Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

Etat des lieux !

· Inprecor n° 393, juillet 1995 · p. 8-11 · 3 439 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Palestine et Israël Femmes États-Unis

Tikva Honig-Parnass, rédactrice en chef de News from Within, publié par le centre d'information alternative de Jérusalem, est membre de la Ligue communiste révolutionnaire Matzpen (Section de la Quatrième internationale dans l'Etat d'Israël). Inprecor a publié un article d'elle dans le numéro de janvier 1994 dans le cadre du dossier sur les accords de Washington signés en septembre 1993 entre le gouvernement israélien et la direction de l'OLP. Salah Jaber l'a interviewé à Paris.

Inprecor : Si on commence par un aperçu sur ta biographie politique exceptionnelle, peux- tu nous parler de ton évolution politique, et comment tu es devenue une militante anti-sioniste?

Tikva Honig-Parnass : J'ai été élevée en Palestine par une famille très sioniste, et j'ai appartenu à la génération qui a combattu pour la prétendue «guerre d'indépendance» en 1948. Déjà à l'époque, j'avait adhéré à l'artificielle combinaison entre le marxisme et le sionisme et j'avais commencé à m'identifier au Mapam. Après la guerre, j'ai étudié à l'Université d'Hébron et je suis devenue la secrétaire du Mapam au sein de la Knesset (le parlement israélien) dans les années 50. Bien entendu cette combinaison du marxisme et du sionisme me convenait. Mais progressivement, la signification du conflit au Moyen-Orient ainsi que le rôle joué par Israël sont devenus plus clairs pour moi. Ce qui m'a ouvert les yeux a été surtout un livre écrit par Moshe Machover et Akiva Or, ancêtres de Matzpen, au début des années 60 «Peace, Peace but no Peace» contenant des articles et des documents révélant le refus de l'Etat d'Israël de faire la paix. Cela fut une sorte de choc pour moi, et avec la fondation de Matzpen je me suis sentie proche d'eux sans pour autant les rejoindre. A ce moment j'ai été

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proche du Parti communiste et en 1956 j'ai résidé pendant presque un an à Londres où j'ai participé aux activités du Parti communiste. A mon retour en Israël, le 20e congrès du Parti communiste de l'Union soviétique fut mon second choc qui m'a désorienté pendant un certain nombre d'années.

J'ai passé mon doctorat et depuis ma carrière professionnelle est devenue de plus en plus anti-sioniste, néanmoins je n'ai rencontré Matzpen de nouveau que dans les années 80 à Jérusalem. C'était quand la guerre contre le Liban a commencé, j'ai adhéré au mouvement de protestation, en particulier à travers ma participation au comité de solidarité de l'Université de Bir Zeit, dans laquelle Matzpen intervenait. C'est ainsi que j'ai rejoint cette organisation.

• Tu veux dire que tu n'a jamais pris conscience de l'existante de Matzpen en tant qu'organisation trotskiste dans les années 70?

Non pas du tout. J'ai lu des écrits marxistes sans connaître le trotskisme. Je l'ai découvert uniquement à travers Matzpen au début des années 80.

Se libérer soi-même du sionisme est un long et difficile processus, tu sais. Même quand tu es politiquement en désaccord avec le sionisme, les liens émotionnels demeurent forts, et quand tu ne bénéficie pas du soutien d'une organisation, tu te libères du sionisme par toi-même, c'est évidemment plus difficile, car ce processus émotionnel nécessite un soutien et une solidarité de la part de tes camarades et tes amis. En Israël se déconnecter du sionisme signifie se déconnecter de tes amis et se marginaliser dans la société.

• C'est quand tu es arrivée à la conclusion selon laquelle le sionisme n'est pas disposé à signé la paix, que tu as rompu avec lui. Comment tu as pris par la suite une position critique par rapport au «traité de paix» israélo-palestinien de Washing-

C'est parce que j'ai été éduquée par Matzpen : notre soutien à l'OLP était conditionnel. nous soutenons l'OLP sur la base du critère anti-impérialiste, de la lutte anti-sioniste et de sa représentation de tout le peuple palestinien. Notre position était : tant que l'OLP représente une force antiimpérialiste dans la région nous apportons notre soutien à cette organisation, malgré son caractère nationaliste et malgré notre conscience de son processus de bureaucratisation. Il ne s'agissait pas d'un soutien au nationalisme en tant que tel, mais d'un soutien à des luttes nationales dans la

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mesure où elles sont progressistes.

Quand j'ai vu l'accord, j'ai constaté que l'OLP est devenue une partie du «nouvel ordre», rien n'a été mentionné sur les droits des Palestiniens, nulle part le mot «occupation» n'a été mentionné, Israël ne s'est pas engagé à se retirer des territoires occupés, ou à démanteler les colonies ou restituer Jérusalem qui représente 30 % de la Cisjordanie. Israël ne compte pas non plus se retirer de la Bande de Gaza — 40 % des terres à Gaza, les plus fertiles, sont détenues par des Israéliens, et 70% en Cisjordanie — et la question des réfugiés reste toujours posée. Par ailleurs, je n'accorde pas trop d'importance aux symboles de l'indépendance, ce n'est pas un problème d'avoir un drapeau ou une monnaie propres. L'accord ne se contente pas d'omettre les droits élémentaires des Palestiniens, mais constitue, bel et bien, un désastre pour tout le mouvement national palestinien. Il s'agit de la meilleure solution pour le sionisme, une grande victoire pour lui — tout le monde le sait maintenant.

• Les partisans des accords disent qu'il s'agit d'une sorte de compromis garantissant quelques avantages pour le peuple palestinien, et c'est précisément à cause de ces avantages que le gouvernement sioniste reporte l'application de ces accords.

Premièrement, les accords n'offrent pas des avantages substantiels pour le peuple palestinien. Bien au contraire, ils représentent en un recul, car ils sont venus pour mettre une fin à l'Intifada. Certes, cette dernière connaissait un déclin, mais les actions armées contre l'occupation et contre Israël risquaient de la faire démarrer de nouveau.

Deuxièmement, les accords de Washington étaient un atout entre les mains des Etats arabes, une sorte de compromis qu'ils étaient en mesure d'accepter: Ils leur donnaient un argument, voire un prétexte pour entamer la normalisation des relations avec l'Etat d'Israël.

Et enfin, les accords ont divisé le peuple palestinien et l'OLP. C'est Arafat qui a négocié les accords, et non pas toute la direction de Fatah, et plusieurs dirigeants aussi bien de Fatah que de l'OLP étaient en désaccord avec lui.

Toutefois certains pensaient que les signes d'occupation militaire israélienne directe auraient disparu beaucoup plus rapidement. Même des Palestiniens de gauche étaient convaincus qu'après Washington l'armée se serait retirée et qu' Arafat aurait pris le contrôle de la Cisjordanie et commencerait à réprimer l'opposition. Après les accords il y a eu une certaine euphorie parmi les Palestiniens. L'erreur résidait dans une sous-estimation de l'opposition, Hamas en premier lieu. Arafat ne peut pas la supprimer. Israël exerce une pression constante sur lui pour qu'il désarme Hamas. Mais Arafat ne peut pas le faire non seulement à cause de la force de Hamas, mais aussi parce que ce dernier bénéficie du soutien moral de la population. Aussi longtemps que l'occupation continue Arafat n'a aucune légitimité pour les désarmer. En effet il peut compter sur une partie du Fath : 20 000 militants du Fath sont payés par l'autorité palestinienne en tant que fonctionnaires ou agents de police (il y a 7 corps différents de forces de sécurité !).

De l'autre côté aucune organisation ne représente une alternative concrète, y compris, Hamas. Si des élections ont lieu, Arafat pourra remporté les 51 % des voix qu'il souhaite. Cela ne signifie pas que le peuple le soutien mais que la situation est bloquée. L'occupation continue et la vie est beaucoup plus difficile qu'avant.

• Comment peut-elle être plus difficile concrètement?

C'est une situation que nous ne saisissons pas complètement. Tout est encore contrôlé par Israël jusqu'aux activités les plus modestes. La vie économique est totalement paralysée, on a besoin d'une permission pour tout : par exemple, si tu dois renouveler ta carte d'identité à Jérusalem tu dois prouver que tu as payé tes impôts, si tu veux visiter ta famille à Gaza ou aller du Nord au Sud du pays, tu ne peux pas le faire, tu as besoin d'une permission, la même chose pour aller à un hôpital ou à l'école, etc. Bref, on dépend de la bureaucratie israélienne pour tous les aspects de sa vie. Ça va sans le dire, il n'y a pas de travail. Des 120 000 travailleurs en Israël il n'en restent que 30 000, alors que rien ne s'est développé à Gaza ou en Cisjordanie. A Gaza le chômage atteint

La torture continue, les arrestations continuent, les tracasseries dans la vie quotidienne continuent. Pendant l'Intifada on pouvait trouver du soutien, il y avait : le réseau des comités populaires, le mouvement des femmes de base, des syndicats bien que faibles et dirigés par Fatah et des embryons d'organisations sociales assurant un soutien moral et matériel. Tout est dispersé, atomisé, on est seul. Réfléchis au cas des prisonniers : ils sont huit mille et il n'y a aucune pression pour les libérer, alors qu'il y a un an il y avait des manifestations de masse pour les soutenir. Voilà pourquoi la situation en Cisjordanie est encore plus difficile.

Même à Gaza sous l'autorité palestinienne la situation est plus difficile.Les autorités ont adopté toutes les mesures d'oppression des Israéliens : elles arrêtent sans mandat, elles pratiquent la torture (il y a eu déjà deux ou trois décès sous la torture) elles ferment les journaux sans aucune décision judiciaire. Un jeune est allé au local du quotidien Al-Nahar et l'a fermé. Les directeurs l'Autorité en parlant des manifestations pas le nombre de participants. Donc Hamas est bien la raison principale qui incite Rabin repousser l'application des accords ?

Rabin n'applique qu'une partie tout à fait symbolique des accords, la date fixée pour le retrait de l'armée israélienne des régions peuplées, n'a pas été respectée. Arafat se contente maintenant d'un retrait de quelques villes et Rabin peut jouer comme il veut.

Le seul problème pour lui est que Arafat ne peut pas maintenir ses engagements auprès du peuple et que dans un an il y aura des élections. Hamas ne représente pas un danger réel pour Israël. Il peut seulement engendrer un sentiment d'insécurité qu'Israël est en mesure de le supporter. Mais l'extrême-droite israélienne est en train d'exploiter cette situation que Rabin ne peut pas affronter. Par ailleurs Arafat est incapable de supprimer Hamas, qui constitue un bâton dans la roue des accords, pour des raisons politiques quelles que soient les promesses qu'il aurait pu faire à Rabin.

• Pourquoi Hamas est si populaire ? Est-ce à cause de son idéologie religieuse ?

Hamas est populaire parce qu'il n'existe aucune autre opposition. De nombreux

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jeunes laïcs l'ont rejoint dans la lutte armée. Hamas représente l'opposition palestinienne non seulement aux accords mais aussi à l'occupation. Ces deux aspects de la lutte sont liés aujourd'hui : dans la mesure où l'autorité palestinienne ne remet pas en question l'occupation, l'opposition à Arafat apparaît comme une opposition à l'occupation.

• Comment la population des territoires occupés considère

Arafat ?

C'est difficile de dire. Les sondages indiquent qu'il a encore une certaine popularité. Cela dépend des secteurs de la population. Pour beaucoup il est aujourd'hui l'objet de plaisanteries, mais en même temps c'est le leader qui fait peur d'un régime qui fait peur. Il n'y a plus d'admiration pour lui. Son pouvoir se base sur une partie qui dépend de lui, tous ceux qui reçoivent un salaire ou espèrent obtenir quelque chose de lui, aussi bien que ceux qui pensent qu'il n'existe pas pour le moment une alternative meilleur. En tout cas, même les sondages les plus favorables indiquent qu'Arafat ne pourra pas dépasser 50 % des voix.

• Quid de la gauche palestinienne ? Pourquoi Hamas semble être la seule opposition?

Mon appréciation est que même la gauche n'a pas réalisé la profondeur des dégâts engendrés par les accords de Washington. Si on estime que les accords ne sont pas si négatifs, alors on peut discuter sur la stratégie politique nécessaire. Si en revanche on les considère comme une tentative d'écraser le mouvement national, alors il faut commencer à s'organiser pour faire face au nouveau régime. La gauche aurait dû prévoir que le problème principal après la suppression des symboles du contrôle direct d'Israël serait de faire face

• Mais Hamas n'est pas populaire à cause de son combat contre Arafat mais à cause de sa lutte contre l'occupation israélienne, n'est-ce pas ?

Incontestablement, lorsque les accords ont été signés la gauche ne savait pas dans quelle mesure l'occupation directe palestinienne continuerait. Nous aussi nous pensions que l'armée allait se retirer, qu'il aurait une certaine autonomie et que la lutte principale serait de pousser Arafat à aller au-delà du cadre des accords. Dans un certain sens il y a une continuité dans l'attitude de la gauche face à l'OLP : par soucis d'unité elle n'a jamais agi réellement comme une alternative à Arafat. Ce n'est que maintenant qu'elle commence à parler d'une nouvelle OLP à construire, mais ce sont des mots et non pas une stratégie alternative.

Toute la conception d'un programme de transition, toute l'idée de partir des besoins immédiats des masses leur sont étrangères. Par exemple, il y a un an, tout le problème du grand Jérusalem était à l'ordre du jour ; Fayçal Husseini et d'autres voulaient faire quelque chose. La gauche a commencé à se demander si elle devait agir avec Husseini ou non, et ainsi ils ont perdu une occasion. Maintenant Husseini ne fera rien et ne prendra aucune initiative, la gauche à un moment donné a eu aussi la possibilité de prendre la direction d'une nouvelle Intifada sur le problème de la terre, mais elle n'a pris aucune initiative. Elle aurait dû se concentrer sur ce problème dont le potentiel était énorme : pour la terre les masses étaient prêtes à combattre et à mourir.

Aujourd'hui, ce sont le désarroi et le désespoir qui dominent au sein de la gauche, c'est une crise très profonde. Il y a aussi le problème de la bureaucratisation des partis, critiqués par les jeunes générations. Des gens de plus en plus nombreux abandonnent les partis de gauche mais ils restent très attachés à la gauche qui représentait traditionnellement les aspirations nationales réelles.

• Du point de vue des déclarations, la gauche palestinienne a dénoncé les accords de

Washington de la même façon que Hamas. Pourquoi donc

Hamas est plus populaire ? Est- ce à cause de son engagement dans la lutte armée qui continue contre l'occupation israélienne ?

Ce n'est qu'un aspect des choses. Hamas a aussi formé des branches, des organisations militaires et de base, leurs racines dans la communauté sont fortes, même plus que leur formation militaire. miques, etc. Lors des accords de Washington, la gauche palestinienne avait perdu son infrastructure : les organisations de base de l'Intifada avaient été dispersées seules des organisations non-gouvernementales subsistaient. La gauche ne s'est pas efforcée de construire un mouvement fondé sur les quartiers et les travailleurs comme en Afrique du Sud.

Prenant par exemple le mouvement syndical, dans les années de l'Intifada le Fath a fait ce qu'il voulait, parce qu'on avait jamais conçu les syndicats comme des organisations de défense des travailleurs. Ils étaient conçus comme une branche de l'OLP pour la lutte nationale.

De même les organisations de femmes étaient elles aussi subordonnées aux organisations politiques, il y a l'organisation de femmes du Front populaire, du Front démocratique, du Fath et non pas des organisations autonomes des femmes. Certes, elles étaient enracinées dans la communauté et elles participaient aux comités populaires de l'Intifada, elles dirigeaient même les comités populaires parce que les hommes étaient en prison. Mais elles n'ont jamais développé une activité sur les problèmes spécifiques des femmes. Par conséquent lorsque l'Intifada s'est essoufflée ces organisations de femmes n'ont pas réussi à satisfaire aucun besoin des femmes. Aujourd'hui, on peut trouver des centres indépendants de femmes ou des HONG, alors que les organisations subordonnées aux formations politiques sont en perte de vitesse.

• Est-ce qu'il serait possible pour la gauche de devenir le principal pôle d'opposition à la place de Hamas?

Maintenant non, justement après les accords, il y avait encore un espoir. Les organisations de gauche auraient dû se mobiliser sur des revendications concrètes alors qu'elles ont critiqué les accords sans esquisser aucune alternative. Elles auraient dû prendre en compte les besoins immédiats des gens, comme la mobilisation sur la question des prisonniers (chaque famille a ses propres prisonniers), contre les taxes. Elles auraient dû entreprendre des luttes quotidiennes en mobilisant les communautés, non pas contre Arafat, mais contre l'occupation et pas nécessairement sous des formes militaires. Quant aux élections, la gauche est contre leur organisation et continue à dire non aux élections. Mais les élections auront lieu et les gens ne savent pas quels sont les arguments de la gauche contre les élections, pourquoi la gauche n'utilise pas les élections, pourquoi elle ne dit pas «oui aux élections mais sous certaines conditions» de façon que le peuple puisse comprendre ?

Une partie du problème réside dans le fait que la gauche reçoit des ordres de ses dirigeants de l'extérieur alors que les gens sur place connaissent beaucoup mieux la situation.

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• Dans quelle mesure le déclin de la gauche palestinienne affecte la gauche israélienne ?

Quand nous parlons de la gauche israélienne nous devons distinguer entre la prétendue gauche sioniste et la gauche non-sioniste et anti-sioniste qui bien entendu est beaucoup plus faible. La gauche sioniste n'est plus a l'opposition, elle soutient

Rabin. Meretz (le mouvement des droits civils) est au gouvernement, alors que Rabin est en train de torturer et de faire des choses contre lesquelles il protestait auparavant. Mais il n'existe pas non plus une opposition non-sioniste importante.

La gauche anti-sioniste a rejoint un mouvement de protestation qui ne rejette pas complètement les accords, mais mobilise sur des problèmes concrets, par exemple contre la construction des colonies, le grand Jérusalem, etc. Notre faiblesse réside dans le fait que tout en développant une telle activité nous ne présentons pas tout notre programme et nous ne critiquons pas l'autorité palestinienne. Il n'y a eu aucune force politique, y compris le Matzpen, qui se soit prononcée fermement et sans ambiguité contre les accords et qui ait expliqué aux quelques centaines de personnes qui voulaient l'entendre ce que représentent les accords réellement. Il n'y a aucune force israélienne mobilisatrice qui prône une coopération avec la gauche palestinienne hostile aux accords. Pourtant c'est le rôle que devrait jouer une véritable gauche aujourd'hui en Israël. Par contre, nous agissons avec des forces qui acceptent les accords, qui les appellent «processus de paix», ce qui heurte les quelques centaines qui voudraient nous entendre. Nous devrions lutter aussi bien contre l'occupation que contre les accords qui impliquent le maintien de l'occupation. Aucune force ne le fait en Israël, même pas parmi les Palestiniens d'Israël. On peut ainsi constater l'absurdité de l'attitude de deux mouvements de gauche, qui gardent presque exclusivement une dimension nationale. Les anti-sionistes d'Israël au cours des années ont négligé toute dimension internationale anti-impérialiste, anti-sioniste et lutte de classe. On n'utilise pas une terminologie de classes, on n'analyse pas la société israélienne en terme de classes. Nous avons utilisé les mots d'ordre : «le chemin vers la lutte de classes en Israël passe par le conflit national», et nous nous sommes présentés comme un groupe qui n'aborde que la question nationale. La gauche palestinienne pour sa part ne s'identifie au marxisme que verbalement, en fait, elle adopte une conception purement nationaliste de la question.

Le mouvement israélien de protestation contre l'occupation n'aurait pas existé sans nous, mais il n'écoute pas que notre voix. Nous avons toujours dit que la société israélienne est marquée par ses propres contradictions objectives et intrinsèques : sociales, ethniques et de sexes. Sans quoi nous n'aurions jamais pu parler d'une lutte commune avec les Palestiniens. Les masses israéliens opprimées, les femmes. les mizrahim (juifs d'origine orientale), les ouvriers ont objectivement intérêt à renverser le sionisme. Mais pourquoi alors devrions-nous nous lier seulement avec la gauche sioniste des classes moyennes qui sont moins intéressées à mettre fin à l'Etat sioniste ? Il y a d'autres comme les mizrahim qui parlent d'oppression sioniste, qui développent un travail dans la communauté et nous ne nous référons jamais à eux. Nous n'établissons jamais des rapports avec la classe ouvrière et notamment avec les mizrahim qui représentent la majorité des ouvriers. Nous devons nous efforcer à travailler avec ces alliés stratégiques dont les intérêts stratégiques sont anti-sionistes. Construire un mouvement exclusivement sur la contradiction objective entre valeurs humanistes et occupation n'est pas marxiste.

Je pense que nous avons atteint un stade où il est nécessaire d'entreprendre une nouvelle réflexion globale.*

Propos recueillis par Salah JABER 0177

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