Entretien avec Jacky Bryant Militant associatif et candidat sur une liste alternative aux iles Sous-le-Vent.
Inprecor : Quel bilan tires-tu de la campagne électorale ?
Jacky Bryant : La campagne telle que nous l'avons vécue des îles Sous-le-Vent, et avec le recul depuis les résultats :
• les grands partis, Tahoraa, Tavini et Aià âpi, ont fait apparaître la photo de leur président respectif sur les programmes ; et dans le cas du Tavini c'est Oscar Temaru qui a signé la profession de foi. Les têtes de liste locales étaient-elles que des « paravents »,
• la campagne sur le terrain a nécessité la présence du chef de parti, venu spécialement de Tahiti. C'est dire que les élections ont été personnalisées. Lorsque les commentateurs parlent de la bipolarisation de la vie politique polynésienne, autonomiste, indépendantiste, c'est une erreur. Nous disons que c'a été une élection à la présidentielle;
• de ce fait les autres listes, comme la nôtre, ont eu du mal à s'imposer. Les électeurs ayant un référent à l'échelle territoriale, se sont prononcés pour l'une des trois listes : Tahoêraa, Tavini et Aia âpi;
• enfin, il ne faut pas oublier que ces trois têtes de listes sont tous maires et disposent d'une radio, un moyen qui n'a pas été géré correctement par le CSA ;
• Quelle analyse fais-tu des résultats ?
Les résultats du Tavini étaient prévisibles, à quel degré, c'était la question. Cela ne m'a pas surpris. Par contre le renforcement de la position de Flosse est étonnant. Outre qu'il a la majorité absolue, il règne en maître dans tous les archipels (en dehors de Tahiti-Moorea) avec 13 conseillers sur 19. Fort de ce résultat, il faut s'attendre maintenant à la poursuite de la politique de la main tendue. Pourquoi modifierait-il ce qui a marché pendant 30 ans. L'après-CEP, c'est dans 10 ans, puisque Chirac a annoncé que la France continuerait à payer. Quel événement majeur viendrait perturber nos eaux bleues ? Car le Tavini n'a pas fait de propositions originales et innovatrices capables d'attirer une tranche suffisante de Polynésiens. Il ne récolte pour l'instant que les exclus, les déçus du système autonomiste. L'adhésion en masse de Polynésiens reposera sur un discours plus constructif, positif, seule approche pour une indépendance viable et durable.
• Comment vois-tu l'avenir social et politique de la Polynésie?
Il n'y aura pas de recomposition politique véritable tant qu'il n'y aura pas une structure fédérative à l'image du FLNKS, regroupant les mouvements de tendance indépendantiste. Le Tavini est le porte-drapeau pour l'instant. Mais l'arrivée de personnalités inculpées dans ses listes pose la question de la capacité de ce mouvement de tenir parole, par rapport à ses engagements.
Sur le plan social, les améliorations pourraient venir des syndicats progressistes, malheureusement, ils ne semblent pas être en mesure de mobiliser suffisamment. Si la démographie et la situation scolaire sont « préoccupantes », ce n'est pas demain la veille que l'on aura des mouvements à l'image de ce qui peut se passer en France.