Le Parti communiste français organise actuellement une série de forums « pour un nouvel avenir ». Phénomène inédit, il y convie des représentants de toutes les composantes de la gauche, y compris ceux de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, Section française de la Quatrième internationale). Ainsi, à Marseille, le 19 janvier, Robert Hue, secrétaire national du parti, Jean-Christophe Cambadélis, dirigeant du Parti socialiste, Catherine Lalumière, de Radical, Guy Hascoët, porte-parole des Verts et Christian Picquet, pour la direction de la LCR, ont-ils débattu durant quatre heures devant plus de trois mille personnes.
L'événement s'avère historique et, à ce titre, toute la presse en aura rendu compte. Incontestablement, il se passe quelque chose au PCF. Sans doute conscient de l'impossibilité de camper sur un statu quo de plus en plus intenable après un mouvement social qui vient de bouleverser la donne politique, inquiet des conséquences électorales possibles du déclin accéléré de la droite au pouvoir (le Parti socialiste voit remonter rapidement ses scores), il entend manifestement reprendre l'initiative. Sa nouvelle direction cherche donc à renouer les liens avec le PS, sans se retrouver prisonnière d'un tête-à-tête avec ce dernier et en conservant l'initiative. D'où l'ouverture faite à l'extrême gauche, aux secteurs critiques de la gauche et aux écologistes, dans le cadre de forums dont il conserve toutefois la totale maîtrise.
L'exercice est des plus périlleux, mais il ouvre un nouveau cycle de débat à gauche et avec le PCF. En y participant, la LCR entend bien y poser les deux débats brûlants du moment : quelle perspective construire pour les travailleurs et quelle méthode pour y parvenir ? Sur le premier point, le mouvement social de décembre 1995 a dessiné les contours d'une autre logique, anticapitaliste et antilibérale. C'est donc de ses exigences qu'il faut partir pour faire émerger un pôle porteur de radicalité. Et, à la veille de la confé rence inter-gouvernementale, le combat contre le traité de Maastricht constitue une question de première importance. A un PS qui demeure dans le cadre de la logique libérale, quoiqu'en la mâtinant de préoccupations sociales, le PCF répond par une proposition de pétition en faveur d'un rétérendum sur la monnaie unique, dont il a décidé seul du texte et du moment. Alors que s'imposerait, comme lors du référendum de 1992, une campagne commune de toutes les forces de gauche opposées à Maastricht et entendant travailler à une autre construction européenne.
Sur la méthode, la confrontation ne fait que débuter. A un PS qui évoque un « nouveau contrat » sur la base des propositions formulées par Lionel Jospin lors de la dernière campagne présidentielle, le PCF répond par l'offre d'une « nouvelle union » qui ne se résumerait pas à un accord d'état-major. A ces deux approches, et sans exclure la nécessité de partenariats de toute la gauche face à la droite, la LCR oppose le besoin d'un répondant politique aux luttes. Lequel répondant ne saurait être un seul parti, en l'occurrence le Parti communiste, dont il s'agirait seulement de faire remonter l'influence, comme sa nouvelle direction continue à en caresser l'illusion.
Cela conduit la LCR à proposer l'organisation d'états-généraux pour une autre politique, qui pourraient rassembler courants politiques, animateurs de la demière grève et militants issus du monde syndical ou associatif, dans le cadre d'un processus co-organisé, de bas en haut. Sans anticiper, on pourrait imaginer qu'en émane une sorte d" "engagement pour changer vraiment à gauche", engagement que tous ses signataires pourraient défendre partout dans l'unité et relayer dans les luttes. *