Militant(e)s de la IV Internationale d une trentaine de pays, ancien(ne)s militant(e)s et sympathisant(e)s pour lesquels Ernest Mandel symbolisait le marxisme vivant — elles et ils furent plus de mille deux cent le samedi 30 septembre à lui rendre hommage lors du transfert de ses cendres au cimetière parisien du Père-Lachaise. Une foule émue, sifflotant et chantonnant en une multitude de langues ('Internationale, La Jeune garde,
Maitan pour la IV Internationale, ont pris ON NOTAIT LA PRÉSENCE des représentant(e)s des principales organisations de la gauche française — le Parti socialiste (Jean-Luc Mélenchon, sénateur), le PCF (Michel Daubas, membre du comité national), Lutte ouvrière (Arlette Laguiller), le Mouvement des Citoyens (Jean-Yves Autexier), la Convention pour une alternative progressiste (Gilbert Wasserman), l'Alternative libertaire (Laurent Esquerre), l'Alternative rouge et verte (Michel Fiant), les Refondateurs communistes de Futurs (Roger Martelli, membre du comité national du PCF) — ainsi que celles de Raoul Roa, ambassadeur de Cuba en France, de Michel Pablo et de Bala Tampoe (secrétaire général de la Ceylan Mercantile Union), de Jean Luc Benhamias (conseiller régional des Verts), de Perry Anderson et Robin Blackburn (New Left Review)... Le soir, dans la salle des expositions de Montreuil (à la limite de Paris), plusieurs centaines de personnes ont participé à une rencontre de témoignages clôturée par la projection d'une interview filmée d'Ernest, réalisée par Tariq Ali. L'hommage parisien du 30 septembre avait été précédé ou suivi de meetings, consacrés à la vie et à l'œuvre d'Ernest Mandel, dans nombre d'autres villes à travers le monde. Notons en particulier la commémoration bruxelloise (29 septembre, plus de 300 personnes), celle de Sydney à l'initiative du Democratic Socialist Party australien (20 août), de New York et de San Francisco (Etats-Unis), de Madrid (7 octobre, 400 personnes), de Londres (13 et 14 octobre, où on notait en particulier la participation de Robin Blackburn et de Tariq Ali de la New Left Review devant 350 personnes), de Lisbonne (27 octobre). D'autres manifestations sont prévues au Brésil, au Mexique, au Canada, au Québec et ailleurs. LES DIZAINES DE MESSAGES DE SOLIDARITÉ que nous avons reçus témoignent de l'émotion suscitée au sein
Hommage
Fédéres Alain Krivine pour la LCRet Livio La parole. du mouvement ouvrier international par la disparition de notre camarade. Nous nous limiterons à en citer quelques uns. Au nom de l'organisation marxiste-léniniste marocaine lla Al Amam, Abraham Serfaty écrit : «les premiers militants marxistes-léninistes marocains étudiaient avec passion son Traité d'économie marxiste. Dans nos prisons, la revue Inprecor publiée par la IVe Internationale, dont il était le plus éminent dirigeant, nous apportait les enseignements des luttes révolutionnaires dans le monde.» Mohamed Harbi, dirigeant du FLN lors de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, rend hommage à «l'apport d'Ernest pour reformuler le socialisme et redéfinir les bases d'un rassemblement révolutionnaire» et à son engagement aux côtés de la révolution algérienne. L'écrivain français Gilles Perrault écrit : «Il était un de ces hommes très rares qui font aimer la Révolution parce qu'ils l'incarnent . (...) Théoricien mondialement reconnu et célébré, il avait tout lu, beaucoup écrit, parlé devant maint auditoires éminents, mais il demeurait un militant et un amateur passionné de romans policiers, conjonction qui offre une définition possible de l'honnête homme du XXE siècle. » ROSARIO IBARRA, coordinatrice de consultation zapatiste et député mexicaine : « Ernest nous a dit dans un de ses ouvrages "Nous devons faire renaître l'espoir". (...) L'espoir "mandélien" (si le vieux Mandel me permet de le nommer ainsi) est en train de renaître, chez mes frères et sœurs zapatistes (...) qui commencent à organiser cette force qu'est l'espoir, au-delà des communautés indigènes du Chiapas et, surtout, au-delà des frontières mexicaines. » En nous faisant parvenir le salut de Luis Ignacio da Silva « Lula », Marco-Aurelio Garcia écrit au nom de l'exécutif national du Parti des travailleurs du Brésil : « Pendant plus
d'un demi siècle Ernest Mandel a éclairé de son intelligence et de sa culture le mouvement socialiste du monde entier. (....) Mandel fut aussi un ami du Parti des travailleurs, dont il a accompagné la trajectoire depuis notre naissance » Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP, branche des territoires occupés) écrit : « Pour nous, marxistes palestiniens, Ernest Mandel a représenté un inspirateur et un maître à penser (...). Ernest Mandel a été également pour nous un modèle de continuité militante en dépit de tous les obstacles et de tous les effondrements. L'exemple de sa vie est une grande source d'inspiration.» Dès l'aube de son engagement militant, Ernest Mandel s'était attelé au combat contre la gangrène stalinienne du mouvement communiste. Il fut pour cela, à de nombreuses reprises, dénoncé avec grossièreté par les directions des partis alignés sur le Kremlin. A ce titre l'hommage que lui ont rendus les dirigeants des partis issus du mouvement stalinien, s'il témoigne d'abord de leur propre transformation, est aussi un témoignage de sa victoire. AINSI GREGOR GYSI DU PDS allemand écrit : «J'ai étudié et connu Ernest Mandel (....) dans la phase décisive, lorsque nous, PDS/SED, successeur du SED, développions notre critique du système bureaucratique qui se disait socialiste, et qui cependant était contradictoire avec les fondements du socialisme. Le courant représenté par Ernest fut, avec d'autres, une aide pour mes prises de position. Ce courant avait personnifié dans les décennies précédentes aide et espoir pour beaucoup d'hommes et de femmes socialistes démocrates dans l'opposition du SED en ex-RDA. (...) Cette perspective et cet espoir d'un socialisme démocratique, qui figure aussi dans le nom de mon parti (...) nous unissent à l'occasion de la mort de notre ami Ernest Mandel.» Au nom du Parti communiste d'Espagne, Francisco Frutos écrit : « Ernest Mandel a été pour beaucoup d'entre nous un révolutionnaire, un ami qui, lors des moments critiques de la gauche transformatrice, nous donnait des éléments d'analyse et des impulsions pour continuer la lutte avec des arguments moraux, théoriques et politiques. » Victor Rios, au nom de la présidence fédérale de la Gauche Unie (IU) de l'État espagnol écrit : « Pour beaucoup d'entre nous, Mandel a représenté un exemple de l'effort qu'il a fallu et qu'il faut encore faire pour développer une analyse critique du capitalisme et, en même temps, mener ce travail en rapport étroit avec la pratique militante. Il était donc un cas assez rare d'intellectuel et dirigeant politique dévoué à la cause du mouvement ouvrier et de tous les mouvements d'émancipation. Vous savez que notre organisation est une formation politique qui a comme principe essentiel de fonctionnement la reconnaissance du pluralisme politique et idéologique. Dans ce cadre, l'apport de Mandel, radicalement critique aussi de l'expérience du "socialisme réel , pourra toujours nous être utile dans la tâche de reformulation d'un proiet de société alternative capable de redonner credibilité à une gauche anticapitaliste et internationaliste.» Il est à noter que l'Humanité, quotidien du Parti communiste français, écrivit pour sa part le 2 octobre : «Ernest Mandel, penseur et théoricien marxiste (...) fut, au sens le plus noble du mot, un militant. Dans son pays. Au sein de la IVe Internationale, dont il était l'un des dirigeants.» FAUSTO BERTINOTTI, le secrétaire général du Parti de la refondation communiste d'Italie, nous a fait parvenir un message particulièrement chaleureux : « Tous les communistes italiens se rappelleront à tout jamais la figure et l'œuvre d'Ernest Mandel, éminent savant et interprète moderne de la pensée marxiste. Il a consacré son existence à analyser avec pénétration et profondeur les contradictions immenses du monde contemporain, l'évolution du système capitaliste avec toutes ses injustices non résolues, les transformations nouvelles qui se sont produites dans les sociétés à l'échelle mondiale. Dans cette œuvre puissante, il a été soutenu par la confiance, la conscience de la nécessité historique et de la possibilité concrète de construire une société nouvelle mettant fin à l'exploitation de l'homme par l'homme, de l'environnement et de la nature. C'est pourquoi son histoire personnelle est un fragment splendide de l'immense effort qui a été consenti, tout au long de ce siècle, par des hommes, des femmes, des classes dominées. Alors que nous nous inclinons, attristés et émus, devant sa disparition, nous sommes soulagés par l'inflexible conviction commune de continuer ce combat. » Ernest Mandel n'est plus. Sa vie, dès l'âge de seize ans, a été intrinsèquement liée à l'activité de la IVe Internationale. Personnalité exceptionnelle et exceptionnellement modeste, il considérait son œuvre théorique — aujourd'hui si largement reconnue - comme le fruit de l'activité de l'Internationale. Sur sa tombe il a souhaité que figurent ces mots : «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous dans la IVe Internationale!»