Carter vient d'opérer un tournant d'envergure par rapport à la politique
Jon BRITTON
En pleine vague de vente au rabais du dollar sur les marchés monétaires internationaux et au moment de l'une des plongées les plus sévères du dollar jamais enregistrée à Wall Street, le Président Carter a annoncé, le ler novembre, des mesures nouvel les pour redresser la monnaie américaine.
Au moment où Carter bougeait, la panique commençait envahir les marchés financiers de par le monde. Le dollar connaissait une chute vertigineuse de 1 à 2% par jour par rapport aux principales étrangères. jours, l'or a bondi de 17 dollars l'once pour atteindre le prix de 243 dollars. La Bourse s'est littéralement effondrée au point de voir l'indice des valeurs industrielles Dow-Jones tomber de 105 points en 12 jours. Pour arrêter cette panique, Carter devait faire montre d'une volonté réelle d'en finir avec la politique économique d'expansion qu'il a suivie depuis son arrivée à la Maison Blanche, pour adopter une politique de restriction du crédit et d'«argent cher» et de réduction sévère du déficit gouvernemental.
Chaque mesure de la défense du dollar par Carter implique une contrepartie en
Etats-Unis
Freiner
l'effondrement
du dollar
économique traditionnelle du Parti démocrate. Il espère qu'en faisant payer les travailleurs américains, il abordera les élections de 1980, une fois la crise passée.
Il sera déçu. sacrifices sacrifices supplémentaires payés par les travailleurs américains. C'est la perspective de nouvelles coupes sombres dans les services sociaux, de l'accroissement du chômage et une escalade tous azimuths de l'offensive contre la sécurité de l'emploi, la santé et les conditions de travail, que Wall Street et les marchés monétaires internationaux acclament - au moins temporairement.
La panique financière d'octobre 1978 et la réponse apportée par Carter sont d'importants jalons sur la voie de la prochaine récession économique au cours de laquelle des millions de travailleurs américains risquent fort de perdre leur emploi.
La nouvelle dépression qui apparaît maintenant à l'horizon semblera avoir été causée par l'amère médecine annoncée par Carter. Mais en réalité l'administration Carter ne fait que répondre - par le même procédé en vogue auprès de tous les gouverements capitalistes - aux contradictions insolubles du système décadent du profit privé. La défiance massive par rapport au dollar est la manifestation la plus menaçante d'une crise économique grandissante provoquée par la surproduction au sein de l'économie capitaliste mondiale.
Les mesures annoncées par Carter le ler novembre comprennent une augmentation de 1% du taux d'escompte (c'est-à-dire de l'intérêt perçu par la Banque centrale sur les prêts consentis aux banques correspondantes) et une augmentation de 3 milliards de dollars du montant que les banques sont tenues d'avoir en réserve contre certains gros dépôts.
En outre, Carter a déclaré que le crédit à court terme pratiqué avec les Banques centrales du Japon, d'Allemagne fédérale et de Suisse, avait été augmenté et un certain nombre de mesures prises pour permettre à Washington d'emprunter 30 milliards de dollars en devises étrangères afin d'acheter les dollars dévalorisés à l'étranger. Enfin, le Département du Trésor va augmenter considé rablement sa vente mensuelle d'or de Fort Knox.
Ces mesures font suite à une série d'actions entreprises en janvier dernier pour contrecarrer une chute du dollar susceptible de réduire en miettes le système monétaire international et de provoquer l'effondrement du commerce mondial.
PLUS DE PAROLES QUE D'ACTES
Toutes les précédentes déclarations de Carter, sans exceptions, ont davantage leur aspect bluff que leur substance du point de vue des dirigeants des banques et des services financiers internationaux. A chaque fois, après un mieux momentané, le dollar reprenait sa course vers l'abîme. Fin octobre 1978, par rapport a octobre 1977, le dollar avait perdu la moitié de sa valeur par rapport au franc suisse et presque autant par rapport au yen japonais.
Le problème essentiel exprimé par cette chute, c'est la politique de l'administration Carter qui, confrontée à une surproduction qui s'amplifie, ne cesse
Run gigantesque déficit budgétaire de 50 milliards de dollars - pour l'année fiscale 1978 - tandis que la Banque centrale (Federal Reserve) continue à imprimer des billets en grande quantité, de façon financer une part des projets expansifs du gouvernement. La politique d'«argent facile» de la Banque centrale américaine a également encouragé un gonflement du crédit utilisé dans l'économie privée, lequel dépasse le chiffre astronomique de 2000 milliards de dollars (10000 milliards de francs français).
L'administration Carter et la Federal Reserve ont de solides raisons de poursuivre une politique fiscale et expansive au-delà de la phase du cycle capitaliste au cours de laquelle il était «prudent financièrement» d'agir ainsi. Ces raisons sont notamment les suivantes : 1) Sous l'égide de Carter, les dirigeants américains en train de renverser la baisse des dépenses d'armement (mesurées en dollars non dévalués), laquelle a été sensible depuis le point culminant de la guerre du
Vietnam. Carter a prévu une augmentation en flèche de ces dépenses dans l'espoir d'endiguer le déclin intera-
Vietnam.
révélé à la baisse des trusts projets militaires.
politique, politique largement soit auto-redressement.
monétaire encore industries américaines sont tional de l'impérialisme US découlant de sa défaite au 2) Carter a procédé à la fois des dépenses sociales et à l'augmentation des impôts durant l'année passée, de façon à contrià la réalisation des peur de protestations massives et de bouleversement il n'a pas osé aller jusqu'au point requis réaliser dans ces conditions un budget équilibré. 3) Pour des raisons semblables,
Carter a voulu éviter de «patroner» une nouvelle dépression. Les dirigeants savent qu'une augmentation sen- du dollar. sible du chômage, tandis le Parti démocrate, soi-disant «pro-ouvrier» contrôle à la fois la Maison Blanche et le Congrès, et commencent à se radicaliser, ébranlerait le système bourgeois tite jusqu'en son tréfonds. 4) Enfin, l'administration Carter a sans aucun doute été influencée par une théorie répandue qui Unis.
veut qu'une baisse de valeur du dollar par rapport aux devises étrangères ne pas trop grave, puisqu'elle aboutirait à un
Selon cette théorie, en abaissant le prix des exportations américaines (en yens, en marks, etc.) et en augmentant le prix des biens importés aux EtatsUnis, le dollar dévalué allait renforcer la compétitivité des américain
Men général. marché mondial et allait provoquer en demière analyse un renforcement du dollar. Ainsi, la chute du dollar était en réalité une bonne chose, tant à la pire qu'elle restait maitrisée et qu'elle ne provoquait pas de bouleversement sérieux du commerce
A la fin de l'an passé, les gouvernements japonais et européens disposant de monnaies relativement fortes commencèrent aussi à adopter des politiques plus inflationnistes en raison, partiellement, de la pression américaine.
Ces initiatives étaient cencées réduire les pressions sur le dollar de deux façons. Une croissance économique accélérée en Europe et au Japon fournirait des marchés en expansion aux produits américains, réduisant ainsi le déficit commercial américain. Et une dépréciation plus rapide du yen japonais, ouest-allemand importantes, réduirait leur moyens de thésaurisation, décourageant dans une certaine
Jusqu'à présent, cependant, la croissan ce accélérée en Europe et au Japon se fait encore attendre. Même s'il existe des signes de reprise économique dans certains de ces pays, le renversement de tendance a été trop faible, jusqu'ici, pour provoquer un rééquilibrage du commerce mondial. En outre, les prix au Japon, en RFA et en Suisse continuent de grimper plus lentement qu'aux Etats-
Ainsi, il n'est guère surprenant que les financiers soient pas laissés impressionner par la dernière déclaration de Carter sur le dollar. La crédibilité du Président auprès des banquiers subit une nouvelle dégradation du fait de l'accueil glacial reçu par la «phase 2» de sa politique salariale de la du mouvement ouvrier et des travailleurs Selon un «expert belge» "Le monde etait confronte cité par le magazine Time crise économique depuis 1929» (13 novembre).
Dans Newsweek du même jour, on pouvait lire : «Carter a dû accomplir quelques pas dramatiques; l'alternative était le risque sérieux d'un chaos financier à échéance de quel-
ques jours ou semaines. Mais la stratégie qu'il a adoptée, sous l'impulsion Secrétaire au Trésor Michael Blumenthal, aura été le plus important pari poliéconomique de carrière. En acceptant une pilule amère pour l'économie américaine dans les mois à venir, il parie que des mesures encore plus sévères pourront être évitées ultérieurement. Président issu du Parti démocrate, abandonne la priorité keynesienne accordée à la croissance et au plein emploi au profit d'une doctrine conservatrice rattachée aux périodes les plus difficiles et au Parti républicain depuis 30 ans. Son plan repose sur la simple pre somption que la nouvelle poliva fonctionner si l'inflation est réduite et si le dollar et l'économie sont fermement redressement ance électorale (1980), il sera pardonné».
Newsweek étayait son analyse en révélant que avait demandé à ses services de trouver encore au cing milliards de couper en plus dans le budget de l'année fiscale en cours qu'il pensait à opposer veto sur une demi-douzaine de lois adoptées par le Congrès, qui impliquaient des dépenses supplémentaires. Parmi ces dernières figurent une ajoutant 800 millions de dollars aux dépenses alimentaires destinées aux enfants et une augmentation de 1 milliard 600 millions de dollars de subsides fédéraux à la caisse de pension de la capitale. Nulle part, n'est évidemment fait mention de quelque veto que ce soit fait sur une augmentation de dépenses militaires.
Des coupes budgétaires de cette ampleur réduiraient déficit fédéral prévu à environ 34 milliards de dollars pour l'année fiscale en cours, alors juillet demier on prévoyait qu'il
Get demi. Mais le capital financier va, sans aucun doute, davantage. banquier suisse a déclaré à siècle que».
UNE RECESSION RAPIDE
ET MODEREE ?
début 1980.
techniques de précipiter de quelques crédit que engendreraient
Carter banque moins ment de dollars à de façon très graduelle...
Les économies et son continuer ment pendant quelque temps, duisant également les d'une nouvelle raréfaction de l'argent.
mesure hin 19 9tre le ciblet 1980 il prises.
crise, si continue son expansion pour production
1973-1974 et la crise qui en atteindrait les hausses amorties l'an prochain en con-
Newsweek : « Les gens doivent séquence payer le prix d'un quart de de croissance économitôt une Même s'il est impossible de prédire avec précision le rythme et l'ampleur des dépressions économiques, il est improbable bable est, que Carter voit se réaliser son vœu d'une récession légère et de courte durée, déjà surmontée au moment du début de sa campagne pour être réélu
La Federal Reserve a, sans l'ombre d'un doute, les moyens
June nouvelle dépression en l'espace semaines, mais elle ne le fera sans doute pas. Les réductions dramatiques de cela impliquerait une série de conserver centrale, par conséquent, envisage plus probableréduire le crédit obligatoire japonaise et européennes vont probableprogresser effets politique de Ainsi, la nouvelle crise peut le chômage bien supérieur à la « normale » persistera probablement jusqu'aux élections com-
Quant à l'ampleur de la l'économie nouvelle année, la doute la ou pire qu'en découlera revêtira des dimendrastiques pour permettre une nouvelle reprise.
Carter espère aussi que de son « programme anti-inflation ». Mais si l'expérience de 1973-1974 peut être de quelque aide, elle montre que les perspectives sont plunouvelle accélération des hausses de prix se prolongeant jusqu'à la prochaine crise.
La perspective la plus prodès lors, que millions de travailleurs perdent leur emploi tandis que les prix continuent à monter. Ceux qui ont la chance de garder un emploi devront serrer la ceinture du fait de la de leur pouvoir d'achat. Les millions de jeunes, de noirs, de femmes et d'autres actuellement au chômage ont devant DES CONTRADICTIONS INSURMONTABLES
Les travailleurs ne doivent aucune illusion accepter des augmentations de salaires limitées à 7% fixés comme «norme» par Carter ou une politique des revenus proposée par le dirigeant syndical George Meany, ne réduira en aucune façon les risques d'une nouvelle slumpflation. Le matraquage de la propagande de Carter centrée sur son « programme anti-inflation» veut convaincre les travailleurs que la seule façon d'éviter une
Best d'accepter des limid'augmentation de salaires - en réalité tions de salaires. Il s'agit à l'évidence d'un mensonge...
La surproduction et donc l'inflation sont devenues chrodepuis que boom d'après-guerre s'achève vers la fin des années 60. De «petites» dépressions comme celle de 1974-1975 ne peu- ne peuvent qu'éliminer partiellement surproduction et peuvent modérer l'inflation mais non en finir avec elle. Seule, une crise générale à l'échelle des années 1930 pourrait dégager la voie à une nouvelle période quelque durée d'une croissance
«saine» et de seront monnaies de papier de nouveau
craignent des bouleversements sociaux et des explosions politiques qui résulteraient inévitablement d'une telle catastrophe et ils se sont efforces de l'éviter.
Ainsi l'inflation en spirale et le chômage de masse sont les deux produits inévitables du capitalisme décadent. Ces deux maux ne peuvent être éliminés que d'une seule façon : l'abolition du système de profit et son remplacement par un
NOUVEAU
Voici quatre ans, éclatait dans le ciel apparemment serein de l'économie capitaliste mondiale un orage pays n'avait pu voir venir; tous l'attribuèrent aussitôt à la hausse des du pétrole de la fin 1973, et prédirent sa fin rapide et une nouvelle phase d'expansion sans nuages.
C'est le mérite de quelques marxistes - dont E. Mandel - d'avoir prévu expliqué la crise avant même qu'elle n'éclate au grand jour; aujourd'hui, alors que les explications bourgeoises de la crise se multiplient et se contredisent, la publication du livre de Mandel, composé à partir des cinq numéros spéciaux d'«Intentative dans le sens synthèse complète des faits et de leur explication marxiste.
La crise mondiale n'est due au pétrole, ni au «désordre monétaire», ni aux augmentations
«excessives» des salaires, encore moins aux «changements de mentalités». Mandel démontre qu'il s'agit sans aucun doute d'une crise classique de surproduction, dont la racine est une détérioration du taux de profit. Les gouvernements bourgeois croyaient fermement avoir éliminé les crises périodiques grâce aux techniques keynésiennes système planifié de production fondé sur la satisfaction des besoins humains.
L'hebdomadaire Newsweek essaya dans son numéro du 6 novembre 1978 d'expliquer pourquoi les électeurs s'abstiennent en masse aux élections, malgré leur préoccupation croissante de la situation économique. Il cite notamment un « expert» des sondages d'opinion en Californie, Mervin Field, qui déclare : « Les gens pensent
Ernest MANDEL LA CRISE 19741978 Les faits - leur interprétation marxist
Champs-Flammarion d'intervention de l'Etat et d'injection sélective de crédits dans le circuit économique. Mais ces manipulations, bien loin d'éliminer de l'économie capitaliste, ne font qu'en limiter l'ampleur; à la longue, elles aggravent contradictions l'inflation qu'elles déclenchent inévitablement.
L'originalité profonde de l'analyse de Mandel tient en un enrichissement de la théorie marxiste des crises cycliques lumière des «ondes longues» que subit le système : après une onde longue expansive (de 1945 à 1966 pendant laquelle les récessions étaient faibles et de courte durée alors que les «booms» étaient amples et prolongés, nous sommes entrés dans une onde longue dépressive aux caractéristiques inverses : suivies de récessions graves et de plus en plus longues. La récession de 1974-1976 est donc la première depuis le début de la nouvelle onde
Indiscutablement, une reprise économique s'est produite depuis 1976, mais très hésitante, inégale que c'est la faute du système. Ils ne croient plus que vous pouvez le changer en votant
Run candidat plutôt que pour un autre».
Ce début de prise de conscience de la part des travailleurs qu'il faut changer le système reflète un début de radicalisation qui s'accélèrera probablement dans la période à venir.
Le 18 novembre 1978 e selon les secteurs et les pays, et inflationniste : le caractère dépressif de l'onde longue actuelle rend difficile qu'il en soit autrement. Cette relance a surtout été favorisée par la politique d'expansion et de crédit facile menée par les USA. Mais la chute du dollar, l'inflation américaine et les mesures de restriction auxquelles Carter est contraint pour y remédier, vont probablement amener une nouvelle récession dans le courant ou la fin de 1979. Damoclès qui sont suspendues au-dessus de la tête du capitalisme
Men particulier le risque d'un krack bancaire; elles pourraient plus large et un effondrement du (fragile) système de crédits internationaux, avec des conséquences sur les réserves énormes dont disposent encore les principaux pays, USA, RFA et Japon.
Une vision mondiale et synthétique; des pronostics à long terme, maintes fois vérifiés par le passé et solidement étayés pour l'avenir; voilà qui fait de ce livre un instrument de travail précieux pour l'ensemble des militants ouvriers.