La décomposition de l'alliance entre le SLFP, le LSSP et le PC, qui s'est achevée par la sortie du PC du gouvernement; la fin de l'état de siège; l'annonce de nouvelles élections législatives; la scission au sein du SLFP; l'apparition du JVP comme parti politique public et légal (bien que scissionné en deux tronçons); une scission du LSSP : voilà quelques-uns des événements des dernières semaines qui reflètent la profonde modification de la situation politique au Sri Lanka. Bien entendu, il ne s'agit pas tant de brusques changements en profondeur que de la manifestation progressive de changements souterrains, qui s'étaient déjà produits au cours des années et des mois précédents, mais que de l'état de siège et la restriction des libertés démocratiques avaient empêché de s'exprimer publiquement. Ces changements expriment surtout la nette reprise et radicalisation des luttes ouvrières. La crise de la gauche réformiste traditionnelle s'est confirmée avec éclat au niveau de sa cohésion et de ses capacités de mobiliser les masses autour de ses projets. Le "front unique socialiste" proposé par le LSSP à la dissidence "de gauche" du SLFP et au PC, reste sur le plan d'une orientation "frontiste" avec une aile de la bourgeoisie. Rien dans le programme de ce "front" ne remet en question la nature bourgeoise de l'Etat. L'armée devrait être "démocratisée" et des milices ouvrières
devraient préserver "la sécurité de l'Etat". Sur la question si décisive, après l'expérience de la répression sanglante du JVP et les années d'Etat de siège, de la défense des libertés démocratiques, le LSS Pse contente de réclamer non pas l'abolition de la loi sur la Sécurité publique (Public Security Act), mais "son application sous contrôle parlementaire" Face à toutes ces équivoques et compromissions - qui annoncent nettement une orientation vers de nouvelles participations gouvernementales avec des partis bourgeois - nos camarades du RMP (Revolutionary Marxist Party - Parti marxiste révolutionnaire, section ceylanaise de la IVème Internationale) ont, en accord avec le syndicat CMU, lancé une plate-forme pour la constitution d'un front unique anti-capitaliste. Laplateforme a été massivement diffusée. Le premier meeting public après la levée de l'Etat de siège, meeting organisé en commun par le RMP et le CMU, a eu un énorme succès. Il a rassemblé 8 000 personnes au Hyde Park de Colombo, le 9 mars. Voici le texte de la plateforme que le RMP propose aux travailleurs de Sri Lanka pour la constitution du front unique anticapitaliste: 1 - Abrogation de la constitution parlementaire bourgeoise et établissement d'une nouvelle constitution qui permet l'élection d'une administration démocratique, fondée sur des conseils librement élus par les masses et révocables à leur gré, élus sur une base territoriale, dans l'entreprise, par les consommateurs d'autres catégories sociales concernées. 2 - Egalité des droits et des chances; sécurité sociale pour tous les secteurs de la population de Sri Lanka, sans discrimination de sexe, de race, de caste, de conviction religieuse, de langue ou de nationalité. 3 - Aucune suppression ou restriction des droits humains et démocratiques, y compris le droit de grève, ou des libertés politiques, civiles ou religieuses du peuple. 4 - Abolition de toute forme d'oppression ou de discrimination à l'égard des femmes; droit à l'avortement libre et gratuit sur demande; création d'installations adéquates de maternités et de crèches, ainsi que de toute l'infrastructure sociale nécessaire pour libérer les femmes des tâches domestiques comme la cuisine et la lessive, pour qu'elles puissent participer librement et sur pied d'égalité avec les hommes aux activités économiques, politiques et sociales. 5 - Droit de citoyenneté pour tous les travailleurs d'origine indienne et leurs descendants, habitant aujourd'hui à Sri Lanka. 6 - Statut du tamil comme langue officielle, au même titre que la langue sinhala. 7 - Liberté culturelle complète et liberté de création artistique, avec octroi de facilités adéquates pour la création artistique. 8 - Libération de tous les prisonniers politiques. 9 - Révocation de toutes les lois répressives, y compris la Loi sur la Sécurité publique et la Loi sur les Commissions de justice criminelle. 10 - Abolition de la peine de mort. 11 - Pleins droits syndicaux et politiques pour toutes les catégories de travailleurs dans les entreprises d'Etat, privées et coopératives, ainsi que pour les membres de la police et des forces armées. 12 - Réembauche avec compensation de tous les travailleurs licenciés pour leur activité syndicale ou pour des raisons politiques.
13 - Nationalisation de toutes les principales entreprises capitalistes, sans indemnisation et sous contrôle ouvrier; établissement du contrôle ouvrier sur toutes les entreprises d'Etat et toutes les entreprises du secteur public. 14 - Maintien de l'emploi, sans pertes des avantages acquis pour tous les salariés dans les entreprises reprises par l'Etat. 15 - Facilités égales dans l'enseignement primaire et secondaire pour tous les enfants, avec chances égales d'accès à l'enseignement supérieur. 16 - Liberté complète pour les étudiants de participer à l'activité sociale et politique, avec droit pour les organisations d'étudiants de participer dans tous les organismes administratifs qui traitent de l'éducation ou de questions qui concernent les intérêts des étudiants. 17 - Contrôle démocratique sur l'éducation par des conseils élus d'enseignants et d'étudiants, dans le cadre d'un plan national d'éducation. 18 - Garantie d'emploi à des conditions normales de rétribution et de travail pour tous les jeunes à la fin de leurs études, sans différence de sexe, ainsi que pour tous les chômeurs, ou garantie d'apprentissage technique adéquat avec octroi d'emploi approprié à la fin de cet apprentissage. Garantie de revenus pour les apprentis et pour ceux qui sont à la recherche d'un emploi, mais qui n'ont pas encore reçu un poste de travail. 19 - Confirmation d'emploi, avec tous les droits des travailleurs régulièrement embauchés, de tous ceux qui ont travaillé normalement sans contrat sur la base du travail temporaire ou occasionnel, dans n'importe quelle entreprise, qu'ils aient été embauchés directement, par des intermédiaires privés, ou par de prétendues coopératives de production; interdiction d'employer à l'avenir sous une forme quelconque des travailleurs pour du travail régulier sous la couverture de l'embauche temporaire. 20 - Salaire égal pour travail égal, et élimination de toute discrimination d'emploi entre les sexes. 21 - Interdiction de tout licenciement, sauf pour des motifs dûment démontrés. 22 - Pas de mise à la retraite obligatoire avant l'âge de 60 23 - Limitation légale de la durée de travail à 40 heures et 5 jours par semaine, et interdiction de toute heure supplémentaire, sauf en accord avec les travailleurs concernés. 24 - Salaire minimum fondé sur le coût de la vie, dont l'index doit être établi en consultation avec les syndicats, pour tous les travailleurs du secteur public et privé et dans les coopératives, avec des augmentations de 2,5 Roupies pour chaque poi nt d'augmentation de l'index du coût de la vie. 25 - Réduction du prix des marchandises de base, et octroi de rations alimentaires pour assurer la subsistance de tous les secteurs de la population. 26 - Logements bon marché comportant des services assurés aux travailleurs, avec séparation de l'emploi et du logement pour ceux qui vivent dans les plantations, en leur assurant des logements adéquats. 27 - La terre aux paysans sans terres, et octroi de moyens pour la culture du sol, l'élevage et la vente des produits de la terre. 28 - Retraites pour les vieux, et institutions sociales pour assurer le bien-être des vieux.
9 mars 1977