«Trop général et peu clair», tels sont les termes, selon Agence yougoslave Tanjug (édition anglaise du 18-19 octobre 1978), avec lesquels la Chambre des Républiques et Provinces de l'Assemblée a rejeté le plan de développement présenté en octobre par le gouvernement yougoslave. Ce dernier avait jusqu'en décembre pour revoir son projet, que la presse yougoslave a durement critiqué. Borba (Belgrade du 29 octobre), par exemple, affirmait que le document ne contenait pas d'analyse approfondie des objectifs que la précédente Résolution «n'a pas atteints et (qui) ne permet pas en conséquence d'analyser les causes des différences entre le plan et ses résultats». (RFE, novembre 1978).
Ce n'est pas la première fois qu'un projet gouvernemental est ainsi rejeté. Mais les commentaires de la presse et l'empleur des problèmes posés donnent à ce camouflet une importance particulière. Ce qui est exigé n'est rien moins qu'un premier bilan d'application du nouveau système mis en place récemment. On sait que la phase de libéralisme économique débridé introduit par la réforme de 1955 avait conduit à un démantèlement profond de la planification au profit des lois du marché avec leur lot de conséquences : accroissement des inégalités et des conflits sociaux et nationaux; tendances
Yougoslavie
Une Chambre de l'Assemblée a rejeté le plan de développement du gouvernement yougoslave à la restauration de rapports capitalistes dans l'économie yougoslave (1)... Le début des années 70 avait vu un tournant dans la politique officielle : répression de toutes les oppositions au nouveau cours centralisateur, mise en place par éta- cote dame pes d'un nouveau système de production codifié dans la Constitution de 1974 et surtout dans la «loi sur le travail associé », votée fin 1976. Le XIe Congrès de la LCY, qui s'est déroulé en juin demier, a insisté sur le «rôle dirigeant du parti» dans l'établissement des nouveaux rapports autogestionnaires. Mais il ne disposait pas encore d'un recul suffisant pour tirer un premier bilan de cette mise en place. S'il est certain que le contexte international a introduit, dans les années récentes, tant du côté du COMECON que des pays capitalistes, des difficultés supplémentaires pour l'économie yougoslave, les problèmes majeurs sont d'origine interne. L'ARRIERE-PLAN INTERNATIONAL
La récession capitaliste mondiale avait provoqué un retournement en 1974 dans les grandes tendances des échanges yougoslaves : bien que les pays de la CEE fussent les principaux partenaires, on avait noté alors une augmentation substancielle des accords à long terme signés avec les pays du COMECON
Le système yougoslave
face à ses impasses
(en même temps que la recherche de nouveaux marchés avec les pays producteurs de pétrole). Les restrictions imposées par les pays capitalistes eux-mêmes à leurs importations avaient durement touché la Yougoslavie (en particulier pour ses exportations de viande). L'année 1976 voit pourtant un nouveau retourement qui semble s'être confirmé jusqu'alors, à savoir la tendance à réduire les échanges avec le COMECON et la recherche d'accords privilégiés avec les pays de la CEE.
Les principaux problèmes survenus avec les pays de l'Europe de l'Est ont été tout d'abord l'incapacité de l'URSS à tenir ses engagements quant aux énormes crédits promis en 1973; et d'autre part la qualité médiocre des produits de ces pays et la recherche par les dirigeants yougoslaves d'une technologie avancée. Pour finir, les modifications du système des prix introduites par l'URSS en 1976 diminuent l'avantage relatif des prix du COMECON par rapport aux prix mondiaux capitalistes.
Le déficit du commerce extérieur avec la CEE reste considérable en 1977 (2400 millions de dollars de déficit avec la CEE, soit 55% du déficit total du commerce extérieur yougoslave). Les mêmes tendances se sont poursuivies en 1978, mais avec l'engagement
de dures négociations qui viennent d'aboutir en octobre avec la proposition de la CEE d'un accord préférentiel avec la Yougoslavie pour cinq ans.
La Yougoslavie continue par ailleurs son ouverture aux investissements étrangers, sous forme de joint ventures - investissements mixtes dont 51% des fonds au moins doivent être yougoslaves. Mais sur les dix années d'expérimentation de tels investissements mixtes, les résultats sont considérés comme très modestes, malgré les assouplissements introduits par les dirigeants titistes pour attirer les capitalistes défiants envers les contraintes du système de production yougoslave. Les 170 accords conclus en dix ans n'ont été financés que pour un cinquième par capitaux étrangers, dont les fonds équivalent à 350 millions de dollars sur toute cette période. LES IMPASSES DU NOUVEAU SYSTEME
Les résultats globaux depuis le Xe Congrès de la LCY en 1974 sont loin d'être tous négatifs. Selon le rapport officiel rapporté dans Politika, du 21 juin 1978, concernant lévolution des quatre dernières années, l'industrie a crû de 33%, l'agriculture a permis de couvrir
L'achat d'une automobile «Zastava pour un kilo de sucre, de 56 à 35 minutes... la consommation interne, lemploi a augmenté à un taux de 4,5% par an et le pouvoir d'achat s'est accru de 25% en cing ans. Autrement dit, si l'économie yougoslave a subi les répercussions et les pressions de l'environnement économique mondial, elle n'a pas connu de récession comme l'ensemble des pays capitalistes pendant la même période. Toutefois les problèmes principaux restent le chômage et un ensemble de données, allant de la faible compétitivité à un endettement extrêmement grand des entreprises et à un fort taux d'inflation, données qui renvoient toutes, à un degré ou à un autre, aux mécanismes d'investissement et de détermination des prix et reve-
Le chômage (environ 800000 personnes selon l'annuaire statistique yougoslave) est aggravé par la masse des travailleurs immigrés (environ 800000) dont le retour se fait à un taux de quelque 60 à 80000 par an. Il se compose essentiellement de tous ceux qui recherchent un emploi non agricole, c'est-à-dire des jeunes et de la masse des petits paysans dont le lopin de terre, souvent inférieur à cinq hectares, ne leur permet pas un niveau de vie suffisant et qui cherchent également les avantages de sécurité sociale de au chômage.
l'inscription n'existe théoriquement pas de cause de rentabilisation et toute entreprise exigeant des modifications de l'emploi doit faire l'objet d'un reclassement préalable. Il n'en demeure pas moins que le chômage, dans les conditions objectivement difficiles d'un pays au départ très agricole, a été le résultat de toute la période de libéralisation
750» exigeait en 1965, 770 journées de travail (sur la base du revenu moyen par personne) et en 1977 trois fois moins. Pour la même période, le rapport est de 103 à 29 jours pour l'achat d'un téléviseur et de 80 à 20 jours pour l'achat d'un réfrigérateur.
Il fallait en 1965 consacrer toute la paie d'un mois pour l'achat d'un costume d'homme, en 1977 moitié moins. Pour un kilo de pain, le rapport est de 26 à 15 minutes; pour un kilo de viande de bœuf, de 4 heures à 1 heure 52 minutes; pour un litre de lait, de 28 à 16 minutes;
(Source : «Journal des syndicats yougoslaves», novembre-décembre 1978)
et d'ouverture frontières à la concurrence internationale, où le démantèlement de la planification ne permettait pas d'assurer un plein emploi de l'ensemble de de travail rendue disponible par l'exode rural en pre-
Les autres maux de l'économie yougoslave renvoient souvent à ce que les dirigeants appellent « indiscipline», «insuffisance du contrôle social sur la reproduction » (les investissements), etc. Il faut rappeler en deux mots que le nouveau sysbien qu'ayant porté coup d'arrêt au libre jeu des lois du marché, reste distinct de la planification centralisée de type soviétique en ce qu'il se combine à l'autogestion. Il faut bien entendu étudier comment se pratiquent réellement les déci-
La population agricole était de 67,2% en 1948, contre 33% en 1975. Il y avait en 1947 près de 1,2 millions de travailleurs dans le secteur social, contre près de 5,2 millions en 1978.
(Source : «Journal des syndicats yougoslaves», novembre-décembre sions dites autogestionnaires (en particulier quelles couches sociales prennent et contrôlent ces décisions) pour comprendre les impasses du système actuel. En principe, la nouvelle «loi sur le travail associé» de 1976 dond'autogestion (ceux des entreprises, mais aussi des localités, communes, républiques, système de «délégations» et de «communautés d'intérêts» (2) des pouvoirs de contrôle sur l'ensemble du surproduit social. Mais d'une part, il est censé être le produit d'une élaboration longue, tenant compte des plans locaux de développement; d'autre part, il laisse une assez grande autonomie aux Républiques constituant la Fédération yougoslave et aux plans locaux de développement. Enfin, la part du surproduit social qui va a la consommation collective (école, santé, creches, etc.) est de plus en plus gérée par les fonds propres des « communautés d'intérêts » associant travailleurs et utilisateurs de ces services. Les prix eux-mêmes doivent l'objet « d'accords autogestionnaires » qui impliquent une élaboration très complexe à tous les niveaux pour apprécier par des critères mun la valeur du travail réalisé à chaque niveau.
Mais la pratique, c'est plus de quarante heures de travail par semaine pour les travailleurs,
qui combinent souvent, vu le faible revenu dont ils disposent, leur travail légal avec un travail au noir. C'est le poids décisif des «spécialistes» dans la présentation des objectifs de développement, qui ne laisse aucun moyen réel pour les travailleurs de décider en connaissance de cause de tout ce qui dépasse le «tangible », de tout ce qui n'est pas conditions de travail et revenu individuel et collectif à court et moyen termes. Il suffirait d'ailleurs de ne mentionner que l'absence de temps pour contrôler les autres choix, pour expliquer que les travailleurs n'y participent pas vraiment. La pratique, c'est enfin l'absende possibilités réelles de débats politiques permettant à de grandes orientations nationales divergentes de se confronter et d'éclairer les choix du parti l'interdit.
Le rejet par la Chambre des Républiques du plan gouvernemental a été motivé, on l'a dit, par l'imprécision de l'analyse des causes du décallage entre les résultats et les plans votés antérieurement. C'est dire que l'on manque encore de données, pour illustrer, au niveau de ces résultats, les rapports de forces sociaux. Mais il semble que la situation combine plusieurs caractéristiques d'une part, par rapport à la pé-
1965-1971, période d'application de la réforme décentralisatrice, un meilleur respect de certains grands choix de développement qui témoigne d'une reprise en main partielle par la bureaucratie fédérale des planification dans le domaine des grands investissements en matières pre-
Get dans celui des fonds de développement des régions les plus arriérées. Ceci s'accompagne d'un non respect des accords et plans établis localement et régionalement, que ce soit au niveau des prix ou à celui des investissements. Mais là encore, il semble qu'il faudra analyser de façon différente les résultats selon les branches : on a dit que les travailleurs étaient les mieux à même de contrôler et de peser sur ce qui relevait de leur propre consommation.
Et il semble en effet que les services collectifs se soient développés plus que ne le prévoyaient les plan fédéraux dans la dernière période. Par contre, il semble aussi que les conflits et grèves (voir ci-dessous) soient accentués dans les entreprises liées à la production et que l'objet de ces conflits résidait souvent dans la part respecAu cours des trois dernières années, on a construit 687 écoles, 429 hôpique d'autres établissecomptait un médecin pour 770 habitants, ce qui correspond au niveau des pays développés. En 1976-1977, il y a eu un quart de plus d'étu1973-1974. En trois ans on a cons-
(Source : «Journal des syndicats yougoslaves», novembre-décembre personnel et celle attribuée aux investissements productifs dirigeants d'entreprises voulant augmenter les secondes au détriment des premières contre le point de vue des travailleurs). VERS UNE NOUVELLE CHASSE AUX MILLIARDAIRES •?
Si la bureaucratie yougoslave a ceci de commun avec ses sœurs de l'Est de maintenir contre vents et marées le système du parti unique, elle dispose de multiples rouages (dont l'autogestion n'est pas un des moindres) de contact (contrôle) avec les masses permettant à la fois aux conflits sociaux de s'exprimer et d'être émoussés, décentralisés. Il n'est donc pas étonnant que même dans les discours officiels, les tensions sociales de la la société yougoslave soient transparents. Or, on a vu dans les tous derniers mois, de nombreux articles de la presse yougoslave retranscrire des discours de hauts dignitaires du régime décrivant l'accroissement des inégalités sociales et le détournement des droits des travailleurs au profit des technocrates.
* La diminution du poids des travailleurs dans les organes d'autogestion a été dénoncée avec beaucoup de publicité dans plusieurs organes de la presse yougoslave à l'occasion de l'analyse des grèves. C'est Nica Jovanov (qu'on appelle familièrement le «Docteur es-grèves» qu'il a présenté ment - et obtenu - une thèse de doctorat sur l'analyse des grèves en Yougoslavie), haut responsable des syndicats yougoslaves, qui a été le plus loin dans ces analyses. Interviewé à plusieurs reprises (voir dans Vjesnik des 27 août et du 2 septembre et l'hebdomadaire Start du 6 et 20 septembre), il a carrément déclaré que le renforcement institutionnel des conseils ouvriers s'est affirmé en même temps qu'une décroissance du poids social des travailleurs en leur sein (3) : « Les gens appartenant à ce que nous appelons les structures hiérarchiques ont commencé à s'installer eux-mêmes dans la structure d'autogestion de la société et d'y assumer des positions-clé, ce qui n'avait pas été prévu. C'est pourquoi en une période de temps relativement brève, le nombre de travailleurs dans les conseils ouvriers a chuté jusqu'à 55%, alors que les technocrates gagnaient une influence décisive en leur sein. Une situation paradoxale a surgi: les conseils ouvriers ont commencé à renforcer leur position en tant qu'institutions au moment où leur composition sociale (et aussi leur influence) n'était pas ouvrières. C'est pourquoi il y a eu aussi des membres des conseils ouvriers parmi les travailleurs qui se sont mis en grève. » (Vjesnik, cité du 2 septembre). Jovanov a d'ailleurs ajouté que ce déclin du poids des travailleurs était systématique, non seulement à l'Assemblée nationale, mais aussi dans la LCY et les syndicats.
* Du plus haut intérêt est également la façon dont il cerne le mécanisme des prises de décisions que nous avons évoqué plus haut et les conclusions qu'il en tire : «Il n'y a pas d'autre moyen d'harmoniser et de résoudre les intérêts nombreux et contradictoires que de présenter différentes alternatives. Cela signifie que chaque proposition doit être présentée sous différentes versions (...), en in-
diquant quelles seraient les conséquences de chaque alternative avancée.» (ibid).
question des inégalités sociales a ressurgi dans la presse de ces derniers mois à plusieurs reprises ainsi qu'au congrès des syndicats qui s'est tenu en cœur de ce problème on retrouve la dénonciation de la place occupée par les intermédiaires financiers et commerciaux dans un système qui reste très décentralisé. Au point que Jovanov déclare que « toutes les banques nationalisées» (ibid.) (4), reprenant ce faisant déclaration Bakaric, un des principaux leaders croates du régime, membre de la Présidence d'Etat et du Praesidium parti. Jovanov précise que l'échelle des salaires entre un travailleur d'usine et certains dans les banques va de 1 à 15 et parfois de 1 à 25 (ibid.); et il montre comment de telles inégalités se retrouvent dans d'autres manifestations de la vie quetidienne.
Le dirigeant croate déjà évoqué, a, quant à lui, dans une interview reproduite dans plusieurs journaux (en particulier Vjesnik des 23-24 septembre - RFE du 28 septembre) attaqué le secteur privé, en particulier la location d'appartements et de maisons comme source d'abus, y compris de la part de fonctionnaires du parti. Il a réaffirmé non pas l'éventualité d'une suppression de ce secteur, mais une limitation plus strictement surveillée (qui rende impossible l'emploi de plus de cinq salariés, ou dans les locations, les « maisons de quelques lits »... ou encore la possession de véritables chaînes de location par l'attribution des appartements à différents membres d'une même famille, les limites de la loi,
Mais les attaques les plus virulentes viennent de Jure Biblic (Président de l'Assemblée croate) qui a déclaré au journal Vjesnik du 21 octobre 1978 -RFE du 8 novembre 1978) que «le nombre des billionnaires avait crû en Yougoslavie de plusieurs milliers dans les années récentes». Il a cité des exemples pris à nouveau dans le secteur privé (locations de maisons, de bateaux). D'après l'anstatistique yougoslave de 1977, il y avait en 1975 envi-
250000 personnes (en dehors de l'agriculture) travaillant dans l'artisanat ou autres petites entreprises privées. Cela représente 5% de la force de travail employée dans le secteur socia-
Un des problèmes essentiel que pose ce secteur a été dénoncé par Tito en septembre (dans Tanjug du 8 septembre 1978) dans le fait que les personnes travaillant dans le privé camouflent leurs revenus et ne paient pas les taxes qui leur correspondraient. Le Monde du novembre citait l'interview de Jure Biblic en notant les risques de troubles sociaux (Biblic parle même de « guerre civile ») que le maintien de cette situation pourrait introduire.
Le récent congrès des syndicats est revenu, quant à lui, sur un autre aspect des inégalités sociales qui est le mode même d'évaluation des revenus (5). Comment mesurer « à chacun son travail » dans des secteurs aussi différents que ceux de la production, ceux des services et du commerce ? Pendant toute une période, la tendance en Yougoslavie a été en réalité que chacun soit payé non pas tant «selon son travail», mais selon les résultats du travail sur le marché. Le coup d'arrêt porté à la Réforme économique et au libre jeu des lois du marché s'est également manifesté dans les débats sur le mode de détermination des revenus dans le sens d'une remise en cause (encore très théorique) de tout avantage de revenu provenant d'une meilleure position sur le marché. On a recherché par contre critères d'évaluation qui tiennent compte (et stimulent) des progrès effectifs dans l'organisation collective, la productivité du travail. Mais un autre critère intervient jusqu'alors : la «qualité» du travail (le type de responsabilité, d'efforts, de qualification...). Ce qui parition de privilèges évidente
(pour les bureaucrates «compétents» particulier). Mais aussi une source de transfert de valeur du secteur productif vers le secteur commercial et financier. « En règle générale, le commerce ne partage pas le destin de la production, ne supporte pas les mêmes risques et se crée un revenu trop élevé par rapport à sa contribution. Certaines organisations commerciales imposent aux organisations de la production des conditions permettant le transdes revenus indépendemment de la véritable contribumun. » (Spiljak, Président des syndicats yougoslaves, cité par Le Journal des Syndicats yougoslaves de novembre-décembre 1978 - compte-rendu du récent
Un des points soulevés dans ce cadre par le congrès des syndicats a été la nécessité de revaloriser le travail productif, et en particulier les travaux manuels les plus pénibles. UNE LEGALISATION DES GREVES ?
Ces inégalités selon les secteurs expliquent selon Jovanov (interview citée) pourquoi les grèves touchent essentiellement les travailleurs productifs. Selon lui, elles se sont développées dans la période récente, ce qui relance le débat sur leur légalisation. Jovanov évoque à ce propos les débats qui ont eu lieu au moment de l'adoption de la nouvelle « loi sur le travail associé » de 1976; il confirme publiquement que les dirigeants yougoslaves se sont divisés sur la question d'une légalisation des grèves : le résultat fut que la loi ne mentionne pas le problème et qu'en pratique les grèves sont tolérées: Il est à noter que le congrès des syndicats n'en a pas parlé. La position de Jovanov est donc encore très marginale; il considère qu'il est faux de dire, comme dans les pays de l'Est, que les travailleurs feraient grève « contre eux-mêmes»; les grèves manifestent au contraire des disfonctionnements du système d'autogestion et des conflits sociaux réels. Jovanov critique les pratiques souvent en vigueur où «le directeur d'usine,
le secrétaire du parti et le dirigeant du syndicat prennent des décisions à huis clos et puis contraignent les travailleurs à voter» (RFE du 6 septembre 1978); il ajoute que beaucoup de dirigeants syndicaux et d'organisations du parti défendent plutôt les intérêts des technocrates que ceux des travailleurs. Souvent, dit-il, les organisateurs de la grève sont punis et même licenciés de leur travail ou renvoyés du parti et Jovanov suggère que ce soient les fonctionnaires du parti et du syndicat qui soient punis... (ibid).
Ces déclaration rendues publiques par la presse n'ont nullement été dénoncées jusqu'alors par les dirigeants yougoslaves. Il s'agit manifestement d'un point de vue actuellement débattu au sein de la LCY dans l'optique de la nouvelle Bible du régime que représente le récent livre de Kardelj «Les voies du développement du système politique de l'autogestion», qui explique ce que doit être le «pluralisme» autogestionnaire yougoslave.
Le point de vue de Jovanov contradictoire maintien d'une conception bureaucratique de la société yougoslave où le monopole du parti reste maintenu ? Dans d'autres interviews que nous avons citées (cf. Inprecor no 24, mars 1978), nous montrions le point de vue «bureaucratique intelligent» que peut représenter Jovanov (ce qui ne supprime pas l'intérêt évident de ses déclarations et l'importance qu'aurait leur application pour les travailleurs yougoslaves) : en citant l'exemple polonais explosives de la Baltique, il défend l'idée que la situation sociale est bien plus contrôlable, bien moins dangereuse pour le régime en laissant les tensions s'exprimer et en droit de grève. exemples yougoslaves, il montre combien les conflits restent limités. localisés et vite résolus quand surgissent dans un climat de tolérance.
Il est clair que dans le point de vue défendu par Kardelj, principal théoricien du régime, les syndicats et l'Alliance sociadirigé par la essentiel, en de tels rouages les de la société.
PRECEDENTS NUMEROS des staliniens
Inde (14 décembre 1978).
dit Jovanov, des syndicats» par yougoslaves légalisant le telle indépendance devrait impli-
Prenant des bats d'orientation souvent desquels puissent les grèves
Ceci qu'un semblant réel se soit manifesté
(sorte de front de masse
LCY) jouent un tant que l'orientation de la LCY, et que d'autant plus efficaces qu'ils sont capables de capter les tensions réel.
ficielle
DANS NOS no 38: Le traité de paix sino- japonais, un accord signé sur le dos des peuples d'Asie; Mexique : le populisme sans avenir du parti au pouvoir;Zimbabwe:
la dernière période de Smith ?;
Algérie : vers l'autodissolution unique; France : le mouvement de mars; Livres : L'URSS no 39: Nicaragua : déclaration du SU de la IVe Internationale;
Iran : la colère des masses; A bas le Shah : déclaration du SU de la IVe Internationale; Maroc :
ne continuité et changements ne suppriment pas les contradictions; Document : un nouveau
«complot» trotskyste en Tchecoslovaquie; Chine:l 'heure de la contre
«démaoïsation» (30 novembre).
Grande-Bretagne année du ment Callaghan; RFA : les sidérurgistes pour les 35 heures; Pépour une république ouvrière et paysanne; Index des articles pasyndicats.
rus dans «Inprecor» en 1978;
Tchecoslovaquie : lettre de Petr
Uhl au ministère de l'Intérieur;
RDA : après le Congrès Bahro;
Le mouvement des femmes en
De là à accepter, comme le
NOTES
«l'indépendance à rapport
1) Cf.
l'Alliance socialiste et à la LCY, il y a un pas que les dirigeants
Cf.
2)
n'ont certes pas
1978)
franchi, au delà des déclarations formelles. Pour être réelle, une
3)
Ce
4)
quer la possibilité que les syndicats connaissent de réels déde tional ment émerger des directions divergentes de celle de la LCY.
le est manifestement exclu
5)
dans le régime actuel. On peut même souligner combien, après d'autonomie au sein l'entreprise.
des syndicats yougoslaves en 1968-1971, il fut rapidement étouffé. L'absence de prise de position, et même de débat public sur la question du droit de grève lors du récent congrès syndical montre encore, s'il le fallait, que les syndicats sont l'expression de l'orientation ofdominante, et d'elle seulement, aujourd'hui.
Néanmoins, les analyses qui faites des inégalités, dans le contexte des discours contre les milliardaires, quent qu'une série de mesures sera sans doute prise. Incontestablement le régime est à nouconfronté à cruciaux concernant le secteur bancaire et commercial (en particulier d'import-export) secteur privé dans le sens d'un contrôle social plus effectif des fonds qui s'y accumulent. On peut exclure, comme en 1972, une réédition de la «lettre de Tito» qui avait impulsé une mini-«révolution culturelle» les abus et les milliardaires. Mais on peut penser que les dirigeant yougoslaves n'y auront recours qu'après avoir épuisé les moyens plus contrôlés d'une intervention plus offensive de la LCY à travers les
Décembre 1978 «Critique communiste», no spécial 18/19.
«Inprecor» no 24 (mars sur «Le nouveau système d'autogestion».
que nous avions dénoncé dans «Inprecor» de mars 1978
En Yougoslavie, les banques ne sont pas pour autant privées, elles sont propriété sociale. Ici, le terme
«nationalisation» vise à décrire une recentralisation au niveau nanécessaire par rapport à la décentralisation actuelle qui stimule développement de formes de propriété de groupe.
Cf. «Inprecor» no 24. Dans le cadre de limites fixées par la loi, c'est le Conseil ouvrier qui détermine la répartition du revenu global de