Par Robert Crémieux Pendant un mois, du 19 novembre au 19 décembre 1996, les associations de chômeurs ont manifesté, pétitionné, occupé des locaux publics. C'était une première en France. Le mouvement autonome des chômeurs n'a, en effet, que quelques années d'existence. Et les confédérations syndicales ont échoué, ou ne se sont pas souciées, d'organiser les chômeurs dans un pays ou le taux de chômage officiel est désormais de 12,7 % ! Cette mobilisation des sans-emploi a été favorisée par un scandale assez énorme. Le régime d'assurance-chômage, l'UNEDIC, affichait en 1996 un excédent de 13 milliards de francs. Cette trésorerie confortable provient essentiellement des critères sélectifs qui écartent plus d'un chômeur sur deux de toute allocation. Aussi convient-il de rajouter aux chiffres officiels du chômage tous ceux qui ne s'inscrivent plus ou émargent à des systèmes de secours caritatifs ou institutionnels sans être comptabilisés comme demandeurs d'emploi. L'UNEDIC SANS LES CHOMEURS Du 19 novembre au 19 décembre l'UNEDIC, organisme gestionnaire de l'assurance-chômage réunissait son instance de décision pour décider de l'affectation des 13 milliards de francs d'excédent, du taux des cotisations des salariés et des patrons et du montant des indemnisations versées. On comprend que les chômeurs se soient sentis motivés pour manifester leurs revendications. Ils réclamaient un relèvement des indemnités, le versement d'une allocation à tous les chômeurs, la fin du système de « dégressivité ». Cette dernière disposition est particulièrement cynique puisque l'allocation est diminuée périodiquement de 17 % tandis que le chômage de longue durée augmente. Le paradoxe est que les chômeurs ne , coger par la sont pas représentés dans l'instance UNEDIC qui délibère de leur sort. Il s'agit d'un organisme paritaire, cogéré par les organisations patronales et les cinq confédérations syndicales (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC). Les mouvements de chômeurs revendiquent, avec des nuances selon les organisations, leur participation aux décisions de l'UNEDIC ainsi qu à la gestion de l'ANPE (Agence nationale pour l'emploi), organisme public qui gère les demandes et les offres d'emploi. L'ÉMERGENCE D'UN MOUVEMENT DE CHOMEURS. Les organisations de chômeurs indépendantes des syndicats ne sont pas une nouveauté. Le MNCP, la plus ancienne, existe depuis dix ans. Mais elles étaient peu apparues sur le devant de la scène sociale. A la fin de 1996, les médias grand public ont enfin découvert leur existence et titré sur « la négociation UNEDIC sous la pression des chômeurs ». Il est vrai que les
France trois principales associations de chômeurs ont mené une action unitaire pendant toute l'année 1996. Agir ensemble contre le chômage (AC !) regroupe des salariés appartenant à divers syndicats et des chômeurs, membres ou non d'associations de chômeurs. AC ! peut se définir comme un carrefour de luttes contre le chômage. AC ! joue un rôle unificateur non négligeable. L'APEIS, Association pour l'entraide, l'information e a solidarité, est une organisation de chômeurs proche du part communiste. L'APEIS est surtout active dans les municipalités communistes de la région parisienne. Le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP) fédère des maisons de chômeurs. Le MNCP mène à la fois une action revendicative et une activité d'accompagnement de la vie quotidienne des sans-emploi. Il faut ajouter à ce tableau que la jonction s'est faite en 1996 avec les mouvements contre "'exclusion sociale. Diverses associations, telles que DAL (Droit au logement), CDSL (Comité des sans-logis) ou Droits devant ! ont participé à la mobilisation, se sentant concernés à juste titre par le combat des chômeurs. Des syndicats, en dehors des confédérations syndicales, ont également manifesté leur présence à leurs côtés. Il faut mentionner la FSU (enseignants), SUD, le Groupe des 10 (syndicats autonomes), certaines fédérations CFDT. ENCORE UN EFFORT Les résultats de la négociation UNEDIC traduisent un nouveau rapport de forces. Il n'est pas suffisant pour que les revendications essentielles des chômeurs aient été prises en compte. Mais plusieurs dizaines d'organismes dépendant de l'UNEDIC ont été occupés et puis évacués par la police. Un local du CNPF, la principale organisation patronale, a été également occupé à Paris par une centaine de chômeurs, à l'initiative d'AC ! et du MNCP. Toutes ces manifestations ont eu un certain écho. Pour la pre mière fois depuis plusieurs années, la négociation UNEDIC ne s'est pas conclue par une aggravation du sort des chômeurs. Quelques petits pas en avant ont même été enregistrés. Quelques centaines de francs supplémentaires prélevés sur la cagnotte de 13 milliards ont été accordés aux chômeurs. La dégressivité a été adoucie (elle n'intervient qu'après chaque période de six mois au lieu de quatre). Cependant, les revendications essentielles demeurent : droit au travail ou revenu décent pour tous, représentation des associations de chômeurs dans les organismes qui les concernent. Ces objectifs seront au centre des préoccupations des collectifs unitaires qui se mettent en place pour participer à la Marche européenne contre le chômage, la précarité et l'exclusion du printemps prochain. Ainsi 1997 promet d'être une bonne année pour le développement des luttes des chômeurs en France. *