droite, il est illusoire de penser que ces deux courants ne pourraient se retrouver, en partie, du même côté.
Un vote protestataire !
Au lendemain de l'élection, de nombreux commentateurs (journalistes ou hommes politiques) parlaient du «vote protestataire» Le Pen. Il est illusoire et surtout faux d'analyser ce vote comme une simple protestation, un «coup de gueule» contre les partis politiques traditionnels. La permanence de ce vote d'une élection à l'autre, ses caractéristiques infirment cette analyse
Une étude parue dans le quotidien Libération (25 avril) permet de préciser les raisons du vote d'extrême-droite. Il est intéressant de noter dans le même temps une caractéristique commune aux deux électorats Le Pen et de Villiers. Les gens qui ont voté pour eux l'ont fait essentiellement pour leur programme (46 % et 40 %), loin devant les autres candidats (Hue 34%, Voynet 26%, Chirac 24 %,
Laguiller 23 %...). Cette reconnaissance du programme de l'extrême-droite tord ainsi le cou aux explications qui caractérisent le vote Le Pen comme un vote «protestataire». Il n'en est malheureusement
Dans le numéro de Ras l'front «spécial élection» (n° 29, juin 1995), Nona Mayer du Centre d'études de la vie politique française (CEVIPOF) confirme qu'il s'agit bien d'un vote pour les idées.
«Les lepénistes n'ont pas voté en priorité pour le leader du Front national. 6 % seulement d'entre eux jugent qu'il a "la stature d'un chef d'État" (sondage sortie des urnes BVA), 27 % seulement ont voté "pour qu'il soit élu président de la République" (sondage sortie des urnes IFOP), proportion rigoureusement identique à celle que l'on notait en 1988. C'est pour les idées de leur candidat qu'ils se sont prononcés. Alors que pour l'ensemble des électeurs du premier tour, les problèmes qui ont le plus compté dans leur vote sont le "chômage" (pour 29 %) et les "inégalités sociales" (pour 16 %), les électeurs lepénistes, comme en 1988, sont avant tout préoccupés par l'immigration (54 %, contre seule-
Le FN en tête Dans 114 villes, Le Pen arrive en tête de tous les candidats, dont parmi les villes de plus de 100 000 habitants, Nice (06), Marseille (13), Metz (57), Perpignan (66), Mulhouse (68) et Toulon (83). A cela, il faut ajouter quelque 120 villes où Le Pen était en tête de la droite. Parmi les villes de plus de 100 000 habitants, Nimes (30), SaintÉtienne (42), Villeurbanne (69), Le Havre (76) et Saint-Denis (93). 13 % de l'échantillon), le chômage ne venant qu'en deuxième position (23 %) et ils sont trois fois plus nombreux que la movenne à citer l'insécurité (14 % contre 5 %) (sondage IFOP sortie des urnes).»
Tout au plus pourrait-on remarquer par rapport au commentaire de Nona Mayer, que l'immigration, comme thème prioritaire de l'électorat lepéniste, est pour partie directement liée à celui du chômage. L'équation du Front national posant un trait d'égalité entre le nombre de chômeurs et celui d'immigrés présents en France, pousse ses électeurs à confondre les deux questions. Nombre d'entre eux, inquiets socialement et économiquement devant la
OTESTELE racisme». En bas, dix mille militants du Front national s'apprêtent à écouter leur chef le Pen. Stupeur et colère ! perspective d'un chômage toujours plus menaçant, répondent quant à leur première préoccupation «immigration» puisqu'on leur a expliqué que là était «la solution».
Ainsi ce vote, s'il n'est malheureusement pas simplement «protestataire», traduit une inquiétude générale et une défiance, voire un rejet des partis politiques traditionnels. Il convient en effet d'expliquer ce vote par la crise économique et sociale, l'absence de solutions proposées par les partis qui se sont relayés au pouvoir ces vingt dernières années, la crise de représentation du politique, les affaires, le contexte international.
Laissons encore la parole à Nona
Mayer. «Trois électeurs de Jean-Marie Le Pen sur quatre se disent "inquiets" en pensant à l'avenir de leurs situations personnelle et professionnelle et plus des deux tiers estiment que la démocratie en France fonctionne mal (contre respectivement 58 % et 41 % de l'électorat, selon le sondage BVA sortie des urnes).»
Un électorat populaire et fidèle
Les préoccupations de l'électorat lepéniste reflètent sa nature sociale. Contrairement à ce qu'indiquait Arlette Laguiller, la candidate de Lutte ouvrière, lors d'une émission télévisée de la campagne électorale, l'électorat du Front national ne provient pas des «beaux quartiers» et les ouvriers qui ont fait le choix du candidat d'extrême-droite ne sont pas «quelques brebis égarées». Ils sont en fait la masse.
Le vote FN est le vote ouvrier le plus
FRANCE РОБ• 1EC Du toit de l'Opéra, le 1er mai 1995, des militants de Ras l'front déploient une banderole qui dit : «non au fascisme, non au important (27 %), loin devant Jospin et Hue, les candidats du PS et du PC (respectivement 20 % et 17 %) (enquête de l'IFOP sortie des urnes réalisée pour Libération, BFM et M6).
Pour la première fois, les chômeurs ont voté en priorité pour le Front national (27 % contre 19 % à Chirac ou 17 % à
Dans cette même enquête, quand on demande aux électeurs de caractériser la catégorie à laquelle ils pensent appartenir, les «classes populaires» ont voté ainsi à 19 % pour le FN (25 % pour Jospin et 17 % pour Hue) et les «défavorisés» à 33 % (19 % Jospin, 14 % Chirac et 13 %
Une autre caractéristique tout autant inquiétante et qui infirme aussi la théorie du «vote protestataire» est la fidélité des électeurs de Le Pen.
Ils étaient parmi les premiers à faire leur choix. 64 % des lepénistes, contre 53 % des électeurs dans leur ensemble, avaient fait leur choix «il y a plusieurs mois». Comme le remarque Nona Mayer, «ce sont aussi les plus constants dans leur choix : 77 % de ceux qui disent avoir voté Le Pen en 1988 reconduisant leur vote en 1995. Mais le parti a également su renouveler ses soutiens, puisque 21 % des électeurs votant pour la première fois le 23 avril ont donné leurs suffrages à Jean-Marie Le Pen, en particulier les jeunes
Ce vote jeune existe mais concerne moins les jeunes femmes, plus réticentes probablement à l'égard d'un parti qui milite contre le droit à l'avortement (ou sa res-
Les meilleurs scores du FN Bas-Rhin : 25,83%
Haut-Rhin: 24,8%
Moselle : 23,82%
Vaucluse: 23,12%
Bouches-du-Rhône : 21,43%
Loire : 21,08% triction), pour leur retour au foyer (voir «Femmes, les enjeux d'une reconquête !» dans Inprecor n° 389, mars 1995).
La proportion importante de jeunes, inquiets devant l'avenir qu'ils n'ont pas, et des couches populaires, marginalisées par la situation actuelle, indique une tendance que l'on peut retrouver aussi dans la répartition géographique du vote Le Pen.
Un électorat conforté à l'échelon national
Le premier élément qui saute aux yeux est bien sûr la progression très nette du FN dans des régions touchées de plein fouet par la crise. Les plus fortes progressions du FN se remarquent vers la Champagne (la Meuse, +4,7 % ; la Moselle, +3,9 ; la Meurthe-et-Moselle, +3,3 ; les Vosges, +5,1) et la Lorraine (la Haute Marne, +4,7 % ; l'Aube, +3,8 ; la Marne, +3,6 ; les Ardennes, +3), autour de l'agglomération lyonnaise (l'Ain + 3,7, la Loire + 3,7), en Normandie (la Seine Maritime, + 4,5 ; l'Eure, + 4,3 ; l'Orne, +3) et vers le Nord (le Pas-de-Calais, +3,8) et la Picardie (l'Aisne, + 4,2 ; l'Oise,
Constatons dans le même temps, que rares sont les départements où le FN baisse de façon sensible : Bouches-du-Rhône (4,97 %, ce qui le laisse quand même à 21,43 % et en tête sur l'ensemble du département et notamment à Marseille, Aubagne ou Berre-l'Etang, des cités touchées là encore par la crise). La baisse est sensible aussi sur Paris et générale bien que moins importante sur la région parisienne (à l'exception d'une progression sur la Seine-et-Marne). Ces baisses se font aussi dans des départements où le FN avait déjà capitalisé et atteint des scores impressionnants.
Au vu global des résultats, il s'avère que le Front national a nettement augmenté le nombre de départements où ses scores dépassent sa moyenne nationale. En 1988, le FN comptabilisait 8 départements dans lesquels il dépassait 20 % des voix, il en compte désormais 11 (soit 37,5 % d'augmentation), une proportion que l'on retrouve quant aux départements où il dépasse les 15 %, 32 contre 24 en 1988 (France métropolitaine).
Cette situation renforcée place le Front national non seulement en position d'arbitre lors des prochaines municipales, ce qu'il était déjà en partie lors des dernières élections, mais — plus grave — en situation de conquérir certaines villes.
Danger, municipales !
Le Front national est arrivé en tête dans de nombreuses grandes villes, et ce nombre devient impressionnant lorsqu'on prend en compte les villes où le FN arrive en tête de la seule droite.
De manière directe ou indirecte, le parti de Le Pen compte bien gérer de nombreuses municipalités au lendemain du scrutin de juin.
De même que Le Pen n'est pas entré à l'Elysée au lendemain de la présidentielle, il est probable que le Front national n'arrive pas à gagner un nombre significatif de grandes villes. Mais, ne serait-ce que quelques victoires dans des villes de plus de 10 000 habitants renforceraient son image de parti apte à gérer le pouvoir. Il y a donc là un véritable danger que des accords de «front républicain» ne pourront contenir longtemps.
L'autre menace que la place et le score de l'extrême-droite font peser sur la vie politique française se trouve justement dans sa nouvelle capacité de nuisance. Comme l'indique Nona Mayer en conclusion de son article, ses scores «mettent le FN en position d'arbitre pour près des deux tiers des villes de plus de 30 000 habitants en France métropolitaine, aux prochaines élections municipales. L'élection présidentielle a renforcé la capacité de nuire du parti de Jean-Marie Le Pen, dont la progression ralentit mais continue, malgré l'arrivée de la droite au gouvernement, malgré la politique musclée de Charles Pasqua en matière d'immigration, malgré la concurrence d'un Philippe de Villiers, malgré les violences et les morts qui ont ponctué sa cam-
Les gages donnés par les derniers gouvernements, notamment les lois Pasqua n'ont pas suffi à faire réintégrer un électorat qui se porte essentiellement sur le programme et les idées du Front national.
Certes, la consigne de vote (ou non consigne) donnée par Le Pen, «Chirac est pire que Jospin» n'a pas été suivie arithmétiquement et politiquement (50 % de son électorat ayant choisi Chirac), 21 % ont voté Jospin et 29 % se sont abstenus ou ont voté blanc. Les votes pour Jospin proviennent d'ailleurs de la base populaire et ouvrière du vote FN, rétablissant pour un tour des «barrières de classe», pourtant de plus en plus diluées.
Ce «retour au bercail » n'est pourtant pas le signal d'un déplacement à gauche. Il indique tout au plus que la droite, pas plus que la gauche antérieurement, n'a la confiance des plus démunis pour régler leurs problèmes. Et ce constat n'est pas spécialement réconfortant pour l'avenir. Engager la contre-offensive
Le Pen et son Front national se posent d'ores et déjà comme ceux que «les Français n'ont pas encore essayés», le recours. Ils sont aussi une force incontournable du paysage politique français et nul doute que la droite aura à cœur d'envoyer des signaux intelligibles, si ce n'est à l'état-major du FN, du moins à son électorat.
Ainsi, la nomination au premier gouvernement Juppé de femmes connues pour leur opposition au droit à l'avortement ou tout au moins acquises au rôle traditionnel des femmes dans la famille (Colette Codaccioni, Françoise de Veyrinas, Elisabeth Dufourcq, Elisabeth Hubert...) est un signe inquiétant pour les droits des femmes. Comme le titre avec insolence Charlie Hebdo (n° 152, 23 mai 1995), «Ce n'est pas un gouvernement, c'est un commando anti-avortement!»
Le maintien des lois Pasqua ainsi que la continuation d'une politique raciste, dirigée contre les immigrés sera un autre
Et si le gouvernement n'allait pas dans la bonne direction, pour les 15 % de Le Pen auxquels il convient d'ajouter, ne l'oublions pas, les 5 % de De Villiers, ces derniers seront là pour se manifester. C'est le sens du message de Le Pen au soir du premier tour : «Nous serons là en tout cas pour empêcher les dérives de gauche amorcées par le programme de Chirac, et que laisse craindre le troisième tour social annoncé par les syndicats».
Ce qu'il importe alors de discuter au sein de toutes les forces progressistes, politiques et syndicales, c'est des moyens de s'opposer non seulement à la politique du gouvernement dans ce qu'elle aura de plus réactionnaire mais, dans le même temps, d'accorder une importance nouvelle à la lutte contre l'extrême droite.
Un antifascisme indépendant et tout-terrain
Le signal qu'a fait passer intelligemment Ras l'front en déployant deux banderoles lors du grand meeting du 1er Mai de Le Pen (où le Front national fêtait Jeanne
taires. Contre les exclusions (comme ici lors de la manifestaion du 8 avril 1995 à Paris). d'Arc, «le Travail» et annonçait sa consigne de vote au deuxième tour, c'est dire l'importance du moment) indiquait non seulement la nécessité de la riposte antifasciste mais sa possibilité.
Né de l'Appel des 250 (écrit en 1990 par Gilles Perrault et signé par 250 personnalités), les collectifs Ras l'front sont partis des constats tirés par ce texte, notamment, «les progrès de l'extrême-droite sont faits de nos reculs». Il faut donc arrêter de reculer et reprendre du terrain aux idées et aux militants du Front national. Il faut lutter contre toute politique qui puisse aller dans ce sens, comme les lois Pasqua.
L'Appel des 250 disait aussi que pour lutter efficacement contre le fascisme et le racisme, il fallait être lucide sur les responsabilités et les causes de leur montée et donc indépendant pour garder cette capacité d'analyse. Dans les collectifs Ras l'front, des militants de diverses organisations peuvent se retrouver, même si la part la plus importante est composée d'inorganisés, mais au-delà des différences, notamment en termes de propositions politiques des uns ou des autres, ce qui rassemble ces militants antifascistes, c'est le constat et le sentiment de l'urgence à devoir se rassembler.
Cette lutte pied à pied ne pourra être victorieuse que si, à terme, une alternative politique aux solutions avancées par l'extrême droite apparaît. Dans le même temps alors, doivent être menés un combat sans concession contre le fascisme ainsi qu'une réflexion et une action pour avancer un nouveau projet de société, des propositions susceptibles de régler la crise qui alimente aujourd'hui les votes pour
A Paris, comme dans les villes de provinces les collectifs antifascistes Ras I'front participent et aident aux mobilisations unil'extrême-droite.
L'originalité des collectifs Ras l'front (réunis dans un Réseau national de lutte contre le fascisme, RLF) réside dans cette volonté de lutter tout-terrain.
Le Front national, de Villiers... ne sont pas seulement racistes mais proposent des projets de société qui menacent non seulement les immigrés, bien sûr, mais aussi les droits des femmes, les jeunes, les salariés de la fonction publique, les droits sociaux et syndicaux, l'enseignement public. Il semble alors qu'il faille pouvoir, pour les contrer, lutter sur chacun des terrains où leurs idées progressent. Ainsi, les militants antifascistes ont à cour de participer aux mobilisations contre les exclusions, notamment sur le problème du logement, contre le chômage, terrain privilégié où les thèses du Front national et la recherche de boucs émissaires peuvent se développer, pour les droits des femmes et notamment contre les commandos anti-IVG.
Un combat de tous les instants
Les politiques mises en place par les gouvernements précédents, notamment autour du Code de la nationalité, des lois Pasqua qui visent l'immigration, des lois sur la sécurité, ont fait passer un signal assez fort à la population. Les immigrés, les étrangers, sont d'une manière ou d'une autre responsables de la situation dans laquelle le pays se trouve. Les thèses du Front national, plus extrêmes et surtout plus «cohérentes» puisqu'elles poussent à fond la logique, se trouvent ainsi confortées. Et, pourrait-on dire, au bout de la chaîne, les crimes perpétrés par des fascistes se trouvent presque légitimés. Ibrahim Ali (à Marseille), Brahim Bouarram (à Paris), Imad Bouhoud (au Havre) sont les trois dernières victimes de skinheads ou militants du Front national. Les réactions ont été vives et les manifestations nombreuses.
Elles n'ont pas empêché ces actes de se reproduire. La présence des militants antifascistes dans ces mobilisations doit permettre au plus grand nombre de dépasser le stade de la protestation, pour entrer dans un combat permanent contre le fascisme et le racisme. Ainsi que le disait Ras l'front, «nous ne pouvons rester passifs, à guetter les progressions électorales d'un Le Pen ou attendre l'énième crime raciste pour manifester notre émotion ou notre colère. Ce combat contre le fascisme et le racisme se mène tous les jours, quels que soient notre âge, notre profession, nos enagagements..».
Les militants de la Ligue communiste révolutionnaire sont engagés dans cette lutte et certains d'entre eux participent aux collectifs Ras l'front. Notre courant, celui de la Quatrième Internationale, a toujours été aux premièrs rangs de la lutte contre le fascisme. Il semble qu'aujourd'hui, ce combat soit à nouveau à l'ordre du jour, cinquante ans après la défaite de l'Allemagne nazie contre les Alliés !
Triste ironie de l'histoire qui voit en France, en Belgique, en Italie, en Autriche, dans les pays de l'Est, des extrêmesdroites toujours plus fortes, plus agressives, toujours plus en capacité de nuire et de peser sur les politiques menées dans chaque pays.
Comme en France, avec l'exemple d'un combat antifasciste mené en toute indépendance, il est temps d'organiser ce combat dans toute l'Europe. Pour cette raison aussi, Ras l'front participe aux réseaux antiracistes et antifascistes européens. Qui devraient avoir, n'en doutons pas, des rendez-vous et de nombreuses manifestations à proposer. *
Pour tout contact avec Ras l'front : Philippe Crottet, BP 87, 75561 Paris cedex 12. Tél. : (1) 42 64 80 25.