Cet article est repris de News From Within, revue mensuelle du Centre d'information alternative à Jérusalem (1). Par Eileen Kuttab * IL EST ENCORE TROP TOT pour présenter une analyse approfondie des résultats des élections palestiniennes en raison des informations encore limitées sur le sujet. Toutefois, il est intéressant de faire des remarques préliminaires afin d'attirer l'attention sur certaines questions critiques qui devront être discutées et approfondies dans le futur. Une telle discussion pourrait offrir une première approche sur l'émergence de nouveaux modèles de pensées qui présideront à la formation d'une nouvelle carte politique palestinienne et à l'orientation du conseil législatif en matière de traitement des différentes questions nationales et démocratiques durant la période de transition qui nous sépare des négociations sur le statut final des territoires. Les élections palestiniennes du 20 janvier du président et du conseil de l'Autonomie constituent un véritable tournant dans l'histoire de la lutte nationale et démocratique du peuple palestinien. Le taux de participation au vote dans la bande de Gaza (Jérusalem comprise) et en Cisjordanie a été respectivement de 68 % et 87 %, du total des inscrits.
En dépit de la forte présence des forces d'occupation israélienne, qui a retardé le processus électoral à Jérusalem et à Hébron, le fort taux de participation au scrutin exprime l'adhésion du peuple palestinien aux principes de la souveraineté et de l'autodétermination.
Les nombreux secteurs de la société qui ont voté, y compris les femmes et les jeunes, ont montré leur haut niveau de conscience et leur sens des responsabilités en ce qui concerne la formation du futur système politique.
Ce fut le cas également d'une large frange de la base de l'opposition (Front populaire pour la libération de la Palestine, FPLP dirigé par Georges Habache et Front démocratique de libération de la Palestine dirigé par Naïf Hawatma) qui a choisi de participer au scrutin malgré la décision de boycott passif prônée par la direction. Cette participation voulait permettre la promotion de candidats susceptibles de jouer un rôle important pour améliorer le résultat des négociations du soi-disant statut final.
Quant aux élections présidentielles, Arafat a eu 88 % des votes et Samiha Khalil, figure nationaliste de longue date et seule candidate opposée à Arafat, environ 10 %. Plus de 50 % des votants ont choisi la liste officielle du Fath désignée par Arafat lui-même. Assurément, cela légitime l'hégémonie de l'Autorité palestinienne. Signalons par ailleurs que le vote oppositionnel s'est porté sur les candidats susceptibles de promouvoir une législation garantissant un aboutissement démocratique des luttes et le développement d'une société civile démocratique.
La large désaffection des votants pour les partis de l'opposition s'explique par leur désaccord avec la direction de ces partis sur la question du boycott des élections. Certes, la consigne de boycott traduisait une adhésion aux objectifs de l'opposition mais elle en même temps inconcevable et non réaliste. En plus, elle a été perçue comme une expression de la nature bureaucratique de la direction. A Jérusalem, les opposants ont voté pour s'opposer à l'occupation israélienne et revendiquer la souveraineté de leur ville. LES ÉLECTIONS ET LES FEMMES
Comme prévu, la participation des femmes aux élections a été très large (environ 42 % des votants). Cela traduit l'importance accordée par les femmes palestiniennes à leur participation au processus qui va déterminer la future composition du Conseil ainsi que leur détermination à continuer à jouer un rôle effectif dans la construction de leur société.
Sur plus de 700 candidats au Conseil il n'y avait que 28 femmes, soit 4 %. Sans nul doute ce pourcentage ne représente ni le haut niveau de participation des femmes palestiniennes dans la lutte nationale, ni même leur poids démographique dans la société. Seules 5 femmes siègent au Conseil. Cela s'explique par les faits
FEMMES
DOSSIER
PALESTINE
MOUVEMENT
suivant:
I- le statut d'infériorité des femmes et leur faible représentation dans le processus de prise de décision au sein de tous les partis sans exception. Parallèlement, les femmes dans les partis politiques ne disposent pas d'un plan d'action clair pour changer et améliorer leur situation. Cette faiblesse est due à la difficile articulation entre libération nationale et libération sociale. La priorité constante accordée à la lutte nationale rend difficile pour les femmes d'initier un front au sein de leur parti pour la prise en charge de la question des femmes. Les femmes candidates n'ont pas bénéficié du soutien de leur parti politique et certaines d'entre elles ont été forcées de se désister en faveur de candidats hommes;
2- le mouvement des femmes s'est divisé sur la question de la participation aux élections, ce qui a rendu difficile la réalisation d'un consensus sur les différentes options. A titre d'exemple, la revendication des quotas a été soulevée dans le mouvement, néanmoins aucune décision n'a été prise parce que les femmes étaient préoccupées par la question de la participation aux élections ;
3- le caractère traditionnel de la société palestinienne ne facilite point la présentation des femmes aux élections ;
4- le système électoral des circonscriptions multiples ne facilite guère le succès des femmes candidates ;
5- les charges financières constituent un obstacle à la candidature des femmes indépendantes ;
6- certains candidats ont eu recours à leur clan pour promouvoir leur candidature. Pour les femmes cette institution traditionnelle ne peut pas être exploitée de la même façon.
* Eileen Kuttab est militante de l'opposition palestinienne de gauche et coordinatrice de Women's Studies Center à L'Université de Birzeit.
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