MICHEL MILL (également connu sous le nom de plume de Michel Lafitte), militant révolutionnaire, militant pour l'indépendance du Québec, militant pour les droits aborigènes, militant syndical, militant internationaliste, mais aussi orateur hors pair et homme de vaste culture et aux mille contacts, est mort le 6 octobre 1996, soudainement terrassé par une crise cardiaque. L'histoire personnelle de Michel Mill est très liée avec l'histoire ouvrière du Québec des 32 dernières années, dans toutes ses dimensions tant politique et syndicale qu'internationaliste et étudiante. Pourtant Michel Mill n'était ni Québécois ni francophone de naissance. Il fallait le savoir tant était élevée sa maîtrise du français, accent compris ; tant était profonde sa connaissance de ce Québec qu'il avait parcouru de long en large (Montréal et ses quartiers n'avaient plus de secrets pour lui). Fort jeune, Michel a choisi de venir au Québec pour y militer, pour y faire la révolution. Grâce à son héritage trotskyste acquis en Ontario au sein de la section canadienne de la Quatrième Internationale et grâce à l'impact de la jeune lutte indépendantiste d'alors, Michel avait compris que le maillon faible de la bourgeoisie canadienne, c'était la question nationale québécoise. Pour lui et ses camarades, il était dans l'intérêt de toute la classe ouvrière du Canada que le peuple québécois développe jusqu'au bout sa lutte de libération nationale et sociale. Toute sa vie, il s'est battu avec acharnement pour que la classe ouvrière du Québec arrache aux nationalistes du Parti québécois (au pouvoir depuis 1994 après l'avoir été de 1976 à 1984), la direction de la lutte pour l'indépendance. Pour lui comme pour nous il était clair que la conquête de son indépendance de classe par le prolétariat était la condition nécessaire à l'avènement d'un Québec libre. Comme pour nous tous et toutes, les années 80 lui ont été difficiles, parfois très pénibles, quand se conjugua à la défaite référendaire de 1980 et aux reculs profonds des luttes ouvrières et populaires l'effondrement de la prometteuse section marxiste-révolutionnaire du Québec. Mais il ne se retira pas dans une planque payante, ce qu'il était pleinement en mesure de faire, ni dans ses terres ontariennes où il avait gardé de très nombreuses amitiés. Il choisit de continuer à militer dans un Québec qui avait perdu certains de ses attraits aux yeux de la gauche du Canada et même du monde. Inutile de dire que la récente transformation du NPD-Québec (petit parti social-démocrate) en parti anticapitaliste et indépendantiste rebaptisé Parti de la démocratie socialiste (PDS), dans lequel il s'était impliqué, avait été pour lui comme pour nous une lueur d'espérance bienvenue. Cet internationaliste misait énormément sur l'Internationale de l'espoir des Zapatistes.
Les nôtres
Michel Mill au 14e congrès de la Quatrième Internationale Ce fut frustrant pour lui, en route pour la réunion mondiale contre le néolibéralisme au Chiapas cet été, d'être refoulé à la frontière yankee parce qu'il avait oublié, qu'à cause des Olympiades d'Atlanta, la CIA avait dépoussiéré ses listes de persona non grata. Mais son grand espoir de la dernière année, projet dans lequel il avait donné beaucoup de lui-même, fut la possibilité de la renaissance au Canada anglais, particulièrement en Ontario, d'un parti marxiste révolutionnaire digne de ce nom grâce à la fusion de Socialist Challenge, co-section de la Quatrième Internationale au Canada anglais, avec la nouvelle organisation New Socialist. Puissent toutes ces flammes vacillantes dans la tempête néolibérale se propager, demain ou plus tard, en un brasier rouge vif. Michel Mill avait été l'un des rares à remplir de belles bûches le poêle pour traverser le dur et interminable hiver
Gauche socialiste (Section de la Quatrième Internationale au Quebec)