La conjoncture économique du début de l'année 1996 se caractérise par des signes de ralentissement de la croissance economique aux Etats-Unis et en Europe. Les Perspectives economiques de TOCDE, publiées en décembre 1995 sont déjà obsolètes en ce qui concerné la France et l'Allemagne dont la croissance devrait se situer entre 1 % et 1,5 % en 1996. Les données du tableau 1 tont néanmoins apparaître ce phénomène de ralentissement qui devrait évidemment, à en croire l'OCDE, s'effacer des 1997, avec une étonnante convergence vers un taux de croissance fatidique de 2,7% !
L'OCDE compte aujourd'hui 32,5 millions de chômeurs, dont 18,3 pour l'Union Européenne. Or, même en admettant le scénario rose de l'OCDE, un tel rythme de croissance n'est pas suffisant pour faire reculer le taux de chômage dans les plus grands pays. Le tableau 2, tiré de la même source, montre à quel point le chômage de masse est là pour durer.
Les promesses du Livre blanc de la Commission Européenne, affirmant qu'il était possible de réduire de moitié le chômage en Europe grâce à la création de 15 millions d'emplois, sont bien oubliées. Et comme le chômage coûte cher, l'OCDE
— disant tout haut ce que les gouvernements pensent probablement tout bas — réintroduit par la bande un de ses plus déplaisants discours, qui consiste à proposer une révision à la baisse des allo-.
cations-chômage « afin d'améliorer les mécanismes d'incitation ». Comme si le chômage provenait du manque d'enthousiasme des demandeurs d'emploi.
Cet étouffement de la reprise mérite d'être mis en perspective, en rappelant à grands traits les différentes phases de la conjoncture en
Europe, qui valent aussi à certains décalages près — pour les Etats-Unis et le
Japon. Apres la recession du début des années 80, la reprise se manifeste, avec une vivacité plus ou moins marquée, dans tous les pays développés. L'activité augmente régulièrement jusqu'au début des années 90. Il est intéressant de revenir sur cette période de reprise, parce qu'elle semble marquer le triomphe des économistes orthodoxes. A les en croire, c'est la preuve que les recettes néolibérales fonctionnent finalement, et que l'on va bientôt renouer avec la croissance.
Par Maxime Durand Paris, mars 1996 Tableau 1 Taux de croissance du PIB 1993 1994 1995 Etats-Unis 3,1 4,1 Japon -0,2 0,5 Allemagne -1,2 2,9 France -1,5 2,9 Grande-Bretagne 2,3 3,8 Union européenne -0,6 2,8 Total OCDE 1,2 2,9 Source: OCDE
Economie mondiale reprise sont créés, le chômage recule un peu partout.
1996
1997
2,7
2,8
3,3
2,7
0,3
2,0
2,1
2,4
2,7
2,7
2,2
2,7
2,4
2,7
2,7
2,7
2,5
2,7
2,4
2,6
2,8 n'est pas sans intérêt de revenir sur ce qui peut le justifier.
L'euphorie est d'autant plus grande que le krach boursier de
1987 ne débouche pas sur la récession que tout le monde prévoyait, et semble au contraire doper la croissance. Des emplois
Le retournement se produit à partir de 1990, et a peu de choses à voir avec la crise irakienne et la guerre du Golfe. La situation se détériore de manière continue durant 1991 et 1992, et les experts ont d'ailleurs du mal à prendre la mesure exacte de cette dégradation, puis, en 1993, il faut bien se rendre à l'évidence. C'est la récession, très dure, plus profonde même, dans la plupart des pays, que celles de 1974-1975 ou 1981-
1982. La baisse du chômage est effacée, et on voit au cours de cette période les pays européens les mieux protégés contre le chômage leur rattraper
« retard », très brutalement dans certains cas comme la Suisse ou la Suède. Les idéologues du capital se prennent à douter, et parler de commencent
« retour du cycle ».
Ils n'ont pas tort, car la reprise se produit à partir de 1994, avec un très grand dynamisme : la croissance redémarre aussi vite que la production avait reculé.
On parle toujours de cycle, mais on se prend à espérer que celuici sera le bon, et qu'il pourra embrayer sur une croissance durablement soutenue. Mais survient alors un phénomène imprévu et difficilement compréhensible, à savoir un nouveau retournement du cycle après seulement dix-huit mois de reprise. Nous en sommes là, et face à cette situation décevante, le discours officiel reste à l'optimisme. Celui-ci n'est pas dépourvu d'arguments, et il
Tableau 2
Taux de chômage 1993 1994 1995 1996 1997
Etats-Unis 6,8 6,1 5,6 5,7 5,9 Japon 2,5 2,9 3,1 3,4 3,4
Allemagne 8,9 9,6 9,3 9,3 9,1 France 11,7 12,2 11,5 11,3 11,0
Grande-Bretagne 10,2 9,2 8,4 8,2 8,0
Union européenne 11,1 11,5 11,1 10,8 10,5 Total OCDE 8,0 8,0 7,8 7,7 7,6 Source : OCDE LES RAISONS DE L'OPTIMISME OFFICIEL Dans Le Monde du 18 janvier, Michel Camdessus écrit au nom du FMI : « Sur le plan mondial, l'inflation est au plus bas depuis trente ans; la croissance se poursuit; les grandes monnaies ont infléchi leurs trajectoires vers des niveaux plus crédibles ». Bref, « si l'économiste avait le droit de ne se mêler que de macro-économie, il aurait quelques raisons de se montrer serein ». Même sérénité du côté des ministres des Finances du G7 réunis à Paris : « Malgré un ralentissement temporaire de l'activité dans la plupart de nos pays dans les derniers mois, les conditions économiques sous-jacentes nécessaires pour une reprise soutenue apparaissent réunies ». La palme, en ce domaine comme en d'autres, revient au président français Jacques Chirac qui a attirmé sa confiance en la « croissance qui reprendra et qui sera durable, en tout cas pour un cycle de vingt ou trente ans ». On admirera ce merveilleux « en tout cas ». Il serait faux de ne voir dans ces discours qu'une tentative de conviction purement idéologique. La raison pour laquelle la situation apparaît « fondamentalement satisfaisante » à L'OCDE et à ceux qui nous dirigent, est que « ceux d'en haut » ne raisonnent pas à partir des mêmes critères que « ceux d'en bas » qui, d'une certaine façon n'ont eu aucun motif de percevoir les effets de ces trois semestres de reprise. Les principaux critères de la science économique officielle ne sont pas le chômage et les conditions d'existence des travailleurs, mais les taux d'intérêt, l'inflation et la rentabilité. Or, de ce strict point de vue, on peut dire que les choses ne vont pas si mal. Le capitalisme mondial dispose de « fondamentaux vigoureux du côté de l'offre » ; en d'autres termes, le profit est haut et l'inflation est basse. La note de la Commission Européenne présentant les perspectives économiques (Economie européenne supp.A n°12 déc.1995) avance avec perspicacité cette jolie formule : « du côté de l'offre, les fondamentaux sont donc prêts pour répondre à un rebond de la demande ». Le commentateur raisonne manifestement comme si l'offre et la demande étaient deux entités indépendantes, comme si la bonne santé du côté de l'offre ne pouvait avoir pour contrepartie une faiblesse intrinsèque de la demande. Par ailleurs, les « conditions monétaires et financières favorables » se traduisent par une baisse des taux, très marquée notamment pour les taux à long terme, malgré une très récente remontée. Ce grand écart entre la bonne santé de l'économie en général et la situation concrète des gens est bien illustrée par le graphique ci-contre, qui rapporte l'évolution du profit et celle de la croissance, pour l'ensemble des sept pays les plus riches. On peut y retrouver la périodisation proposée plus haut, et surtout constater la tendance régulière à la hausse du taux de profit depuis l'entrée dans la phase néolibérale. Il a aujourd'hui retrouvé son niveau d'avant-crise (à l'exception du Japon). Même la récession du début des années 90 ne réussit pas à le faire reculer, c'est tout juste si elle freine sa progression. En revanche la croissance enregistre de très amples fluctuations et ne montre aucun mouvement de retour durable à un niveau plus soutenu. Ce grand écart résume parfaitement le caractère régressif du capitalisme contemporain : le respect de ses critères d'efficacité n'implique en aucune manière une meilleure satisfaction des besoins sociaux. LE PIEGE DE MAASTRICHT SE REFERME SUR L'EUROPE Dans le cas européen, l'optimisme apparaît bien plus convenu. La révision à la baisse des prévisions est très nette en France et en Allemagne, et il est difficile de suivre la Commission Européenne quand elle affirme que « les perspectives économiques pour la Communauté restent largement favorables ». Même si les États membres restaient fermes sur les principes de la rigueur budgétaire, (et peut-être même surtout s'ils le font), la conjoncture en Europe devrait se révéler contraire au respect du calendrier de Maastricht. Là encore, on voit apparaître un phénomène étonnant de grand écart entre les discours officiels et la réalité économique. La meilleure illustration en a été donnée par des connaisseurs, à savoir les hommes d'affaires réunis comme chaque année à Davos. 65 % d'entre eux pensent que la mise en œuvre du Traité de Maastricht sera reportée, et 16 % vont jusqu'à dire que la monnaie unique n'existera jamais. Seuls 17 % croient donc au calendrier maastrichtien affiché qui prévoit que la décision finale devrait être prise au début de 1998, sur la base des performances de 1997, et que la monnaie unique entrerait en vigueur le 1er janvier 1999. Pour respecter ces échéances, il faudrait ramener le déficit public à 3 % du PIB. Or, pour les pays de l'Union européenne pris dans leur ensemble, il a culminé à 6,3 % en 1993. On prévoit officiellement d'arriver en moyenne à 3,9% en 1996, ce qui permettrait à presque tous les pays, à l'exception sans doute de l'Italie, de remplir cette fameuse condition. En réalité, ce schéma est hors de portée, pour une raison assez simple à comprendre. Les politiques d'austérité menées de manière similaire dans l'ensemble de l'Europe n'ont pas pour ettet de réduire le déticit public, mais au contraire de l'augmenter par réduction des recettes fiscales. De manière plus générale, il faut insister sur la source profonde de ces déficits qui ne proviennent pas d'une croissance excessive des dépenses mais au contraire de pertes de recettes qui découlent elles-mêmes de l'austérité, mais aussi et surtout de politiques systématiques d'exonération des revenus non salariaux. Faute de faire payer des impôts aux revenus du capital, on a été obligé d'emprunter à ceux qui les reçoivent, et cela à des taux d'intérêt réel supérieurs à la croissance, de telle sorte que les déficits se sont creusés par un phénomène de boule de neige. Il fallait en effet emprunter pour payer les intérêts, un peu comme dans les pays endettés du Tiers monde. Dans un tel contexte, les effets négatifs du climat d'incertitude actuel « seront également amplifiés par les nouvelles mesures d'assainissement budgétaire — au-delà de celles
CROISSANCE ET PROFIT DANS LE G7
5.0
4,5
4,0
3,0
2,5
2,0
66 67 69 70 71 72 7374 87 •PROFIT prévues actuellement — qui seront requises dans un certain nombre de pays ». L'OCDE doit même admettre que de telles incertitudes font « planer une menace sur la prévision faite par le secrétariat de l'OCDE d'une expansion continue en Europe, qui repose sur un investissement vigoureux des entreprises et un redressement des dépenses de consommation ». D'autres sont plus optimistes et font jouer un rôle-clé à la baisse des taux d'intérêt que rendrait possible la rigueur budgétaire. La confiance reviendrait, les ménages consommeraient plus, les chefs d'entreprises investiraient davantage. Ce scénario, explique Alain Vernholes dans Le Monde a « au moins une chance sur deux de se réaliser » mais à une petite condition : il faudrait, c'est un détail, que les pays soient « prêts à en payer le prix, concernant notamment l'emploi et les salaires minimum ». Comment relancer la consommation tout en bloquant les salaires, voilà une prouesse dont le journaliste ultra-libéral ne nous livre pas le secret. Toutes ces difficultés font que même les partisans les plus fervents de I « euro » n'y croient plus. Ce n'est pas la voie de Maastricht qui sera suivie. La monnaie « unique » se fera autour du seul noyau dur franc-mark, ou alors le calendrier sera étalé dans le temps. Cette incertitude n'a cependant pas débouché sur une nouvelle crise spéculative, dans la mesure où les marchés financiers, échaudés par leurs tentatives avortées et couteuses de casser l'axe tranc-mark, ne s'y sont pas encore risqués. Le précédent épisode spéculatif avait conduit à une véritable explosion du système monétaire européen, qui avait vu des monnaies comme la livre, la lire et la peseta procéder à des dévaluations substantielles, de l'ordre de 20 %. Un peu plus de deux ans après, le bilan de ces dévaluations compétitives s'oppose à la morale maastrichtienne, sous forme d'une prime aux mauvais élèves qui ont gagné des parts de marché sans basculer dans l'inflation, comme on le leur avait promis. Ainsi, il se pourrait bien que le Royaume-Uni puisse satisfaire aux critères de Maastricht dès 1996, grâce à la dévaluation qui lui a permis de prendre du champ et de gagner des parts de marché, faisant reculer en même temps le déficit et le chômage. En sens inverse, le modèle allemand est entré en crise, un peu après le modèle suédois. Ces deux vitrines d'un capitalisme tempéré ne semblent pas résister aux coups de boutoir de la mondialisation capitaliste. Le meilleur indicateur de cette involution est sans doute le taux de chômage qui, en décembre 1995, atteint 8,6 % en Allemagne et 9,7% en
Suède, contre respectivement 5,6 % et 1,6% en 1989. Pour 1996, le 20 patronat allemand est particulière19 ment pessimiste puisqu'il envisage une quasi-stagnation. Ces piètres 18 résultats ne sont pas sans rapport 17 avec les mauvaises performances à l'exportation d'une économie allemande qui perd en compétitivité et en parts de marché. Ainsi, en 1995, ses exportations ont progressé de 3,7 % en volume, contre 6,2 % pour la France. A terme, ces contre-per- 12 formances remettent en cause le modèle allemand, voire, qui sait, la - 11 suprématie incontestée du mark. - 10 90 91 92 95 96 L'EUROPÉANISATION DES
ETATS-UNIS ET DU JAPON On a souvent opposé la faible croissance et le fort chômage de l'Europe à une situation inverse dans les deux autres grands pôles de l'économie mondiale. Outre que ces comparaisons étaient faussées par des définitions différentes du chômage, un certain nombre de choses sont en train de changer. C'est très net dans le cas du Japon, qui avait su « avaler » la recession de 1980-1982, et dont la croissance s était depuis « enroulee » autour de 4 à 5 % l'an. Sur les quatre dernières années (1992-1995) la croissance moyenne n'a été que de 0,4 %. Il ne s'agit pas seulement d'une récession, mais plus profondément d'un véritable changement de régime qui remet en cause l'efficacité de ses différentes composantes, notamment le système d'emploi dualiste et la surévaluation du yen. Une très profonde crise bancaire jette des doutes sur la capacité du Japon à jouer durablement son rôle de financier de la croissance à crédit des Etats-Unis. Après trois années de bonne croissance à 3,5 % l'an en moyenne, d'ailleurs souvent présentées comme une véritable prouesse, la croissance aux Etats-Unis s'essouffle nettement à la fin de 1995. Là aussi, on peut parler d'européanisation, dans la mesure où le développement des profits (+20 % en 1995) est gagé sur des gains de productivité élevés qui ont pour contrepartie un blocage des salaires et une gestion serrée des effectifs. Au bout d'un moment, cela ne peut que tirer vers le bas la croissance du marché intérieur et étouffer la croissance. Le mouvement est d'ailleurs largement engagé, et la croissance ne perdure que grace au dynamisme de l'emploi (+30 % de 1979 à 1995 contre seulement 9 % dans l'Union européenne), et à la redistribution vers les professions libérales et les plus-values. Mais le pouvoir d'achat du salaire moyen baisse à peu près continûment depuis le début de l'ère reaganienne. On peut donc avancer l'hypothèse selon laquelle les ressorts de la croissance américaine ne pourront être reproduits éternellement. La baisse du taux d'épargne et l'endettement des ménages ne peuvent se prolonger indéfiniment, pas plus, sans doute, que la montée de la pauvreté de masse qui touche y compris ceux qui ont un emploi (les working poors). La baisse du dollar a sans doute conduit à un coursplancher en deçà duquel s'ouvrirait une nouvelle crise du système monétaire international. Le creusement du déficit extérieur courant a retrouvé un ordre de grandeur inquiétant (170 milliards de dollars) alors même que l'excédent japonais se réduit, et que l'Allemagne est devenue déficitaire en rai-
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TAUX DE CROISSANCE LISSE EN % EN % TAUX DE PROFIT
Tableau 3
Taux de croissance du PIB par grandes zones 1989-94 1994 1995 1996 1997-2002
Amérique Latine 3.0 4.6 2.3 3.8 4.4 Moyen-Orient Maghreb 3.7 0.7 29 4.7 4.0 Afrique Noire 2.1 1.9 5,1 4.5 4.0
4 NPI Asie 6.9 7.2 4.5 3.8 5.3
Reste Asie 7.3 8.6 7.6 7.6 7.5 Ex-URSS -12.6 -16.0 -5.6 3.2 4.2
Est -9.7 3.2 4.3 5.0 5.2
OCDE 1.8 2.9 2.8 2.6 2.2
MONDE 1.1 2.5 3.0 3.2 3.2
Source: OFCE son du coût de l'unification. L'ensemble de ces évolutions impose désormais d'étroites limites au modèle reaganien de croissance. CROISSANCE AU SUD ET À L'EST? « L'indicateur mondial témoigne d'un ralentissement sensible de l'activité. L'indicateur avancé des Etats-Unis confirme le ralentissement déjà observé » . La note de la Commission Européenne du 15 décembre repère un « nouvel assombrissement du climat conjoncturel ». Mais la subtile dialectique déjà signalée permet de dissiper ces inquiétudes : « Néanmoins, en ce qui concerne l'avenir, les anticipations optimistes l'emportent au niveau mondial ». Cette position permet de mettre le doigt sur un diagnostic que l'on retrouve implicitement ici et là, et dont l'optimisme repose sur l'amélioration des performances des pays hors OCDE, autrement dit de l'Est et du Sud. Le tableau est effectivement moins sombre que dans la dernière décennie, si du moins, on s'en tient aux indicateurs officiels de PIB, sans donc se poser la question des inégalités sociales Un certain retour à la croissance de zones comme l'Amérique latine (à l'exception majeure du Mexique), voire l'Afrique noire et le Moyen-Orient, le maintien du dynamisme global de l'Asie, et la fin de la chute libre dans les pays de l'Est, tous ces éléments dessinent un cadre relativement paradoxal, synthétisé par le tableau3. Alors qu'entre 1989 et 1994, la croissance des pays industrialisés — bien que médiocre — restait supérieure à la performance mondiale (1,8 % contre 1 %), cette configuration devrait se renverser entre 1997 et 2002 (2,2 % contre 3,2 %). Autrement dit, les pays du Sud et de l'Est pourraient jouer dans les années à venir un rôle de locomotive, grâce à une croissance supérieure à celle des pays du Nord. Cela en dit long, soit dit en passant, sur le discours mensonger attribuant à la concurrence des pays à bas salaires l'étouffement de la croissance dans les pays riches. Cependant, la mise en place d'une telle configuration semble eu compatible avec le modèle néolibéral dominant à travers e monde, qui consiste à donner la priorité aux exportations au détriment du marché intérieur, à placer en concurrence tous les pays du Sud, et à leur imposer l'ouverture de leurs frontières afin d'élargir les débouchés du Nord. Cette logique de fer, imposée et codifiée par TOMC (Organisation Mondiale du Commerce) ne peut déboucher sur une dynamique positive à l'échelle mondiale. L'exemple mexicain aide à comprendre pourquoi : ce modèle est fondamentalement source de déséquilibres extérieurs et se résout en crise financière pour les pays qui ont joué inconsidérément la carte de l'ouverture. Même l'OCDE est obligée de l'admettre, et de souligner les risques engendrés par la libéralisation des marchés financiers et par le développement mal contrôlé des « marchés émergents ». L'organisme en appelle à « des changements dans la gestion macro-économique et dans les institutions financières, afin d'éviter des difficultés économiques qui pourraient, dans les cas extrêmes, entraîner la désorganisation du système financier mondial ». Comme on ne voit pas d'où pourraient venir de tels changements, on peut difficilement partager l'optimisme officiel. Le domaine de validité d'un tel modèle est par essence réduit, et il est difficile de l'étendre à l'ensemble des zones de l'économie mondiale. DE LA VRAIE NATURE DU CAPITALISME La contradiction de fond à laquelle est confronté le capitalisme contemporain apparaît clairement à l'issue de ce rapide survol. Tout va bien du point de vue de la logique du profit mais cela ne suffit pas à assurer une croissance soutenue et une capacité renouvelée du système à répondre aux besoins sociaux de plus en plus ignorés. Si l'on pouvait calculer une masse salariale à l'échelle mondiale, on s'apercevrait qu'elle est, au-delà d'évolutions locales, globalement bloquée par les politiques néolibérales. C'est donc désormais à l'échelle mondiale que s'exprime cette contradiction devenue si évidente en Europe : la bonne santé des profits a pour contrepartie un blocage salarial qui pèse sur les débouchés et sur la dynamique du capitalisme. On peut concevoir des exceptions localisées dans le temps ou dans l'espace, mais la mondialisation capitaliste consiste à imposer universellement ce modèle dont il serait donc vain d'attendre qu'il trouve de lui-même une réponse à un chômage et à une misère qu'il s'applique à étendre partout. Revue mensuelle d'information et d'analyse publiée sous la responsabilité du Secrétariat unifié de la IVe Internationale. Les articles signés ne représentent pas nécessairement le point de vue de la rédaction. Editée par PECI Sarl au capital de 50 000 F, SIREN n° 391 857 562 Rédaction — Administration : PECI, BP 85, 75522 Paris CEDEX 11, France Tél : (33-1) 43
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