Inprecor 1974–2004

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ESPAGNE

Un an après le pacte d'austérité

· Inprecor n° 41-42, 30 décembre 1978 · p. 25-30 · 4 766 mots

État espagnol Économie mondiale

Jesus ALBARRACIN Pedro MONTES

Les accords passés entre le gouvernement Suarez et les partis ouvriers majoritaires (PSOE et PCE), connus sous le nom de «Pacte de la Moncloa» (octobre 1977), marquent nouveau pas dans la politique de collaboration de classes de ces partis et dans les plans de la bourgeoisie pour faire face à la crise économique. La bourgeoisie avait essayé, de nombreuses fois auparavant, de ré soudre la crise ou d'en atténuer les aspects les plus graves; mais sa situation politique délicate, l'inévitable changement de ré-. gime à réaliser et la mobilisacroissante des masses avaient fait échouer ces plans les uns après les autres; la détérioration de la situation économique allait donc s'accélérant, marquée par un chômage croissant, une inflation galopante, un déséquilibre extérieur insup-

Get une crise dans de nombreux secteurs et entrepri-

Le gouvernement formé après les élections de 1977 élabora un programme, le plus complet et le plus cohérent de tous ceux qui avaient été pensés auparavant; mais il fut très vite évident qu'il serait quasiment inapplicable sans la collaboration active des partis ouvriers réformistes. Jusqu'aux élections, le PSOE et le PCE avaient maintenu une attitude éclectique combinant l'opposition aux plans de la bourgeoisie (en partie parce que leur statut d'opposants renforçait leur

Espagne situation en vue de leur légalisation) et la collaboration, exprimée par des concessions successives dans le cadre de leurs exigences sur le changement politique, comme par exemple la constitution d'organismes d'opposition interclassistes et l'absence quasi-totale de luttes contre la bourgeoisie s'appuyant sur les mobilisations de masse.

Leur attitude changea partir de leur entrée dans le jeu politique parlementaire : ils se mirent à collaborer ouvertement, justifiant ce changement par la nécessité inéluctable de résoudre la crise économique, pour «consolider la démocratie», pour « éviter la régression politique» ; ce qui, pour ces partis ouvriers, supposait de renoncer aux programmes sur lesquels ils avaient mené leurs campagnes électorales. Comme prix de leur collaboration, la bourgeoisie transforma de façon marginale son programme économique (sur le terrain du blocage des salaires par exemple, il y eut moins de rigueur), et ajouta au noyau essentiel de son plan un certain nombre de «contreparties» dont le était d'en faciliter l'acceptation par les travailleurs. Ces « contreparties», souvent, étaient des déclarations vagues et imprécises, portant tout sur des réformes nécessai. res au système lui-même, et seulement dans certains cas isolés représentant de réels avantages économiques et politiques pour les travailleurs.

Un an après le

pacte d'austérité

Comme il n'y avait rien d'autre à espérer après la signature du Pacte que la démobilisation et le renforcement de la politique de collaboration pratiquée par le PSOE et le PCE (son expression la plus claire étant le « consensus électoral»), les «contreparties» n'ont pas été, pour l'essentiel, concrétisées, ce que les partis ouvriers eux-mêmes reconnaissent aujourd'hui. Ainsi, le Pacte de la Moncloa s'est trouvé réduit à ce qu'il voulait être : un programme économique d'austérité permettant à la bourgeoisie de faire face à la crise en préservant ses intérêts et dont l'objectif politique était d'affaiblir les mobilisations en cours des travailleurs. LE CONTENU ECONOMIQUE DU PACTE DE LA MONCLOA : UN PLAN D'AUSTERITE TYPIQUE

Les élections générales du 15 juin 1977 se sont déroulées dans un contexte économique sans aucun doute grave : rythme d'inflation supérieur à 25%; déficit de la balance des paiements estimé alors à plus de 4500 millions de dollars pour 1977; réserves de devises inférieures à 4000 millions de dollars; chômage nettement supérieur à un million de personnes pour une population active de 13,3 millions; faillites d'entreprises, secteurs entiers en crise ouverte, et par

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ailleurs des perspectives sombres quant à la production et aux investissements.

première mesure prise par le gouvernement récemment formé fut une forte dévaluation de la peseta dont le taux de change passa de 70 pesetas pour un dollar à 87 pesetas pour un

Ceci permit d'arrêter brutalement la spéculation l'ampleur de la mesure provoqua un retour immédiat de nombreux capitaux; en y ajoutant l'entrée des devises du tourisme concentrée sur les mois d'été et les avantages concédés aux exportations, la situation de la balance des paiements put être rétablie de façon radicale, les réserves en devises augmentant rapidement.

autres problèmes restaient entiers. accords économiques du Pacte de la Moncloa signés quatre mois plus tard incluaient un programme dont les objectifs étaient les suivants : a. Faire disparaître ou atténuer les déséquilibres du système en matière de déficit extérieur ou d'inflation. b. Obtenir une nouvelle distribution des revenus favorisant la reconstitution des profits. c. Créer les conditions permettant l'«assainissement» du système économique par la disparition des entreprises peu productives ou peu équipées pour la concurrence. d. En liaison avec ce qui précède, commencer une série de restructurations sectorielles et de réformes institutionnelles corrigeant les points faibles du système économique espagnol. 1. Blocage des salaires. Le point essentiel du Pacte fut l'imposition d'une limite de 20% à l'augmentation des salaires pour l'année 1978. L'attaque que cela impliquait pour les travailleurs doit être mesurée à partir du fait que le taux d'inflation prévu pour 1977, au moment de la signature du Pacte, était de l'ordre de 28-30% (l'inflation par la suite n'atteignit que 26,4%).

L'argument avancé pour justifier ce blocage était que si l'indescendre à 16%, l'augmentation moyenne des prix entre 1977 et 1978 serait équivalente à l'augmentation moyenne des salaires durant ces deux mêmes années; les travailleurs ne connaîtraient donc pas de baisse de leur pouvoir d'achat. La signification de ce blocage par rapport aux luttes des travailleurs doit être considérée à partir du fait que tout au long de la crise, ils avaient imposé dans les négociations des augmentations de salaires dépassant bien souvent 2.Politique monétaire. A partir du mois de juillet 1977, le gouvernement eut pour objectif de diminuer la croissance de la masse monétaire des 21% annuels enregistrés à ce moment à 17% à la fin de l'année, taux accepté par les signataires du Pacte de la Moncloa comme objectif pour 1978. En prenant en compte les rythmes d'inflation en cours, la diminution prévue de la masse monétaire supposait un renforcement des restrictions monétaires déjà adoptées au milieu de 1977. Cette diminution était considérée comme nécessaire pour freiner le processus inflationniste, mais avait aussi pour objectif de contraindre à la restructuration des secteurs en crise selon les critères capitalistes et épurer l'appareil productif des entreprises marginales en accélérant la dévalorisation du capital global du système. 3. Les dépenses publiques. Les possibilités sur ce terrain étaient très limitées: la participation du secteur public dans l'ensemble de l'économie espagnole est très modeste si on la compare d'autres pays industriels avancés; ceci impliquant entre autres que les dépenses publiques sont soumises à de fortes pressions à la croissance, parfois impossibles à réfréner, de par la quantité des revendications non satisfaites.

Le Pacte de la Moncloa prévoyait une extension de l'assurance-chômage (qui ne concerne même pas la moitié des chômeurs), une amélioration des pensions, en particulier les plus basses, et un investissement de 40000 millions de pesetas pour créer des établissements scolaires (chiffre très en deçà des besoins). Malgré tout, l'intention du gouvernement était de contrôler strictement les dépenses publiques et d'en modérer la croissance. On limita à 18% l'augmentation des cotisations patronales à la sécurité sociale pour 1978, alors que l'accroissement moyen de ces quatre dernières années 30% annuels (c'était d'ailleurs là une autre mesure visant à augmenter les bénéfices entreprises); d'ailleurs commencé à avoir des répercussions sur les dépenses d'assistance médicale, le non élargissement du nombre des bénéficiaires de l'assurance-chômage, etc. INFLATION ET BLOCAGE DES SALAIRES

Si l'on considère le taux d'inflation au moment de la signature du Pacte de la Moncloa, on doit reconnaître que depuis lors, celui-ci a sensiblement baissé, en particulier tout au long de l'année 1978; les prédans l'accord s'avérèrent donc en pratique approximativement justes. De janvier à décembre 1977, l'augmentation du coût de la vie fut de 26,4%. Mais en 1978, cette augmentation se réduira à 1617%, l'augmentation ayant été de 14% durant les dix premiers mois. Il faut pourtant nuancer ce succès de la politique d'austérité. On peut considérer que 4% de l'augmentation du coût de la vie sont la conséquence directe des 20% de dévaluation de la peseta en juin 1977, alors réévaluation de 1978 peut avoir entraîné une réduction du taux d'inflation de l'ordre de 1%. Si l'on tient donc compte de l'évolution du taux de change de la peseta, la baisse du taux d'inflation ne serait pas de 10% comme on peut le croire, mais à peu près 5%.

Malgré tout, la bourgeoisie et les réformistes peuvent présenter la réduction du taux d'inflation comme l'une des conséquences positives du Pacte de la

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partir de celle-ci). Mais globa- croissance mondiale prévue

Moncloa, bien que le rythme de hausse des prix soit encore le double de ceux enregistrés généralement en Europe. La politique salariale tracée dans le Pacte de la Moncloa s'est réalisée dans ses grandes lignes : le blocage des salaires a été accepté de façon générale, et là où les conditions étaient particulièrement défavorables aux travailleurs, la croissance des salaires n'a pas même atteint le maximum fixé. La tendance antérieure marquée par des augmensalariales supérieures au coût de la vie a donc été brisée; de même que la dynamique des révisions semestrielles enregistrée lors des années précédentes; enfin, il faut noter que les travailleurs ont été affectés de façon très inégale par cette politique : les travailleurs des grandes entreprises où les traditions de lutte sont les plus fortes ont obtenu des augmentations plus importantes que ceux des petites entreprises; les augmentations des salaires en pourcentage ont défavorisé également certaines catégories de travailleurs,

Cette évolution globale défavorable pour les travailleurs s'est produite malgré leur opposition active. Ils n'ont pas réussi à faire sauter les verrous de la législation issue du Pacte de la Moncloa, ni à s'opposer efficacement à l'attitude des directions réformistes; ils se sont de plus heurtés à un climat économique général très détérioré qui rendait difficile la satisfaction de leurs revendications.

La participation des travailleurs aux conflits du travail a été très intense durant les premiers mois de l'année (les grèves du premier trimestre 1978, liées en majorité aux renégociations des conventions, ont vu la participation de plus de trois millions de travailleurs, alors qu'un million 600000y participaient pour la même période en 1977). Toutefois, ces grèves ont été moins longues (trois jours par travailleur en moyenne pour le début 1978 et 7 jours pour le début 1977); cela semble indiquer qu'à l'exception de quelques conflits très durs, ces mobilisations ont été avant tout un moyen de pression des travailleurs pour la défense de leurs salaires et qu'elles sont restées globalement sous le contrôle des directions réformistes.

En conséquence, la répartition des revenus au niveau national a été modifiée approximativement de 1% aux dépens des salaires et en faveur de «l'excédent d'exploitation».

Même en supposant que les salaires aient augmenté maximum prévu (à peu près égal à la hausse moyenne du coût de la vie en 1977 et 1978), la masse salariale n'aurait pas augmenté d'autant, puisqu'il la part correspondant aux travailleurs ayant perdu leur emploi (au premier semestre 1978, 1,5% de la population active) et qui n'ont pas bénéficié de l'augmentation des 3% enregistrée au niveau du PNB. Mais il faut signaler toutefois que cela ne signifie pas que les profits aient augmenté de façon sensible, car cette croissance de la production, de même que celle des resalariaux, en particulier de l'agriculture qui a connu en 1978 une conjoncture extrêmement favorable (l'augmentation de son PIB être estimée à environ REDUCTION DU DEFICIT DE LA BALANCE DES PAIEMENTS

Les résultats obtenus sur ce terrain sont très favorables à la bourgeoisie. Les faits les éloquents sont les suivants : en 1976, le déficit de la balance des paiements a été de 4300 millions de dollars. En 1977, il était réduit à 2500 millions de dollars et un solde légèrement positif est prévu pour cette année. Les réserves en devises qui en juillet 1977 (c'est-àdire à la date de la dévaluation) étaient de 3700 millions de dollars, ont atteint plus de 10000 millions de dollars fin 1978. Il faut bien sûr considérer dans cette croissance le rôle important de la spéculation (sorties de capitaux jusqu'à la dévaluation et entrées de capitaux à lement, ces résultats ont été obtenus grâce à une forte augmentation des exportations, au tourisme et à la stagnation des importations. Ils ont toutefois bénificié de conditions très particulières qui ne se renouvelleront pas en 1979. Au cours de l'année 1978, les exportations ont bénéficié des avantages dûs à la dévaluation de la peseta de juin 1977. Ces avantages auront disparu en 1979 alors que les différences de taux d'inflation et la relative réévaluation de la peseta en 1978 (qui n'a pas suivi le dollar dans sa ront la compétitivité des exportations espagnoles. De plus, la diminution de la demande terne qu'impliquait la politique d'austérité a poussé des secteurs entiers à rechercher des marchés extérieurs, prix non rentables; les difficultés de réduction de l'emploi limitant les possibilités de la production, et l'austérité n'ayant pas été accompagnée de progrès significatifs dans la restructuration de l'appareil productif, certains secteurs ont maintenu un niveau de production artificiellement élevé.

Cela a eu pour conséquence nombreux secteurs et un nombre élevé d'entreprises connaissent une situation pire qu'avant la signature du Pacte de la Moncloa, ce qui représente un frein, non seulement pour le développement, même sur ces des exportations, surtout pour une éventuelle reprise d'investissements.

Les importations,

Sont été affectées par la récession et par les conditions météorologiques favorables qui ont permis une meilleure utilisation du potentiel hydro-électriréduisant d'autant les achats de pétrole.

Globalement, sur les 3% de croissance du PNB en 1978, 2% peuvent être attribués aux exportations. Il est peu probable que de tels résultats puissent se répéter dans le futur, tout au moins avec cette ampleur, tant à cause des facteurs mentionnés précédemment, qu'à cause du ralentissement du rythme de la

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pour 1979. Il ne faut toutefois pas sous-estimer les possibilités à court terme que donne à la bourgeoisie cette balance des paiements largement positive, qui lui permet de parler de reprise pour 1979; reprise qui ne se verrait pas limitée pendant une période non négligeable par des problèmes de financements extérieurs, bien que, comme nous l'avons vu, les conditions qui ont produit cette amélioration peuvent la rendre plus passagère que les chiffres le suggèrent à première vue. LA POLITIQUE D'AUSTERITE ET LA SITUATION ECONOMIQUE GENERALE

Les limites imposées aux hausses de salaires, les restrictions monétaires et la dévaluation de la peseta devaient conduire à une expansion de la demande externe et à une contraction de la demande interne. Depuis la dévaluation, la lente croissance enregistrée au niveau de l'activité industrielle, bien que globalement celle-ci soit restée à un niveau bas, a eu pour cause la forte expansion des exportations industrielles. Stimulées, comme nous l'avons vu, non seulement par leur meilleure compétitivité après la dévaluation, mais aussi par les difficultés d'écoulement sur le marché intérieur. Au contraire, les investissements, de par les réductions du crédit, ont continué à diminuer.

Les restrictions du crédit, fin de 1977 allaient bien au-delà des objectifs précédemment fixés, ont conduit nombre d'entreprises au bord de la crise. Les faillites, les cessations de paiement se sont multipliées, créant un sentiment généralisé d'inquiétude et d'insécurité dans l'ensemble du système économique et même au sein du système bancaire qui, durant les premiers mois de 1978, a maintenu de fait les restrictions au crédit en l'absence de clients sûrs.

L'amélioration relative ultérieure n'a cependant pas conduit à un changement d'attitude chez les capitalistes qui continuent à prendre en considération d'autres facteurs fondamentaux pour projeter l'accumulation, lesquels n'ont guère changé tout au long de l'année 1978. Parmi ces facteurs, il faut inclure la sous-utilisation de l'appareil productif, un taux de profit tés certains secteurs productifs de base.

En conclusion, l'investissement en 1978 va connaître un taux de diminution de l'orde la consommation (1,5%), fait que le maintien de l'activité économique résulte de la croissance des exportations (12%).

Lorsque le Pacte de la Moncloa a été signé, tous les plans de la bourgeoisie prévoyaient pour 1978 une croissance nulle ou très légèrement positive du PNB, conséquence inévitable de la politique d'austérité. Il est possible d'affirmer aujourd'hui que l'année va se terminer avec une croissance du PNB de l'ordre de 3%. La chute des investissements a été supérieure aux prévisions, la consommation a crû plus qu'il n'était prévu, avant tout à cause des augmentations salariales des travailleurs du service public et des revenus agricoles, et les exportations ont joué un rôle plus important qu'on ne l'avait pensé.

On ne peut toutefois pas qua-

3% de reprise et pour plusieurs raisons : en premier lieu parce qu'ils se fondent sur le recours aux marchés extérieurs, utilisés, nous l'avons vu, comme un moindre mal étant donné la situation interne; en second lieu, parce que les récoltes exceptionnelles enregistrées en 1978 ont joué un rôle important et finalement parce que cette évolution ne s'est accompagnée d'aucune reprise de l'accumulation. nouveau n'est intervenu dans la situation économique, autorisant un pronostic favorable pour 1979; en particulier, de compétitivité du capitalisme espagnol ne s'est pas amélioré de façon significative.

L'AUGMENTATION DU CHOMAGE

Jusqu'au Pacte de la Moncloa, la crise économique s'était répercutée sur le marché de l'emploi à travers divers mécanismes. En premier lieu, les jeunes arrivant en âge de travailler ne trouvaient pas d'emploi et seule une petite partie d'entre eux était comptabilisée dans les statistiques officielles concernant le chômage. En second lieu, l'augmentation tique de la productivité de l'agriculture espagnole signifie une diminution de la population active agricole de l'ordre de 5% par an; mais, à la différence des années antérieures à la crise, main-d'œuvre agricole n'a pas trouvé d'emploi dans l'industrie ou les services et la soupape de sécurité que constituait l'émigration n'a pas

Et, pour jeunes arrivant sur le marché du travail, seule une partie de ces chômeurs sont inclus dans les statistiques puisque, selon la définition officielle, les journaliers sans travail sont consi dérés comme population inactive. Il faut ajouter également les émigrants retournant en Espagne dont le nombre est évalué par TOCDE à 184000 pour la période allant du début de la crise à la fin de 1976 et qui ont contribué significativement à l'augmentation du nombre des chômeurs.

Fin 1977, les statistiques officielles reconnaissaient un nombre de chômeurs légèrement supérieur au million (soit 7,8% de la population active). Mais le pourcentage de la population active par rapport à la population en âge de travailler s'est modifié petit à petit, passant de 51,4% en fin 1973 à 49% en 1977, comme conséquence du fait que les jeunes, les femmes, les journaliers ne sont pas comptabilisés comme chômeurs.

Depuis la signature du Pacte de la Moncloa, la situation la situation s'est sensiblement aggravée. Les jeunes, comme auparavant, continuent à grossir les rangs des chômeurs non officiel-

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lement reconnus dans les statistiques. L'augmentation de la productivité dans l'agriculture continue à réduire la main-d'œuvre à la campagne sans que les travailleurs journaliers, qui en sont la principale victime, soient considérés comme des chômeurs.

Mais pour la première fois depuis le début de la crise, l'emploi dans l'industrie et les services a été diminuant. Durant le premier semestre 1978, 213000 travailleurs ont perdu leur emploi, 69000 dans l'agriculture, 144000 dans l'industrie et les services, bien que grace aux exportations, la production ait légèrement crû en 1978.

En tant que capitalisme relativement peu développé, composition organique du capital est plus faible en Espagne que dans d'autres pays plus avancés et c'est là la cause productivité et d'une compétitivité inférieures. Pour améliorer celles-ci, il est nécessaire de restructurer l'appareil productif, éliminant les structures de production peu efficaces, réduisant les petits ateliers dans certains secteurs, etc.

Bien qu'en 1978, cette restructuration n'ait pas progressé significativement qu'actuellement l'emploi moins rigide à la baisse qu'il ne l'était sous la dictature. Des secteurs entiers frappés par la crise ont recours à l'expédient dit de « régulation de l'emploi», ce qui a signifié la perte de leur travail pour de nombreuses personnes, en même temps que disparaisd'entreprises.

En conséquence, bien qu'on puisse parler d'une restructuration en profondeur de l'appareil productif, la diminution de 144000 postes de travail dans l'industrie et les services peut indiquer le début de celle-ci qui, si elle se confirme, signifiera une augmentation beaucoup plus importante du chômage. Ferrer Salat, le Président du grand patronat, montre qu'il connaît bien les problèmes fondamentaux du capitalisme espagnol lorsqu'il demande plus de «flexibilité» quant aux statuts de la petite entreprises. Au niveau de l'emploi, les conséquences du Pacte de la Moncloa ont donc été aussi graves qu'il était possible de le prévoir. Le taux de chômage est déjà l'un des plus élevé d'Europe et tout indique qu'il va croître fortement. LES PROJETS DE RECONVERSION DE LA BOURGEOISIE

Si le blocage des salaires et la politique d'austérité ne s'accompagnent pas d'une restructuration de l'appareil productif, la bourgeoisie n'aura pas réussi à améliorer sa production dans le cadre d'une concurrence internationale accrue. A cet égard, on peut dire que rien n'est joué, la bourgeoisie n'ayant pu, jussignificativement dans ce sens et les travailleurs maintenant une grande résistance face à la possibilité de perte de leur emploi.

La durée de la crise et sa complexité ont placé des secteurs entiers dans une situation insoutenable qui exige de mettre fin aux conditions de surproduction; cela implique dans presque tous les cas la suppression d'un grand nombre de petites et moyennes entreprises.

Les commandes de navires ont chuté spectaculairement et la construction navale est entrée en crise ouverte; la demande de produits sidérurgiques s'est réduite et la concurrence s'est aiguisée, ce qui a eu de graves conséquences sur un secteur conséquences désuet et qui est soutenu diffigrâce à la pratique du dumping;

l'industrie automobile, avec une capacité de production très largement excessive (SEAT en particulier) doit envisager une restructuration profonde; le secteur textile, en crise permanente, est en position de plus en plus difficile sur les marchés interationaux, etc. Ce sont là des exemples de secteurs importants qui vont très vite se trouver dans une situation invivable.

facteurs se greffés structurelle défavorable, quée par une productivité faible, des coûts de production élevés et une distorsion entre la capacité de production et la demande (des excédents pour certains produits sidérurgiques et des déficits pour d'autres par exemple).

La bourgeoisie a très peu avancé dans la résolution de ces problèmes. Dans le cas de la construction navale, rien n'a été fait, sinon retarder toute mesure; dans la sidérurgie, aucun plan précis n'a été établi et les discussions se concentrent sur la manière de socialiser les pertes; la vente de SEAT à

FIAT reste en discussion et comme conséquence, les mesures de restructuration sont sussendues, etc.

Au-delà des autres problèmes politiques, les facteurs les plus importants qui ont, dans certains secteurs, empêché une solution rapide, ont été l'opont été l'opposition des travailleurs à des projets qui en général impli-

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DU MOUVEMENT TROTSKYSTE D'AVANT LA GUERRE.

420 pages. 35 F au lieu de 58.

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quaient de nombreux licenciements et les difficultés, dans un contexte d'austérité et d'assainissement du système financier, de mener à bien les reconversions nécessaires. Mais il ne fait aucun doute que l'absence de solution concrète à court terme, l'absence de mesures signifiant une amélioration de la situation pour la bourgeoisie, hypothèque, à long terme, la position du capitalisme espagnol dans le contexte international. LES PERSPECTIVES POUR 1979

Alors que le mois de novembre est déjà bien avancé, et que s'approchent les négociations pour les contrats collectifs les plus importants, un nouveau pacte social se substituant à celui, dépassé, de la Moncloa, n'est toujours pas signé. Les partis ouvriers majoritaires ont des positions divergentes sur qui doit négocier et sur la durée du pacte (gouvernement-syndicatsd'une année pour le PSOE et l'UGT; trois ans et participation des partis politiques aux négociations pour le PCE et les Commissions ouvrières). Mais par-delà ces divergences, se maintient leur volonté de collaborer avec la bourgeoisie afin de la sortir de la crise, ce qui contraste avec les difficultés concrètes de signature du nouveau pacte. Ceci s'explique avant tout par l'importance du problème du chômage, dont aux travailleurs qu'il va aller s'aggravant, et par les difficultés de mettre en pratique une politique de blocage des salaires.

Pour éviter l'accroissement du chômage, il serait nécessaire de créer plus de 200000 emplois nouveaux en 1979. Les économistes bourgeois considèrent qu'une croissance du PNB de l'ordre de 4-5% est nécessaire pour atteindre un tel objectif, mais ils oublient que l'étape initiale d'une reprise se traduit par une augmentation élevée de la productivité et n'implique donc pas immédiatement un accroissement de la demande de travail. Le gouvernement a adopté cette perspective d'expansion modérée, mais en insistant sur le fait qu'elle n'est possible que sur la base du maintien du blocage des salaires. Deux facteurs peuvent, selon les économistes officiels, permettre une telle reprise : le maintien du développement actuel des exportations et une forte reprise des investissements (de l'ordre de 8-9% pour 1979). En résumé, le gouvernement et les partis ouvriers réformistes ne peuvent présenter de plan impliquant une aggravation du chômage; c'est pour cela qu'ils ont opté pour une expansion modérée. C'est un choix qui a des limites très précises et qui implique de nombreuses contradictions.

Les résultats favorables au niveau des exportations obtenus en 1978 (12% en termes réels) ne se répéteront pas, tant à cause de la baisse d'activité prévue au niveau de l'économie mondiale que par l'épuisement des avantages de la dévaluation. Une nouvelle dévaluation comme l'ont demandée récemment les industriels d'Euskadi - ce qui reflète les problèmes actuels du d'exportation - impliquerait une augmentation des réserves encore plus importante qu'actuellement; cela poserait de sérieux problèmes pour la mise en pratique de la politique monetaire et aupisement les l'inflation.

Les possibilités d'une reprise significative des investissements sont encore plus réduites. 1979 ne sera pas une année calme au plan politique, ce qui ne favorisera pas le développement de l'accumulation. plus, comme nous l'avons vu, le taux de profit n'a pas augmenté de façon suffisante, la capacité de production non utilisée n'a pas été absorbée et auprogrès significatif n'a été fait dans la restructuration des secteurs en crise. Dans ces condans quel secteur les capitalistes seront-ils motivés pour investir ?

La mise en pratique d'une politique de pacte social n'est pas exempte d'autre part de contradictions ni de difficultés. Il est plus difficile aujourd'hui d'imposer le blocage des salaires qu'au moment de la signature du Pacte de la Moncloa. Le niveau auquel les salaires devront être bloqués sera plus bas puisque l'inflation prévue est moindre, ce qui, traduit en pesetas, signifiera des chiffres d'augmentation inférieurs ceux prévus par le Pacte. Par ailleurs, les travailleurs ont déjà fait l'expérience d'une telle politique et ont compris que si l'inflation a été réduite grâce à leurs sacrifices, ils n'ont obtenu, en contrepartie, qu'une augmentation du chômage. Enfin, il est peu probable que l'inflation se réduise à un taux annuel de 9% le prévoit le gouvernement; le dépassement de ce pourcentage signifierait tôt ou tard une pression pour dépasser les limites fixées par la politique de blocage des salaires. D'ailleurs, le gouvernement semble avoir renoncé à une limitation des augmentations salariales de l'ordre de 10%, et commence à admettre qu'elles peuvent atteindre 14% (il est probable que 1978 se termine avec une augmentation des prix de l'ordre de 16%).

La mise en pratique de la politique monétaire implique également des contradictions. Elle ne peut continuer longêtre aussi restrictive que maintenant à cause de ses effets sur le chômage et sur la crise de nombreuses entreprises. Mais si la pression se réduit, si le taux de croissance de la masse monétaire atteint des pourcentages de l'ordre de 20-22%, le risque d'une relance de l'inflation sera grand sans que l'on assiste en contrepartie à une reprise des investissements qui, nous l'avons vu, dépend d'autres facteurs.

Seule une politique d'austérité à outrance peut solutionner les problèmes du capitalisme espagnol; mais l'augmentation du chômage qui s'ensuivra et les restructurations de nombreuses entreprises qu'elle implique rendent son application particulièrement difficile. C'est pourquoi, dès que la bourgeoisie enregistrera quelques miers résultats positifs, elle sera tentée de réduire ses pressions. Cela explique la politique modérément expansive pour laquelle semble opter le gouvernement; mais loin de solutionner les problèmes du capitalisme espagnol, elle risque de les

20 novembre 1978

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