Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER : ITALIE

Slai-Cobas

Inprecor n° 399, février 1996 · p. 17-18 · 1 333 mots

Italie Syndicalisme

Le COBAS - Comité de base — d'Alfa Romeo Arese (près de Milan) s'est formé au mois de mars 1990 pour exiger lelection de la Commission interne d'entreprise. Cette élection a eu heu trois mois plus tard et, en depit de toutes les entraves, les candidats du COBAS ont remporté un succès très important en brisant le monopole des bureaucraties sundicales. Aux élections pour les Représentations syndicales unitaires (RSU), en mai 1994, le COBAS obtiendra la majorité relative (44,20% contre 42,66 à la CGIL, 6,85 % à la CISL et 6,29 % à la En automne 1992, le Cobas avait apporté une contribution majeure à la fondation du Syndicat des travailleurs auto-organisés (SLAI-COBAS) qui s'est développé par la suite au niveau national. Par ailleurs, le COBAS Alfa a etabli des rapports directs avec lArmée zapatiste. L'histoire du COBAS et du SLAI est synthétisée dans Dai COBAS al sindacato (Des COBAS au syndicat), livre publié par Data News, maison d'édition proche du Parti de la refondation communiste (PRC) et préfacé par Fausto Bertinotti. L'auteur du livre est Gigi Malabarba, ouvrier d'Alfo Romeo, l'un des dirigeants di COBAS, secretaire du groupe d'entreprise du PRC et collaborateur du mensuel marxiste révolutionnaire Bandiera Rossa. Nous publions ici des extraits le ce livre

Document

La Sardaigne à murs ouverts LE PROJET COBAS

C'est la prise de conscience, sur la base d'expériences quotidiennes, qu'il fallait faire face à un changement d'époque et à la nécessité de résister à la tentative de la direction de FIAT de balayer complètement l'avant-garde ouvrière interne, non domestiquée par les confédérations syndicales, qui pousse l'opposition syndicale chez Alfa Romeo à donner naissance au COBAS au printemps 1990. Cette force, composée de délégués et de travailleurs, s'organise avant tout pour exiger l'élection du conseil d'entreprise, qui depuis des années avait été remplacé par la nomination par en haut de représentants des confédérations. En effet, on avait besoin d'une organisation capable de gérer le conflit avec FIAT et de défendre la survie de l'entreprise.

Le nom qui a été utilisé faisait délibérément référence au seul précédent connu jusqu'alors, celui du mouvement de masse dans l'enseignement en 1986-

: ITALIE

1987. Ce mouvement avait été le point d'orgue de la reconquête de l'autonomie politique et contractuelle de cette catégorie de travailleurs. La forme choisie était celle d'un mouvement luttant pour des objectifs de classe et pour l'auto-organisation des travailleurs et des travailleuses en se reliant à de nombreuses expériences du mouvement ouvrier italien, notamment celle des conseils de délégués élus sur un bulletin blanc par l'ensemble des salariés, tous électeurs et éligibles. On relançait en même temps le débat sur l'unité syndicale qui, depuis les années 70, avait été bloqué et mis de côté.

Ce projet n'impliquait aucune adaptation à une logique de défense d'intérêts particuliers d'entreprise ou de groupe industriel, mais visait à constituer un « jalon » du processus de reconstruction du syndicalisme-lutte de classe après la dérive da la CGIL qui ne pouvait que provoquer des différenciations inévitables. Dans la fonction

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publique, les secteurs critiques du mouvement syndical revendiquaient le droit de participer aux négociations en tant qu'association de ceux qui ne voulaient pas se faire représenter par les trois confédérations — CGIL, CISL et UIL — alors que d'autres esquissaient une fuite en avant prétendument politique sous prétexte de dépasser le syndicat. Dans les entreprises, en revanche, s'affirmait l'idée qu'il était nécessaire de reconstruire une représentation unique pour les négociations, élue démocratiquement, justement pour contrecarrer la tendance de plus en plus évidente de faire prévaloir les pouvoirs de négociation séparée d'organisations particulières. Voilà ce qui était essentiel dans une auto-organisation qui refusait d'être purement autoproclamatoire. (...) QUELQUES RÉFLEXIONS PROGRAMMATIQUES

1) Tout d'abord, le monde du travail salarié est sexué et toute analyse et toute revendication doit partir de la prise de conscience, une fois pour toutes, de cette vérité première : le féminisme doit être intégré dans tous les aspects de l'activité syndicale elle-même. Il faut repousser la logique consistant à dresser une liste de points programmatiques parmi lesquels on inclurait à un moment donné « l'objectif des femmes ».

Du point de vue de la méthode cela vaut aussi pour d'autres questions

18 Inprecor n° 399 - février 1996 dont, en premier lieu, celle de l'écologie. La contradiction homme-nature peut et doit être liée de plus en plus à la contradiction fondamentale entre capital et travail et être abordée dans une optique anticapitaliste, à condition qu'il existe un instrument organisé qui opère dans ce sens. Toute approche différente faisant abstraction des rapports de production ne pourrait que déboucher sur l'adoption d'idéologies néolibérales, comme c'est le cas aujourd'hui des confédérations syndi-

2) La mondialisation de l'économie, qui pose de toute évidence de nouveaux problèmes, va à l'encontre de toute approche partant d'une défense des intérêts nationaux, ce qui reviendrait aujourd'hui à défendre les intérêts des entreprises contre les intérêts de ceux qui travaillent (...) On ne saurait adopter des formes de protectionnisme d'autant plus que les frontières entre les États n'ont plus un poids déterminant, comme le confirme le fait que des décisions cruciales sont prises de plus en plus au niveau du FMI et de la Banque Mondiale.

Le drapeau d'un syndicat lutte de classes doit être celui qui revendique, dans chaque pays et au niveau international, des conditions d'égalité dans la vente de la force de travail. Il ne s'agit plus d'œuvrer tout simplement pour la solidarité avec les secteurs surexploités de l'humanité, mais de créer les conditions pour défendre les intérêts du prolétariat des métropoles lui-même. Sinon, la « libre circulation des marchandises », en l'absence de toute contrainte sur les conditions de la production, brisera la résistance ouvrière même la plus opiniâtre (...).

3) Si le toyotisme pousse vers le syndicalisme d'entreprise (allant de pair avec la concertation à l'échelle générale), ce dont on doit se méfier, il ne faut pas pour autant sous-estimer le cadre représenté par le lieu de travail et les problèmes qui en découlent. C'est sur ce terrain que les conflits se produisent et que surgit le syndicat-lutte de classes (...) Il est important de valoriser des expériences de « guérilla » revendicative, qui pourraient apparaître de prime abord réductrices et économistes et qui, en fait, se sont avérées essentielles pour construire le consensus et pour s'organiser en exploitant toutes les marges et les contradictions aux différents niveaux contractuel, législatif et institutionnel.(...).

L'entreprise reste le cœur des expériences de contrôle ouvrier. Le contrôle ouvrier, loin d'être dépassé à la suite des nouveautés dans le mode de production, peut être envisagé à une échelle plus ample, allant de l'intervention sur l'organisation du travail jusqu'au contrôle sur la production elle-même

4) Un système de résistance et de garanties ne peut être effectivement poursuivi que sur le terrain plus général, dans une optique qu'il est sans doute préférable ne plus appeler « confédérale », dans la mesure où ce terme comporte des ambiguités, mais inter-catégorielle pour en souligner le caractère universel qui va au delà de tout lien particulier productif ou de services. Dans un tel cadre il faut inclure une défense primordiale pour la classe ouvrière, celle du salaire global, qui inclut aussi bien ce qu'on reçoit directement que le salaire différé (...)

5) Comme c'est le cas dans les pays de l'Est, il peut s'avérer difficile de rétablir par cette intervention publique un État-providence qui a été discréditée par les vols, les gaspillages et la gabegie bureaucratique. Face aux privatisations généralisées, et sans renoncer pour autant à défendre le système public de sécurité sociale, on pourrait envisager une relance des expériences mutualistes du mouvement ouvrier au début du siècle en matière de santé, de formation, de logements ,etc., en donnant la priorité à une auto-organisation et autogestion ouvrière ne visant pas à obtenir des profits (...) La recomposition du bloc social antagoniste exige tout naturellement la reformulation d'un programme social et politique de transformation et d'alternative, un programme de transition, fondé sur des « objectifs de rupture » unifiant, que tous doivent contribuer à

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