La direction Blair a utilisé les conférences parti des éléments fondamentaux de son identite historique, socialiste et ouvrière. Arthur Scargill, dirigeant de l'Union nationale des mineurs, figure éminente de la gauche du Labour, a propose un nouveau Part travailliste socialiste pour continue les meilleures traditions radicales de la lutte politique ouvrière en Grande-Bretagne. Cette démarche audacieuse d'un leader
Pues, aussi ben dans le tabour un
dehors de ses rangs. Des représentants connus de la gauche travailliste . y compris le depute Tony Benn, se sont dissociés de 1 initiative de Scargill. Parmi les forces
Be, avant d'être victime d'une chasse aux sorcières et de rompre finalement avec une longue tradition d'entrisme dans le parti a repondu d'une taçon positive à l'appel de Scargill. Le Socialist Workers' Party (SWP), se présentant comme un parti révolutionnaire des travailleurs britanniques, a dénoncé l'initiative, la considérant comme une nouvelle tentative de créer un parti «parlementaire ». Nous publions également un commentaire de Socialist Outlook organe de la Section britannique de la Quatrième internationale. Ces camarades expliquent que la formation d'un nouveau parti de gauche avant le déclenchement de luttes de masse contre un gouvernement travailliste à venir, ne bourra rassembler qu'un nombre tres hmité de militants d'extrême-gauche.
Salah Jaber
Quitter le Parti
travailliste?
PENDANT DES ANNEES, LA GAUCHE AU SEIN du Parti travailliste (PT) pensait que, même si le parti avait parfois adopté des positions droitières, il était toujours possible de s'y battre pour changer ses positions Cette orientatior était partagée par beaucoup de
Arthur Scargil militants, qui tout en n'étant pas membre du parti appartenaient à des organisations affiliées et défendaient des orientations de « gauche ». Une telle attitude était basée sur le tait que les statuts du parti incluaient la clause 4 qui affirmait l'idée de propriété collective des moyens de production, de distribution et d'échange. Cette idée n'avait pas été introduite (comme on a tendance à le croire généralement) par deux petits-bourgeois fabiens en 1918 mais provenait (de même que la proportionnelle) du mouvement svndical et du regroupement socialiste qui existait avant même la fondation du Labour Parti indépendant (ILP), ou du comité de représentation du Labour ou encore du Parti travailliste. Le PT est né du mouvement syndicaliste et des différents groupes socialistes dans le but de créer un groupe parlementaire défendant des idées socialistes à la Chambre des communes. Au moment de sa formation, le PT avait des statuts et des orientations politiques issus d'une philosophie, d'une conception et d'un programme socialiste Parmi ses affiliés, il v a eu le Parti communiste, le Part coopératif, différentes sociétés socialistes et les syndicats dont les militants étaient considérés automatiquement comme militants du parti. Par exemple, les candidats pour les élections parlementaires et municipales étaient choisis dans des meeting auxquels les syndicats pouvaient envoyer un nombre important de délégués même s'ils n'étaient pas membres du parti. Ainsi, ils étaient considérés comme membres du fait de leur appartenance au syndicat. Le PT nouvellement constitué, a expliqué que son but était l'abolition du capitalisme et la construction d'une société socialiste. Un but que plusieurs syndicats avaient intégré dans leurs statuts. Le parti se prononçait ,également, pour la proportionnelle non pas en raison de sa confiance dans une politique de consensus mais parce qu'il considérait la proportionnelle comme une revendication de classe. Il est
significatif que cette revendication constitutionnelle fut supprimée par Ramsay MacDonald, devenu premier ministre, et d'autres dirigeants du parti qui étaient favorables non seulement au système majoritaire mais au capitalisme lui-même. Le principe de la propriété collective de la clause 4 avait été introduit en deux étapes en 1918 et 1929. L'objectif était d'engager le parti dans une stratégie de construction du socialisme. Par la suite, le parti est devenu ce qu'on appelle société. L'expression « église large » fut introduite pour rendre service à la droite au détriment de la gauche. Ce sont les « modernistes » qui furent responsables de l'exclusion du parti communiste et de l'introduction du veto et des proscriptions imposées dans les années 30 et plus tard dans les années 50 pendant la guerre froide. La droite du parti s'est toujours efforcée de supprimer le vote bloqué des syndicats et c'est tragique de constater que des militants de gauche ont soutenu, avec enthousiasme, cette bataille avec la conviction fausse que les sections territoriales du parti seraient capables de contrôler la Conférence du parti et permettre à ce dernier de devenir un instrument pour le changement socialiste. En revanche, nous avons vu la direction actuelle du parti démanteler systématiquement la conception socialiste du Labour. La défaite sur la bataille de la clause 4 est éclairante. Certains d'entre nous ont averti, à plusieurs reprises avant la conférence de 1994, que la direction du parti allait essayer de réaliser ce que Gaiskell n'avait pas réussi à faire 30 ans plutôt, c'est-à-dire supprimer la clause 4. Personne n'aurait du être surpris quand le leader du parti Tony Blair, dans son discoúrs à la conférence de 1993, a annoncé son attention d'abandonner la position fondamentale du parti favorable à la propriété collective. L'attitude de cette direction ainsi que le vote de la conférence rejetant cette position 48 heures plus tard n'ont pas été pris suffisamment au sérieux par la gauche du parti et des syndicats. On avait affaire à un dirigeant du parti qui agissait ouvertement contre les statuts, à une infraction auront permis d'exclure beaucoup de militants. Pourtant de nombreux dirigeants de gauche dans le groupe parlementaire et dans le syndicat n'ont pas saisi les implications de ce qui était en train de se produire. La signification des changements dans les statuts et de la suppression de la clause 4 n'a pas été comprise dans toute sa portée par de nombreux camarades de gauche, qui croient qu'il est encore possible de surmonter le recul subi par cette suppression et par l'abandon des conceptions politiques fondamentales du socialisme. Le Parti travailliste est-il socialiste? Pour répondre à cette question il est nécessaire d'analyser la politique du parti ainsi que les changements de statuts qui ont été introduits systématiquement au cours des quatre dernières années y compris la règle « un membre, un vote », la suppression du vote bloqué du svndicat, l'abandon de la clause 4 et l'adoption de nouvelles règles et de nouveaux statuts qui acceptent le capitalisme et adoptent « la philosophie du marché ». Désormais, le PT est presque identifiable au Parti démocrate des Etats-Unis, à la social-démocratie allemande ou ici, en Grande-Bretagne, aux libéraux démocrates. 1 est intéressant de souligner que le parti a changé sor orientation sur tous les problèmes fondamentaux, dont le: privatisations, le salaire national minimum, le chômage, les retraites, la sécurité sociale. l'éducation, l'Europe. le désar. mement nucléaire, la législation antisyndicale et le parti lui-même. Quelle est en effet la position actuelle du parti sur tous ces problèmes ?
Privatisation Le Parti travailliste a abandonné ses positions non seulement sur la propriété collective mais aussi sur la propriété publique et la privatisation. Il explique qu'il ne va pas renationaliser les industries privatisées, mais se limitera à utiliser les profits « excessifs » de ces industries et services pour contribuer à financer un programme de travail et d'éducation. Cela signitie qu'il a l'intention de laisser toutes les industries clés aux mains du privé. Un parti d'orientation socialiste serait favorable à la renationalisation de l'eau, de l'électricité, du charbon, du gaz, du British-Télécom, de toutes les industries et de tous les services, y compris les chemins de fer, qui ont été vendus au cours des 16 dernières Salaire minimum national Tout en projetant d'introduire un salaire minimum légal, le PI a refusé de fixer un seuil, qui plus est, le parti a accepté que tout salaire minimum puisse être introduit seulement pres consultation avec les « partenaires sociaux », la conte lération britannique de l'industrie et l'institut des direc teurs compris. En d'autres termes, un salaire minimum légal ne pourra être fixer qu'à un niveau acceptable pour nos ennemis de classe traditionnels. La pression exercée à ce sujet sur les dirigeants à la conférence des Trade Unions er septembre 1995 visait à rendre possible ce consensus social ou cette politique de codétermination. Chômage Le mouvement ouvrier a été toujours favorable au plein emploi, mais le parti déclare maintenant que : « personne ne prétend pouvoir résoudre le problème du chômage du jour au lendemain » ce qui veut dire que le chômage continuera sous gouvernement travailliste. Mais un gouvernement travailliste pourrait résoudre le problème du chômage du jour au lendemain, même dans le cadre d'une société capitaliste, pourvu qu'il introduise une semaine de travail de quatre jour sans aucune réduction de salaires, supprime toutes les heures supplémentaires non strictement nécessaires et introduise la retraite volontaire avec maintien du salaire à partir de 55 ans. Ces mesures sont fondamentales pour la renaissance de la Grande-Bretagne mais sont considérées comme une hérésie par les entreprises privées et le capitalisme. C'est une folie économique de débourser 10 000 livres par an pour garder un ouvrier au chômage alors qu'avec la moitié d'une telle somme le chômage pourrait être supprimé immédiatement. Retraites Le parti est d'ores et déjà en train d'abandonner les principes fondamentaux de la retraite « universelle » et cherche à trouver les moyens pour que les retraités combinent revenu public et source privée. En d'autres termes, les travailleurs devraient payer une « assurance » additionnelle pour s'assurer un niveau minimum de retraite dont la valeur demeure une inconnue. Santé L'engagement du PT à introduire des centres régionaux modèles et de maintenir « la liberté du bénéfice » des fonds de pensions est révélateur de sa conception de comment construire et restructurer le service national de santé (NHS).
a Grande-Bretagne dépense pour la santé moins que le autres pavs « avancés » et un PT prêt à s'engager sérieuse ment pour protéger notre NHS devrait repérer les ressources nécessaires pour assurer les soins selon les besoins, assistant tout le monde du berceau jusqu'à la tombe. Education
Les engagements du PT sur les emplois pour les infirmières des écoles, sur le nombre d'élèves par classe et sur la satistaction des besoins de tous les élèves, étudiants et enseinants apparaissent abstraits, sans fixation des échéances ar ailleurs, on ne pose pas le problème des débouchés e des aspirations des jeunes issus des familles ouvrières. Tragiquement, le PT continue à soutenir l'éducation privée qui est un élément vital de notre société de classes.
Europe
Un parti qui s'était auparavant opposé d'une façon intransigeante au marche commun européen est aujourd hui un des partisans les plus fervents de ce bastion du capitalisme international, dépassant par son enthousiasme les conservateurs et les libéraux démocrates. Le volte-face du PT sur ce problème est de la plus grande importance économique et politique : une trahison de tout ce que le parti soutenait
Désarmement nucléaire unilatéral
Mais le plus honteux des volte-face est peut-être celui concernant le désarmement nucléaire unilatéral. Après des années de campagnes pour l'interdiction de toutes les armes nucléaires, le PT leur est maintenant favorable et cela dans un monde déchiré par des guerres régionales et impérialistes, du
Moyen-Orient aux Balkans de l'Asie du Sud-
Est à l'Amérique latine. Le mouvement ouvrier aurait du faire campagne pour mettre fin à toutes les armes nucléaires ét pour une réduction d'au moins 50 % du budget militaire. Les vastes ressources utilisées pour semer la mort et la destruction devraient être employées pour reconstruire nos industries, développer les logements publics, améliorer la santé et mettre fin au chômage.
Législation antisyndicale
Le mouvement ouvrier sait très bien que le droit l'organiser des piquets, d'entreprendre des actions de solidarité et de définir le statut des syndicats sans ingérence de l'Etat sont tous des droits humains (charte des Nations unies).
Pourtant Blair a déclaré que les travaillistes au rouvernement maintiendront les lois fraudu euses qui ont été utilisées pendant 16 ans pour provoquer le chômage et imposer des pas salaires. En d'autres termes, le PI entend poursuivre l'objectif des conservateurs, c'est-à-dire rendre les syndicats inefficaces et complaisants.
Le statut du parti : la clause 4
En supprimant la clause 4 le PT a abandonné son but concernant la propriété collective, sans laquelle la justice sociale et la démocratie économique sont impossibles. Par la suite, le Parti travailliste a bel et bien confirmé sa compromission avec le capitalisme en refusant la candidature parlementaire d'une socialiste de première classe Liz Davies. En revanche, il n'a pas hésité à accepter l'adhésion d'Alan Howart député conservateur qui avait voté pour la politique et la philosophie de Thatcher, y compris en soutenant la démolition de la santé et de l'éducation, des mines et d'autres industries fondamentales.
Les nouvelles règles du PT
Les nouveaux statuts du PT constituent un désastre total. Ils rendent de plus en plus difficile, voire impossible, pour les militants du parti de faire campagne pour le socialisme. Le nouveau livre de règles permet au Comité exécutif national priété collective pas du s'engager en politique.
(NEC) du parti de corriger les règles et les statuts à tout moment, en convoquant une conférence spéciale à laquelle seul le NEC pourra soumettre des amendements aux statuts. Les organisations territoriales du parti, les syndicats el les organisations affiliées n'auront pas le droit de le faire, ce qui est déjà arrivé à la conférence spéciale du 29 avril. Cela signifie que la direction du parti peut soumettre des amendements à n'importe quel article des statuts pendant 2 ans et demi (par exemple jusqu'en avril 1998) et indépendamment du fait que ces amendements soient adoptés ou non, il sera défendu, de soumettre un autre amendement à l'article incriminé, pendant trois ans, c'est-à-dire jusqu'en 2 001.
Cette technique pourra être utilisé littéralement à l'infini pour empêcher, par exemple, de réintroduire l'idée de pro-
Un dilemme pour les socialistes
Aujourd'hui nous avons un PT désinfecté, qui selon Blair devrait s'appeler social-démocrate. Les socialistes doivent décider ce qu'ils doivent faire. Devons-nous accepter docilement le nouveau « Parti travailliste » ? Devons-nous accepter passivement l'abandon du socia lisme et de l'idée de la propriéte collective ? Si oui, pourquoi nous sommes-nous opposés aux conceptions de la « bande des quatre » (dirigeants droitiers qui avaient quitté le parti pour fonder le Parti socialdémocrate qui n'existe plus) ? En effet, ce soni eurs conceptions que le nouveau Parti travailliste
(qui désormais ne peut être distingué par ses statuts des conservateurs et des libéraux- démocrates) a adoptées.
Devons nous, de même que d'autres qui partagent nos points de vue, rester dans un parti
Jui a été politiquement « purifié » e continu de l'être ? Ou devons-nou le quitter et commencer à construire un nouveau parti travailliste socialiste, qui exprime les principes, les valeurs, les espoirs et les rêves qui ont donné naissance, voilà un siècle déjà, à ce qui, hélas, est devenu, le nouveau Parti travailliste?
Il y aura toujours des gens, parmi lesquels des camarades très respectables, qui insisteront sur l'idée que nous devrons rester dans le parti et « nous battre » ; mais une telle attitude ne veut pas reconnaître que désormais les statuts du parti nous empêchent de le faire.
Une opposition à notre orientation viendra également de la part de ceux qui disent « que tout ébranlement du bateau » ne pourrait qu'aider les conservateurs. Nous avons déjà entendu ce discours. Le premier candidat du mouvement ouvrier qui s'était présenté à une élection partielle à Barnsley en
1897 fut victime de jets de pierres par deux mineurs qui estimaient qu'en se présentant en tant que travailliste il compromettait les chances de l'avènement au gouvernement du parti libéral. Encore en 1910 il y avait de larges secteurs des syndicats et du mouvement ouvrier convaincus qu'il aurait fallu soutenir le parti libéral et que les syndicats n'auraient
Les socialistes dans le Parti travailliste et ceux qui militent dans les organisations affiliées se trouvent face au même dilemme que nos prédécesseurs qui avaient rompu avec les
libéraux. Si l'histoire devrait se répéter, personne ne saurait honnêtement s'en étonner. Pouvons-nous continuer à exister et à plus forte raison à être actifs au sein d'un tel parti ? Les socialistes et l'avenir Je crois que la cause du Parti travailliste socialiste (SLP) est désormais entendue. Mais si on veut faire naître un tel parti il faut le fonder sur une conception et un engagement de classe et des conceptions politiques socialistes. Tout SLP aura besoin de statuts simples et d'une structure visant à combattre nos ennemis de classe. Cette structure exigera de mettre fin à toute lutte intestine et à toute polémique sectaire. Si on veut former un SLP il faut le faire sur les bases suiet d'une structure pour le Parti socialiste travailliste ; - organisation d'une conférence inaugurale de préférence le mai - journée d'une grande signification pour le mouvement ouvrier international; — le nouveau parti ainsi que sa constitution devront garantir le contrôle du Comité exécutit national par les membres et les organisations affiliées. Nous ne devrons plus connaître la situation où la fraction parlementaire contrôle l'appareil et l'activité politique ; — S'il est formé, le nouveau Parti travailliste socialiste devra s'engager à se battre pour chaque siège parlementaire. Le parlement n'est qu'un élément de la démocratie, il est un organisme dans lequel on doit pouvoir exprimer une philosophie politique et poser les problèmes qui concernent notre Un défi pour nous tous Nous ne pouvons pas perdre de temps, plus tôt le Parti travailliste socialiste sera formé, mieux ce sera. Aujourd'hui l'opposition radicale en Grande-Bretagne est symbolisée non pas par le Labour et le mouvement syndical, mais par des regroupements comme ceux qui ont renversé le Pool tax, le mouvement contre les autoroutes ou pour les droits des animaux, Green Peace, les organisateurs d'autres campagnes antinucléaires et ceux qui se battent contre les mines à ciel ouvert. Toutes ces actions directs protestataires nous rappellent que c'est seulement par en défiant des lois injustes que nous pourrons réaliser un véritable progrès, alors que le parti travailliste moribond et la hiérarchie syndicale demandent aux citoyens d'accepter et de respecter ces lois. Les militants pour la défense de l'environnement et des communautés sont en train de faire un bon travail, mais leurs campagnes n'ont qu'un objectif limité sans une claire perspective politique. C'est une tragédie que le Parti travailliste ne joue pas un rôle central pour organiser et centraliser de telles Un Parti travailliste socialiste sera capable de galvaniser les masses pour qu'elles s'opposent à l'injustice, à l'inégalité, à la destruction de l'environnement et d'encadrer la bataille pour une Grande-Bretagne socialiste. Nous devons donc décider si nous sommes disposés à continuer à soutenir un parti travailliste qui maintenant accepte le capitalisme et le « libre marché » ou faire un pas décisif vers la construction d'un parti capable non seulement de résister aux attaques du capitalisme mais aussi de changer fondamentalement la société, en d'autres termes : un Parti travailliste socialiste.