Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Du pain sur la planche

Inprecor n° 400, mars 1996 · p. 22 · 610 mots

Femmes Syndicalisme

Rosa Mosna est membre de la direction du syndicat de l'Education nationale dans l'Etat de Rio

Grande do Sul, membre de la direction de Démocratie socialiste (Section brésilienne de la

Quatrième internationale) et militante du PT. Lors de son récent passage en Europe elle a

MOUVEMENT

DOSSIER

BRESIL

FEMMES

accepté de répondre brièvement à nos questions.

Inprecor : En tant que membre de la direction du syndicat des enseignants peux-tu nous décrire brièvement comment le syndicat prend en charge la question des femmes ?

Le secteur de l'éducation nationale dans l'État de Rio Grande do Sul regroupe 130 000 employés dont 87 000 sont syndiqués, le taux de syndicalisation des femmes est de 70 %. Bien que le niveau culturel du syndicat de l'enseignement soit élevé, la majorité du personnel est peu politisée. Nous sommes 13 syndicalistes à prendre en charge la question femme au niveau de tout l'État (environ la superficie de la France) dont quatre sont dans la direction du secteur de l'éducation nationale. Nous pensons qu'il est fondamental de développer un travail dans les écoles en direction des enfants, des jeunes, des parents et surtout des mères qui sont très présentes à la maternelle ainsi qu'à l'école primaire. Notre démarche consiste à expliquer aux mères que les femmes qui n'ont pas pris conscience de leur condition spécifique de femme, reproduisent et perpétuent leur propre domination.

Notre activité syndicale est très étendue et le néolibéralisme ne fait que la renforcer, un nouveau projet de privatisation de l'enseignement vient d'être approuvé par le gouvernement, ce qui nous empêche de rester mobilisés uniquement sur les questions

Du pain sur la planche

Propos recueillis par Penny Duggan spécifiques. Notre lutte est très difficile et exige de nous une articulation des revendications spécifiques aux femmes avec les revendications propres à l'ensemble du secteur.

Comment le mouvement ouvrier brésilien prend-il en charge aujourd'hui la question des femmes?

Sur cette question le mouvement ouvrier est en train d'opérer une évolution certes lente mais réelle. Lors du dernier congrès de la Confédération unitaire des travailleurs

( CUT proche du PT), s'est

P tenue en 1994 le princides pe quotas au niveau des instances de direction fut adopté. La question des quotas ne se pose pas dans le secteur de l'enseignement de l'État de Rio Grande do Sul dans la mesure où les femmes y sont majoritaires

(sur les 13 membres 7 sont des femmes).

Bien évidement, les quotas représentent une mesure artificielle mais sans aucun doute nécessaire pour permettre aux femmes d'accéder aux postes de responsabilités syndicales et aux hommes de remettre en cause leur comportement. La question des quotas ne fait pas l'unanimité au sein de la CUT, ni d'ailleurs du PT. Des réticences se sont exprimées, souvent par les femmes elles mêmes. L'adoption des quotas est un pas positif dans le long processus d'évolution du mouvement ouvrier sur la question des femmes.

Au niveau du PT nous avons du pain sur la planche. Lors de la dernière conférence (10° congrès du PT fin 1995), la majorité des forums étaient dirigés par des hommes, les femmes étaient certes présentes à la tribune mais comme « auxiliaires » des travaux et non pas dirigeantes. Les quotas sont appliqués au PT, mais cela ne dispense pas les femmes de lutter quotidiennement pour imposer leur propre espace au sein de notre parti. L'une de nos faiblesse est que certaines copines qui se réclament du féminisme au sein du PT sont très peu engagées dans une intervention féministe à l'extérieur du parti notamment en matière de revendications spécifiques, de lutte contre les rapports de domination, etc. Cette critique fut avancée par plusieurs d'entres nous lors du dernier congrès.

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