La consultation zapatiste, un dialogue de la sociêté avec elle-même courants, à l'intérieur et à l'extérieur des frontières mexicaines, autour de la demarche a adopter pour
Par Ulises Martinez Flores Mexico, 29 septembre 1995 POUR MESURER AVEC OBJECTIVITÉ les résultats de la consultation convoquée par l'EZLN le 7 juin, il faut se remémorer les raisons ayant conduit le mouvement insurgé du Chiapas à pratiquer cet exercice démocratique inédit. En premier lieu, l'appel à la consultation a représenté une réponse audacieuse à la politique de contre-insurrection du gouvernement mexicain qui, à partir de tévrier 1995, s'est manitestée tant par l'encerclement militaire que par les attaques politiques. Au moment de l'appel à la consulta tion, cela faisait deux mois que le gouvernement et T'EZLN se réunissaient régulièrement à San Andres de los Pobres ans que cela n'aille de pair avec une démilitarisation du Chiapas et un repli des troupes gouvernementales. A ce siège militaire s'ajoutaient quelques avancées politiques du gouvernement, telle la division du mouvement démocratique chiapanèque, initialement regroupé de manière unitaire au sein de l'Assemblée d'Etat démocratique du peuple du Chiapas (AEDEPCH) ; au fil du temps, un secteur de l'AEDEPCH a succombé aux œillades du gouvernement et a accepté de participer à une table de négociations parallèle à celle de San Andres, ce qui causa à l'époque un affaiblissement de l'EZLN et l'isolement de l'autre secteur de l'AEDEPCH qui décida de rester uni autour du gouvernement de transition du Chiapas en rébellion dirigé par le journaliste Amado Avendaño. En second lieu, l'appel à la consultation zapatiste illustrait une nouvelle tentative de l'EZLN pour encourager l'unité du mouvement populaire et démocratique mexicain, après la perte de substance de la Convention nationale démocratique (CND, constituée en août 1994) et l'échec, en février 1995, de l'appel à former un Mouvement de libération nationale (MLN). Depuis le début, la lutte zapatiste s'est distinguée d'autres expériences d'insurrection armée par l'accent mis sur le fait que sa lutte et ses revendications ne pourraient aboutir si elles n'étaient pas reprises par des couches entières de la société construisant un large front d'opposition au gouvernement. En ce sens, l'appel à la consultation répondait non seulement au besoin de rompre l'encerclement militaire et politique, mais aussi à une vision stratégique du zapatisme sur la nécessité de construire ce large bloc de forces sociales
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anti-gouvernementales. Une autre exigence zapatiste motiva aussi l'appel à la consultation: la volonté de structurer le zapatisme non plus uniquement comme une organisation politico-militaire, une armée populaire fortement enracinée dans les communautés indigènes du Chiapas, mais comme une force civile, démocratique et populaire d'envergure nationale. Enfin, sur le plan international, l'appel à la consultation cherchait à approfondir la discussion avec le mouvement de solidarité existant — principalement en Europe et en Amérique du Nord —, à lui permettre de se développer et, surtout, à faire que cette solidarité dépasse le simple appui matériel pour devenir un cadre d'organisation et d'action. LES RÉSULTATS DE LA CONSULTATION Au-delà des résultats quantitatifs de la consultation — 60 000 personnes ont participé à sa promotion et à son organisation au Mexique ; plus d'un million de Mexicains ont voté ; plus de 80 000 personnes ont pris part à la consultation internationale organisée par 56 comités de solidarité dans 43 pays différents —, l'initiative zapatiste a prouvé être une grande réussite à plusieurs égards. En matière organisationnelle, la consultation a permis que le mouvement d'appui à la lutte zapatiste dépasse le mobilisations sporadiques et avance vers des formes struc turées. A travers tout le pays, plus de 60 000 personnes ne se sont pas retrouvées seulement pour un meeting ou une manifestation mais, durant plusieurs semaines, ils se sont rencontrés dans les mêmes centres de travail politique afin de discuter de l'organisation d'une tâche commune et de ses implications politiques. Ensemble, ils ont affronté le boycott de la plupart des médias audiovisuels et de la presse écrite, etc. Sur le plan politique, la consultation a encouragé la discussion dans la mesure où les questions que l'EZLN posaient à la population impliquaient une réflexion sur ce que doit être le programme du mouvement démocratique et populaire, sur la manière d'organiser ce mouvement et sur la manière dont l'EZLN doit s'y adapter.
* MEXIQUE Les réponses aux questions 4 et 5 ont revêtu une importance particulière, tant au niveau national qu international; TEZLN y demandait si elle devait se constituer en force politique nouvelle, de manière indépendante ou en s'unissant avec d'autres organisations, forces et courants. Avec une faible marge d'écart, les personnes consultées ont plutôt répondu que l'EZLN devait s'organiser sans s'unir à d'autres forces, ce qui reflète le prestige et la confiance dont jouit le zapatisme et, a contrario, le manque de confiance de la population envers les organisations politiques traditionnelles de la gauche mexicaine. Sur le plan social, la consultation a démontré à la population qu'elle pouvait se faire entendre à travers des actions de ce type et qu'elle pouvait prendre son destin en mains. Quelques jours avant la consultation, dans le village de Tepoztlan, dans le centre du pays, la population, majoritairement indigène, s'est rebellé contre la construction d'un terrain de golf qui aurait menacé équilibre écologique et aurait dépouillé la communauté de ses terres. Les habitants ont élu de nouvelles autorités à travers un vote populaire et ont organisé eux-mêmes l'administration publique. Par ailleurs, dans l'Etat de San Luis Potosi, une consultation a été organisée le 25 septembre pour demander l'opinion des habitants sur les formes que doit adopter la lutte des peuples indigènes nahualt de la région. Au plan international, la consultation zapatiste a impulsé un nouveau type de solidarité ; T'EZLN ne demandait pas seulement de l'aide mais une prise de position sur ses revendications et sur la manière de lutter pour les détendre. Mais là où les résultats positifs de la consultation zapatiste ont été les plus probants, ce tut dans le renversement du rapport de forces vis-à-vis du gouvernement En dépit de la prolongation de l'encerclement militaire, la consultation a rompu l'encerclement politique. Cela s'est manifesté immédiatement dans les réunions du Dialogue de San Andres, où le gouvernement a accepté les princi›ales propositions de l'EZLN sur la méthode à suivre et sur ordre du jour. Le gouvernement, non sans dissensions internes, a enfin accepté que soient traités des thèmes d'intérêt national à San Andres, et il a même invité l'EZLN à participer au débat sur la réforme de l'Etat mexicain qu'il prépare avec les partis politiques représentés à l'Assemblée. ENTRE OUBLI ET NOUVELLES PROMESSES Le 1er septembre dernier, quand le président Ernesto Zedillo a fait référence au conflit du Chiapas dans son message annuel à la nation, il a commencé par rappeler qu'en arrivant à la présidence il avait déclaré qu'on ne trouverait une solution au conflit qu à travers le dialogue et la negociapersécution policière et militaire contre ses principaux diriC'est uniquement parce que la société civile s'est opposée aux volontés belliqueuses du gouvernement que la voie du Dialogue de San Andres s'est ouverte. Mais devons-nous our autant oublier le 9 février ? Il est impossible de l'oublier, non tant pour ressasser les erreurs et les incohé rences du gouvernement quant au traitement du conflit du Chiapas mais parce que ces erreurs ont eu des conséquences précises et continuent à en avoir. Une première conséquence, en relation directe avec la negociation sur laquelle le président met tant l'accent aujourd'hui, reste la perte de confiance de l'EZLN quant aux promesses de dialogue.. Tout aussi graves et actuelles sont les conséquences qu'a eu pour les communautes indigenes de la région le processus de militarisation qui s'est considérablement renforcé à partir du 9 février. Après avoir provoqué l'exode de communautés entières, il entraîne des actes arbitraires quotidiens commis par les soldats et les officiers de l'armée fédérale. En outre, les décisions gouvernementales du 9 février entraînèrent l'emprisonnement de dizaines de Mexicains accusés d'appartenir à T'EZLN ; alors que rien n'a pu être prouvé contre eux, ils restent quand même en prison. Il est prévisible que les plans du gouvernement soient d'inonder de capitaux la zone de conflit pour faire mine de résoudre le retard économique et social ancestral. Mais il se trompe aussi là-dessus. Comme l'a dit le sous-commandant ET LA SUITE ? La consultation à peine terminée, le gouvernement s'est dépêché de donner sa propre lecture des résultats ; ses porte-parole ont répété à satiété que l'EZLN devrait maintenant déposer les armes, se transformer en force politique légale et intégrer le système politique existant. Dans de larges secteurs de la gauche également, après la consultation zapatiste, la seule perspective semblait être l'espoir que celle-ci ouvre la voie à la formation d'une nouvelle force politique à laquelle, de manière loyale pour les uns, opportuniste pour les autres, ils pourraient s'intégrer. Il y en a même certains qui, amoureux des vieux schémas, spéculaient sur l'avenir d'un hypothétique Parti zapatiste. Mais les rythmes indigènes et zapatistes semblent être tout autres. Avec la consultation, le zapatisme — conçu non seulement comme les secteurs organisés dans l'EZLN, mais incluant aussi le large mouvement civil sympathisant — a jeté les bases d'un programme politique et de lutte, et celles de sa structuration organique et de sa politique d'alliances. Comme lors de la consultation les sympathisants du zapatisme ont donné leur accord pour que les seize points evo qués dans la première question constituent la base du pro gramme de l'EZLN, le dialogue de San Andres peut main tenant permettre de discuter en détail de chacun de ses points, à travers la participation conjointe de dizaines d'organisations, et de développer le programme pontique zapatiste. Cette participation conjointe permettra de recons truire les cadres sociaux qui, dans différents secteurs de la population, pourraient constituer la toile de fond sur laquele se dessinera la nouvelle force politique Ce rythme indigène et zapatiste donne le ton pour le processus de construction d'accords et d'identités politiques et sociales dans le mouvement démocratique et populaire. Différents courants politiques suivent également ce rythme pour participer à la constitution d'un nouveau mouvement politique révolutionnaire au Mexique, sur la base du zapatisme civil et militaire. C'est le cas du courant représenté par la section mexicaine de la IVe Internationale qui, lors d'une récente Conférence nationale, a adopté le nom Démocratie radicale et a rappelé que son objectif stratégique dans la prochaine période était de contribuer à la constitution de cette nouvelle force politique nationale.
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