Inprecor 1974–2004

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GRANDE-BRETAGNE

Une grande erreur

· Inprecor n° 398, janvier 1996 · p. 31 · 570 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Une grande erreur La proposition d'Arthur Scargill concernant la mise en place d'un « Parti travailliste socialiste » d'ici le mois de mai, apparaît comme une erreur sérieuse. L'analyse sur laquelle il base sa proposition, à savoir, l'explication que le Parti travailliste serait maintenant comparable au Parti démocrate aux États-Unis ou au Parti libéral démocrate en Grande-Bretagne est également erronée. D'autant plus qu'il propose que le nouveau parti cherche à se donner une base électorale en présentant des candidats contre le Parti travailliste (dans toutes les circonscriptions sauf celles où les candidats travaillistes appartiendraient aux courants de gauche groupés pour la campagne). Cela à un moment où la tendance des masses est en faveur d'un gouvernement travailliste. La proposition de Scargill implique fondamentalement la reconstruction d'un vieux Labour party électoraliste avec une réintroduction de la clause 4 et avec quelques prises de position radicales en plus. L'analyse erronée de Scargill l'amène non seulement à la conclusion selon laquelle la situation est extrêmement difficile, ce qui est vrai, mais aussi que les jeux sont faits dans le Parti travailliste et que les socialistes doivent le quitter pour rejoindre le Parti travailliste socialiste. Le document de discussion n'est pas clair sur la nature du nouveau parti. Scargill propose d'abord des nouveaux statuts démocratiques, mais ensuite il dit que cette struc ture « exigera de mettre fin à toute lutte intestine et à toute polémique sectaire ». Les nouveaux partis sont déterminés par les conditions politiques dans lesquelles ils se construisent. Or, il est difficile d'imaginer des conditions plus défavorables à la formation d'un nouveau parti de gauche que les conditions d'aujourd'hui. Les grèves sont au point le plus bas depuis 100 ans. Les syndicats inclinent à appuyer Blair. Une offensive massive des patrons est en cours. La gauche dans le Labour et les syndicats est plus faible qu'elle ne l'a jamais été depuis des décennies et aucun changement de tendance n'est perceptible. Au cours de toutes les dernières conférences du parti travailliste la gauche n'a gagné sur aucun point. Dans de telles conditions qu'est-ce qu'un tel parti pourrait repré senter au-delà de l'extrême-gauche et de la gauche dure qui existe déjà ? On pourrait envisager de construire un tel parti. Mais pour représenter quelque chose de nouveau il devrait avoir derrière lui des forces sérieuses, provenant particulièrement du mouvement syndical et cela ne pourrait se produire qu'avec des luttes de classes d'un niveau beaucoup plus élevé. Il y aura une réaction contre Blair et son projet de changer la nature de classe du parti. Mais il est difficile de dire quand cette réaction se produira. Probablement dans plusieurs années, quand un gouvernement travailliste de Blair sera installé depuis assez longtemps. La réaction commencera vraisemblablement dans les syndicats affiliés au parti (où le « Blairisme » a fait de sérieux dégâts, mais moins que dans les organisations territoriales du parti). C'est en partant de là qu'il s'étendra dans le parti lui-même. Au moment où cela arrivera, les socialistes devront être là et jouer un rôle central dans la bataille. L'appel de Scargill d'abandonner le parti en ce moment saborde une telle stratégie. Le résultat de la proposition sera d'affaiblir davantage la gauche qui existe et d'affaiblir la réaction au sein du Parti travailliste qui probablement se produira plus tard. Il vaut mieux oublier cette proposition jusqu'au moment où des conditions favorables existeront. En attendant, elle n'est qu'une diversion dangereuse.

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