Appel mondial : BM,
FMI, OMC: ça suffit !
LA BOSNIE COLONISEE PAR LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS
S'il fallait encore éclaircir le rôle des institutions de Bretton Woods et consœurs, l'actualité se chargerait amplement de le faire.
Michel Chossudovsky, professeur d'économie à Ottawa, collaborateur du Monde diplomatique et par ailleurs, membre du Comité pour l'annulation de la dette du Tiers monde (CADTM), vient de réaliser une analyse fouillée des accords de Dayton concernant l'ex-Yougoslavie dont une partie paraîtra dans le Monde diplomatique de février 1996. Parmi les clauses, apparaissent trois éléments absolument scandaleux.
1) La nouvelle constitution de la Bosnie stipule que le directeur de la Banque centrale bosniaque sera nommé par le FMI et ne pourra pas être un citoyen bosniaque ou un citoyen voisins.
2) C'est la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) qui nomme un super-ministre des entreprises et services publics. Il sera chargé de la mise en œuvre d'un plan de privatisation et de restructuration.
3) Le premier prêt du FMI accordé à la Bosnie, dans cette nouvelle période, devra obligatoirement servir à rembourser un prêt octroyé antérieurement par les Pays-Bas (dans la structure du FMI, les Pays-Bas sont à la tête d'un groupe de pays dont fait partie la Bosnie).
Une telle ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat n'est pas courante. Dans ce cas, c'est sans mettre de gants que les institutions financières internationales s'approprient, non seulement un contrôle de fer, mais un pouvoir de décision dans un Etat. D'autre part, les modalités du prêt du FMI, à un pays dévasté par la guerre démontrent également quelles sont les priorités réelles des prêts : non pas reconstruire, non pas développer, mais obtenir le remboursement, contrôler les leviers de l'économie. LE ZAIRE AUX ENCHERES
D'autres événements révèlent cruellement la désintégration des pays du Tiers monde. L'accident d'avion de janvier au Zaire, démontre à quel point l'espace aérien de ce pays était devenu digne d'un Far West : 300 personnes tuées dans un marché de Kinshasa où un avion s'est écrasé immé-
28 Inprecor n° 399 - février 1996 diatement après son décollage. L'avion n'avait plus de licence de vol en Russie (son pays d'origine) mais il servait aux vols réguliers de marchandises et quelques fois de passagers.
L'accident a immédiatement donné l'occasion à Jean Baptiste Sondji, chirurgien à l'hôpital Mama Yeno, de dénoncer dans la presse le manque absolu de moyens dans les établissements de santé en temps normal et a fortiori pour faire face à ce type de situation. Ce médecin avait été interviewé par le CADTM (voir n°15 du périodique du CADTM) et il fustigeait la dégradation constante des soins de santé dans un pays submergé par l'endettement.
En outre, l'accident, mettant à nu l'affaiblissement de plus en plus grave de l'Etat (se manifestant aussi par la dérégulation qui ouvre les portes à tous les trafics maffieux : armes, diamants vers l'Angola et d'autres régions), a immédiatement enclenché le processus de privatisation de la compagnie aérienne zaïroise. On ne doit pas s'étonner de voir sur la ligne de départ SABENA (et son alliée la SWISSAIR), compagnie aérienne de la Belgique, ancienne puissance coloniale du Zaïre. Avec la France et les USA, la Belgique s'apprête en effet à participer aux grandes manœuvres de (ré)appropriation des richesses du Zaïre (la fameuse Gécamines entre autres). La SABENA et la SWISSAIR se proposeraient de relancer une nouvelle ligne aérienne « New Air Zaïre » en limitant leur mise au chiffre ridicule de 10 à 15 millions de francs français. Dans ce projet, il n'est pas question de reprendre le passif de l'ancienne compagnie zaïroise : le personnel de celle-ci peut aller se faire voir ailleurs !
Plus généralement, au Zaïre, Colette Braeckman explique que : « "'la bonne gestion" » dont est crédité le gouvernement Kengo Wa Dondo (« l'homme de la Banque mondiale ») signifie en fait rembourser chaque mois 2 800 millions de dollars au titre de la dette extérieure, payer les traitements des ministres à raison de 6 000 dollars par mois, mais être incapable de payer les quelques dollars mensuels que représente le salaire des enseignants » (Le Soir, 28/12/1995).
DES NOUVELLES DE LA CAMPAGNE
Nous venons de recevoir une lettre de « Ecumenical Support Services », organisation établie au Zimbabwe et coordonnant les ONG et les organisations d'Eglise sur le thème de la Banque mondiale et de l'ajustement structurel. Ils travaillent à la collecte de signatures pour l'Appel Mondial et expliquent : « Le Zimbabwe vient de terminer ses cinq premières années d'ajustement structurel. La promesse avait été donnée qu'après 5 ans, chaque Zimbabwéen irait lui-même en riant à la banque.
Cinq ans plus tard, les restrictions continuent. Les dépenses gouvernementales en matière de santé, d'éducation et de services sociaux, sont drastiquement réduites. Au moment où j'écris cette lettre, les gens du FMI sont en train de camper au Trésor pour s'assurer que les dépenses publiques sont réduites. Cette politique a de graves conséquences sur la pauvreté. Les hôpitaux du district rural du Ministère de la Santé ont vu leur budget restreint de 23 millions de ZW$ et de ce fait, n'ont plus assez, d'ambulances pour desservir les campagnes paupérisées ». La lettre se conclut en proposant que l'organisation soit l'adresse locale de contact du Zimbabwe pour la campagne « Banque mondiale/FMI/OMC /ça suffit ». C'est y pas beau, ça ?
L'Institut international de recherche et de formation d'Amsterdam qui travaille en collaboration avec le CADTM, vient d'éditer une brochure en anglais sur la base des deux derniers dossiers du CADTM. Cela nous ouvre des horizons pour toucher les pays anglophones, du Tiers monde en particulier. A l'étude en ce moment, une publication du même type en espagnol : le travail se ferait en collaboration avec le comité catalan qui vient de se créer et certaines organisations en Amérique latine.
Le dernier dossier du CADTM « BM/FMI/OMC : ça suffit ! (II) » a été épuisé en 5 mois (2 500 exemplaires diffusés). Une nouvelle édition sous forme de livre paraîtra à la mi-février 1996.
La coordination française Comité les autres voix de la planète annonce un weekend de travail le 17 et 18 février pour organiser la contre-manifestation à la réunion du G7 à Lyon.
Rappel de l'adresse : Appel mondial, CADTM, 29 rue Plantin, B-1070 Bruxelles tel : 32 2 523 40 23, fax : 32 2 522 61 27.