Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Les perspectives du Parti des travailleurs dans la nouvelle étape

· Inprecor n° 399, février 1996 · p. 26-27 · 2 043 mots

Brésil

La tendance Démocatie Socialiste (DS, Section brésilienne de la Quatrième internationale) au sein du Parti des Travailleurs (PT), a tenu sa Conférence nationale les 9 et 10 décembre derniers avec, à l'ordre du jour, la discussion sur les perspectives stratégiques, la situation du PT, de la gauche du PT et de la tendance DS.

Nous publions ci-après une contribution à ces débats, en prenant la liberté de quelques coupures, imposées par des impératifs de place toujours insolubles. Son auteur est membre de la Coordination nationale de DS.

Par Joaquim Soriano Pour taire un bilan du PI, il faut prendre comme référence le rôle qu il a joué dans la période écoulée au sein de la société brésilienne, sa position face à la transformation en cours et le rôle qu'il peut avoir dans la période qui s'ouvre. Le PT représente l'accumulation de 15 années de lutte des travailleurs et des opprimés, la principale expérience de la gauche brésilienne et une référence pour la gauche latinoaméricaine et mondiale. Dans le dernier pays d'Amérique à avoir aboli l'esclavage, ou les travailleurs ont tout au long de leur histoire subi la tutelle de la classe dominante et n'ont pas pu s'organiser de 1 роін пест ся нарорт taçon indépendante, le PI a représenté, en tant qu'expression majeure du vaste processus de lutte et d'auto-organisation ouvrière et populaire engagé en 1978, une nouveauté radicale hautement positive. Le PT a catalysé politiquement un processus beaucoup plus large d'organisation indépendante qui englobe tous les secteurs populaires de la société, et constitue pour la première fois dans notre histoire quelque chose qui peut être appelé société civile, une organisation autonome de la société qui ne se développe pas à l'ombre de l'Etat. Cela a permis d'engager la lufte effective pour la création d'une sphère publique au Brésil et pour que l Etat perde son caractère patrimonial (directement lié aux intérêts privés des secteurs de l'oligarchie au ›ouvoir). Et cela a introduit un contenu social inédit dans a lutte démocratique dans le pays. L'existence du PI et son activité au cours des quinze dernières années ont rendu possibles des progrès dans le processus de démocratisation de la société et de l'Etat, à partir d'une conception où la construction des libertés et des droits toujours plus larges et leur institutionnalisation sont conçus comme des moments ascendants dans la conquête d'une démocratie basée sur l'universalisation de la citoyenneté. Le PT a unifié dans un même cadre politique l'immense majorité de la gauche et de l'avant-garde socialiste qui a opté pour une perspective d'indépendance de classe. Il a ermis que la gauche brésilienne accumule et organise ses orces et se transforme en un acteur politique réel dans le ›ays, capable même de postuler au pouvoir central. Ce qu 'a rendu possible, c'est la conquête d'une démocratie interne importante, toujours disputée mais d'autant plus réelle fruit de combats permanents entre les forces qui compo sent le parti. Mais les conditions qui, dans le cadre de et aura encore des conséquences profondément destructurantes pour la base sociale fondamentale de la gauche dans notre pays, les secteurs organisés du prolétariat. La crise du 26 Inprecor n° 399 - févirer 1996

Brésil

mouvement socialiste international a désarticulé les références idéologiques et le projet de société qui soudaient l'identité de notre gauché même, dans la mesure où les nouvelles conditions économiques, sociales et politiques ont conduit à exiger une réorganisation profonde des perspectives stratégiques. La bourgeoisie brésilienne a dépassé sa crise de projet et de direction politique, évidente au cours des années 80, et a infligé des défaites importantes aux travailleurs. Au cours des dernières années, la classe dominante a obtenu des victoires décisives sur le terrain de la lutte del et a été capable de désarticuler le projet démocratique et populaire. Les mots clés de l'offensive néolibérale dans le pays -modernisation, privatisation, ouverture du marché national-, ont trouvé un écho au sein tu camp populaire lu-meme, y compris dans les rangs du PI et de la CUT Ainsi donc, la nouvelle période politique où nous entrons exige que la gauche brésilienne et le PT se dotent d'un nouvel agenda politique et d'un nouvelle orientation straténisé face à l'intégration dans les institutions politiques de l'Etat bourgeois, l'électoralisme ou la maladie sénile de la bureaucratisation. En quinze ans d'existence, le PT a influencé de façon décisive la vie politique brésilienne. Malgré tout, de dangereux symptômes d'intégration à l'ordre, d'électoralisme et de sénilité commencent à corroder le caractère subversif et intransigeant du PT. Des secteurs de plus en plus importants rejoignent notre parti en voyant dans le PT une machine électorale sans ideologie, pragmatique, adaptée au jeu politique dominant (...). Pour la gauche du PT, il faut sauvegarder la singularité de notre parti en tant que parti indépendant, capable de représenter les intérêts des travailleurs et des opprimés, et de se remettre en ordre pour disputer la direction politique du parti. Il n'y a pas de véritable option stratégique pour la gauche révolutionnaire au Brésil en dehors de la lutte actuelle dans les rangs du PT ». EVOLUTION DES CONDITIONS STRUCTURELLES La résolution de la Ille Conférence nationale de DS, en 1993, a pris acte des conditions structurelles qui contrarient la construction du PT en tant que parti révolutionnaire : « L'évolution du PT durant les années 80 s'est faite à contre-courant de la conjoncture internationale marquée par la victoire de Keagan en 1980, une oftensive generale du capital et un mouvement socialiste à la défensive. Mais il y eut une rupture qualitative qui a accentué les élément adverses sur la scène en 1989, quand l'effondrement du régime bureaucratique de l'Europe de

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"Est a catalysé une grande redistribution des forces en faveur de l'impérialisme, avec le déferlement de l'offensive idéologique et politique de l'impérialisme. Son hégémonie sur la bourgeoisie internationale s'est encore renforcé. L'onde de choc induite a provoqué une profonde désorientation dans le mouvement socialiste et affecté directement l'ensemble de ses composantes, PT inclus.

En outre, l élection de Collor a marque louverture au Bresi une nouvelle situation voltique, bien olus detavorable que la pré cédente. Le projet néo-libéral a imposé son hégémonie au sein de la bourgeoisie brésilienne, lui apportant des références communes et une cohérence qui lui faisaient jusqu'alors défaut. Elle a pu lancer une offensive résolue contre les acquis et les services sociaux, et une politique de récession qui a frappé durement les secteurs les plus organisés de la classe ouvrière. Le PT, la CUT et l'ensemble du mouvement démocratique et populaire ont vu leur espace politique Quoique limitée par le rapport des forces sociales issu de l'organisation politiquement indépendante acquise par les secteurs populaires du pays dans les années 80, la restructuration néo-libérale du capitalisme brésilien s'est poursuivie sous le gouvernement d'Itamar Franco. L'ouverture de l'économie à la concurrence du marché mondial a touché de nombreuses branches d'activité et l'industrie sidérurgique et pétrochimique, jusqu'alors presque exclusivement étatique, a été intégralement privatisée. Parallèlement, une autre dynamique socio-économique s'imposait, avec la crise et l'introduction de nouvelles technologies et méthodes d'administration. Le chômage structurel, l'extension du secteur tertiaire, la flexibilisation des relations laborales, la paupérisation d'une majorité de la population ont produit une fragmentation accrue de la classe ouvrière, des difficultés aggravées pour les organisations syndicales et une baisse de leur niveau d'activité. La réorganisation du tissu social dans le pays implique un prolétariat plus hétérogène que dans le passé et l'accroissement des masses exclues et désorganisées. Le mouvement syndical et les différents mouvements sociaux ont connu de grandes difficultés pour s'adapter aux nouvelles conditions de lutte. Sur la scène internationale non plus, aucun événement nouveau n'a permis de modifier sübstantiellement la situation léfensive de la classe ouvrière et de la gauche. Le principal ait nouveau, la rébellion zapatiste au Chiapas, est un point de résistance important, mais qui n'a pas suffi jusqu'à présent à inverser le processus politique hégémonique ne serait-ce qu'à l'échelle du Mexique (...). L'ÉPREUVE DE LA CAMPAGNE DE 1994 L'élection présidentielle de 1994 a donné lieu à une grande confrontation politique dans le pays et a soumis le PT à une preuve décisive. Ce qui était en jeu, c'était des propositions le sortie de la crise nationale où le pavs était plongé depuis 1980, inspirées par l'alternative démocratique et populaire ou par lé projet néo-libéral. La victoire de Lula aurait été l'instrument concret et la condition nécessaire pour lancer, dans le pays et à l'échelle de la gauche internationale, de nouvelles bases pour un développement alternatif, antagonique au projet néo-libéral. La défaite a donc eu des conséquences graves et marqué un changement qualitatif sur la scène internationale (...). L'oppostion du PT au gouvernement de Henrique Cardoso s'est d'abord manifestée timidement : les critiqués publiques se sont réduites initialement à la mise en cause de l'alliance premier trimestre de 1995, la lutte autour des amendements constitutionnels portant sur des questions économiques, avant tout la disparition du monopole de l'Etat sur le pétrole et les télécommunications, a renforcé l'opposition au gouvernement. Nous avons été battus lors des votes sur ces amendements, mais nous avons exprimé avec netteté notre pposition non seulement aux privatisations mais aussi 'ensemble de la politique néo-libérale du gouvernement (...). Mais cette évolution positive est déconnectée du processus de discussion engagé lors de la Xe Rencontre nationale du parti. En fonction d'autres critères, il s'est formé un nouveau bloc (autour de la tendance Articulation Unité en _utte) qui a obtenu une courte majorité. Ce qui s'est produit lepuis la rencontre a encore aggravé les choses : la nouvelle majorité a essayé de réduire la présence de la gauche dans la nouvelle Commission exécutive nationale et provoqué ar là-même la relance des affrontements internes. Face à 'absence d'orientations stratégiques claires, et alors que tous les efforts tendent à miser sur le seul horizon dé la dynamique électorale, avec ses ettets désagrégateurs sur la vie du parti, ces éléments laissent présager des difficultés supplémentaires dans la construction du PT. Ainsi que nous le disions dans notre bilan de la Xe Rencontre nationale : « On a tourné la page de la plate-forme d'unité stratégique qu'avait adoptée la Ve Rencontre nationale du PT en 1987 ; mais on ne se trouve pas dans un vide absolu. La X° Rencontre a défini avec plus de clarté l'opposition au gouvernement, mais a dilué les positions antérieures du PT concernant la construction du parti et n'a adopté aucune position sur les questions stratégiques qui pourrait rétablir un minimum d'unité dans les rangs du parti (...). » Les perspectives de construction du PT tendent donc à être contradictoires. D'un côté nous agissons dans un cadre politique et social, tant national qu international, nettement plus défavorable que celui des années 80. Si nous intégrons la construction du parti dans le cadre du processus plus large d'auto-organisation des travailleurs et des secteurs populaires, et si nous gardons à l'esprit que le développement des luttes de masse au Brésil a été l'une des sources décisives du dynamisme du PT, nous pouvons prendre la mesure des grandes difficultés auxquelles nous devons faire face. Mais par ailleurs, les prises de position du PT face au gouvernement de Henrique Cardoso et la lutte contre ses initiatives ont permis de garder une base politique importante dans la société brésilienne qui cherche une alternative de gauche au néo-libéralisme : c'est un facteur dont la portée stratégique objective est énorme pour la recomposition du mouvement socialiste dans notre pays comme dans l'ensemble du continent. La dynamique interne au PT a conduit à une accumulation croissante de problèmes non résolus : absence d'orientaions stratégiques explicites, intégration acritique dans , dant la cont l'appareil d'Efat bourgeois, électoralisme et abandon de références organisationnelles dans la construction du parti. Pourtant, malgré tout, dans un contexte défavorable et même après la grave détaite des élections de 1994, nous avons un parti où la gauche représente aujourd'hui 46 % de a direction (...). La gauche du PT est hétérogène, ell onnaît les mêmes problèmes de redéfinition que les révolu tionnaires dans le monde entier, elle n'est pas immunisée face aux problèmes pratiques qui caractérisent la vie du PT structure.

Ce faisceau de tensions de pondialités et de linsion gui

tistrale la die la gauche nécessaire pour quelle pule

d'elle puiss conditions substantiellement différentes de celles du passé.

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