Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER : IRLANDE

Des efforts collectifs pour un règlement durable

· Inprecor n° 402, mai 1996 · p. 17-18 · 1 604 mots

Irlande Grande-Bretagne

Le président du Sinn Fein Gerry Adams, esquisse la stratégie suivi par son parti durant les 17 derniers mois ainsi que les obstacles auxquels il doit faire face.

LES TROIS DERNIERES ANNÉES ont été marquées par des progrès significatifs dans nos efforts collectifs pour trouver un règlement politique durable permettant de dépasser le conflit et les divisions. Le dialogue politique fut au centre de ces efforts et doit être au centre du nouvel arrangement politique au sein du peuple irlandais. Durant les trois dernières années il y a eu également beaucoup de frustration et d'anxiété suite aux obstacles dressés, essentiellement par le gouvernement britannique ; obstacles qui ont retardé le processus de paix et créé des crises intenses et multiples ; obstacles qui, comme le déclarait Dick Spring, menacent de « dissiper l'élan » de la paix.

Cette frustration est à présent à son maximum en raison du refus du gouvernement britannique, après 16 mois de cessez-le-feu décrété par l'IRA, de permettre à toutes les parties concernées de participer aux négociations. Le gouvernement britannique considère toujours les pourparlers de paix comme un moyen par lequel il pourrait achever ses objectifs politiques qui n'ont pas été atteints durant 25 ans de conflit sanglant.

Cela est contraire à l'esprit d'un processus qui cherche à n'exclure personne et exige l'établissement d'une confiance mutuelle.

Il est impératif que chaque partie reconnaisse le caractère démocratique des autres pour aller en avant vers des négociations regroupant toutes les belligérants afin de un règlement durable

The Irish Reporter nº21, février 1996 mettre au point un accord. Le dialogue démocratique et les négociations sont le test décisif d'un processus de paix viable — c'est l'unique voie pour parvenir à un accord politique et par la suite à une paix durable.

Il y a seize mois, le cessez-le-feu de V'IRA a transformé le climat politique, offrant ainsi la meilleure opportunité depuis la partition (de l'Irlande en 1921) pour la résolution du conflit irlandais. Il serait criminel de gaspiller cette opportunité de la part du gouvernement britannique qui subit le chantage des neuf députés de l'Ulster Unionist Party (Parti protestant pro-britannique dont les voix sont nécessaire pour que Major ait la majorité). Le processus de paix n'est pas la propriété du gouvernement britannique. En effet, ce sont les efforts des nationalistes irlandais qui pourront le faire aboutir.

Les discussions les plus importantes ont eu lieu avec John Hume (Porte-parole du parti irlandais) et ont permis de dégager les principes fondamentaux communs en vue de dépasser le conflit et d'avancer vers un accord négocié. Les propositions AdamsHume ont esquissé un certain nombre de principes de base ainsi qu'une dynamique susceptibles de créer les conditions pour un cessez-le-feu total et l'établissement d'une paix durable en Irlande. Ces propositions connues sous le nom d'Initiative de paix irlandaise, ont galvanisé l'opinion publique nationale irlandaise au Nord comme au Sud.

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IRLANDE

L'Initiative de paix irlandaise de 1993 s'est basée sur une réalité incontournable, à savoir qu'il n'y aura pas de règlement interne sans les six provinces du Nord. Un tel règlement doit reposer sur le droit du peuple irlandais à l'autodétermination nationale et il ne pourra être conclu durablement sans la participation de toutes les parties aux négociations de paix gérées par les deux gouvernements (britannique et irlandais du Sud).

Cette initiative a poussé l'IRA à déclarer que si la volonté politique existait, ou était créé, l'Initiative « pourrait fournir les bases de la paix ». Dans ce contexte, la déclaration de Downing Street (siège du premier ministre britannique) de décembre 1993 avance quelques éléments importants pour la construction d'un processus de paix effective, ce que le gouvernement britannique n'avait pas antérieurement fait : en particulier le fait que les deux gouvernements s'engagent dans des négociations avec toutes les parties pour arriver à un nouveau règlement politique pour le peuple irlandais. Les clarifications ultérieures données au Sinn Féin par le gouvernement britannique et le gouvernement irlandais l'ont répété et ont aidé à faire avancer le processus de paix. Sinn Féin a souligné que la dynamique nécessaire pour sortir du conflit ne devrait pas être uniquement liée à une déclaration publique. Cette dynamique doit reposer sur des principes, un cadre, des échéances, des procédures, des objectifs pour la paix et surtout sur les négociations — incluant toutes les parties. Durant le dialogue entre le gouvernement irlandais, le

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SDLP, Sinn Féin et la communauté américano-irlandaise, un consensus a été réalisé sur un certain nombre de questions politiques importantes, un tel consensus était fondamental pour la résolution du conflit sur la base de principes démocratiques. Le principal point fut l'accord sur la participation de tous les partis démocratiques aux négociations gérées par les deux gouvernements.

Le besoin d'avancer un certain nombre de questions immédiates et pratiques concernant les nationalistes du Nord, y compris le droit à la parité, l'égalité dans le traitement et l'égalité des chances a été reconnu. La convergence des opinions sur les questions démocratiques en vue de la résolution du conflit irlandais représente une approche sans précédent.

Ce sont les efforts du nationalisme irlandais qui ont engendré le processus de paix et ont offert l'occasion unique qui se préà sente nous aujourd'hui. La stratégie de paix de Sinn Féin, le dialogue Hume-Adams, l'Initiative de paix irlandaise et le cessez-le-feu décrété par l'IRA ont créé un nouveau climat politique qui, pour la première fois depuis la partition, offre une réelle perspective pour négocier une paix durable. Toutes les parties concernées par le dialogue doivent être impliquées sans ordre du jour préalablement défini. La nature et la structure de ces négociations doivent assurer l'efficacité et l'urgence du traitement de toutes les questions susceptibles de faire avancer le processus de paix. Les trois questions qui doi-

• le changement politique et constitutionnel ;

• la démocratisation ;

• la démilitarisation.

Pendant des années on a considéré que

TIRA constituait le principal blocage qui ne permettait pas d'avancer ; que les Britanniques ne pouvaient pas progresser à cause d'elle et qu'en revanche un accord politique négocié susceptible de résoudre les causes de divisions et de conflits serait possible dans le cas d'un cessez-le-feu de la part de

TIRA.

Le cessez-le-feu de l'IRA a crée un espace pour une nouvelle approche qui aurait pu aborder la question. Aujourd'hui,

16 mois sont passés depuis la déclaration du cessez-le-feu, néanmoins il n'y a toujours pas la paix il n'y a pas non plus de pourparlers. Au contraire, les Britanniques nous disent que l'ordre du jour reste le même :

exclusion du Sinn Féin, discrimination à l'égard de nos électeurs et reddition de l'IRA comme préalable. Cela implique de nier au Sinn Féin et à nos électeurs le droit de négocier l'avenir de l'Ile tout en niant aussi ses droits au reste du peuple irlandais.

(...)

Le gouvernement de Dublin a la responsabilité historique de prendre l'initiative, de présenter au

25 gouvernement britannique la position démocratique irlandaise et de persuader

John Major de jouer à

ARS fond son rôle en faidu sant processus de paix irlandais un accord politique négocié en vue d'un nouveau règlement irlandais et anglo-irlandais pour le prochain millénaire.

Au début décembre les deux gouvernement ont avancé une « double approche » dans le but déclaré d'ouvrir fin février des négociations de paix de toutes les parties concernées. Malgré le fait qu'elle n'aie pas fait partie de la discussion et des négociations précédant le cessez-le-feu de l'IRA, le Sinn Féin a exprimé sa volonté de s'y engager en supposant que cela éliminerait tous les obstacles au dialogue et permettrait d'aborder la phase de négociation du processus de paix. Comme le Taoiseach, John Bruton l'a souligné, la double approche aurait été une perte de temps si elle n'avait pas réussi à éliminer tous les obstacles au dialogue. La commission internationale dirigée par George Mitchell a déjà beaucoup avancé sur le problème des armes. Les deux gouvernements doivent maintenant faire preuve de la même énergie et progresser rapidement dans la préparation des conditions pour l'ouverture des pourparlers. Il n'y a absolument aucune raison de ne pas commencer immédiatement des négociations d'ensemble sur la base d'un

Le report et la suspension ont déjà déstabilisé le processus de paix sans raisons valables. Il est urgent maintenant que toutes les parties concernées s'engagent à fond. Certes, c'est le droit de n'importe quel parti de ne pas y participer, mais un refus de s'engager dans des négociations démocratiques ne doit pas se transformer en veto niant le droit des autres partis politiques à commencer le dialogue.

En s'engagent dans une stratégie de paix il y a plus de huit ans, le Sinn Féin avait un objectif ambitieux : résoudre un conflit qui a ses racines dans des siècles de divisions et de méfiance, personne ne pouvait penser que cette tâche pourrait s'accomplir sans difficulté. Pour développer le processus de paix il faut y participer. Nous devons tous y jouer pleinement notre rôle. La paix ne peut être construite unilatéralement. Le refus du gouvernement britannique et des partis unionistes représente un obstacle au dépassement des causes du conflit. Si les causes du conflit persistent il n'y aura aucune paix durable.

Le gouvernement britannique et les partis unionistes doivent arrêter de chercher des prétextes et commencer à construire la paix. Le Sinn Féin a démontré à plusieurs reprises son engagement et sa détermination. Nous avons utilisé pleinement notre influence dans les milieux républicains pour créer et maintenir cette possibilité pendant 16 mois actuellement la question se pose de savoir si les autres sont prêts à aller au-delà de la politique du passé qui a fait faillite.

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