Alors que les ONG présentes au Forum des ONG et à la conférence des États ont majoritairement travaillé en caucus sur la plate-forme d'action qui devait discutée par les gouvernements, quelques ONG accréditées à la
Conférence ont toutefois décidé d'élaborer un texte global commun. Rendu public le vendredi 15 septembre, il n'a pas été largement discuté par l'ensemble des ONG présentes, certaines n'en ayant jamais eu connaissance.
« Dix ans après la Conférence de Nairobi, les stratégies à long terme n'ont été pleinement réalisées par aucun gouvernement. Nous vivons dans un monde marqué par la pauvreté grandissante, l'inégalité, l'injustice, une croissance économique aux conséquences destructrices de l'environnement, la guerre, le sexisme, le racisme, la xénophobie, l'homophobie et d'autres formes de discriminations et violences envers les femmes. (...) « Nous, femmes des ONG du monde entier, riches dans notre diversité, lité, du développement et de la paix. Nous estimons que ces buts peuvent être accomplis par la fin de l'oppression des femmes et des filles, par la participation des femmes aux prises de décisions nationales et internationales et par la transformation des structures sociales, économiques et politiques qui perpétuent la pauvreté, le racisme, l'inégalité, l'injustice, le chômage, la violence et la guerre. (...) « Les femmes sont des actrices majeures de toute économie mais notre travail n'est pas reconnu et est sous-évalué. Nous effectuons les deux-tiers du travail mondial mais ne recevons que 5 % de ses revenus (...). « La globalisation de ladite « économie
Déclaration
des ONG
DOCUMENT de marché » est la cause de la féminisation croissante de la pauvreté partout dans le monde. Cette économie bafoue les droits humains et la dignité, l'intégrité de l'environnement et expose notre santé à de sérieuses menaces. L'économie globale, dirigée par des institutions financières internationales, telle l'Organisation mondiale du commerce, et par des multinationales, impose des programmes d'ajustement structurel aux pays du Sud et des restructurations économiques aux pays du Nord, au nom de la bonne santé fiscale. D'où l'augmentation de la pauvreté, de la dette et du chômage. « Les réductions conséquentes des programmes et services sociaux tels que la santé, l'éducation et le logement nuisent aux personnes qu'ils ont la prétention d'aider. (..) Nous refusons d'accepter ces conditions comme inévitables pour l'avenir de l'humanité. Les droits des femmes sont les droits humains. » Le texte des ONG appelle ensuite les gouvernements à « assurer des droits égaux et un niveau de vie décent aux femmes », « une sécurité et une assurance sociale adéquates ». La déclaration invite les gouvernements à « reconnaître et rendre effectives les initiatives prises par des femmes pauvres, en les incluant comme pleines participantes dans la planification et la distribution des ressources», à « cesser d'imposer aux femmes des croyances religieuses et
CONFERENCE
DOSSIER
PEKIN
des pratiques traditionnelles qui dénient leurs droits inaliénables ». Elle propose d'amender « les lois sur la propriété intellectuelle, afin que les femmes indigènes deviennent les premières bénéficiaires de l'utilisation commerciale de leur savoir ». Après une condamnation du militarisme, qui débouche sur la proposition d'un désarmement massif et d'un règlement non-violent des conflits, l'appel constate que « les modèles dominants de développement se sont basés sur l'appropriation des ressources du Sud par le Nord et sur le transfert d'idées, de technologies et de méthodes du Nord vers le Sud ». Il faut y opposer des « modèles alternatifs basés sur l'égalité, le respect mutuel, la participation et la responsabilité de toutes les femmes », et « tous les projets de développement doivent tenir compte de leurs conséquences sur les femmes ». Le texte demande également aux gouvernements de « financer la recherche pour la prévention et le soin du virus HIV et du SIDA, d'interdire toute discrimination envers les femmes atteintes de ce virus et de leur assurer l'accès à l'information et aux soins ». Enfin il convie « les médias à changer l'image actuelle, négative et sexualisée, des femmes et des enfants » et à les respecter « dans leur dignité et leur diversité ».