L'échange de diplomates entre la Chine et les USA vient consacrer le tournant politique et économique, intérieur et extérieur, précisé depuis quelques mois
PG
Depuis la rupture des relations privilégiées sino-soviétiques, le commerce extérieur de la Chine avait traversé une longue période de stagnation. Exportations et importations ont fluctué autour de la contre-valeur annuelle de deux milliards de dollars entre 1959 et 1971, les partenaires capitalistes (Hong-Kong et les pays impérialistes) se substituant progressivement à l'URSS et aux autres Etats ouvriers alliés à l'URSS.
La reprise du commerce extérieur date de 1972, ce qui prouve qu'il n'y avait pas, chez Mao, au cours de la Révolution culturelle, une doctrine d'autarcie, mais tout au plus la tentative de théoriser une situation de fait.
Entre 1972 et 1977, impor tations et exportations chinoises sont passées de la contre-valeur de deux a celle de plus de six milliards de dollars. En dehors du commerce avec HongKong - qui est en partie un commerce de réexportations - les principaux fournisseurs capitalistes de la RP de Chine étaient le Japon, la RFA et la France. En 1976, les principaux produits d'importation étaient le fer et l'acier (1,2 milliard de dollars), des machines et des moyens de transport (1,15 millard de dollars), les produits chimiques (400 millions de dollars) et du blé (330 millions de dollars, achetés surtout au Canada, en Australie et aux USA). Les principaux produits chinois exportés vers les pays
Chine la Chine dans par les dirigeants chinois. Ce tournant est ample; il comporte néanmoins des limites à ne pas oublier. impérialistes furent des produits textiles (630 millions de dollars), du pétrole (570 millions de dollars), les produits alimentaires et animaux (500 millions de dollars) et des vêtements (180 millions de dollars).
Jusqu'en 1978, le régime chinois a appliqué la règle de ne pas s'endetter à l'égard des pays capitalistes. Le volume des importations était donc dicté par celui des exportations, fût-ce sur une base pluri-annuelle. On a parlé à ce propos d'un mouvement en dents de scie, des déficits de la balance commerciale d'un ou de deux ans étant épongés par un recul brut des importations les années suivantes.
Ainsi, en ce qui concerne le commerce entre la Chine et la France, les exportations françaises sont passées de 400 millions de francs en 1973 à 770 1978, ce a millions en 1974, 1,6 milliard en 1975 et la même somme en 1976, ces deux années se soldant par un gros déficit de la balance commerciale chinoise, au total plus d'un milliard de francs. Les importations chinoises en provenance de la France sont ensuite tombées à 470 millions de francs en 1977 et à 580 millions de francs pour les huit premiers mois de 1978, ce qui a permis d'éponger 60% du déficit des deux années précédentes.
La réinsertion de
le marché mondial
Le «grand tournant» de 1978, c'est la décision du régime de Hua Kuo-feng et de Teng Hsiao-ping d'abandonner le principe de non-endettement à l'égard du capital impérialiste. Dorénavant, chinoise, non seulement accepte les crédits impérialistes, mais elle les sollicite activement. Elle accepte même le principe des joint ventures avec des firmes impérialistes. Des chiffres assez fantastiques ont été cités à ce propos. Selon le International Herald Tribune du 12 décembre 1978, le but du régime HuaTeng serait d'obtenir pour 100 milliards de dollars d'investissements des firmes impérialistes en RP de Chine d'ici 1985. Des lois spéciales sur «les sociétés étrangères », sur le rachat à terme des participations étrangères, et sur les brevets, seraient en préparation en vue de faciliter la réalisation de ces objectifs ambitieux.
Ce ne sont pas là les seuls chiffres exorbitants qui ont été mentionnés ces temps-ci dans la presse bourgeoise. Le chiffre de 350 milliards de dollars d'exportations occidentales dans une période décennale a été mentionné. Un autre chiffre, cité par The Economist (14 octobre 1978), est celui d'exportations impérialistes qui atteindraient 30 à 40 milliards par an à partir de 1985. Dans les deux domaines, celui des joint ventures et celui des exportations courantes, toute une série de
projets grandioses ont été mentionnés, parmi lesquels les plus importants sont les suivants : - La construction d'un nouveau bassin de mines de charbon au Hopei et Anhui par un consortium ouest-allemand, qui coûterait plus de 4 milliards de dollars. - La construction de trois charbonnages par le National Coal Board, pour un demi-milliard de dollars. - La construction d'un complexe sidérurgique de plus de 3 milliards de dollars, près de Shanghaï, par le
, japonais quoi s'ajouterait une usine de tubes construite par la Sumitomo Metal pour 500 millions de dol-
La construction d'une demi- douzaine de complexes chimiques et pétro-chimiques par des groupes japonais
(mais des Britanniques et des Allemands sont déjà entrés en concurrence avec ces projets !) pour un d'environ 500 millions de dollars.
Un projet de construction d'une usine de tracteurs, d'une fonderie et de centrales électriques par les groupes italiens FIAT, SNAM-
Progetti et GIIEE, pour une valeur totale d'un milliard de dollars.
La construction d'un nouveau complexe sidérurgique d'une valeur totale de plus de 10 (!) milliards de dollars par un consortium ouest-allemand dirigé par la Schloemann-Siemag.
L'accord franco-chinois, qui prévoit l'achat de deux centrales nucléaires par la Chine, pour une valeur totale de près de 2,5 milliards de dollars. - Le projet le plus important qui consisterait dans l'exploration et la mise en exploitation de par les impérialistes.
Nippon prend la total dial.
négociations en cours.
liste, afin d'exploiter la concurrence en vue de réduire autant que et (demain) le charbon et les perspectives nouveaux champs pétrolifères en Chi- Le développement des champs
One et dans la mer entourant les côtes chinoises, projet pour lequel les firmes japonaises, françaises, britanniques et américaines ont déjà soumis des offres et qui sera vraisemblablement partagé entre un certain nom- périalistes bre de consortiums différents. L'hebdomadaire Business Week (30 octobre 1978) mentionne à ce propos le chiffre de 50 milliards de dollars à investir en Chine, dont une partie non négligeable devrait être fournie Le moins qu'on puisse dire de ces projets, c'est que la manchette du Monde du 8 décembre 1978 («Après la visite de Monsieur Deniau en Chine: De grands contrats... sous réserve ») est fort appropriée. On coml'enthousiasme de la bourgeoisie impérialiste devant veille d'une nouvelle récession économique et au moment où des tendances à la stagnation et au protectionnisme marquent les autres secteurs du marché mon-
Les « réserves » en question portent sur quatre aspects des allemands,
La première, c'est que les dirigeants chinois sont d'habiles négociateurs et s'efforcent de susciter des contre-projets pour chacune des offres que leur fait telle ou telle puissance impériatel ou tel groupe privé, possible le coût de chaque pro- çaise jet. La deuxième, c'est que les possibilités d'exportation de la Chine, même dans des domaines «privilégiés » comme le pétrole minerais, sont incertaines et sucaution. Une grande ment dans les milieux spécialisés sur la quantité, la qualité à moyen terme de la production chinoise de pétrole (voir une étude détaillée dans la Neue Zürcher Zeitung du 13 octobre 1978).
pétroliers off-shore est fortement lié au transfert de technologie américaine, et subordonné à des conditions politiques. Le moment à partir duquel le charbon et les minerais produits grâce aux crédits imseront disponibles pour l'exportation est incertain, etc., etc.
En outre, comme l'indique l'article précité du Monde, « des achats massifs de matières premières à la Chine risqueraient de perturber les échanges commerciaux mondiaux. A supposer, par exemple, que la France doive acheter du minerai de fer pour décrocher un contrat avec la Chine, faudrait-il qu'elle répare le tort fait ainsi à la Mauritanie en augmentant l'aide publique à ce pays ?».
La troisième, c'est qu'une partie non négligeable des crédits impérialistes devraient servir à l'acquisition de matériels militaires par la RP de Chine. Dans son numéro du 6 octobre 1978, la Far Eastern Economic Review énumère une liste de desideratas chinois à ce propos, sans doute non exhaustive : système italo-allemand de téléguidage pour blindés, avions de combat britanniques et ouesthélicoptères français, blindés allemands, etc. Or, la pression du Kremlin pour entraver ou retarder de tels projets - et la menace de réduire de manière draconienne les importations soviétiques en nance de pays qui ne tiennent pas compte de ce veto - n'est pas sans portée. On connaît aussi les réserves de Washington concernant la fourniture frand'équipements électronucléaires à la RP de Chine.
La quatrième - et c'est de loin la plus importante - concerne la nécessité de financer tous ces projets pendant une phase intermédiaire assez longue, au moyen de crédits occidentaux. Or, l'ampleur de ces crédits serait telle qu'elle poserait des problèmes et pour les impérialistes et pour la bureaucratie chinoise.
Déjà l'inflation du crédit à certains pays semi-coloniaux et dépendants, ainsi qu'aux
pays de l'Est, a posé des problèmes pour le système bancaire international. Créer un troisième « collecteur» où s'amoncellent des dizaines de milliards de prêts non immédiatement remboursables - nourri le plus souvent par des dépôts à court terme comme les « pétro-do]lars » ou demain des « pétro-DM»
«pétro-ECU»-, augmenter encore la vulnérabilité d'un système international de crédit déjà très déséquilibré.
Du côté de la bureaucratie chinoise, pragmatique et opportuniste autant que celle du Kremlin, il y a cependant une limite aux concessions et à la dépendance à l'égard de l'impérialisme qu'elle ne sera pas prête à transgresser, limite liée à sa nad'une caste bureaucratique dont les privilèges et le pouvoir sont fondés sur la propriété collective des moyens de production, sur l'abolition du mode de production capitaliste. Croire qu'elprête à «réintégrer» l'économie marché mondial au point où elle perdrait le contrôle de la dynamique économique, c'est-àdire où la loide la valeur dicterait dorénavant les priorités du développement, c'est oublier cette nature sociale, c'est crole au mythe maoïste (ce n'est pas un mauvais calembour !) de la restauration à froid du capitalisme, c'est croire à la prédominance d'une mythique «fraction restaurationniste» à la tête de la bureaucratie chinoise.
A notre avis, ce sont là des mystifications qui s'avèreront comme telles, comme elles se sont avérées comme telles lors des débats occidentaux sur la réforme Liberman de l'économie soviétique ou le développement spectaculaire du commerce Est-Ouest, au début de la récession 1974-75.
Pour toutes ces raisons, l'ampleur du développement du commerce extérieur chinois restera en-deçà des extrapolations fébriles des gouvernements et milieux d'affaires impérialistes, à la recherche d'un avenir meilleur, face à la stagnation relative de leurs marchés traditionnels.
Mais même dans le cas du parler d'une nouvelle «grande alliance», d'une nou-
«sphère de co-prospérité sino-japonaise », faire miroiter la perspective d'échanges commerciaux portant sur 100 millards de dollars pour la période 1985-1990 (Far Eastern Economic Review du 3 novembre 1978) comme l'a fait le ministre japonais Komoto - qui ignore manifestement quelle sera la conjoncture internationale, et même la conjoncture japonaise en 1985, pour ne pas dire en 1990 ! - c'est prématuré excessif.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'il s'agit d'une petite affaire. Elle aura surtout un impact important sur l'économie japonaise, la mieux placée pour exploiter cette ouverture inespérée, comparable à celle de l'Ostgeschäft de l'impérialisme ouest-allemand dans les années 70, ou en la dépassant même en ampleur.
Quant aux changements que cette réorientation de l'économie de la RP de Chine provoque et provoquera dans la gestion et l'organisation des entreprises nationalisées chinoises elles-mêmes, ils rappellent partiellement des changements apportés en après le premier Plan quinquennal (réintroduction du système de rentabilité individuelle des entreprises; généralisation du système contractuel; généralisation du travail à primes, etc.), partiellement des changements introduits Hongrie, en Pologne et en Roumanie, sous la pression brusque expansion du commerce extérieur lOuest. A ce propos, on pourrait avoir des surprises avec l'utilisation du vocabulaire « autogestionnaire » par la bureaucratie chinoise, recouvrant (comme en Roumanie) une réalité fort différente de celle de la Yougoslavie, pour ne pas dire de celle qui anime des milieux d'extrême-gauche en France. Mais cela mérite un examen à part plus détaillé.
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