Inprecor 1974–2004

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HAÏTI

René Préval élu président

· Inprecor n° 398, janvier 1996 · p. 36 · 479 mots

René Préval élu président L'ANCIEN PREMIER MINISTRE de Haïti René Préval, candidat de la Plate-forme Lavalas, a remporté l'élection présidentielle du 17 décembre 1995 avec 87,9 % des suffrages exprimés. Parmi les treize autres candidats, seuls deux d'entre eux ont obtenu plus de 2 % des voix. Léon Jeune, ancien secrétaire d'Etat à la Justice, qui se présente comme un cousin d'Aristide, a recueilli 2,5 % des voix. Quant à Victor Benoit, secrétaire général du KONAKOM, organisation membre de l'Internationale socialiste, il n'a recueilli que 2,3 % des suffrages. Le brillant résultat obtenu par René Préval ne saurait cependant dissimuler la faible participation électorale. En effet, seuls 28 % des inscrits se sont rendus aux urnes. En 1990, environ la moitié des électeurs étaient allés voter. L'ensemble de ces chiffres reflète le vide politique qui existe aujourd'hui en Haïti. Discréditées par leur soutien au coup d'État, les forces conservatrices n'ont pas réussi à construire un semblant d'opposition à l'échelle nationale. Mais les organisations regroupées sous l'étiquette « Lavalas » n'ont pas réussi, non plus, à bâtir une perspective mobilisatrice. Sur elles pèse le bilan décevant des gouvernements dits « Lavalas » (un terme qui commence à s'user) qui ont dirigé Haïti depuis un an. ARISTIDE AURAIT VOULU que son mandat soit prolongé de la durée des trois ans passés en exil. Au lieu de poser clairement le problème, il a opéré dans les coulisses, quasiment jusqu'à la dernière minute et a très mal accepté que l'OPL (Organisation politique Lavalas), majoritaire au parlement, ait refusé de l'appuyer dans cette voie. Il n'a annoncé son intention de voter pour René Préval que l'avant-veille de l'élection. Ces manœuvres ont créé une grande confusion. Quelques jours avant l'élection, des forces obscures, tirant profit de cette situation, ont inondé Port-au-Prince de tracts affirmant que René Préval avait essayé d'empoisonner Aristide. Comme si l'atmosphère n'était pas suffisamment malsaine, Aristide a nommé le chef de sa sécurité à la tête de la police. Or cet homme est soupçonné de collaborer avec des trafiquants de drogue. Les inconséquences d'Aristide ne vont guère faciliter la tâche de René Préval, un homme qu'à Washington beaucoup considèrent comme étant « un extrémiste de gauche ». Pourtant, à la suite d'une série de révélations concernant leur politique dans ce pays, la CIA, l'armée et les autorités américaines pourraient se trouver aujourd'hui en difficulté au sujet d'Haïti. Le Pentagone va devoir rendre à Haïti les archives de l'armée et des paramilitaires du FRAPH (qui agissait sous le contrôle de la CIA). Elles avaient été dérobées au début de l'occupation. Mais la Maison Blanche a décidé que les noms de citoyens américains seraient effacés auparavant! Parmi diverses révélations, on a appris qu'en 1993, au moment de l'embargo, la marine américaine avait laissé passer des milliers d'armes destinées au FRAPH.

Arthur Mahon

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