Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI-LANKA

Contre le FMI et la guerre

· Inprecor n° 410, février 1997 · p. 15-17 · 1 920 mots

Économie mondiale Syndicalisme

Dans l'entretien qui suit, Vickramabahu Karunarathne réaffirme des revendications que le gouvernement srilankais préférerait ne pas écouter : retrait de toutes les troupes gouvernementales des régions tamoules, respect des droits humains et civils dans le reste du pays et rejet des réformes économiques inspirées par le FMI. Entreitien avec Vickramabahu Karunarathne Porte-parole du NSSP (section de la QI au Sri-Lanka) Propos recueillis par Peter Lindgren de Internationalen Inprecor : Quels sont les effets des diktats du FMI et de la Banque mondiale sur le Sri Lanka ? Vickramabahu Karunarathne : Cette politique introduite par le gouvernement précédent, a été un désastre pour les travailleurs ainsi que pour la majeure partie de la population rurale. Il y a eu une paupérisation dans tous les secteurs. Mais c'est surtout les ravages dans les zones rurales qui ont provoqué le renforcement de la lutte pour la libération des Tamouls. En ce qui concerne le Sud du pays, la paupérisation rurale a contribué à la croissance du Parti JVP (organisation nationaliste cinghalaise). Le FMI fait des campagnes pour réorienter la production agricole vers l'exportation et il explique que, si on veut attirer des investissements, il faut que la terre soit une marchandise. En d'autres termes, les paysans sont poussés à vendre ou à louer leurs terres et à devenir des ouvriers agricoles sur des plantations orientées désormais vers l'exportation de nouveaux produits dont par exemple le tabac. Le résultat est que des familles de paysans doivent travailler uniquement pour payer leur dette croissante aux propriétaires multinationaux. Certaines multinationales ont même demandé à l'État de leur permettre d'assurer des tâches sécuritaires autour de leurs plantations. Nestlé est une des

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Vickramabahu Karunarathne multinationales qui a le plus de responsabilité dans ce domaine. • Quid sur les communautés de pêcheurs ? De grandes compagnies privées, essentiellement coréennes et japonaises, mettent en danger les conditions de vie des petits pêcheurs. Désormais de grands bateaux disposant de la technologie la plus moderne, peuvent pêcher beaucoup plus près des côtes, alors que les petits pêcheurs ne peuvent pas aller plus loin que 8 à 10 km des côtes où ils ne trouvent plus de poissons. La technologie « sophistiquée » détruit en réalité des grandes quantités de poissons ainsi que de végétation sous-marine. C'est donc un désastre non seulement social mais également écologique. Des groupes de pêcheurs se sont associés à notre campagne contre la privatisation. Par ailleurs, la technologie des multinationales fait également des ravages sur les terres qu'elles exploitent. • Quelles sont les réactions des paysans ? Il y a déjà eu des protestations contre les multinationales sur une grande échelle. Les campagnes menées en Inde contre

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* SRI-LANKA Nestlé et d'autres firmes ont eu un écho positif dans notre pays. Des ONG constituées par des paysans ont, elles aussi, rejoint notre campagne contre la privatisation. Cest ainsi qu'au mois d'août 1996 notre parti, le NSSP, a participé à une campagne dans une zone du centre-nord proche de la région tamoule. Y ont participé aussi des organisations paysannes, des groupes locaux pour la protection des ressources naturelles de même que des travailleurs du secteur électrique, des banques, préoccupés à leur tour par les privatisations. Nous avons organisé des sit-in au centre de la capitale de la province en obligeant la police à renoncer à toute tentative de répression à notre égard. • Et dans les villes? Dans les villes également la privatisation provoque des souffrances. De nombreux travailleurs ont été licenciés et dans la plupart des cas les maigres indemnités obtenues se sont rapidement évaporées à cause de l'inflation. Ceux qui ont préservé leur travail sont surexploités et privés des droits civils sur leurs lieux de travail. Les droits syndicaux sont également limités. Les privatisations sont en train de poser une nouvelle question nationale au centre de l'ile. Des compagnies qui contrôlent les plantations privatisées prétendent que les travailleurs n'ont aucun droit à la terre. Par conséquent les jeunes sans-emploi sont chassés des plantations ce qui vant des ouvriers dans les plantations n'ont pas d'autre choix que de lutter contre le système. • Est-ce que ces effets sont à l'origine des grèves dures dans la première moitié de 1996 ? Justement, même des ministres ont dit reconnaître la légitimité des revendications des grévistes. La grève des travailleurs de l'électricité a été particulièrement importante, elle a provoqué pratiquement un black-out à l'échelle nationale pendant environ une semaine, malgré la répression du gouvernement. Une grève chez Télécom a été aussi l'objet de la répression gouvernementale, de même qu'une grève symbolique de solidarité organisée par des employés de banques. • Mais le nouveau gouvernement de l'Alliance populaire ne devait-il pas représenter une alternative de gauche? L'Alliance populaire est arrivée au pouvoir grâce à l'aide des dirigeants ouvriers droitiers des secteurs de l'industrie et de la plantation. Dans son programme électoral elle s'était engagée à rompre avec la politique servile vis-à-vis du FMI et de la BM ; à retirer l'armée du Nord ; à conclure un accord d'autonomie; à réaliser des changements constitutionnels pour mettre fin au système présidentiel dictatorial et à adopter une charte pour les ouvriers et pour la défense des droits civils et humains. Une fois au pouvoir ces engagements ont été oubliés. Notamment les orientations du gouvernement sur la question tamoule se sont avérées inacceptables même aux yeux des courants les plus modérés comme le EPDP, qui pourtant soutient le gouvernement.

• Quel rôle joue le NSSP dans les mouvements de resistance ! Après avoir réussi à protéger notre meeting du ler mai 1996 face à la répression, nous recevons de plus en plus de demandes de participer à des meetings un peu partout dans le pays. Les gens considèrent que le NNSP est un parti qui veut s opposer à la répression. Dans le futur, nous avons l'intention d'esquisser un programme commun qui puisse obtenir un large soutien. Nous nous sommes engagés à lancer en commun avec des syndicats, des groupes politiques, des intellectuels, des ONG, des groupes paysans et des organisations de jeunesse une campagne contre la politique du FMI et la BM et contre la guerre raciste dans le Nord, qui est en dernière analyse dictée par l'impérialisme. Nous avons lancé également un appel à la gauche de l'Alliance populaire. De fait, certains syndicats, groupes de jeunesse ou ONG liés à l'Alliance populaire ont rejoint notre campagne. En même temps nous avons fait appel aussi à l'Organisation de jeunesse du JVP qui se réclame du marxisme. Cette organisation ne veut pas de campagne unifiée, mais elle accepte des meetings communs contre les privatisations et la guerre au Nord. En dernière analyse le JVP est davantage intéressé à mener des campagnes politiques classiques dans une optique électorale. • Est-ce que le NSSP a subi des mesures répressives? Le gouvernement a envoyé la police contre notre manifestation du ler mai 1996 et a organisé des attaques contre les locaux de notre parti, par exemple lors de la grève dans le secteur de l'électricité. Il faut toutefois rappeler qu'en raison de la force du mouvement de masse qui a amené au pouvoir la présidente Chandrika, cette dernière ne peut pas employer la police comme elle voudrait le faire. • Est-ce que des minorités nationales et religieuses s'inscrivent dans votre campagne ? Puisque les partis tamouls au Sud soutiennent sous une forme ou une autre le gouvernement, ils ne peuvent pas s'associer à une campagne qui n'est pas seulement contre les orientations du FMI mais aussi contre une guerre au Nord que nous caractérisons comme un génocide. Toutefois, certaines organisations tamoules ont participé à la campagne de même que le Front uni de libération musulman, qui nous a récemment invité à participer avec des groupes religieux indouistes, à des protestations contre les atteintes aux droits des citoyens hindous et musulmans. • Est-ce que le mot génocide n'est pas excessif? Ce mot correspond parfaitement à la réalité. Le conflit a connu une escalade qui a mené à une guerre totale contre le peuple tamoul. Chandrika explique que la guerre est contre les LTTE (Tigres tamouls) mais elle a ordonné à ses troupes de détruire plusieurs ville tamoules y compris Jaffna. Au Nord plusieurs dizaines de milliers de personnes vivent dans des zones de réfugiés. Trente à quarante pour cent des

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Tamouls ont quitté le pays, dont environ un demi million est en Europe. • Quelle est selon le NSSP la tâche de la solidarité internationale? Cette tâche est particulièrement importante dans les pays impérialistes où il faut exiger des gouvernements qu'ils n'apportent pas leur soutien à la répression au Sri Lanka. Il faut avancer trois revendications : arrêter la guerre dans le Nord, arrêter la répression dans le Sud et enfin mettre fin à une orientation économique qui détruit le niveau de vie des travailleurs et des paysans. • Quelle analyse fais-tu des Tigres tamouls ? Les médias occidentaux traitent toujours les Tigres comme des terroristes. Mais la terreur n'est qu'une méthode de lutte ou de répression, ce n'est pas un critère pour définir un parti politique. Les Tigres sont un parti nationaliste tamoul, basé fondamentalement sur des paysans pauvres et des pêcheurs, soutenu par des secteurs radicaux de la bourgeoisie tamoule. A New York et à Londres les partisans des Tigres sont des hommes d'affaires et des membres des professions libérales : sous leur influence les Tigres peuvent devenir un parti national bourgeois. Le programme des Tigres est un programme d'indépendance nationale, ils comptent surtout sur eux pour le réaliser. Ils ne tolèrent aucune autre tendance et ils ne conçoivent même pas une autonomie pour des organisations ouvrières. Notre parti n'est pas admis dans les zones qu'ils contrôlent. Pendant un certain temps, ils ont eu l'illusion que l'impérialisme occidental obligerait le gouvernement sri-lankais à leur donner une certaine autonomie. Mais aujourd'hui ils se sont rendus compte que les impérialistes mènent eux aussi la guerre contre les Tamouls. L'armée sri-lankaise est équipée et entraînée par les puissances impérialistes. • Quels sont donc plus précisément vos rapports avec les Tigres? Naguère ils nous considéraient comme une organisation hostile. Mais aujourd'hui à cause de la répression qui bénéficie du soutien internationale ils sont de plus en plus ouverts à l'idée que la classe ouvrière à l'échelle nationale et internationale est la seule sur laquelle on peut compter pour la lutte pour l'indépendance. Ils ont été obligés d'accepter l'idée qu'une campagne de solidarité doit aller au-delà de leur communauté. Ils ont invité à des meetings de solidarité les Cubains, les Sandinistes, le FMLN salvadorien et des Organisations syndicales sud-africaines. En Grande-Bretagne et en Australie ils ont même invité à des meetings notre parti qui est le seul parti sri-lankais à avoir reçu de telles invitations. • Comment pourrait-on arrêter la guerre ? Il faut tout d'abord constater que les impérialistes veulent absolument briser la colonne vertébrale de la lutte de libération et obliger ensuite le mouvement à accepter un compromis minimal comme ils l'ont fait au Nicaragua et au Salva-

SRI-LANKA * dor et comme ils sont en train de le faire au Moyen-Orient. Aucun des partis tamouls modérés ne peut accepter « le projet de transfert » de Tchandrika parce qu'il n'y a aucun transfert de pouvoir. S'il y avait des modifications ils pourraient être obligés de les accepter. Mais la marge de manœuvre de Tchandrika est limitée parce qu'elle fait appel à des forces militaristes dont elle est devenue prisonnière et qui pourraient prendre des initiatives pour une solution militaire allant au-delà de ses intentions.

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