Inprecor 1974–2004

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LIVRES DU MOIS

Pierre Cours-Salies (coord.), La liberté du travail

· Inprecor n° 398, janvier 1996 · p. 35 · 346 mots

Pierre Cours-Salies (coord.) La liberté du travail, Syllepse 1995 Ce livre collectif rassemble des interventions à un colloque sur la classe ouvrière, sous un titre quelque peu provocateur puisqu'i reprend un slogan classiquement employe contre les grevistes Mais il rend bien compte de l'ambition du livre, qui est d'appré hender la réalité concrète et le potentiel de transformation de l'acte de travail. Pierre Cours-Salies, qui a coordonné l'ensemble, l'encadre d'une présentation et d'une conclusion riches et foisonnantes. Toutes les contributions livrent un éclairage intéressant. J'insisterai, peut-être arbitrairement, sur deux d'entre elles. Christophe Dejours a fondé une discipline particulière qu'il appelle psychopathologie du travail, et dont le point de départ est la notion de « souffrance ». Face aux contraintes associées aux situations de travail, et pour simplement éviter de devenir fous, les hommes et les femmes développent des stratégies défensives qui leur permettent de résister à cette souffrance au travail et de lutter pour donner un sens à leur destin de travailleur. La sphère du travail est donc fondamentalement ambivalente : source de contraintes terribles, elle représente, en même temps, la médiation principale de l'accomplissement de soi dans le champ social. Et c'est la base subjective d'une possible conscience de classe. Jean-Marie Vincent fait, en un certain sens, écho à cette double nature du travail, dans un texte d'une grande densité. L'idée principale est que le travail n'est pas principalement une dépense de force physique, intellectuelle ou nerveuse, mais un processus social de soumission à des processus abstraits de socialisation. C'est pour cette raison de fond que le discours dominant sur la disparition de la classe ouvrière et la naissance d'une société de classes moyennes est trompeur, au-delà des apparences. Il s'agit donc de mettre à nu les ressorts du nouveau fétichisme du travail, qui de collectif, s'est recentré sur l'idéologie de l'accomplissement individuel. « La déchéance apparaît comme le revers de la performance et l'obsolescence des connaissances comme celui de la compétence » : tel est le contenu du changement du travail dont est porteur le capitalisme contemporain.

Maxime Durand. * AC!

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