Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Victoire de la gauche ?

· Inprecor n° 403, juin 1996 · p. 25-28 · 4 020 mots

Italie

Les résultats des élections du 21 avril 1996 ont inspiré, en Italie et ailleurs, des commentaires mettant l'accent sur leur portée innovatrice. Dans un article paru dans le quotidien du Parti démocratique de la gauche (PDS) l'historien Lucio Villari est allé jusqu'à souligner « la valeur d'un choix de camp qu'on peut se permettre de definir comme le véritable tournant historique dans l'histoire politique de l'Italie depuis 1861. Tout au long de 150 ans d'histoire unitaire, il n'était jamais arrivé que des forces et des mouvements politiques modérés choisissent avec une conviction absolue la gauche comme alliée électorale et gouvernementale » (l'Unita, 23 avril). Le Financial Times lui-même, pourtant assez sobre dans d'autres commentaires, a utilisé l'expression « historic outcome » (issue historique) (23 avril). Pour sa part, Alain Touraine, dans un commentaire paru dans le journal du patronat italien, a écrit que « la reconstruction politique de l'Europe recommence justement de l'Italie » (Il Sole-24 ore, 25 avril). Nombreux sont ceux qui ont établi un parallèle avec la victoire de

Italie

Mitterrand et du Parti socialiste français en 1981.

Livio Maitan

Rome, 6 mai 1996

OR, DE TELS COMMENTAIRES SONT carrément impressionnistes et ne reflètent que très partiellement la réalité des choses. En fait, un décalage évident s'est produit entre les résultats sous l'angle de la répartition des sièges et les résultats sous l'angle des voix obtenues. Une loi électorale, basée dans une large mesure (75 %) sur un scrutin uninominal, qui en mars 1994 avait favorisé la droite, le logen e cette fois — à la suite notamment de la particirifondazione pation indépendante de la Ligue du Nord, —

Aa permis au centre-gauche d'obtenir une majorité de sièges. Par ailleurs, si l'on considère les changements intervenus en l'espace de deux ans sur l'échiquier des forces politiques — dont la rupture de la Ligue du

Nord avec le Pôle, la scission du Parti populaire italien (PPI), indépendant en 1994 et le destre maintenant intégré dans l'Olivier, l'alliance entre le centre-gauche et le premier ministre

Lamberto Dini - une comparaison stricte entre les données d'aujourd'hui et celles des dernières législatives ne serait pas très pertinente.

UN SYSTEME ÉLECTORAL DÉROUTANT

Pour comprendre les orientations réelles de l'électorat, il va de soi qu'il faut se baser essentiellement sur les voix obtenues, en tenant compte du fait que pour le scrutin uninominal à la Chambre des députés et l'élection au Sénat un accord de désistement avait été réalisé entre l'Olivier et le Parti de la Refondation communiste (PRC). En ce qui concerne l'élection à la Chambre — qui est la plus significative, les jeunes au dessous de 25 ans négligeant pas le Sénat —, pour le quota proportionnel, l'Olivier, toutes composantes confondues, a remporté 13 017 001 voix (34,7 %) et le PRC 3 215 960 (8,6 %) pour un total de 16 232 961 (43,3 %), alors que le Pôle dit des libertés a obtenu 15 780 752 voix (42,1 %) et 16 4481 785 (44 %) si on ajoute les voix de la liste Pannella-Sgarbi (701 033 = 1,9 %) (1) avec laquelle il avait réalisé un accord partiel. En ce qui concerne le quota uninominal, l'Olivier a eu 15 729 124 voix (42,16 %) et le PRC 1 000 244 (2,68 %) dans les circonscriptions où, à la suite de l'accord de désistement, il a présenté ses propres candidats, c'est-à-dire 16 729 368 voix (44,8 %) au total, alors que le Pôle a eu 15 028 275 voix (40 %) et 15 098 220 (40,4 %) en incluant les voix du regroupement Pannella-Sgarbi. Il faut ajouter que le Pôle a perdu des sièges à cause de la présence de candidats du Mouvement social italien (MS), c'est-à-dire du secteur de l'ancienne formation néofasciste qui n'avait pas accepté la transformation en Alliance nationale (AN). Celui-ci n'a obtenu pour le quota proportionnel, au niveau national,

1) Pannella est depuis des décennies le leader du Parti radical. Il a mené, surtout dans les années 70, des luttes démocratiques importantes avant de devenir un véritable charlatan politique défendant les causes les plus extravagantes et les plus réactionnaires et un partisan fracassant de Berlusconi en 1994. Sgarbi est un intellectuel qui a fait ses débuts comme « socialiste », a été ensuite candidat du Parti libéral et a finalement adhéré au mouvement de Berlusconi. Aux élections d'avril il était parmi les candidats de ce mouvement, tout en ayant donné son nom à un regroupement extérieur à FI.

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* ITALIE le lotte que 0,9 % des rifondazione voix, mais dans les circonscriptions où il a présenté ses propres candidats, il a souvent atteint environ 4 % et parfois même plus. Finalement la Ligue du Nord, dirigée par sieme Umberto Bossi et indépendante aussi bien de l'Olivier que du Pôle, a remporté un succès majeur, dont on ne saurait minimiser la portée : 3 777 786 le destre voix (10,1 %), contre 3 396 0I2 (8,6 % en 1994) malgré la diminution des suffrages exprimés, et s'est affirmée comme le premier parti dans des régions comme la Vénétie et le Frioul et dans une partie de la Lombardie. En conclusion, il est vrai que la droite a essuyé une défaite, n'ayant pas réussi à arracher une majorité parlementaire et que ses deux principales composantes, Forza Italia (FI) et AN peuvent dresser un bilan négatif (2). Mais il est, toutefois, incontestable que, chez les électeurs, il n'existe pas une majorité de centre-gauche, ni de centre-gauche plus Refondation communiste. La répartition des sièges — l'Olivier disposant de sa propre majorité à la Chambre et d'une majorité avec le PRC au Sénat — ne peut pas effacer ce constat essentiel. Pour en venir maintenant à l'évolution des rapports au niveau socio-politique, notons d'abord qu'après des contlits internes et des oscillations multiples, c'est un secteur majoritaire des couches bourgeoises hégémoniques au cours des dernières décennies, qui a finalement opté pour le centre-gauche. Une méfiance à l'égard de Berlusconi, jugé comme le représentant trop direct d'intérêts sectoriels et politiquement peu expérimenté, souvent maladroit, les réserves persistantes à l'égard de AN, en dépit de l'habilité et de la souplesse de son leader, Gianfranco Fini, les prises de position outrancières de porte-parole belusconiens, par exemple, à propos de verdicts récents de la magistrature, et les flottements de représentants du Pôle à propos des critères et des échéances de Maastricht expliquent un tel choix. L'inspiration centriste modérée de la plate-forme de l'Olivier et le rôle de leader joué en son sein par Romano Prodi, catholique pratiquant, longtemps membre de la Démocratie chrétienne (DC) et l'un des principaux dirigeants du secteur économique sous contrôle de l'Etat, y ont contribué. Cela d'autant plus que, dans son escalade de déplacements vers le centre, le PDS s'est parfaitement intégré dans ce cadre et que le premier ministre sortant Lamberto Dini y a apporté sa caution. Ajoutons que, surtout après l'expérience du conflit sur la réforme des retraites — réforme qui avait buté sur une mobilisation massive des travailleurs pour être adoptée ensuite sur la base d'un compromis avec les bureaucrates syndicaux -, une garantie supplémentaire aux yeux de larges fractions du patronat résidait dans le fait que les dirigeants des trois grandes centrales — Confédération générale italienne du travail (CGIL), Confédération italien des syndicats libres (CISL), Union italienne du travail (UIL) — s'étaient ralliés à la coalition. Les fameux « marchés » semblaient être du même avis déjà avant le scrutin : ils l'ont explicitement confirmé par leurs réactions décidément positives après le vote (3). On peut donc conclure que la coalition qui a gagné et le nouveau gouvernement — où un rôle important a été accordé à des personnalités conservatrices dont les anciens premiers ministres Dini et Ciampi et le juge Di Pietro — , qu'elle va former, représentent une alliance ou une convergence de forces sociales et politiques différentes : des secteurs hégémoniques de la bourgeoisie, qui avaient toujours soutenu aussi bien les gouvernements centristes dominés par la DC que les gouvernements de coalition DC-PS, de larges couches petites bourgeoises, clientèle traditionnelle des partis du centre, du centre-gauche et même du centre-droit, et des couches populaires, qui constituent encore, majoritairement, l'électorat du PDS. Ils acceptent tout naturellement l'ensemble des choix économiques et sociaux fixé par le Traité de Maastricht, la « philosophie » des privatisations et le cadre d'alliances internationales symbolisé par l'OTAN. ECHEC DE LA DROITE ET LIMITES DU SUCCES DU CENTRE-GAUCHE Tout cela est difficilement contestable, si on ne veut pas prendre les vessies pour des lanternes. Toujours est-il que le soulagement, voire la satisfaction que beaucoup de gens ont éprouvés à l'annonce des résultats, sont tout à fait légitimes. En effet, si la droite avait atteint son but en arrachant une majorité au Parlement, c'est un gouvernement aux orientations socio-économiques ultra libérales, plus durement agressif envers la classe ouvrière et ses acquis et favorisant une dérive institutionnelle présidentialiste autoritaire, qui aurait vu le jour. Le cadre d'un gouvernement de centre-gauche, même sensiblement déplacé vers le centre, devrait s'avérer, en principe, plus favorable au mouvement ouvrier, tout au moins lui assurer un répit permettant de recomposer ses rangs et de créer des meilleures conditions pour une relance. Qui plus est, la défaite essuyée par la droite marque l'échec de la tentative de construction d'une nouvelle direction bourgeoise que Berlusconi et ses alliés avaient entreprise depuis 1993 pour combler le vide qu'avaient laissé la crise de l'ancien establishement et l'écroulement de la Démocratie chrétienne. Donc, une stabilisation du régime — soit sous de vieilles formes partiellement retouchées, soit par un « renouveau » à la Berlusconi, soit par la réédition d'un bonapartisme technocratique rampant à la Dini — n'est pas à l'ordre du jour à l'heure actuelle et ne le sera pas dans un avenir rapproché.

2) Fl est passé de 8 119 287 (21 %) à 7 715 342 (20,6 %) : son meilleur résultat avait été celui des élections européennes de juin 1994 : 10 123 990 voix (30,6 %). AN est passée de 5 202 698 (13,5 %) à 5 875 391 (15,7 %). Mais, en se basant sur des sondages successifs elle espérait une croissance beaucoup plus consistante. Par ailleurs, on a enregistré une baisse du nombre des votants (-4 %). Les bulletins blancs et les voix annulées sont de 8 %.

3) Il est significatif aussi que le président Clinton ait éprouvé le besoin de souligner que les États-Unis collaboreraient avec un gouvernement de l'Olivier comme avec n'importe quel autre gouvernement.

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Il est vrai qu'après le 21 avril, des voix optimistes se sont élevées dans le camp de vainqueurs : à les entendre, il serait désormais possible de former un gouvernement stable pour cinq ans. En guise de contrepoint, quelques porte-parole des perdants ont exhorté les leurs à se préparer à cinq ans d'opposition. Dans un contexte si tourmenté et contradictoire, nous n'allons pas nous lancer dans des pronostics. Mais le moins qu'on puisse dire est que le gouvernement Prodi n'aura pas la vie facile et connaîtra dès le début des vicissitudes de toutes sortes. Comme nous l'avons vu, il est dans une large mesure le produit d'un système électoral très particulier et non de la victoire d'une force sur une autre dans le cadre de ce système bipartite qu'avaient rêvé les partisans de l'abolition du système proportionnel. Pour utiliser un euphémisme, la recomposition politique n'a pas beaucoup simplifié les choses jusqu'ici et il est difficile de croire que le panorama puisse changer radicalement à des échéances rapprochées. Il est plus probable que de nouvelles ruptures et de nouvelles convergences se produisent sur une toile de fond de différenciations et de conflits persistants. On pourrait même avoir des gouvernements qui survivent assez longtemps, y compris avec le même président du conseil, mais, pour ainsi dire, à géométrie variable, c'est-à-dire avec des majorités parlementaires changeables et des prises de position ondoyantes. En effet, la majorité parlementaire est loin d'être claire et solide. Le gouvernement Prodi, au moins à la Chambre des députés, a besoin des voix du PRC, qui a mené sa campagne électorale sur la base d'un programme divergeant de celui de l'Olivier sur presque tous les points importants. Sauf si le PRC opère un brusque tournant à droite et — qu'on nous passe la grossièreté — se déculotte, son soutien ne sera que rarement acquis d'avance. Il pourra être remplacé, le cas échéant, par le soutien d'autres groupes parlementaires, soit de centre-droit (par exemple, des anciens démocrates chrétiens) soit même de la Ligue du Nord et de fractions de la berlusconienne Forza Italia. Mais ce sera, dans tous les cas de figure, un soutien ponctuel et précaire, du moins pour toute une période. Par ailleurs, l'Olivier lui-même est composé d' une gamme de partis et regroupements, qui non seulement ont des histoires très diverses, mais même aujourd'hui gardent des conceptions et des orientations sensiblement différentes, voire, sur certains problèmes, opposées (4). Il est vrai que le PDS est de loin la formation la plus forte et la mieux organisée. Mais, même en faisant abstraction du PRC, il doit tenir compte que, tout en ayant la majorité relative, il ne représente que 21,1 % des électeurs alors que ses alliés en représentent 13,6 % . De surcroît, à cause de l'accord selon lequel une place importante dans les circonscriptions à scrutin uninominal avait été attribuée à des formations mineures, s'il a une majorité à lui parmi les sénateurs de la coalition, il n'a à la Chambre que 140 députés alors que ses alliés en ont 146 (le PRC en a 35) (6). On s'interroge sur le rôle que pourra jouer la Ligue du Nord, dont personne, faut-il le rappeler, n'avait prévu le succès. Nous avons avancé l'hypothèse, basée sur des déclaration de son leader lui-même, que la Ligue pourrait à certaines occasions, par exemple, en matière de privatisations, voler au secours de la majorité. Mais, plus généralement, la formation de Bossi ne pourra pas renoncer à son offensive fédéraliste, assortie de menaces de

ITALIE * sécession de ce qu'elle appelle désormais la Padanie, c'est-àdire l'ensemble des régions de la vallée du Pô. Il est vrai que l'Olivier se veut lui aussi fédéraliste. Il ne pourra pas apaiser Bossi et compagnie par de simples proclamations ou des concessions mineures. En fait, la Ligue a une assise sociale assez ample et solide où se retrouvent des petits et moyens entrepreneurs, des commerçants, des artisans, des fractions de petite bourgeoisie paysanne aussi bien que des couches populaires, en partie même ouvrières (7). Elle est particulièrement enracinée dans ce nord-est qui, alors que le reste du pays s'enlisait dans la stagnation, a connu une croissance économique spectaculaire, en établissant des liens multiples avec la Mitteleuropa et en premier lieu avec certains régions de l'Allemagne. Voilà des racines bien concrètes des aspirations sécessionnistes qui montent! Après les élections, Umberto Bossi n'a pas caché son intention de radicaliser davantage l'attitude de son mouvement. Il a dénoncé les déclarations pro-fédéralistes d'autres partis et coalitions comme purement déclamatoires et hypocrites et a mis l'accent avec plus de force sur une variante sécessionniste (entre autres en rebaptisant son « parlement », siégeant à Mantoue, qui s'appellera désormais parlement de la Padanie), projetant la formation d'une sorte de gouvernement alternatif et d'un Comité de libération de la Padanie et même de milices dites vertes. Dans une interview au Corriere della Sera (3 mai), il a déclaré : « Le problème est tout autre. Le Nord et le Sud doivent avoir des caisses séparées auxquelles puiser, alors que le fédéralisme fiscal implique que la caisse reste unique. Il existe désormais en Italie une économie duale: l'économie du Nord et l'économie du Sud. Si on sépare les caisses aussi bien le Nord que le Sud en seront avantagés. Le Sud pourrait devenir la Taiwan de la Méditerranée. Certes, entre les deux caisses on pourrait établir un raccord. Par un vrai fédéralisme, avec des règles très rigides ». Nous ne revenons pas ici sur les perspectives économiques analysées dans un numéro récent d'Inprecor ( 8) Il n'y a pas eu de changements un tant soit peu importants depuis lors : le nouveau gouvernement - dont l'orientation fondamentale en matière économique ne sera pas qualitativement différente de celle des gouvernements Amato, Ciampi et Dini -ne connaîtra aucun soulagement sur le front du chômage et devra prendre des mesures assez drastiques, antipopulaires, pour aborder dans l'esprit de Maastricht les problèmes du déficit budgétaire et plus généralement de l'endettement de l'État. Certes, après la grande vague de l'automne 1994, il v a eu ›lutôt une accalmie sociale : l'année 1995 a enregistré le taux de conflits le plus bas depuis des décennies. Il est possible que l'état d'esprit qui s'est esquissé dans les couches populaires à la suite de la défaite de la droite et l'attente de mesures visant à améliorer un tant soit peu leur condition,

4) Par exemple, en matière de réformes institutionnelles.

5) En 1994 le PDS avait obtenu 20,4 %. Il a gagné en chiffres absolus 40 000 voix, mais il faut considérer que cette fois étaient inclus dans ses listes à la proportionnelles des représentants de quelques partis mineurs.

6) Quelques exemples illustrent les effets extravagants du système électoral : le mouvement du premier ministre sortant, Dini, qui a eu à la proportionnelle 4,3 % , obtient à la Chambre 27 sièges alors que le PRC (8,6 %) en obtient 35 ; au Sénat, les Verts (2,5 % à la proportionnelle) ont 14 élus et le PRC 11. Le PPI - 5 % environ — a 54 députés et 26 sénateurs.

7) Le secrétaire de la CGIL, Cofferati, a parlé d'un danger « léguiste » dans les rangs de sa centrale. Selon des témoignages dignes de confiance, à l'un des meetings de Bertinotti dans la Vénétie, des ouvriers se disaient d'accord avec le PRC sur les revendications sociales, tout en se déclarant électeurs de la Ligue.

8) Voir le dossier sur l'Italie paru dans le n°399 d'Inprecor.

9) Ce courant avait emporté avec lui un nombre important de députés et de membres de la direction du parti mais avec des effets presque nuls dans ses rangs.

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* ITALIE donnent au nouveau gouvernement un répit Mais une telle attitude ne saurait être durable en l'absence de résultats tangibles et il y a tres peu de chances que ces résultats se produisent si l'Olivier maintient les orientations avancées dans son programme électoral, s inscrivant, répétons-le, dans une très large continuité avec les orientations des gouvernements précédents (y compris, du moins sur certains problèmes, celles du gouvernement Berlusconi). Ce ne sera pas une tâche facile non plus pour l'Olivier de progresser effectivement vers ces réformes institutionnelles dont on a beaucoup parlé, y compris après le 21 avril, mais sur lesquelles des désaccords existent dans la coalition elle-même (par exemple, le PDS n'écarte pas, en principe, une solution présidentialiste ou semi-présidentialiste alors que le PPI la rejette). LE PRC DEVANT UN CHOIX DIFFICILE Après le départ du courant droitier (9), il y a eu un large consensus dans les instances dirigeantes du PRC, même si parfois — par exemple, à propos du désistement — il y a eu des voix contre et des abstentions aussi bien à la Direction qu'au Comité politique national. Après le 21 avril la situation n'a pour l'instant pas changé : a été confirmée la décision de permettre la formation du gouvernement Prodi tout en ne prenant aucun engagement à son égard et en ne recherchant aucun accord à moyen et à long terme. Par la suite, l'attitude du parti sera fixée en fonction de ce que le gouvernement proposera au parlement et sera capable de réaliser. Toujours est-il que le PRC risque d'entrer dans une zone de tempêtes. Il a mené une campagne électorale axée sur les 35 heures sans réduction de salaire, la réintroduction d'un mécanisme d'échelle mobile, une réforme fiscale radicale, le rétablissement d'un système proportionnel, l'opposition à toute solution présidentielle, le droit de vote administratif pour les immigrés, l'opposition à Maastricht et à L'OTAN, une critique sévère aux orientations des confédérations syndicales. Bref, il a avancé un projet d'alternative qualitativement différent du projet d'alternance prôné par le PDS et l'Olivier. La difficulté réside maintenant dans le fait que, s'il se place dans l'opposition dès l'ouverture du nouveau parlement, le gouvernement de centre-gauche pourrait ne pas avoir une majorité ou être obligé de rechercher dès le début des alliances à sa droite en payant vraisemblablement un prix assez élevé. Un nouveau recours aux élections ne saurait, d'autre part, être envisagé comme solution praticable. Ainsi, le PRĆ risque d'apparaître comme le fossoyeur d'un gouvernement promettant un renouveau -aussi illusoire soitil- et le responsable d'une crise à la dynamique incontrôlable. Il risque également de compromettre ses possibilités, réelles, de croissance ultérieure et de mener dans des conditions beaucoup plus difficiles cette bataille pour l'hégémonie dans le mouvement ouvrier et populaire dont a parlé à plusieurs reprises son secrétaire. S'il n'était qu'une formation très minoritaire, il pourrait légitimement choisir le terrain de la propagande en réaffirmant son identité et en misant sur des effets positifs à moyen et à long terme. Cela n'est pas possible pour un parti qui a désormais des assises assez larges et, malgré ses faiblesses et ses contradictions, est reconnu comme le représentant de leurs intérêts et de leur exigences par des secteurs radicalisés de la société italienne. Il doit avoir le souci d'accompagner l'expérience des couches de travailleurs qui ont encore confiance dans d'autres partis, notamment le PDS et faire preuve de sa capacité à arracher ou contribuer à arracher des conquêtes partielles, aussi modestes soient-elles. Il doit donc s'efforcer, à chaque étape, d'indiquer des solutions possibles y compris à court terme, de se différencier concrètement en ne donnant pas l'impression de le faire à priori, dans son intérêt particulier, il lui faut mener des luttes en comptant non seulement sur ses propres forces, mais surtout sur les liens établis avec des mouvements de masses qu'on ne saurait construire par la seule propagande. C'est pourquoi l'attitude adoptée nous apparaît comme la seule possible à l'heure actuelle. Néanmoins, les dangers sont très sérieux, d'autant plus qu'une pression énorme va s'exercer sur le parti à tous les niveaux. C'est déjà (et cela s'accentura) une pression à double sens : alterneront offensives de séduction avec propositions plus ou moins alléchantes de participation au gouvernement ou à la gestion politico-économique du secteur public (10) attaques virulentes visant à discréditer et isoler Rifondazione dans l'espoir de semer le désarroi parmi ses électeurs et même dans ses rangs. La situation, répétons-le, est incontestablement difficile. Il est malaisé d'éviter les réflexes de forteresse assiégée tout en ne se laissant pas entraîner sur une pente glissante. Le souci de ne pas assumer la responsabilité d'une faillite immédiate du gouvernement de centre-gauche est partaitement légitime et doit à juste titre inspirer les choix tactiques du PRC pendant la première phase de la nouvelle législature. Même par la suite, un soutien pourra être donné s'il s'agit de permettre ladoption de mesures favorables aux travailleurs ou d'affirmer des droits démocratiques. Mais aucun accord n'est possible avec l'Olivier et le gouvernement Prodi du point de vue stratégique, et le PRC ne pourra avaliser des mesures gouvernementales frappant le niveau de vie des travailleurs, des lois budgétaires analogues à celles des gouvernements précédents, des privatisations de secteurs économiques névralgiques, des engagements de l'Italie dans des aventures militaires de l'OTAN. Certes, il est plus facile d'énoncer des principes que d'adopter à chaque moment les décisions pertinentes. Mais un effort majeur de la part du parti tout entier pour se doter d'une telle capacité est la condition pour que subsiste la perspective de la refondation communiste ou, plus exactement, de la relance nécessaire de cette refondation.

10) Par exemple, D'Alema, secrétaire du PDS, a souligné les origines communes de son parti et du PRC et un collaborateur du Corriere della Sera (1 mai) a rappelé au PRC la définition que Berlinguer avait donné de son parti dans les années 70 : « parti d'opposition et de gouvernement ». Un éditorialiste du même joumal a parlé de tactique d'« enveloppement en douceur » à l'égard du PRC (3 mai).

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