Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOSNIE-HERZEGOVINE

Un convoi pour Tuzla

· Inprecor n° 395, octobre 1995 · p. 22-24 · 2 258 mots

Ex-Yougoslavie France Syndicalisme Europe de l'Est

La Fédération Solidaires, Unitaires, Démocratiques (SUD ) a été partie prenante de l'envoi d'un convoi à la ville de Tuzla au mois d'août 1995. Ce projet a été mis sur pied, avec la participation de la CGT-Office national des industries céréalières, UNEF-ID

(Nanterre), le Syndicat d'air France et la CFDT Valéo Lyon ainsi que le Secours ouvrier pour la Bosnie (SOB), en réponse à l'appel d'une délégation de représentants syndicaux bosniaques de Tuzla en visite à Paris au mois de février 1995. Inprecor a rencontré Dominique

Duclois (militant de SUD, centre de tri du Landy) et Annick Coupé secrétaire générale de SUD.

SOLIDARITE

Inprecor : Peux-tu nous expliquer les raisons de la participation de SUD à l'envoi de ce convoi?

Annick : On avait été sollicité à la fin de l'année 1994 par les militants du SOB engagés dans l'affaire des convois en prévision de la visite des syndicalistes de Tuzla à Paris au mois de février 1995.

Jusque-là SUD ne s'était jamais engagé vraiment dans un travail de solidarité avec la Bosnie, je dirais à la fois, sans doute, par manque de temps mais aussi parce que, de toute évidence, la question de la Bosnie est une question politique assez complexe et que SUD en tant qu'organisation syndicale n'a pas une analyse approfondie sur le démantèlement de l'ex-Yougoslavie, le démarrage de la guerre, les responsabilités, etc. Néanmoins, on a décidé de participer en soutenant la visite des syndicalistes de Tuzla à Paris, en janvier et février 1995, parce qu'il nous semblait clair qui était l'agresseur et qui était l'agressé et que la dimension multi-ethnique et multiculturelle du combat des Bosniaques faisait partie des valeurs défendues par notre syndicat. En effet, les combats qu'on mène ici contre l'extrême-droite et le racisme ont un lien avec les combats qui se mènent en Bosnie sur ces mêmes questions. Il nous a semblé, égale-

Entretien avec Annick Coupé et Dominique Duclois Propos recueillis par Adam Novak et Sonia Leith

Paris, septembre 1995 ment, qu'il fallait que le mouvement syndical s'implique sur les questions de la solidarité internationale et que si l'on faisait rien on laissait, sans nul doute, le terrain libre aux extrémistes en Bosnie et on ne pourrait pas par la suite se plaindre de la montée des intégrismes de tout bord. La troisième raison, nous avons toujours dit que le « SOLIDAIRES» de notre sigle ne s'arrêtait ni à la porte des PTT ni aux frontières de la France. C'est pourquoi, Sud a été partie prenante dans la campagne contre la dette du Tiers monde et a pris des positions internationales. QUAND LES DEUX responsables syndicaux de Tuzla sont venus en France, SUD les a rencontrés et a décidé de s'investir, pour répondre à leur appel, non seulement en apportant une solidarité matérielle mais aussi en envoyant des militants syndicaux sur place témoigner de leur solidarité. Ce qu'ils nous ont aussi expliqué, c'est l'aspect pluri-ethnique de leur démarche et la forte résistance à la purification ethnique face aux agressions

Notre rencontre à Paris avec les syndicalistes de Tuzla a révélé également des divergences sur la question de la privatisation.

Donc ces deux syndicalistes nous ont lancé un appel pour l'organisation d'un convoi syndical avec les Anglais, c'est sur cette base qu'on a commencé à travailler. Il est important de signaler qu'en terme de position SUD s'est engagé facilement dans cette forme de solidarité, par contre, je pense qu'on n'a pas réussi à mobiliser les services des PTT pour prendre des initiatives dans cette direction. Le fait d'y aller, de collecter du matériel, est positif. Le problème c'est être capable d'expliquer ici en France et en particulier aux PTT ce qui se passe réellement en Bosnie et pourquoi il faut organiser la solidarité. Cela s'explique, en partie, par le fait qu'il y a dans le mouvement syndical français une perte de la notion de solidarité internationale (au-delà de SUD et de la Bos-

En effet, aux fortes traditions de la CGT, voire même de la CFDT dans le cas de Solidarnosc en Pologne, s'est substitué le replis qui s'explique par les difficultés du mouvement syndical dans son ensemble. De l'autre, je pense, par la situation complexe en Bosnie qui renvoie au démantèlement des pays de l'Est. L'attitude générale est de rejeter tout le monde dos à dos, parce qu'on ne comprend rien à ce qui se passe.

Inprecor : Comment le projet du convoi a-t-il été mis sur pied avec la participation du

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Secours ouvrier pour la Bosnie

(SOB) ?

Dominique : Pendant la grande grève des mineurs en 1984, la région minière de Tuzla a fourni une aide assez conséquente aux mineurs anglais. La guerre et l'encerclement par les fascistes ont poussé Tuzla à demandé un retour de l'aide. C'est ainsi que le Workers Aid s'est constitué pour soutenir les travailleurs de Tuzla. Dès 1993, SOB a été constitué en France suite à des contact avec Workers Aid. Au début le Secours ouvrier était très faible mais progressivement il a réussi à organiser deux convois pour Tuzla.

C'est à la suite de l'appel lancé par les syndicalistes bosniaques en visite en France que SUD a décidé de participer au convoi. Quatre camarades, dont moi-même, ont acheminé l'aide en transportant 38 tonnes de produits alimentaires, etc. Un deuxième camion de 38 tonnes, affrété par le Collectif parisien contre la purification ethnique, s'est joint au convoi syndical. Deux voitures ont emmené la délégation dont une envoyée par un collectif de Nancy. A SPLIT (Croatie) le convoi était enfin réuni avec 20 véhicules : une majorité d'Anglais composés de mineurs, d'instituteurs, de postiers et de jeunes étudiants, un camion espagnol envoyé par les syndicalistes et soutenu par des municipalités, des syndicalistes portugais et un camion irlandais. L'objectif du convoi, outre l'aide humanitaire, était également d'apporter un soutien aux travailleurs par notre présence dans cette ville encerclée.

Au fur et à mesure que nous descendons la côte dalmate en direction de Split, la guerre se fait de plus en plus présente. Au début, on était plutôt bloqué par les camions porteurs de planches à voile, après, on est arrivé vers Masenica où le pont a été bombardé. Toute la région de Zadar était détruite. Ensuite, on s'est retrouvé à Split où on est resté deux jours bloqué pour des formalités à la frontière par les Croates qui occupent une partie de la Bosnie appelée « Herceg-Bosna ». C'est ainsi qu'on a vu passer une centaine de camions d'essence en préparation de l'offensive sur Knin, ville principale de Krajina (région de la Croatie contrôlée jusqu'à cette offensive par les scissionnistes serbes). En Herceg-Bosna, c'est la mafia qui règne et les signes de richesse

Ensuite, on est arrivé à Mostar. Mostar, ville complètement détruite par les Croates au début de la guerre, est une frontière entre I'« Herceg-Bosna » et la Bosnie. A Mostar la partie musulmane est complètement détruite, les mosquées furent dynamitées, le pont a été bombardé tandis que la partie croate de la ville est intacte. Les tentatives de reconstruction de Mostar par l'ONU rencontrent des blocages de la part des Croates qui s'opposent à toute collaboration avec les Musulmans bosniaques. Il y a eu une tentative de fêter la journée internationale des femmes, le 8 mars, à l'initiative d'un collectif italien l'accord a été obtenu du côté musulman mais les Croates ont refusé Les gens avec qui on a discuté dans cette ville pensent que 80 % des Croates de la ville de Mostar sont pour la séparation. Les fascistes serbes ont participé à la guerre à Mostar en y envoyant des obus. En ce moment il y a quotidiennement deux obus qui tombent sur Mostar. On a déchargé un peu de matériel sur Mostar en le confiant à une association de jeunes pluri-ethniques indépendante, mais je voudrais souligner qu'on ne dispose d'aucun moyen de contrôle sur la réparti-

Ensuite, nous avons continué notre chemin. Tout le long du fleuve Neretva sur 100 km tout était détruit, les mosquées dynamitées, des maisons criblées, etc. Ce qui est étonnant également c'est qu'à l'intérieur de la Bosnie il y a des zones croates. Il y a des postes-frontières, des drapeaux croates, ce qui risque de poser des problème par la suite en cas d'accord. On a continué la route en évitant Sarajevo et en empruntant des pistes tracées par l'ONU. C'est ainsi qu'on est passé par une zone de snippers (combattants serbes isolés dont la cible préférée est composée par les civils dans les villes assiégées), ce qui signifie que même en zone bosniaque on peut être la cible des NOUS ATTEIGNONS ensuite notre but la zone de Tuzla. Tuzla est la seule zone où les Bosniaques se sont emparés des armes de l'ex-armée yougoslave. On était étonné de voir les usines fonctionner, car jusque-là toutes les autres usines qu'on avait rencontrées servaient de barricades pour la plus grande armée présente sur place : l'armée de l'ONU. Tuzla est une ville industrielle, où la centrale électrique et les mines restent fonctionnelles. Un mois sur deux les habitants de Tuzla vont au front d'où, d'ailleurs, l'aspect populaire de l'armée. Les habitants de Tuzla affirment qu'ils sont pluri-ethniques. Musulmans, Juifs, Tziganes, Hongrois, Serbes, des gens issus de couples mixtes, continuent à y vivre ensemble. On a été à Tuzla hébergés par des familles mixtes.

SOLIDARITE

100 km @cagred CROATIE HCRYECOVIN MER

ADRIATIQUE La mine que j'ai visitée était dirigée par une ingénieur serbe mariée à un Serbe. L'INTÉGRISME À TUZLA existe mais est très faible. Il y a plus d'intégristes catholiques du côté croate que du côté musulman bosniaque, et on rencontre moins de femmes voilées à Tuzla qu'à Paris.

Notre rencontre avec les syndicalistes à Tuzla nous a révélé qu'on avait une conception différente du syndicalisme. En effet, les organisations indépendantes de la classe ouvrière en Bosnie n'existent pas. Il y a d'anciens syndicalistes, certes élus, mais liés à l'appareil d'Etat Lors d'une rencontre qui était censée se dérouler avec les syndicalistes de la Poste on a été reçu par la direction de la poste et un syndicaliste.

A Tuzla on n'a eu aucun blocage pour rencontrer des travailleurs des mineurs et l'association des femmes de mineurs.

Persuadée que la lutte de classe existe aussi en Bosnie, notamment, à travers le syndicalisme et la lutte contre les partis nationalistes tel que le SDA, la délégation de SUD ne cherchait pas uniquement à apporter son aide matérielle mais également à entrer en contact avec une opposition syndicale locale. A ce propos, la mairie de Tuzla est la dernière mairie qui échappe aux forces nationalistes du SDA Leur objectif est de la reconquérir. Le bruit court que les réfugiés de Srebrenica, très montés contre les Serbes, ont été placés à Tuzla pour faire pression sur cette mairie, lors des prochaines élections.

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SOLIDARITE

HERZÉGOVINE Sarajevo MER

ADRIATIQUE

Inprecor : Quelle est la position des syndicalistes à Tuzla sur la question de la privatisation?

Dominique : A partir des années 90 la politique de privatisation a été adoptée dans toute l'ex-Yougoslavie, néanmoins la guerre a tout arrêté, mais le débat existait. Nous avons appris que les mineurs de Kreka se sont prononcés contre les privatisations des mines. Dans d'autres mines les mineurs ont accepté d'acheter des actions. On a l'impression que les mineurs connaissent les risques de la privatisation (rentabilité, licenciements, etc.) mais, en revanche, pensent que la privatisation pourrait relancer l'industrie. Notre délégation et celle des Anglais ont longuement insisté sur les risques de la privatisation et expliqué notre lutte contre la plan de privatisation aux Télécom.

Inprecor : Comment l'aide a-telle été répartie sur place ?

Un des problèmes à souligner, c'est la répartition de l'aide. Les gens demandent comment on va répartir cette aide ? A qui la confier ? Pour notre part on est passé à Radio Tuzla et à la Télé où on a parlé de notre convoi. A Tuzla tout le monde sait que l'aide est arrivée. Les mineurs font contrôler leur aide par IWA. Malheureusement, le contrôle ouvrier sur cette aide, par le biais des délégués syndicaux, n'existe pas. Ce qui est rassurant à Tuzla, en revanche, c'est que le marché noir n'existe pas, et donc les possibilités de détournement de l'aide sont minimes, régulière.

sont vos perspectives?

Domonique que l'Algérie.

les mines de Kreka.

PRERA A BOSNA OB RE RA surtout depuis qu'elle arrive d'une façon

Inprecor : Quel bilan tires-tu de cette expérience et quelles

Tous les camarades ont envie d'y retourner. Il faut continuer, il faut relayer les appels. Retourner se mettre en contact avec les militants qui veulent créer un mouvement ouvrier indépendant, non seulement en Bosnie mais aussi en Croatie et en Serbie. Il faudrait encourager cette forme de solidarité et je pense que cette expérience est reproductible pour un certain nombre de pays tels

En ce qui concerne les perspectives, il y aura une campagne de solidarité avec

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