Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SENEGAL

Casamance : la dérive militaire

· Inprecor n° 393, juillet 1995 · p. 33-34 · 1 875 mots

France Afrique

Prenant prétexte de la disparition de quatre touristes français dans la forêt de Casamance, depuis le 6 avril 1995, le gouvernement sénégalais y a envoyé plusieurs centaines de soldats dont l'objectif est de les retrouver. En réalité, l'Etat veut en finir avec la lutte armée de la guérilla rurale : le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) qui lutte pour l'indépendance de la Casamance. Badara NDIAYE

La Casamance constitue une région très riche : terre très fertile, forêt tropicale très dense, sans compter le pétrole et les produits halieutiques. Culturellement, elle est marquée par l'existence d'une très grande diversité ethnique dont les Diolas, les Mandingues, les Mandjaques, les Balantes, les Peuls. Au plan géographique, elle est séparée du reste du Sénégal par la Gambie, ce qui accentue son isolement et renforce la revendication d'indépendance, surtout dans un contexte où les ressources de la Casamance ne sont pas exploitées.

Du point de vue historique, la Casamance a toujours constitué une zone de résistance. Ainsi, durant la période coloniale, une femme nommée Aline Sitoe Diatt a mené une lutte héroïque contre les colons, ce qui lui a valu une déportation au Mali. Il faut le reconnaître, les rapports globaux avec la France ont toujours été tendus.

La naissance du MFDC après la Seconde Guerre mondiale s'inscrit dans cette volonté du peuple casamançais d'affirmer et de défendre sa dignité. Sa zone géographique d'action couvrait toute la Casamance naturelle avec une participation de toutes les ethnies de la région (diola, peul, etc.). Il s'agissait beaucoup plus d'un mouvement d'émancipation culturelle et politique des populations de la Casamance, sans qu'il y ait une réelle dynamique semblable à celle dirigée par

Casamance :

SAINT-LOUIS Saint-Louis / Loug • Kébémer Dara Linguère

TivaouaneT HIES LOUGA

DIOURBEL Thies Diourbel Mbacke KAR Mbour Fatick

KAOLACK Kaolack -•Kaftrine Niore du Rip GAMBIE KOLDA

ZIGUINCHOR/

Bignona Kolda

Oussauve • Se Ziguinchor GUINÉE-BISSAU Amilcar Cabral en Guinée Bissau située au Sud du Sénégal.

Au lendemain de l«'indépendance» l'Etat néocolonial n'avait pas pris en compte de manière effective les aspirations du peuple casamançais. Il avait opté pour une politique systématique de dosage ethnique des gouvernements propre à constituer une élite politique, éloignée pour l'essentiel des préoccupations des populations de la Casamance. Il s'est ensuivi une radicalisation des méthodes de lutte et des cibles (lutte armée, insurrections à Ziguinchor, destructions de tous les symboles de l'Etat sénégalais : sièges des gouverneurs, préfectures, drapeaux, cartes d'identité nationale au profit de cartes d'identité de la Casamance créées par le MFDC, création de zones libérées dans la forêt).

La guerre entre l'Etat et le MFDC a fait plusieurs morts et entraîné le recul très net des activités touristiques de la région.

Les négociations qui ont suivi la période 1989 ont abouti aux accords de Cacheu (en Guinée Bissau) en 1991 qui stipulaient nettement le retrait de l'armée sénégalaise, la libération des sympathisants et militants du MFDC et la recherche d'une solution politique. Ces accords devaient permettre de mettre fin au conflit militaire entre le MFDC et le pouvoir central. Mais il faut

MAURITANIE

Mata Ranerou

FERLO

Kidira Belle • Koumpentoum Tambacounda

TAMBACOUNDA MALI

Gamon Velingara Khossanto •

GUINÉE reconnaître que l'Etat sénégalais n'a jamais respecté ces accords surtout au niveau du retrait des forces armées et de la recherche d'une véritable issue politique. Actuellement, les populations fuient les villages à cause de la guerre. Beaucoup d'écoles sont vides, abandonnées par les élèves et les enseignants à cause de l'insécurité ; la politique de décentralisation et de régionalisation ne constitue qu'une variante d'un désengagement encore plus approfondi de l'Etat des secteurs tels que l'éducation, la santé, l'habitat, c'est-à-dire tout le secteur social considéré comme improductif. Cette option politique du Parti socialiste qui s'inscrit dans le cadre des accords avec le FMI et la Banque mondiale constitue un moyen de transférer sur les communautés toute la responsabilité des charges financières liées au secteur social. Même les Assemblées locales envisagées sont dépourvues de tout pouvoir de décision réel, dans un contexte où l'assiette fiscale des municipalités est pratiquement inexistante, à l'exception de Dakar où le maire socialiste gère la manne de 14 milliards de FCFA c'est-à-dire l'équivalent du budget de 5 ministères, dont ceux attribués aux nouveaux alliés de Diouf.

En réalité, le Parti socialiste et ses alliés au pouvoir sont incapables de trou-

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TLANTIQUE A N C É

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ver une solution aux revendications de dignité et d'autonomie du peuple casamançais (1).

Le MFDC présent et futur

Le MFDC a connu une évolution depuis sa création, à travers sa concentration géographique en basse Casamance, marquée par la prépondérance de l'ethnie diaola dont les objectifs politiques sont l'indépendance de la Casamance. Contrairement aux Zapatistes ou au FMLN, il n'a pas de projet politique touchant les problèmes de démocratie, de la domination impérialiste, les stratégies de sortie de crise. S'il est vrai que le MFDC critique la France pour son soutien au PS, il n'en demeure pas moins que sa stratégie de lutte est en priorité basée sur une victoire militaire. C'est vrai que le MFDC a réellement constitué une force militaire, ce qui lui a permis de résister aussi longtemps à la machine de guerre du Parti socialiste. Nous avions cru un moment que son leader charismatique, l'abbé Diamacoune Senghor, était dans la lignée de la théologie de la libération comme c'était le cas pour beaucoup de pays en Amérique latine.

A notre avis, la participation de l'abbé Diamacoune Senghor à la lutte armée a une signification précise au Sénégal : dans un contexte où les chefs religieux ont pour l'essentiel collaboré avec le pouvoir, sa participation à la lutte en tant qu'abbé constitue une profonde interpellation des clergés pour résister à la destruction de notre pays par le PS et ses alliés. S'il est incontestable que la guérilla jouit d'un soutien au niveau de certaines communautés, sa non-implication, par exemple, dans les élections dernières par une consigne de vote contre le PS et ses politiques désastreuses, sa non-dénonciation des hausses de prix, des privatisations des grandes sociétés stratégiques et du démantèlement du secteur public n'ont pas permis à la guérilla de bénéficier de soutien de la part des populations urbaines et rurales, des organisations syndicales et des secteurs actifs de la société civile. Cette absence de participation aux débats et luttes en cours au niveau national a rendu la tâche de la guérilla plus difficile, ce qui a renforcé son isolement au niveau national.

De même, l'absence d'informations politiques systématiques sur la lutte de la guérilla, sur les rapports entre indépendance de la Casamance et libération nationale n'ont pas permis de développer une solidarité agissante avec le MIFDC.

Traversé par l'existence de plusieurs courants qui s'est traduite par une scission entre le Front Nord de Sidi Badji, qui a quitté le maquis et se déclare favorable à la paix avec le pouvoir, et le Front Sud dirigé par l'abbé Diamacoune Senghor qui reste la force principale, le MFDC connaîtrait des problèmes dans le maquis, entre Salif Sadio et les autres chefs de la guérilla.

Dans la guerre qu'elle mène actuellement contre le pouvoir soutenu par la France, la guérilla a perdu du terrain avec la chute des principaux bastions militaires tels que Efok, Kalunai, etc. Cependant, même si l'abbé Diamacoune Senghor est actuellement en résidence surveillée et que quatre de ses lieutenants ont été arrêtés dans le cadre de la recherche des quatre touristes français, le MFDC reste encore une force significative comme le prouvent les multiples tentatives de négociation avec lui de la part du gouvernement. Ce qui se passe en Casamance, c'est-à-dire une guérilla rurale organisée avec comme objectif une indépendance de la région pourrait se reproduire dans des conditions différentes dans d'autres régions du Sénégal.

Colonialisme

Get l'Etat-nation

En effet, dans la société traditionnelle sénégalaise, les communautés ethniques constituaient la structure de socialisation des populations et avaient une place dans la société qui leur permettait de jouer des rôles politiques, économiques et sociaux. La citoyenneté était d'abord ethnique mais ouverte, avec des règles de coexistence et de coopération et avec des modalités de résolution des conflits.

Les indépendances formelles des années 60 ont coincidé avec l'Etat-nation qui avait l'obligation de créer une nationalité, c'est-à-dire une citoyenneté plus large, qui dépasse le cadre des ethnies et il entre en contradiction avec elles. Ce fait est aggravé par la colonisation de l'Afrique qui a entraîné la balkanisation du continent, avec comme conséquence des frontières qui séparent les communautés de leur cadre naturel de vie, une réorganisation complète de l'espace et la mise en place des nouvelles formes d'organisation sociales. Cette nouvelle dynamique s'accompagne d'une inégalité de développement entre les nouvelles unités administratives (régions, communautés rurales, départements, etc.) et les communautés culturelles.

Les disparités ainsi apparues dans un contexte de domination impérialiste, créent les conditions de la naissance et l'expression de forces centrifuges, à base ethnique ou religieuse. En effet, l'Etat-nation de type néocolonial ne peut assurer ni la démocratie sociale, économique, culturelle, ou politique, ni la promotion des différentes cultures et langues locales et/ou régionales. De par sa nature, ses politiques, son discrédit moral, il ne peut pas non plus assurer aux populations un système d'auto-organisation et d'autonomie qui respectent leurs systèmes de propriété de la terre, leurs valeurs et la protection de lenvironnement. Pour ces différentes raisons le parti socialiste est responsable de la situation qui prévaut en Casamance, de la guerre et de l'instabilité qui y règne. C'est pourquoi nous soutenons le droit du peuple casamançais à l'autodétermination. Mais nous sommes aussi et surtout convaincus qu'une balkanisation du continent constituerait un coup dur pour les masses urbaines et rurales, particulièrement les jeunes et les femmes. C'est pourquoi nous estimons qu'il est nécessaire d'œuvrer dans une perspective panafricaniste et ouvertement anti-impérialiste à la matérialisation de l'alternative populaire et démocratique, d'une fédération des peuples de l'Afrique de l'Ouest. Dans un tel cadre, il sera possible de réorganiser le nouvel espace, de revoir la question des frontières et d'offrir aux communautés la possibilité d'une prise en charge de leurs aspirations culturelles.*

Dakar, juin 1995. XIIE camp international de jeunes

Du 22 au 28 juillet 1995 dans le Sud-Ouest de la France, se tient le XII camp international de jeunes organisé par la Quatrième internationale. Près de Toulouse, plus de mille jeunes sont attendus pour discuter, échanger des expériences, faire la fête, etc. pendant une semaine.

Seront présents, des jeunes d'Italie, de

Grande Bretagne, des Pays-Bas, du Portugal, de l'Etat espagnol, du Pays Basque, du Portugal, de Suède, du Danemark, d'Allemagne, de

Suisse, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de

Russie, de l'Algérie.

Et aussi des invités exceptionnels, un jeune mexicain du Chiapas, un jeune Sénégalais,

Nadine Peters, jeune antifasciste conseillère municipale d'Anvers, etc.

Pour tout renseignement : JCR-RED, 2

Richard-Lenoir, 93 100 Montreuil (courrier avec mention «Camp», chèque à l'ordre de

RCJ). Tel : 40 09 80 22 ; Fax: 40 09 10 93

1) La question des langues nationales revêt à cet effet une importance capitale pour l'enseignement de base et aussi la défense de la dignité des peuples concernés. Sur cette question langues nationales et éducation voir notre étude intitulée «école de la dette» publiée par le Comité pour l'annulation de la dette et le groupe réflexion sur les stratégies économiques alternatives, Bruxelles.

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