Süddeutsche Zeitung, Allemagne, 22 juillet 1995
Par Elmer Altwater contre les nazis, qui le mirent dans un camp de concentration. Critique véhément du stalinisme, il rejoignit après la guerre
'Internationale trotskyste. Bientôt il fut considéré comme sa tête théorique dirigeante, à tel point que ce n'est pas lui que l'on identifiait à la Quatrième Internationale, mais celle-ci à lui.
Toute sa vie durant, il fut convaincu de
Süddeutsche Zeitung
MONCHNER NEUESTE NACHRICHTEN AUS POLITIK, KULTUR, WIRTSCHAFT UND SPORT la nécessité, mais aussi de la possibilité, de la révolution mondiale. De là vint son enthousiasme pour le mouvement de 1968.
Toute grève, fut-ce au Mexique ou au Bangladesh, était à ses yeux une contribution au renforcement des « travailleurs et paysans » révolutionnaires. Et ce à l'échelle mondiale. Je l'ai encore entendu le dire, il y a un an environ, dans un discours enflammé au Brésil.
QUELLES ILLUSIONS, serait-on incliné à dire aujourd'hui. Mais pour les gouvernements des Etats-Unis ou de France et la coalition sociale-libérale (allemande), Ernest Mandel représentait un tel danger politique qu'ils lui interdirent l'acces de leurs territoires dans les années 70. Il venait de présenter, comme thèse de doctorat au département de sciences politiques de l'Université libre de Berlin, son ouvrage Der Spätkapitalismus, qui fit date. Le jury dut se déplacer à Bruxelles, pour la soutenance qu'Ernest Mandel passa brillamment. L'interdiction de séjour ne put l'empêcher de passer son doctorat, mais rendait impossible sa candidature pour une chaire de professeur à Berlin et Osnabrück.
L'Occident ne faisait que copier, à l'époque de la guerre froide, ce qui était depuis toujours monnaie courante dans le « camp du socialisme réel ». Comme dirigeant de l'Internationale trotskyste, Mandel était persona non grata et l'on ne trouvait ses écrits que dans « la bibliothèque maudite » de la gauche radicale et du trotskysme.
Pourtant ses œuvres, écrites d'abord en français avant d'être traduites dans toutes les langues du monde, se distinguent par leur rigueur scientifique. Mandel était dans le sens traditionnel du terme un esprit encyclopédique, un érudit d'une vaste culture et un brillant intellectuel. Ses analyses de l'économie capitaliste mondiale sont aussi impérissables que sa critique de la bureaucratie soviétique. Le fait qu'il écrivit une histoire sociale du roman noir, s'essayant même dans ce domaine, montre bien l'étendue des domaines auxquels il s'intéressait.
Cependant, le but véritable de ses écrits ne fit jamais l'ombre d'un doute : le renversement révolutionnaire de la domination bureaucratique soviétique et du système capitaliste. Il considérait la fin du « socialisme réellement existant » en « l'an revolutionnaire 1989 » comme la confirmation de ses analyses. Mais que la société capitaliste dans « le nouvel ordre mondial » en sortit renforcée, et non pas affaiblie, ne rentrait pas vraiment dans ses conceptions politiques.
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Ernest 1923-1995 MANDE: