Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIVRES DU MOIS

Alla Kirilina, Staline a-t-il fait tuer Kirov ?

· Inprecor n° 398, janvier 1996 · p. 35 · 358 mots

Stalinisme

Alla Kirilina Staline a-t-il fait tuer Kirov ?, Seuil, 1995 La cause semblait entendue depuis les affirmations de Khrouchtchev au XXe (1956) et surtout au XXII® (1961) congrès du PCUS C'était bien Staline qui avait organisé l'assassinat de Kirov, membre du Politburo, premier secrétaire de l'organisation communiste de Leningrad, le ler décembre 1934. En se débarrassant d'un dangereux rival, plus populaire que lui par son charisme et son libéralisme, Staline créait les conditions lui permettant de liquider toutes les oppositions réelles ou supposées et d'instaurer sa dictature absolue Quelques semaines après l'assassinat, Trotsky avait émis une hypothèse un peu différente. Pour lui, le Guépéou ne souhaitait pas la mort de Kirov, mais il avait laissé faire l'illuminé Nikolaiev, en pensant l'arrêter au dernier moment lorsque toutes les pièces de l'amalgame auraient été prêtes. Mais Nikolaiev, agissant pour son propre compte, a été plus rapide et a placé Staline devant le fait accompli. Des centaines de militants seront ensuite liquidés pour avoir soi-disant participé à la préparation de l'attentat. Le livre de Kirilina est un pavé dans la mare du consensus historique, comme l'avait été auparavant celui de Soudoplatov, le « maître espion » du KGB qui, après avoir hautement revendiqué pour ses services l'assassinat de Trotsky et de nombreux autres, rejetait la responsabilité de la mort de Kirov et de Sédov, le fils de Trotsky. Archiviste responsable du musée de Kirov de Leningrad l'auteur a bénéficié de « matériau neuf, exhumé des fonds d'archives les plus divers ». La principale critique qu'elle oppose aux divers ouvrages traitant du sujet est de reposer l plus souvent sur des légendes non vérifiées, des racontars e des témoignages oraux contradictoires. Pour elle, « l'idée d'une rivalité opposant Kirov à Staline ne repose sur rien ». Elle analyse successivement tous les arguments présentés par les défenseurs de la thèse traditionnelle et les démolit tranquillement. La démonstration est rigoureuse et captive. Kirov a été victime de l'acte individuel d'un aigri paranoïaque et Staline a littéralement sauté sur l'occasion pour enclencher la « Grande terreur » qu'il mijotait. En histoire, comme dans bien d'autres domaines, le vraisemblable n'est pas obligatoirement vrai.

Jean-Michel Krivine. *

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