Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La petite Bretagne dans la forteresse Europe

· Inprecor n° 404, juillet 1996 · p. 23-24 · 1 169 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

La

dans l

LES CONSERVATEURS BRITANNIQUES introduisent en ce moment une nouvelle législation, le « Asylum and Immigration Bill » (Loi sur l'asile et l'immigration), dont les effets seront ressentis par les réfugiés, les demandeurs d'asile et toute la communauté noire. Un parti Conservateur divisé et affaibli essaie de jouer la carte raciste dans la campagne électorale qui se prépare. Mais cette législation fait aussi partie d'une offensive coordonnée à l'échelle européenne.

L'intégration politique et économique de l'Europe connaît plusieurs difficultés, mais les autorités policières et d'immigration trouvent particulièrement facile d'harmoniser leurs pouvoirs répressifs.

Des modifications dans les règles de la Sécurité sociale, en application depuis le 5 février 1996, retirent le bénéfice des prestations aux demandeurs d'asile déjà entrés sur le territoire (plus de 80 % du total), et à ceux qui font appel d'un refus initial du

Grande-Bretagne

petite Bret

a forteresse

Par Simon Deville Londres, juin 1996 ministère de l'Intérieur d'accorder le statut de réfugié. Ces demandeurs d'asile ont perdu leur droit aux allocations logement, invalidité et autres prestations sous conditions de ressources.

Le « Asylum and Immigration Bill » permettra au ministre de l'Intérieur de retirer le droit à prestations à d'autres catégories de résidents nés à l'étranger, y compris ceux qui vivent dans le pays depuis plu-

La communauté noire installée en Grande-Bretagne est largement le résultat du recrutement direct des entreprises britanniques dans le sous-continent indien et dans les Caraïbes, afin de fournir la main-d'œuvre nécessaire à la reconstruction du pays après la guerre. Bien que beaucoup de Noirs arrivés en Grande-Bretagne se soient vus exclus des emplois les mieux rémunérés, du logement, et même des bars et restaurants, ceux qui provenaient des colonies britanniques avaient le droit de rester en gne

Europe

Grande-Bretagne et en général obtenaient les mêmes droits que les autres sujets britanniques.

QUAND SURVINT LA RÉCESSION, les gouvernements travaillistes et conservateurs successifs passèrent des législations restreignant l'immigration (1965-1971). Néanmoins tous ceux qui avaient déjà le droit de résider en Grande-Bretagne conservèrent les mêmes droits aux prestations sociales que ceux qui étaient nés en Angleterre, Écosse ou Pays de Galles. La grande majorité de la communauté immigrée noire d'aujourd'hui est constituée de citoyens britanniques. En fait il n'y a pas de catégorie juridique d'immigré.

Ceci va changer avec le « Asylum and Immigration Bill ». Il établit une « liste blanche » de pays pour les citoyens desquels les demandes d'asile seront automatiquement refusées. Le Ministère de l'Intérieur précisera quels pays sont « sûrs », sans consultation du Parlement. La liste initiale

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EXTRÊME-DROITE,

DOSSIER

RACISME inclut le Sri Lanka et l'Algérie. Le Nigeria n'a été retiré de la liste qu'après l'indignation publique soulevée par l'exécution de

Ken Saro-Wiwa au début de cette année.

De nombreux Conservateurs ont développé une rhétorique chauvine à propos de l'intégration européenne. Mais ils sont très satisfaits de la clause dite du « troisième pays sûr » incluse dans I'« Asylum and

Immigration Bill », qui autorise la Grande-Bretagne à refuser toute demande d'asile émanant d'une personne ayant traversé un autre État européen ou l'un des pays est- européens ayant des accords d'association avec l'Union européenne.

NOU-

CETTE

VELLE CLAUSE fait partie du réseau de

« coopération » qui unit les États européens afin de rejeter les demandeurs d'asile le plus loin possible en direction de leur pays d'origine. L'« Asylum and Immigration Bill » transforme en crime le fait d'employer une personne sans titre légal de séjour.

Il ne rendra pas seulement impossible à de nombreux réfugiés de gagner ne serait- ce qu'un revenu minimal, mais, comme d'autres législations similaires à l'étranger l'ont montré, il incitera les employeurs à exercer des discriminations contre les Noirs à l'embauche. Des mesures pour accélérer les procédures d'appel vont rendre extrêmement difficile pour les demandeurs d'asile, de préparer la documentation pour défendre leur cas, particulièrement parce que l'aide juridique va également être retirée à de nombreux réfugiés.

Pour mettre en œuvre cette législation, il y aura désormais de nombreuses formes de contrôle intérieur sur l'immigration. On demandera systématiquement aux Noirs de prouver leur droit à vivre en Grande-Bretagne. Le Parti conservateur pourrait encore avoir réprimé son désir d'introduire des cartes d'identité obligatoires, mais cette nouvelle loi va en fait obliger les Noirs à porter sur eux en permanence une preuve d'identité et de statut de résident. Bien que la nouvelle législation ne les y oblige pas, nombre d'hôpitaux ont écrit aux médecins de leur zone pour leur demander de vérifier le statut d'immigré de leurs clients avant de les envoyer à l'hôpital pour un traitement.

Ces attaques légales font partie d'une offensive plus générale de l'Etat contre les communautés noires. Ceci ne fera que renforcer la violence raciste et accélérer la croissance de l'extrême droite.

ON A DONNÉ À LA POLICE des droits beaucoup plus importants à travers le Criminal Justice Act, à un moment d'inquiétude croissante du public causée par la corruption policiè-

Are et la violence, particulièrement la violence de la police à l'égard de la population noire. La liste croissante de morts et de blessés noirs dans les commissariats a augmenté la désillusion du public envers le système de justice criminelle. Les responsables de la police répondent en accusant les noirs des pires crimes. Le chef de la Police métropolitaine de Londres a même déclaré qu'il « comprenait » la « corruption pour la bonne cause » qui amenait ses hommes à falsifier des preuves contre des suspects qui autrement auraient été acquittés par les tribunaux.

Les polices paramilitaires ont proliféré sur la terre britannique depuis la grève des mineurs de 1984. Ce style de « maintien de l'ordre » autoritaire est particulièrement oppressant dans les zones de banlieue, où réside une grande partie de la population

De façon inhabituelle, le mouvement antiraciste britannique a réalisé son unité en réponse à ces attaques. La « Campagne contre l'Immigration et l'Asylum Bill » (CAIAB) a obtenu le soutien des organisations de l'Église, des associations antiracistes, des organisations de réfugiés, du Trade Union Congress, et de beaucoup de syndicats nationaux, y compris les deux principaux, le syndicat UNISON des travailleurs du secteur public, et le Transport and General Workers Union (TGWU). Les hauts responsables syndicaux ont peu cherché à mobiliser leurs adhérents sur ces questions, mais beaucoup de syndicats ont adopté des résolutions sur le racisme et l'immigration, et coopèrent avec les associations antiracistes au niveau local. Beaucoup de syndicats du secteur public ont adopté des positions encourageant leurs membres à refuser de mettre en œuvre toute mesure qui les obligerait à vérifier le statut légal d'immigré de la population à laquelle ils fournissent des serLe dirigeant travailliste Tony Blair pose un Il est en effet déterminé à montrer que son parti est suffisamment « dur contre l'immigration clandestine », et au moins aussi répressif que les Conservateurs pour faire respecter la « loi et l'ordre ». Il y a des rumeurs dans le Parti travailliste selon lesquelles si la législation en débat était votée par l'actuelle majorité, la future majorité travailliste n'en annulerait que certains éléments. .

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