Un mois après avoir été élu, Jacques Chirac, le nouveau président français, a annoncé sa «décision irrévocable» de rompre le moratoire sur les essais nucléaires et d'engager, dès septembre prochain, une série de huit tirs sous-terrains dans les atolls polynésiens de Moruroa et Fangatauta.
Cette décision en dit long sur l' de la démocratie française. Alors qu enc engage l'avenir de toutes et de tous, elle a été prise sans aucun débat public, «souverainement» par un président de la République qui n'a consulté qu'experts officiels et proches. Elle a provoqué un véritable tollé international, en particulier dans le pacifique sud où sont situés les centres d'essais nucléaires. Il y a dix ans, les pays du Pacifique sud ont adopté un traité interdisant toute expérimentation nucléaire. La France, qui possède des colonies dans cette partie du monde, s'est refusée de signer ce traité. Les peuples de la région dénoncent le nouvel «acte colonial» de Paris, qui foule au pied leurs exigences les plus vitales. Ils demandent pourquoi ces essais ne sont pas exécutés en métropole, dans le fiet chiraquien de Corrèze, par exemple. Manifestations de protestation, pressions sur les ambassades, boycott des produits français, etc. se multiplient. La provocation chiraquienne dévoile ce que le moratoire sur les essais et la négociation du traité de non prolifération (TNP) cachaient de plus en plus mal. Les grandes puissances veulent garder la maîtrise et le monopole de l'arme nucléaire. Elles s'opposent à l'interdiction universelle de ce type d'armement et vident de contenu les négociations, internationales officiellement engagées dans cette perspective.
Vivrons-nous au XXIE siècle, dans un monde libéré de la menace d'holocauste nucléaire ? Aujourd'hui, c'est possible d'imposer l'interdiction de cette arme. Les populations, mais aussi une majorité d'Etats, l'exigent. Le seul obstacle dans cette voie est la politique des grandes puissances.
En France même, le mouvement contre les essais et l'armement nucléaires renaît de ses cendres. Trois semaines après la décision présidentielles, quelques quatre-vingt dix organisations ont déjà adopté un appel commun pour la dénoncer. Des manifestations se succèdent dans de nombreuses villes une pétition commence à être massivement signée,
Nouvelles du Monde des actions sont prévues pour le cinquantième anniversaire du martyr d'Hiroshima et Nagasaki (août 1945). En septembre, nous serons dans la rue pour nous opposer au premier des essais prévu.EI imaginaires, permet tous les abus» (L'Hebdo,
08/06/1995).
Il est rare de lire de tel propos dans une presse habituée à la «neutralité». Il est vrai que des industriels helvétiques sont en froid avec le régime et que le gouvernement suisse a un conflit avec le président au sujet de l'ambassade suisse. Ben Ali, pour des «raisons de sécurité», veut prendre le contrôle sur les 3
000 m2 de l'ambassade, parce que celle-ci jouxte son palais.
Ces considérations intéressées expliquent peut-être l'audace de la presse. Mais c'est avant tout le travail d'information effectué par des opposants tunisiens en
France et en Suisse, et aussi, par
Amnesty International, qui est à l'origine de ce réveil de la presse.
Dans ce contexte, il était étonnant de voir comment le secrétaire général de l'Union général des travailleurs tunisiens
(UGTT), Ismail Sahbani, a couvert le régime affirmant, contre toutes évidences, que «l'Etat ne torture pas». Conférence de presse, manifestations, entretien dans la presse — entre autres donné par Ahmed Manaï, auteur de
Supplice tunisien, le jardin secret de Ben Ali
— ont battu en brèche la visite de Ben Ali.