Les élections prévues dans les accords de Dayton sur tout le territoire de la Bosnie-
Herzégovine sont le premier test, sinon de la réunification du pays, du moins de ce qu'est l'après-guerre. ELLES DEVRAIENT SE TENIR AVANT la fin du mois de septembre - une date dont la proximité tient plus aux impératifs de la politique américaine qu'aux conditions requises sur le terrain pour que de telles élections soient autre chose qu'une mascarade : il est prévu que l'IFOR (Implementation Force — force d'application, sous commandement de l'OTAN) se retire fin décembre prochain. Et il est nécessaire pour Clinton, dans le contexte électoral qui se prépare aux États-Unis, de pouvoir faire état d'un minimum de « normalisation » de la situation avant le retrait des boys... Et par-dessus tout, il faut pouvoir partir avant que ne se réalise a hantise d'un « svndrome somalien », ou toute autre forme d'enlisement, pire, d'affrontements. Rien ne sera donc fait (notamment pas l'arrestation de criminels de guerre) qui puisse mettre les troupes de l'IFOR en position d'otage ou dans un engrenage de conflits. C'est pourquoi on dit en Bosnie que l'IFOR s'UNPROFORise (du nom des forces de •'ONU que l'OTAN a remplacées). Autrement dit, comme on s'y attendait, ces troupes servent plus à entériner les divisions territoriales que la réunification du pays. On voit mal dans ce cadre comment s'organiseront ces élections - et quand (si) elles auront effectivement lieu. La libre circulation des personnes est pour l'instant une chimère. Or les gens ont le droit théorique de voter dans les localités où ils étaient inscrits lors du dernier recensement de 1991... (Ceci est d'ailleurs vrai pour les réfugiés qui sont à l'étranger). Chacun(e) doit aussi pouvoir s'inscrire sur les listes électorales de son choix. Mais la simple visite de cimetières par des familles musulmanes à Srebrenica (en République serbe de Bosnie-Republika Srpska) ou à Capljina (en « zone croate » de l'Herceg-Bosna) a été interdite par les chefs de guerre serbes ou croates locaux qui tiennent aux nettoyages ethniques de ces villes. Le retour des réfugiés est exclu là où leur communauté n'est pas majoritaire. Le point de vue implicite des « grandes puissances » est au moins convergent sur un point : si l'éclatement de la Bosnie-Herzégovine a lieu — et cette hypothèse fait sans doute partie du non-dit des diplomates —, il ne faut pas qu'il survienle trop tôt (avant le départ des troupes de l'IFOR). Et sur out, il ne faut pas qu'il prenne une forme explosive incon. trôlable. C'est pourquoi les États-Unis comme les gouvernements européens se sont fondamentalement appuyés à Dayton sur un accord entre le président serbe Milosevic et le président croate Tudjman. Leurs rencontres, dès avant la guerre, visaient une redéfinition des « frontières ethniques » de la
Bosnie-Herzegovine
Par Catherine Samary Juin 1996 Serbie et de la Croatie, au détriment de la Bosnie-Herzégovine — un accord similaire avait déjà eu lieu en 1939.... Les frappes de l'OTAN, loin d'avoir été « anti-serbes », ont visé à affaiblir Karadzic au bénéfice de Milosevic. Et elles ont « fait passer » la reconnaissance, dans les accords de Dayton, de la Republika Srpska ... pour laquelle s'était battu Karadzic, en la ramenant, avec l'aide des armées croate et bosniaque, aux pourcentages acceptés dans les négociations. Tant pis pour les populations qui ne se trouvaient pas dans le bon lot... Parallèlement, la fédération croato-musulmane, mise en place sous pression américaine en mars 1994, visait à la fois à équiliorer le rapport de force militaire face aux nationalistes serbes, à atténuer le martvre vécu par les Musulmans attaqués sur deux fronts et à soutenir au sein du SDA (parti dominant musulman) l'aile laïque « boshniaque » (1) contre son aile islamiste, tournée vers l'Iran. Dans le cadre de l'alliance croato-musulmane, c'est en pratique l'armée croate qui a reçu l'essentiel de l'aide américaine. Mais on sait que dans la coulisse de Dayton, le gouvernement de Sarajevo s'était vu promettre une aide logistique et militaire américaine dont le but — du point de vue de Clinton — était d'assurer un rééquilibrage des forces comme condition du départ de l'OTAN. Mais aujourd'hui l'ensemble de ce dispositif bat de l'aile. UN DISPOSITIF FRAGILE La « normalisation » côté Belgrade laisse pour l'instant en sus›end la question du Kosovo (2). Mais les visas serbes pour ntrer en Albanie ont été supprimés. Macédoine et République fédérale yougoslave (RFY) se sont reconnues mutuellement (n'en déplaise à la Grèce). Et les accords Milosevic/Tudjman sur les questions de frontières sont à peu près stabilisés. Le pragmatique Milosevic est donc plus que jamais un « atout » majeur pour un nouvel ordre balkanique. C'est la raison pour laquelle tous les États de l'Union européenne viennent de reconnaître la RFY — y compris l'Allemagne : celle-ci est doublement intéressée à une paix régionale, pour ses investissements mais surtout pour renvoyer « chez eux » la grande masse des réfugiés de l'ex-Yougoslavie, y compris au Kosovo.
1) Rappelons que les Musulmans bosniaques ont été reconnus sous Tito comme une communauté nationale, de culture islamique et de langue serbo-croate, face aux Serbes (orthodoxes) et aux Croates (catholiques). Pour éviter les confusions la communauté (Musulmans avec majuscule) est aujourd'hui désignée par le terme « bosniaque ». Il exprime ce faisant l'attachement séculaire de cette communauté à la Bosnie-Herzégovine comme identité nationale, par différence avec une identité marquée par la religion. Le mot bosniaque doit être distingué de « bosniaque » qui désigne l'ensemble des citoyens de la Bosnie.
* BOSNIE-HERZEGOVINE Milosevic peut en tirer quelques deutsche Mark... Mais s'il a pu ainsi consolider sa position et signer les accords de Dayton au nom de tous les Serbes, il n'a pas les coudées franches pour ecarter de sa route un Karadzic qu'il a lui-même aidé à faire la guerre... L'indicatif téléphonique de la Republika Srpska est celui de Belgrade, sa monnaie aussi. Restent à consolider l'emprise des forces de police fidèles à Belgrade contre celles de l'armée de Karadzic et à construire une base électorale au Parti socialiste, contre le SDS de Karadzic. Pour cela, Milosevic a besoin du cessez-le-feu et du temps que lui fournissent les accords : il appliquera le « volet militaire » de Dayton en réduisant les forces armées bosno-serbes (au profit d'une police qu'il contrôle)... Et il a tout intérêt aux élections pluralistes en Republika Srpska : plusieurs dizaines de partis sont déjà en lice, et le parti socialiste apparaît comme a principale force d'opposition au SDS de Karadzic. Les changements de rapports de forces ne manquent pas de provoquer aussi des différenciations au sein de ce parti. Mais c'est précisément pourquoi Karadzic a récemment mis à l'écart son Premier ministre, Rajko Kasagic. Celui-ci se rapproche de Milosevic. Il incarne en outre Banja Luka, grande ville historiquement et géographiquement plus proche de Zagreb que de Sarajevo et candidate à être capitale de la Republika Srpska contre le fief de Pale où règne Karadzic. Inculpé comme « criminel de guerre », celui-ci joue aujourd'hui son pouvoir, ses privilèges, sa liberté — si ce n'est sa vie. La guerre l'a trop visiblement enrichi pour qu'il soit populaire. Mais s'il peut se présenter comme « martyr » (victime des grandes puissances ou de Milosevic), il peut trouver une certaine solidarité, d'autant que Dayton a légitimé ce pour quoi il a conduit la guerre : la Republika Srpska. Le rapport de forces n'est pas en sa faveur, mais il peut mener une politique de fuite en avant, de provocations et de blocage des accords de Dayton (en tant qu'ils établissent des institutions communes à toute la B-H), boycottant les élections et provoquant un référendum séparatiste. Il peut aussi accepter de se mettre à l'écart s'il obtient de sérieuses garanties de ne pas aller à La Haye et d'avoir une bonne retraite... Côté Fédération croato-musulmane, la situation est plus problématique encore. En renforçant l'armée croate, en reconnaissant la Republika Srpska, et en s'appuyant sur l'accord Milosevic-Tudjman, les États-Unis ont de facto consolidé une dynamique de Grande Croatie. D'autant plus que le ministre de la Défense croate est un émigré herzégovinien d'extrême-droite, Gojko Susak, directement responsable depuis le début 1992 de la construction en Bosnie-Herzégovine de l'Herceg-Bosna. L'arrogance récente de Tudjman a été à la mesure du sentiment de force et d'impunité dont il a disposé dans le nettoyage ethnique des Serbes sécessionnistes de la Krajina croate cet été. Commis à l'ombre des horreurs de Srebrenica et avec l'accord manifeste de Belgrade, cette opération militaire s'est accompagnée d'une modification immédiate de la constitution croate : les amendements favorables à la minorité serbe (12 % de la population, à l'époque — mois de 5% aujourd'hui) qui y avaient été intégrés sous pression internationale ont été supprimés. Ce qui a notamment permis à Tudjman de faire baisser de 13 à 3 la représentation des Serbes au Parlement. Aux dernières élections, Tudjman n'aurait pas eu de majorité sans cette mesure, combinée aux votes des Croates de la diaspora (et de ... Bosnie-Herzégovine) en sa faveur. Minoritaire à Zagreb, il n'a pas accepté le verdict des urnes et repoussé le nouveau maire. Et il n'a cessé de faire obstruction aux activités du Tribunal de La Haye (promouvant dans l'armée croate les chefs de guerre de l'Herceg-Bosna inculpés pour crimes de guerre...). Contrairement au côté serbe, c'est directement le parti de
Tudjman (HDZ, purgé début 1992 de ses Croates les plus « bosniaques » ) qui régne en Bosnie-Herzégovine. Et il maintient, en dépit des accords de Dayton qui privilégient la Fédération croato-musulmane, l'Herceg-Bosna où toute vie commune avec les Musulmans est rejetée... ENJEUX POLITIQUES ET IDENTITAIRES Le dépeçage serbo-croate de la Bosnie-Herzégovine s'est appuyé depuis le début de la guerre sur une même argumentation de fond à Belgrade et à Zagreb : il n'y a pas de « nation bosniaque », la Bosnie-Herzégovine est « une création artificielle de Tito » — de même que la « nation musulmane ». Ce dernier point a exploité, qui plus est, le glissement « Musulman (nation) » = musulman (religion) = fondamentalisme. Or s'il est bien au plan international un nouvel ennemi, après la chute du « communisme », c'est le fondamentalisme. L'argument « historique » sur la Bosnie-Herzégovine est évidemment fallacieux (3). Quant aux « Boshniaques » (mot désormais utilisé pour remplacer le mot Musulmans en tant que communauté ethnico-nationale slave), ils ne sont pas plus « artificiels » que les Croates (catholiques) ou les Serbes (orthodoxes) — tous trois parlant des variantes du serbo-croate (4)... L'identité des uns et des autres est historique, évolutive, tributaire aussi de choix politiques : beaucoup de Serbes, de Croates et de Bosniaques de Bosnie se sentent d'abord citoyens « Bosniaques » — se sentaient souvent « Yougoslaves ». La crise et la guerre ont forcé à de nouvelles polarisations où les choix identitaires ne sont pas « libres » — et dépendent du type d'État dans lequel on veut vivre... La nouvelle constitution et les prochaines élections en Bosnie-Herzégovine ne donnent pas une place de citoyen(ne)s égaux à tou(te)s les Bosniaques du mélange... Quant aux Bosniaques (ou Musulmans), ils sont actuellement polarisés entre ceux qui se sentent d'abord citoyens bosniaques et votent pour des partis politiques non nationalistes ; ceux qui ressentent un « nationalisme bosniaque » s'appropriant d'autant plus la Bosnie-Herzégovine que les nationalismes serbe et croate la nient : et ceux dont l'identité première est d'abord l'islam (ce qui n'en fait pas pour autant des « fondamentalistes »...). Le SDA (parti musulman dominant) a incorporé cette hétérogénéité. En gros on y distinguait deux ailes. La première avait pour objectif la réislamisation de ces « Musulmans » qui fréquentent plus les bistrots que les mosquées. Aljia Izetbegovic n'a jamais caché ses convictions religieuses « éclairées », exprimées dans la « déclaration islamiste » écrite en 1970. Et c'est cette dernière qui a été à Belgrade et Zagreb exploitée non pas pour « prouver » l'existence d'un courant islamiste (ce qui est évident) mais pour « démontrer » la réalité d'un « danger fondamentaliste » légitimant la guerre et le dépeçage de la Bosnie... Izetbegovic est clairement en faveur d'une reconquête de l'Islam sur les âmes et sur l'Etat.. Mais près de 50 % de la Bosnie-Herzégovine était en 1991 athée ; avec 16 % seulement de Musulmans pour 43 % de Bosniaques (Musulmans au sens national). Une grande partie de ces derniers rejoignait les Serbes et les Croates dans leur hostilité à un État musulman... C'est pourquoi Izetbegovic a constamment oscillé entre deux variantes d'une même politique : soit accepter la division de la Bosnie — en disposant d'un « État musulman » ; soit utiliser le SDA et le pouvoir à la tête d'une Bosnie-Herzégovine laïque et multi-ethnique pour consoli-
2) Cf. « La Serbie dans la tourmente de la paix », Le Monde Diplomatique, juin 1996
3) Cf. « L'identité incertaine des Musulmans bosniaques », Manière de voir, publications du Monde Diplomatique, Avril 1996
4) On distingue désormais les langues serbe, croate ou bosniaque...
der sa composante islamique. L'ambiguïté de sa position est qu'il était président de la Bosnie (parlant dans les négociations sous la pression de tous ceux qui soutenaient l'unité de la Bosnie) et en même temps chef d'une tendance religieuse - ce qui a évidemment attaibli la cause bosniaque. Bien que son opposition non nationaliste soit représentée au Parlement bosniaque, l'intérêt d'Izetbegovic était d'avoir en face de lui des partis nationalistes serbe et croate forts et susceptibles d'organiser la population sur des bases exclusivement communautaristes. Cette forme d'organisation dispose d'une très forte tradition dans les campagnes, où les Eglises sont plus influentes, les mariages mixtes rares, les communautés villageoises plus juxtaposées que mélangées. C'est l'ex-Premier ministre, Haris Silajdzic, qui incarnait le plus la deuxième aile laique et pro-américaine du SDA Celle-là trouve son identité dans l'attachement à la Bosnie-Herzégovine plus que dans la religion. La guerre maintenait ensemble ces composantes — et poussait à demander l'aide de tous ceux qui voulaient bien la donner. Aujourd'hui le SDA explose — Haris Silajdzic vient de former son propre « Parti pour la Bosnie ». L'HEURE DES CHOIX C'est l'heure des choix...et de la domination impérialiste sur la Bosnie « unie et divisée » de Dayton... Lorsque le gouvernement de Sarajevo a cherché la solidarité et l'aide des pays islamiques — notamment de l'Iran, sur le plan financier et militaire -, les Etats-Unis, cherchant à se concilier le monde musulman, y ont trouvé « des ponts » pour leur propre diplomatie. Mais aujourd'hui, la « paix » exige d'avoir un pouvoir bosniaque fiable, assurant la stabilité de la Fédération croato-musulmane. La composante islamiste du SDA et ses liens avec l'Iran, deviennent dès lors problématiques... En effet, les « alliés » croates ne se privent pas de fournir des arguments sur « l'impossibilité de vivre ensemble » avec les « fondamentalistes » - de même qu'ils ont empêché hier les armes venues d'lran d'aller jusqu à Sarajevo. Dans Mostar — « capitale » de l'Herceg-Bosna croate —, les miliciens croates d'extrême-droite ont systématiquement empêché l'unification de la ville après avoir détruit sa partie musulmane. Dans une interview (5), le président bosniaque considère qu'une partie des Croates bosniaques (celle qui détient le pouvoir de l'armement) ne veut pas de la Fédération : « ils ne veulent pas le dire publiquement ,et de ce fait ils appliquent une tactique d'épuisement pour que nous soyons les premiers à dire que nous en avons assez de ce jeu et pour que nous annulions le projet de la Fédération . » Et les services secrets américains trouvent une ample collaboration côté croate pour mettre au clair tout ce que l'Iran a pu apporter — sous forme d'argent, de Moudjahidin, de personnel intégré au pouvoir de Sarajevo. Toutes ces informations révélées dans la presse américaine ont rendu Clinton particulièrement nerveux et peu « diplomatique » dans les purges imposées. Le comportement impérialiste est de plus en plus mal vécu, même parmi les courants hostiles au SDA et à toute orientation vers un Etat musulman. Le journal Dani écrit ainsi (6) : « Les rapports américano-bosniaques concernant l'Iran entrent dans une phase nouvelle. L'ambassadeur américain Madeleine Allbright (...) l'a annoncé par ces mots "les messagers de la haine doivent être retirés, qu'ils viennent de Pale ou de Téhéran". Ces propos ne permettent aucun doute : l'Amérique a l'ambition de choisir pour la Bosnie non seulement ses amis mais aussi ses ennemis ! Une telle politique ne choisit pas ses méthodes (...) : elle jette au visage des victimes le gant de la provocation, en mettant sur un
BOSNIE-HERZEGOVINE * même plan le synonyme du mal [Pale] et celui d'une aide amicale [Téhéran] qui se situe au même niveau que celle de Washington ». Au-delà de la naïveté du propos sur « l'aide amicale », la crudité des diktats américains est décrite comme une « haïtisation » de la Bosnie-Herzégovine (Dani n°14, mars 1996) qui laisse « peu de choix ». En attendant le départ du dernier Moudjahidin (quelques dizaines de combattants, dit-on), les États-Unis ont retiré l'aide qu'ils avaient promise au gouvernement de Sarajevo. La dissolution de «l'Agence d'Etat » (services secrets du gouvernement de Sarajevo) exigée conjointement par les forces croates et les Etats-Unis a été un premier résultat obtenu par Clinton. Est-ce que la relativisation politique du SDA au profit du « Parti pour la Bosnie » d'Haris Silajdzic (donné grand vainqueur des élections) sera suffisante pour stabiliser la Fédération ? Tout dépend conjointement des pressions internationales exercées sur Tudjman. La décision récente de reporter sine die l'adhésion de la Croatie au Conseil de l'Europe marque une prise de conscience (tardive) de la réalité et de l'instabilité réelle que produit la politique de Grande Croatie. La consolidation de la Fédération serait un mieux par rapport à l'hypothèse d'un éclatement laissant un Etat musulman croupion, coincé entre deux Etats hostiles, terreau le plus favorable à la montée effective du fondamentalisme Mais elle ne serait pas pour autant le signe de l'unité retrou vée d'une Bosnie-Herzégovine multiculturelle et basée sur une égalité de tous ses peuples et de tou(te)s ses citoyen(ne)s. Le programme et le comportement d'Haris Silajdzic ne sont pour l'instant pas clairs sur ce plan. Les seuls courants qui se battent effectivement pour l'unité de la Bosnie se définissen comme « l'alternative démocratique ». En mars dernier, environ 70 représentants de formations politiques et civiques et de médias indépendants de tout le territoire bosniaque — à l'exception notable de l'Herceg-Bosna — se sont réunis à Tuzla. Ils ont souligné le fait que les élections prévues à l'automne 1996 seront « l'une des dernières chances pour briser la logique totalitaire qui veut que les citoyens de Bosnie-Herzégovine soient représentés uniquement par les trois partis nationalistes et leurs trois dirigeants ». Ils ont « exigé de la commission électorale de l'OSCE qu'elle garantisse à tous les citoyens le droit de voter ou d'être élus à la présidence et au parlement de la république de BH ». Ils ont également demandé « la constitution de fonds communs également accessibles à tous les candidats et tous les partis dûment inscrits » . les participants de la réunion de Tuzla demandent que tous les partis et médias indépendants soient associés aux travaux de la Commission électorale. L'Union des sociaux-démocrates (OBSD — organisation du maire de lémocratique. Cinq partis de l'opposition (outre l'organisa ion de Beslagic, le Parti social-démocrate, l'Organisation de Musulmans bosniaques, le Parti paysan croate, le Parti républicain) doivent signer prochainement un accord de coalition en vue des élections. Pourraient aussi s'y associer le Cercle 99 de Sarajevo, les Cercles démocratiques de Tuzla et Bihac, les Forums de citoyens de Zenica, Tuzla et Gorazde, mais aussi e Parti libéral de Miodrag Zivanovic à Banja Luka, et des opposants du Parlement de Pale comme Milorad Dodik du Parti des Sociaux-démocrates indépendants. La prochaine réunion de « l'Alternative démocratique » doit d'ailleurs se réunir ... à Banja Luka. Et la coalition proposée est bien sûr ouverte au parti de Haris Silajdzic. A suivre...
5) Cf. Dani, n°15, édition française, d'avril 1996, diffusé par Cause Commune Presse, 31 rue du petit Musc, 75004 Paris, tel 48 04 97 35
6) Cf. n° 15 cité