Inprecor a rencontré Roland Oldham, secretaire general de la Confédération des syndicats inSiD) eantolet sée. Leateties porte sur la genèse du syndicat et sur la situation sociale en généPropos recueillis par Laurent Durose
Inprecor : Tu es le secrétaire général de la CSID, comment ce syndicat s'est il formé, et quelles sont son influence et ses activités? Roland Oldhman : La confédération des syndicats indépendants et démocratiques des travailleurs polynésiens a été fondée en juillet 1992. Il est nécessaire de réformer le paysage syndical polynésien qui ne semble pas tenir compte de certaines aspirations du peuple. Le syndicalisme doit s'ouvrir davantage et aller au-delà des revendications exclusivement salariales. Il doit considérer avec une attention toute particulière les problèmes qui menacent la paix dans le monde et pourraient mettre en péril l'existence même de l'humanité toute entière. Notre syndicat est aussi le premier et le seul en Polynésie à se prononcer clairement pour l'autodétermination du peuple polynésien dans la perspective du libre exercice de sa souveraineté nationale, conformément à l'esprit de la Déclaration des droits de l'homme et de la Charte des Nations Unies. Nous sommes une organisation jeune, à peine trois ans et demi d'existence. Avec une direction nouvelle, antinucléaire et anticolonialiste. Notre implantation dans les entreprises n'est pas chose facile, les employeurs pour la plupart venant de France, ont un comportement de conquérant colonialiste. Malgré ces difficultés, nous sommes bien représentés dans les grandes surfaces, le petit commerce et la grande hôtellerie à Bora-Bora, une île à vocation touristique. Pour l'instant nous regroupons plus d'une quinzaine de syndicats au sein de la confédération. Dès sa mise en place en juillet 1992, nous avons été présents sur le terrain. Nous avons participé à des occupations de
Polynésie
Marché de Papeete propriétés terriennes pour protester contre les installations de multinationales, qui, au nom du développement, soutenues par un gouvernement local corrompu, ont l'objectif de se remplir les poches pour investir ailleurs et dépouiller le peuple de ses ressources naturelles. Nos premières grèves ont débuté dans les supermarchés « Continent » avec blocage total de l'entreprise pour arriver à des solutions rapides. 1993 a vu notre participation à la grève générale contre le gel des salaires proposé par une organisation syndicale ( A TIA I MUA). En 1994 nous avons également participé à la grève générale contre un impôt de solidarité (solidarité que par le nom, car dans la réalité les petits salaires étaient les plus touchés, les gros salaires, les patrons, les riches perliculteurs échappant complètement à cet impôt).
• Peux-tu nous décrire le paysage syndical polynésien ? Le paysage syndical polynésien est des plus morose à notre goût. A part pour un ou deux mal-vus par le gouvernement esprit de lutte pour les classes les moins favorisées, contre l'injustice sociale et la corruption des dirigeants politiques et des nantis du système nous semble insuffisant. Les grandes organisations se disent toutes apolitiques, et pourtant elles sont trop souvent à la botte du pouvoir gouvernemental. On veut absolument faire bonne figure à ses yeux et pour ce faire, beaucoup de syndicats sont silencieux face aux problèmes de contamination de l'environnement, des ressources naturelles et leurs effets négatifs sur la santé des populations et des travailleurs de Moruroa. Ils n'osent pas mener de réflexion sur la question de la souveraineté nationale, point
important du droit du travailleur citoyen polynésien qui doit décider de son développement économique et du type de société dans lequel il souhaite évoluer. En 1ère place se trouve l'USATP, I'Union des syndicats autonomes des travailleurs polynésiens, affilié à Force ouvrière, composée majoritairement de fonctionnaires de l'administration et de la Défense. En 2ème place vient la Fédération des syndicats de Polynésie Française (FSPF) avec une majorité des employés du service public. En 3ème place vient le syndicat « A TIA I MUA », affilié à la CFDT. C'est un syndicat divisé sur la prise de position antinucléaire de son secrétaire général qui n'a pas été suivi par la lus grande partie de ses adhérents pendant la grève du nois de septembre 1995 qui s'étant terminée par l'incendie de l'aéroport de FAAA.
• Hiti Tau est le Conseil National des ONG du Pays
Maohi, pourquoi avoir participé à sa constitution ? Après la formation de notre confédération en juillet 1992, nous sommes devenus un des membres fondateurs du réseau d'ONG du pays MA'OHI. Cette démarche nous semble tout à fait logique puisqu'elle s'inscrit dans une réflexion et une recherche d'alternatives nouvelles qui se situent complètement en dehors d'un système basé sur la dépendance, l'assistanat et la corruption ne taisant que renforcer le pouvoir du territoire et maintenir le colonialisme en place. Les ONG ont un rôle important à jouer dans le développement économique de la Polynésie, dans l'application des droits de l'homme et des droits du peuple « MA'OHI » bafoués sans cesse par le gouvernement et l'Etat colonial. Plus de 150 ans de méfaits du colonialisme sur les valeurs traditionnelles, les problèmes sociaux, l'exclusion dans laquelle notre jeunesse se trouve et la spoliation de nos ressources naturelles nous poussent à croire que le colonialisme et le système en place doivent être absolument éliminés. Nous devons participer à l'émancipation des populations de base en travaillant sur les questions suivantes: • micro projets et développement durable des pays et des États insulaires ; • protection de l'environnement naturel et social ; D revendication foncière; • droit à l'identité culturelle • droit à l'autodétermination des peuples autochtones ; • droit à la souveraineté nationale. Nous pensons que travailler dans un réseau d'ONG nous donne des moyens plus grands, une solidarité plus large pour affronter les problèmes que nous rencontrons dans la société d'aujourd'hui.
• Quelle est la place des jeunes dans la société polynésienne, et plus généralement peux-tu nous décrire la situation sociale en Polynésie ? Les jeunes d'un certain milieu, pour la plupart des Polynésiens, sont exclus du système à un âge précoce. Le système éducatif est inadéquat, les moyens manquent cruellement et leur scolarité s'arrête avant même la fin de l'école primaire. Ils n'ont rien à espérer de la politique actuelle. Ils sont sans emploi et n'ont aucune chance d'en trouver. Les événements de septembre dernier ont été des moments où les jeunes exclus ont exprimé leur colère contre une société injuste. C'est un problème très grave pour lequel les hommes politiques n'ont pas l'air de s'inquiéter beaucoup. Pourtant plus de la moitié de la population en Polynésie a moins de 20 ans. Le taux de chômage des jeunes n'est pas précisé dans les statistiques du territoire, mais nous l'estimons à plus de 30 % chez les jeunes jusqu'à l'âge de 25 ans. C'est une situation préoccupante qui risque de faire sauter en éclats la société dans un avenir très proche et donne une occasion supplémentaire à l'État français d'envoyer en Polynésie des centaines de gendarmes et de militaires armés pour apprendre aux Polynésiens à respecter l'Ordre public.
• Economiquement, quelles ont été et quelles sont les conséquences de l'installation du CEP ? L'arrivée du CEP en Polynésie en 1962, a produit des effets sur l'économie du territoire, sur le social et sur l'environnement naturel. C'est le début d'un développement sans croissance économique. La rente économique a provoqué sur l'économie locale : • l'importation massive de produits ; • le niveau élevé des prix ; • l'abandon des activités traditionnelles destinées à l'exportation ou à l'autoconsommation (vanille, café, coprah...) • une alimentation déséquilibrée ; • une fonction publique pléthorique ; • une désaffection à l'égard des activités agricoles ou manufacturières au profit du commerce. Sur le social : • des bouleversements importants dans la famille traditionnelle polynésienne; • l'abandon des valeurs traditionnelles : entraide, réciprocité, partage, esprit de communauté; • l'augmentation d'activités criminelles (vols, prostitution, drogue, délinquance) liées directement à l'existence d'une richesse très mal répartie entre les privilégiés du système et les exclus. Sur l'environnement naturel : • l'augmentation de la consommation implique automatiquement des problèmes de pollution : sonore, toxique, produits non dégradants etc., lesquels n'ont pas été pris en compte dès le début par une éducation et une gestion convenables des ordures ménagères ; • les lagons pollués par les rejets d'usines, hôtels et autres ; • les rivières saccagées par les extractions sauvages ou autorisées, détruisant leur cours naturel.
• Est-ce que la CSID a mené une réflexion sur l'après-bombe et sur l'indépendance, quelles propositions faites-vous pour une autre organisation économique du Pays Maohi ?
Notre participation à la constitution du réseau des ONG Hiti Tau et du Conseil des ONG du pays maohi est déjà l'expression d'une volonté de direction nouvelle et de mener des réflexions sur la souveraineté du peuple maohi. Le développement dans notre pays ne peut pas être conçu avec la seule vision occidentale car sa conception du développement et en général de l'économie est placée dans une optique purement capitaliste : le rendement, le bénéfice coute que coute, la compétitivité à outrance, le gain au détriment des valeurs traditionnelles. L'argent est mis en avant et on perd toute considération pour l'homme. Les exemples multiples nous montrent l'échec du système capitaliste où les pauvres, les exclus, les SDF, même en Amérique, deviennent un problème majeur alors que le revenu moyen par habitant est plus que suffisant pour éviter la pauvreté. Nous devons en Polynésie organiser économiquement le pays de taçon telle que la préoccupation première soit l'homme en général et non l'individualité. L'objectif doit être le développement basé sur l'identité, la culture de l'homme, son environnement et non son exploitation par l'argent. Dès la scolarité, le clivage des classes sociales est apparent. Le système éducatif n'est pas adapté à notre réalité, y compris à ses aspirations propres Ce qui peut être satisfaisant ailleurs ne l'est pas systématiquement pour tous les peuples. Le cas de l'échec scolaire est flagrant. Nous voulons être les décideurs de notre avenir, les acteurs principaux de notre propre développement économique selon notre choix. Ce qui n'est pas vraiment le cas puisque nous subissons trop souvent l'agression de l'argent qui fausse les réalités. C'est le néocolonialisme auquel il est d'autant plus difficile d'échapper que l'étau se resserre davantage à mesure que les faux besoins deviennent une nécessité dont le peuple semblerait ne plus pouvoir se passer. Parallèlement le Polynésien est dépouillé de ses richesses naturelles qui sont exploitées pour le bénéfice de quelques uns au nom d'un soit-disant développement économique, quand elles ne sont carrément pas volées par le jeu judiciaire ou par celui de la politique au bénéfice de l'Etat ou du gouvernement corrompu. Le gouvernement territorial et la plupart des hommes politiques sont partie prenante pour les grands projets avec des investisseurs étrangers : les multinationales n'hésitent pas à glisser des pots de vin aux décideurs qui peuvent ainsi financer leurs campagnes électorales et acheter des voix. Rien de bien nouveau, ils ont tout copié sur la France. En Polynésie, c'est sans doute plus grave. La Lyonnaise des eaux jouit de tous les droits au nom de l'utilité publique, pour dépouiller les propriétaires de leurs terres afin d'installer des canalisations. Ces propriétaires usagers sont pourtant astreints à régler de taramineuses factures pour leau courante qu'ils avaient auparavant gratuitement.
• Tu étais en 1994 au congrès de l'USTKE, en décembre 1995 à celui de la CGT, les relations internationales sont-elles importantes pour la CSID, et comment les envisages-tu ? Les relations avec l'USTKE datent de la création de notre organisation en 1992. Les camarades Kanaks nous ont encouragés, soutenus, conseillés dans les moments difficiles dès le début de notre histoire. L'USTKE reste pour nous une source d'inspiration et un soutien important dans notre vie syndicale. Nous avons des philosophies qui se rejoignent. Comme rUSTKE notre syndicat est une organisation anticolonialiste, pour la libération de nos peuples et opposée aux armes nucléaires. A travers F'USTKE nous avons établi des contacts avec la CGT. J'ai rencontré des dirigeants de la CGT à plusieurs reprises pendant les congrès de l'USTKE et en juillet 1995 pendant la campagne antinucléaire à Tahiti. Invité au 45e congrès de la CGT en décembre 1995, je suis intervenu sur le nucléaire et le colonialisme français en Polynésie. Mon intervention a été fortement applaudi par les congressistes et publiée dans le journal de la CGT Le peuple . En ce qui concerne la question de l'indépendance, c'est un droit inaliénable, c'est une lutte légitime pour tout peuple colonisé. Mon intervention à ce sujet a été bien reçue et la CGT tant en Kanaki qu'en Polynésie a toujours condamné le colonialisme Français. Les relations que nous avons avec l'USTKE, la CGT ou d'autres organisations sont, pour nous, très importantes. Nous avons besoins d'être solidaires pour aller plus loin dans la lutte. Nous avons besoin de nous épauler les uns les autres, d'échanger nos informations et nos expériences. Les grandes organisations doivent aider les plus petites à progresser dans leurs combats contre l'injustice et contre les différentes formes de dictature et de colonialisme. Le nucléaire, la dictature économique, le colonialisme, les crimes perpétrés par les super-puissances contre les minorités sont autant de sujets inquiétants contre lesquels nous avons tous le devoir PRECOR d'information et d'analyse Revue mensuelle publiée sous la responsabilité du Secrétariat unifié de la IVe Internationale. Les articles signés ne représentent pas nécessairement le point de vue de la rédaction. Editée par PECI Sarl au capital de 50 000 F, SIREN n° 391 857 562 Rédaction — Administration : PECI, BP 85, 75522 Paris CEDEX 11, France Tél : (33-1) 43 79 29 Fax Fax: (33-1) 43 79 29 61 E-Mail : [email protected] Gérant et Directeur de publication : Jean Malewski C.P. n° 59117. ISSN 1 0294 - 8516 Imprimé par Rotographie 2, Rue R.Lenoir, 93100 Montreuil Diffusé dans les librairies par DIF POP' SARL, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, France.