Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PORTUGAL

Victoire du PS

· Inprecor n° 396, novembre 1995 · p. 26-27 · 1 765 mots

Portugal

Dans cet entretien Francisco Louça, membre de la direction du Parti socialiste révolutionnaire (PSR, Section portugaise de la Quatrième internationale), analyse les résultat des élections législatives du 1er octobre 1995.

Entretien avec Francisco Louça Propos recueillis par Sonia Leith

Inprecor : Le parti socialiste a remporté dimanche yer octobre une ample victoire électorale. Peux-tu nous en expliquer les raisons? Francisco Louça : Le gouvernement et le pouvoir politique étaient dominés depuis de longues années par un parti de droite, le Parti social-démocrate (PSD), qui avait une majorité absolue au parlement depuis 11 ans et qui contrôlait le gouvernement depuis 12 ans. Ce fut la plus longue période de stabilité politique depuis la révolution du 25 avril 1974. Ainsi, depuis 21 ans, pour la première fois, on connaissait l'hégémonie politique de la droite c'est-à-dire à la fois un processus de recomposition politique à droite et également une réorganisation de toutes les structures sociales qui soutenaient le gouvernement : les industriels — surtout les exportateurs —, ceux qui ont bénéficié de l'adhésion au marché commun en 1986, les fonctionnaires de l'État, les propriétaires et les spéculateurs de l'immobilier. Cependant, ce gouvernement a connu deux périodes. Pendant les années 80 (jusqu'en 1990), le Portugal a connu une ériode d'expansion sous l'impulsion des financements de a Communauté européenne, mais aussi à cause de la croissance des exportations, d'un système d'impôt beaucoup plus efficace, du recul important des luttes sociales et notamment des grèves ouvrières et d'un fort contrôle de l'ensemble de la société. Après cette période caractérisée par des victoires électorales permanentes, la période de déclin du gouvernement du PSD a commencé avec la récession qui a débuté en 1991 et qui s'est prolongée jusqu à maintenant. Les quatre dernières années ont vu une succession de scandales ayant provoqué des défaites partielles aux élections municipales dans les grandes villes et même aux élections du parlement européen. Ce qui traduisait l'usure de l'appareil et la remise en cause de l'hégémonie du PSD. La décision du Premier ministre, Cavaco, de ne pas se présenter aux élections, a été fatale pour le PSD, dans la mesure où le charismatique Cavaco représentait la continuité de la direction du PSD. C'est ainsi que le Parti socialiste (PS), qui a toujours été le . plus grand parti de l'opposition, recueillant 30% des voix quand la droite avait la majorité absolue de 51 %, s'est trou-

Portugal

vé en bonne position pour représenter la montée du ras le bol. Il a enfin obtenu 113 députés sur 230 donc presque la majorité absolue (42-43 %) du vote populaire réussissant ainsi à personnifier les espoirs de changement et le rejet de la politique gouvernementale des dernières années.

• Quels étaient les thèmes de sa campagne électorale? Le PS a essayé de se substituer à la mythologie politique et au programme de gouvernement du PSD pendant dix ans qui etait de mettre en avant le concept de stabilité. Le PS disait qu'après les scandales et après toutes les tensions sociales, surtout les luttes des étudiants contre le changement du financement des universités publiques, il était en mesure de garantir la stabilité. Son programme politique et social est en fait très proche du programme traditionnel de la droite. Il est en accord sur l'essentiel, c'est-à-dire sur la politique europeenne (detense du traité de Maastricht et de a monnaie unique), sur les privatisations et sur les politiques sociales. La seule nouveauté, de nature démagogique, est le projet du salaire minimum garanti pour les pauvres et les sans-abri. Même sur le dossier brûlant de l'enseignement public qui a suscité une mobilisation estudiantine importante soutenue par le futur ministre de l'Education du Parti socialiste, le projet officiel du parti remet en cause la gratuité de l'enseignement. La politique du PS au gouvernement ne sera pas en rupture avec celle du PSD.

• Le Parti populaire (PP) a doublé son score des précédentes élections et arrive aujourd'hui en troisième position sur l'échiquier politique devançant le PC. Comment expliques-tu ce phénomèLa réalité est un peu plus compliquée que les chiffres. Le Parti populaire est le nouveau nom d'un ancien parti, le CDS, qui était le plus faible parti de la droite portugaise. Le CDS maintenait des relations directes avec quelques anciens dirigeants de la dictature ou de la transition au moment de la dernière phase de la dictature. Il avait alors obtenu 12 % à 16 % des voix. Toutefois, pendant les années

Page 27

de la majorité absolue du PSD, il a été marginalisé et réduit à 4%. Lors de ces dernières élections il a obtenu 8 ou 9 %, donc il double son score mais il demeure encore loin des 16 %. Cependant, 1l y a un grand changement : changement de direction, de ton politique et même un changement dans son électorat. Le vote pour le PP provenait plutôt de la campagne, maintenant c'est un vote urbain, plus jeune et plus radical. Pour la première fois un parti de droite (qui n'est pas un parti d'extrême-droite comme le Front national en France) axe son discours sur la sécurité, le renforcement du contrôle policier, la peur des étrangers, etc. On assiste pour la première fois à une radicalisation du discours politique sur des thèmes nouveaux comme celui de la drogue. C d'ailleurs un thème très important pour le PP ainsi que pour le PS qui défend la même position. Pour le moment le PP n'est pas en train de récupérer les lecteurs du PC.

• La Coalition démocratique unitaire (CDU) dominée par le PCP semble être en perte de vitesse, pourquoi? Le PCP se maintient malgré son lent déclin historique. C'est un parti qui bénéficie d'un vote très âgé. Il était à 9-10 % actuellement, il est à 8-9 %. Il arrive à préserver ses bastions (le vote dans les grandes villes et dans les zones de la réforme a par le.« vote utile » pour le PS. Lors des derniers jours de la campagne électorale, il y a eu un énorme traumatisme parce que le PSD a réussi à faire le plus grand meeting de toute la campagne électorale, poussant ainsi les électeurs critiques à voter PS par peur de voir revenir le PSD au pouvoir.

• Quelle a été l'intervention du PSR lors de ces élections ?

NAO HA ANTA En 1991, nous avions réalisé un score intéressant (65 000 voix) surtout à Lisbonne qui est la seule ville où le PST avait des chances d'avoir un député — il faut avoir 20 000 voix pour élire un député. C'est pourquoi lors de ces élections nous avons décidé de présenter nos propres listes, partout, soit presque 350 candidats, tout en sachant que nous allions rencontrer plus de difficultés à cause du « vote utile » pour le PS. Nous avons choisi de taire une campagne radicale, agressive et de démarcation politique par rapport au PS. Notre choix était de faire une campagne de « rupture » sur des thèmes comme la gratuité de l'enseignement Lors de notre passage à la télé nous avons choisi de poser des questions sur les droits civiques lors d'une émission qui a été consacrée aux victimes assassinées par la police pendant les 15 dernières années. On a soulevé d'aufres thèmes comme les accidents de travail, parce que le Portugal est l'un des pays d'Europe où il y en a le plus, ou encore la question des femmes, les droits des minorités et en particulier des minorités sexuelles, l'antiracisme, etc. sous une forme agitatrice, nous avons expliqué la différence entre le PS et le PSR, par la lettre « R ». Le R de Révolte, de Revendication, de Révolution. Nous avons fait un grand

PORTUGAL * meeting à Lisb ne sur le thème général des révolutions avec des chante. s populaires et des chanteurs d'Opéra, en reprenant l'histoire de la Révolution russe, la Commune de

Paris, la Révolution mexicaine, la Guerre civile espagnole, la révolution portug ise pour expliquer au moyen d'un grand concert et d'un meeting pourquoi on était des révolutionnaires. La campagne générale fut très réussie. On a pu organiser des meetings à Porto, Coimbra, Lisbonne, etc. plus importants que ceux de 1991 et avec un public plus jeune.

Nous avons mis des personnalités très influentes de la gauche sur nos listes : un ancien cadre du PC, numéro deux dans la ville de Lisbonne, la veuve du plus grand chanteur populaire José Alfonso était numéro deux sur la liste de

Ustubal, la ville ouvrière, il y avait des militants de la grève des enseignants, des syndicalistes. On a fait un peu plus de

40 000 voix donc nous avons perdu des voix par rapport à

1991, surtout en province où les gens savent que le vote pour le PSR est seulement un vote de témoignage. A Lisbonne nous avons obtenu 17 000 voix ce qui n'était pas suf fisant pour avoir un élu. Les sondages indiquaient tout au long de la semaine qui à précédé les élections une forte progression. Ce pronostic a été en parti confirmé puisque dans quelques sI grandes villes, dont Lisbonne, nous sommes en cinquième position et nos scores dans les quartiers ouvriers et parmi les jeunes sont encore plus élevés

• Comment se présente aujourd hui election presidentielle de janvier 1996 ?

Le scénario de cette élection n'est pas encore très clair. Pour le moment la gauche a un candidat fort, celui du PS, qui se présente officiellement depuis le mois de février. Maire de Lisbonne, ancien secrétaire général du PS, représentant la gauche du parti, Jorge Sam palo a reussi a organiser lors des élec tions municipales de décembre 1993 un front de tous les partis de gauche

(le PC, le PSR et l'Union démocratique populaire) ce qui a conduit à la victoire de ce dernier.

Sampaio est un candidat très fort. Pour le moment la droite n'a pas de candidat. Suite à sa défaite électorale, elle discute la possibilité de présenter l'ancien Premier ministre. Si

Cavaco Silva se présente il sera un candidat fort de la droite mais sa victoire n'est guère garantie, surtout après la défaite que son parti vient d'essuyer.

La politique du PSR consistait jusqu à maintenant à présenter comme pré-candidat un conseiller municipal de la ville de Lisbonne qui a défendu notre campagne et qul a pris position pour un candidat unique de la gauche.

présidentielle est importante d'un point de vue politique mais la fonction présidentielle n'est pas en elle même très importante. Le PSR discutera, lors de la prochaine réunior de sa direction, sur la tactique à suivre. Evidemment les possibilités d'une victoire de Jorge Sampaio sont beaucoup plus fortes.

Une erreur sur cette page ?