Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Les enjeux de la présidentielle

· Inprecor n° 396, novembre 1995 · p. 24-25 · 1 773 mots

Pologne Syndicalisme Stalinisme

Lélection présidentielle à deux tours, qui aura lieu en Pologne les 5 et 19 novembre, représente un societé. En septembre 1993, après quatre ans d'exercice du pouvoir, la droite néolibérale issue de

Solidarite a subi une dure defaite lors des élections parlementaires. Le succès obtenu alors par

| Alliance de la gauche démocratique (SLD) exprimait la protestation de larges couches ouvrières et populaires contre les désastreuses conséquences sociales de la « thérapie de choc » et de la politique présidentielle de restauration du capitalisme.

Zbigniew Kowalewski Varsovie, octobre 1995 SOUS LA DIRECTION DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE de la République polonaise (SdRP), issue de l'ancien parti stalinien, la SLD s'est retrouvée au gouvernement, en illiance avec le Parti pavsan polonais (PSL), lui-même issu d'un ancien parti satellite dù régime stalinien. C'était un véritable tremblement de terre dans la vie politique du pays: l'ancien régime est tombé à peine quatre ans plus tôt, suite aux premières élections (encore partiellement) libres. Personne ne s'imaginait que les courants politiques issus de ce régime honni, même transformés substantiellement, reviendraient un jour, et, de plus, à court terme, au gouvernement. 'ancienne opposition antistalinienne, portée au pouvoir par les masses, fut ensuite battue par le vote populaire, parce que ses gouvernements successifs frappèrent très durement les intérêts et les acquis sociaux des travailleurs. Il s'est avéré que la restauration du capitalisme était beaucoup plus difficile que ce que croyaient les idéologues et les promoteurs politiques de l'économie de marché. La SdRP n'est pas un parti stalinien, en dépit de son origine. L'ancien parti stalinien, le Parti ouvrier unifié polonais (POUP), s'est dissout après la chute de son pouvoir, et la constitution à sa place d'un parti social-démocrate n'était pas seulement une opération de camouflage. Le POUP était l'organisation politique de la bureaucratie étatique et, à la fin de son régime, celle des capitaux nomenklaturistes, les premiers qui soient apparus. Le nouveau parti, privé du pouvoir étatique, ne pouvait être perçu comme leur représentation politique ni par la bureaucratie étatique, ni par nombre de capitalistes, même originaires de la vieille bureaucratie, dans la mesure où l'accumulation primitive des capitaux privés s'opérait

Pologne

en liaison étroite avec l'appareil d'État et les partis au gouvernement. Pour survivre, la SdRP fut obligée de se déplacer sur le terrain social, vers le salariat, et de s'appuyer sur les anciens syndicats staliniens. Ces syndicats représentent aujourd'hui l'organisation majoritaire au sein du mouvement ouvrier, à cause du discrédit, aux yeux de la majorité des travailleurs, de l'ancien syndicat indépendant Solidarité, qui est tombé sous le contrôle politique de la droite et a protégé la « thérapie de choc ». La SaRP est un parti de gauche, mais elle ne représente pas une alternative de gauche à la restauration capitaliste. L'aile prolibérale qui la dirige cherche à rétablir l'économie de marché, à obtenir le soutien des secteurs capitalistes du pays, à coopérer avec l'église catholique, à se lier à la bourgeoisie mondiale et aux puissances impérialistes, à intégrer l'Europe de Maastricht et I'OTAN. La SdRP, considérée par l'électorat de gauche comme un rempart contre la droite et comme un défenseur des acquis sociaux, a oublié tout de suite ses promesses, par ailleurs très vagues, après son succès électoral et a choisi de gérer la restauration du capitalisme. A LA RECHERCHE D'UN COMPROMIS avec la droite, elle a cédé au président Walesa le contrôle des ministères de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Elle a renoncé à la relégalisation de l'avortement et à la défense de la laïcité de l'Etat. Sous le gouvernement SLD-PSL, la croissance économique en vigueur depuis quelques années ne bénéficie en rien aux couches salariées mais en tout aux profits des capitalistes et aux revenus des riches. Les salaires réels dans les entreprises croissent à peine, tandis que dans la Santé et dans

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l'Education ils chutent toujours. Il est vrai que le taux de chômage (de 17 %) n'augmente plus, au moins dans les statistiques officielles, mais aucun plan de lutte contre le chômage massif et ses effets sociaux n'a été appliqué. Il est vrai égale ment que le rythme des privatisations s'est ralenti considérablement, mais le gouvernement cherche toujours à les relancer et à démanteler l'essentiel de l'industrie étatique. LA SDRP CONSTITUE LA FORCE HÉGÉMONIQUE de la gauche polonaise. Une « autre gauche », l'Union du travai UP), issue de certains secteurs de l'ancienne opposition antistalinienne et du syndicat Solidarité et renforcée par des transfuges de l'ancien parti stalinien, diffère de la SdRP en ce qui concerne ses origines politiques, mais pas en ce qui concerne sa nature politique. C est également un parti socialdémocrate, mais à influence secondaire. Bénéficiaire elle aussi en 1993 du tournant à gauche dans lélectorat et pré sente de façon significative au parlement, elle n'a pas de base syndicale. Elle refuse d'opposer à la droite un front unique avec la SdRP. Par contre, elle cherche à se coaliser avec l'Union de la Liberté pour chasser la SdRP du gouverneSuite à la déroute de la droite en 1993, la scène politique se présente de la façon suivante : la coalition SdRP-PSL a la majorité parlementaire absolue, la droite libérale, représen ée par l'Union de la Liberté (UW), se maintient au parle ment, avec quelques autres formations de droite faiblement représentées, tandis que la plupart des partis de droite conservatrice et radicale, dont l'Union nationale-chrétienne (ZChN) appuyée par l'église catholique, se trouvent repoussés dans l'opposition extraparlementaire. La droite, très divid'appui dans l'appareil d'Etat : la présidence de la Repu sée, voire déchirée, préserve néanmoins de puissants blique, exercée par Lech Walesa, et le contrôle sur l'armée, la police politique, la banque nationale et la télévision publique. Tout en étant au gouvernement, la coalition SdRP-PSL n'exerce en réalité qu'un pouvoir restreint, tandis que la droite, sans être au gouvernement, exerce un pouvoir tout à fait considérable. IL S'AGIT D'UNE « COHABITATION » d'autant plus conflictuelle que la droite se radicalise de plus en plus après sa défaite de 1993 et devant le danger d'une nouvelle défaite, lors des prochaines élections présidentielles Selon les sondages, à la tête de la course au palais présidentiel au premier tour se trouve Aleksander Kwasniewski, candidat de la SdRP et de la SLD dans son ensemble, avec 25 % des intentions de vote. Le deuxième candidat de la gauche, Tadeusz Zielinski, sans-parti et porte-parole d'Etat pour les droits de citoyens, soutenu par l'Union du travail et par le Parti socialiste polonais (PPS), a peu de chances de passer au deuxième tour. La direction de l'UP aurait souhaité soutenir la candidature de Jacek Kuron (présenté par l'Union de la Liberté), mais elle fut mise en minorité au congrès. Les délégués ont refusé de soutenir le candidat d'un parti présidé par Leszek Balcerowicz, l'artisan de la « thérapie de choc » e choix de Zielinski contre Kuron a suscité une crise dans l'Union du travail: son président d'honneur Karol Modzelewski, partisan de la candidature de Kuron, a quitté le parti LA DROITE ELLE, s'est présentée à l'élection présidentielle en ordre disperse, avec une pléiade de candidats. Long temps Hanna Gronkiewicz-Waltz, sans-parti, directrice de la Banque nationale, avait devancé dans les sondages Walesa et Kuron. Elle mène sa campagne sous le mot d'ordre de la lutte « contre le féminisme et la subversion de l'ordre moral chrétien ». Au sein de la droite, seul le courant libéral, qui soutient la candidature de Jacek Kuron, dispose d'un parti influent. Mais la droite conservatrice et radicale refuse de s'allier avec l'Union de la Liberté contre la SdRP et la SLD. Très éclatée, cette droite dispose néanmoins des forces puissantes et menaçantes. Il s'agit du «parti

POLOGNE * ecclésiastique» constitué par l'appareil de l'Eglise catholique, du «parti militaire» constitué par des secteurs de l'appareil de l'armée avec à leur tête l'état major général et le «parti syndical» représente par l'appareil du syndi cat Solidarité. Le premier ne cache pas sa volonté d'instaurer en Pologne un Etat confessionnel et intervient ouvertement dans la campagne électorale en appelant à barrer à tout prix la route au «post-communiste» Kwasniewski. Le deuxième cherche à assurer à la bureaucratie militaire une participation active à l'exercice du pouvoir politique. Le troisième se prononce pour un etat contes sionnel et un régime corporatiste. - est avec Tappui d ces trois forces que le président sortant Lech Walesa peut compter. Sa récente remontée dans les sondages, qui le placent en seconde position au premier tour et laissent attendre qu'il pourrait l'emporter au second face à Kwasniewski est manifestement le signe de l'entrée de ces forces dans la campagne. MARIAN KRZAKLEWSKi, président de Solidarité, menace d'appeler à une réédition polonaise de la « marche sur Rome ». Solidarité reste un syndicat ouvrier, mais sa direction est entièrement entre les mains de la droite, y compris extrême. Elle mobilise une partie de la classe ouvrière, en particulier du prolétariat minier de Silésie, avec des mots d'ordre mélangeant de justes revendications ouvrières et des revendications très réactionnaires. Dans les laboratoires idéologiques de Solidarité sont concoctées des « synthèses » similaires à celles opérées au début du siècle en France et en Italie entre syndicalisme révolutionnaire et nationalisme intégral. Le courant le plus extrémiste, ouvertement antisémite, dirigé par Zygmunt Wrzodak, a sa place forte à l'usine de tracteurs Ursus de Varsovie. Ce sont des syndicalistes d'Ursus qui, lors d'une manifestation contre lé gouvernement en juin dernier, crièrent qu'il fallait expédier les ministres aux chambres à gaz. Maciej Jankowski, président régional de Solidarité de Varsovie, a condamné les « méthodes fascistes » de ses collègues d'Ursus, mais lui-même annonce qu'en cas d'élection de Kwasniewski à la présidence de la République, son syndicat déclencherait une « révolution qui ne serait pas de velours » contre le « pouvoir communiste ». Quelques semaines plus tard, en présence de Lech Walesa et des délé gués au congrès national de Solidarité, Henryk Jankowski, travail et vice-président de la Diète, le clergé catholique polonais partage les sentiments antisémites de ce curé. AUJOURD'HUI EN POLOGNE, battre la droite signifie résister à la tendance à l'instauration d'une dictature de droite. La restauration du capitalisme ne peut être menée jusqu'au bout sans un changement radical, nécessairement violent, du rapport de forces sociales et des structures de la société. La démocratie politique, même de type bourgeois, n'est pas compatible avec la consolidation du processus de restauration. Mais, dans le meilleur cas, la nouvelle victoire électorale de la gauche freinera la progression de cette tendance sans être capable de la renverser, dans la mesure où il s'agit d'une gauche qui, elle-même, est restaurationniste. Le besoin d'une alternative résolument anticapitaliste est urgent. Or, une telle alternative ne pointe toujours pas à l'horizon

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