Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER : SIDA, L'ÉPIDÉMIE N'EST PAS FINIE

Sida, pauvreté et oppression sexuelle

· Inprecor n° 410, février 1997 · p. 5-8 · 3 321 mots

Femmes Économie mondiale France

La géographie du Sida ne doit rien au hasard. Et encore moins à la fatalité. Sa répartition se superpose très exactement à celle de l'oppression sexuelle et du sous- développement conjugués. Plus de 15 ans après l'émergence de la maladie, le constat est terrible : les pays du Sud concentrent 95 % des malades, mais seulement 7% de tous les budgets de prévention et 6% des budgets de soins. Les malades sont aujourd'hui dans les pays pauvres, la prévention et les traitements dans les pays riches. MAIS CETTE TIERS-MONDIALISATION foudroyante de l'épidémie ne doit rien à la géographie. Nord-Sud ? Est-ce bien ainsi en effet que se présente le visage de l'épidémie ? D'un côté l'Afrique traditionnelle, terre de tous les fantasmes et de toutes les maladies, de l'autre côté, l'Occident terre de la médecine et de la modernité ? Le Sida n'y étant qu'un accident, vite balayé par une trithérapie qui en fera bientôt une maladie chronique comme les autres ? Loin d'être le fruit de « l'archaïsme » des sociétés du Tiers Monde, le développement impétueux du Sida y exprime une forme cauchemardesque d'entrée dans la modernité et la mondialisation. L'Afrique du Sida, ce n'est pas celle des villages isolés dans la brousse, des scarifications rituelles et des pratiques anthropophages qui nourrissent la crainte des colons, c'est bien l'Afrique des villes et des bidonvilles, l'Afrique des migrations et des exodes forcés, l'Afrique de l'ajustement structurel, de la destruction des systèmes de santé et d'éducation sous les coups de boutoir des injonctions du Fonds monétaire

Sida, pauvreté et

oppression sexuelle

Par Frank Prouhet Janvier 1997 international, l'Afrique de l'oppression des femmes, de la prostitution et du tourisme sexuel. La démonstration vaut aussi pour l'Asie où l'épidémie se développe à une vitesse encore plus foudroyante, en Inde ou en Thailande, ou pour des pays comme le Brésil.

Et cette modernité-là, nous la connaissons aussi parfois dans les grandes métropoles impérialistes. A côté de l'épidémie qui s'est développée dans les communautés homosexuelles blanches américaines, qui a donné ses premiers activistes aux mouvements de lutte contre le Sida, et qui semble relativement stabilisée, se développe une autre épidémie de type tiers mondiste. Dans les ghettos noirs américains, où oppressions sociale, raciale et sexuelle se conjuguent avec utilisation de drogues intra-veineuses (à New York, les trois quarts des toxicomanes intra-veineux sont noirs ou hispaniques), le Sida continue à se développer. 76 % des femmes séropositives ou malades sont noires ou hispaniques aux USA. 90 % des enfants séropositifs appartiennent aux com-

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munautés de couleur. Rien qu'à New York. il y aurait 30 000 PWA (persons with aids) sans domicile fixe, survivant dans un centre ville clochardisé.

De même que les maladies opportunistes profitent de la baisse de l'immunité pour arriver à leurs fins, de même le Sida profite de la baisse de nos défenses sociales pour tracer son chemin. Parce qu'il emprunte surtout la voie des échanges sexuels et donc des échanges sociaux, le Sida est un terrible révélateur de l'état de nos sociétés. Faire de lui un des symboles du Nouvel ordre mondial, ce n'est pas oublier que l'on meurt surtout dans le monde de la faim ou de la tuberculose (en pleine expansion aujourd'hui avec trois million de morts par an, bien plus que par le Sida) mais c'est comprendre que le Sida a pu en quelques années se transformer en une terrible pandémie en profitant des bouleversements imposés à grands frais dans un monde où hommes, femmes, sexe et sang transformés en marchandises s'échangent à toute vitesse. Les bouleversements des années 80 sont

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donc au cœur du développement du Sida. Bouleversements du Tiers Monde et de la place que les femmes y occupent, au moment où la politique de la dette fragilise les corps et détruit les systèmes de santé et d'éducation ; naissance d'un tourisme de masse dans les années 70-80, qui draine dans son sillage un tourisme sexuel qu'on a trop longtemps voulu ignorer ; arrivée à l'heure industrielle d'une nouvelle marchandise, le sang et ses dérivés, qui se révèleront bien difficiles à surveiller, en France, mais aussi au Japon et dans bien d'autres pays, à l'heure de l'austérité dans la santé ; développement d'une économie mondiale de la drogue, la deuxième en valeur après le pétrole (400 à 500 millions de dollars) qui rencontre au Sud des paysans à l'agriculture traditionnelle laminée par les monocultures d'exportation, des classes dirigeantes qui y voient là le seul secteur d'échange dominé par des grands groupes issus du Tiers Monde (cartels de Calé, de Medellin, Triades...) et qui rencontre au Nord des grandes banques peu regardantes sur l'origine des capitaux et la misère sans espoir des banlieues du chômage. AU TOURNANT DES ANNÉES 80, la consommation de drogues intra-veineuses croit de façon exponentielle, alors que les gouvernements refusent les politiques de réduction des risques. Certes, il y a eu conquête de nouvelles libertés sexuelles, mais qu'en est-il pour les homosexuels confinés dans les ghettos et pour tous et toutes qui s'affrontent aux politiques puritaines des États refusant l'éducation sexualisée, le safer sex et les campagnes de prévention des maladies sexuelles ?

Alors, Nord-Sud ? Tiers-mondialisation, paupérisation et féminisation de la pandémie donnent une meilleure image de sa signification sociale.

Sept malades du Sida sur dix sont aujourd'hui africains. Dans certaines villes de l'Afrique centrale, les taux de séropositivité peuvent monter jusqu'à 30 %.

En Afrique du Sud celui des Noirs est 60 fois supérieur à celui des blancs.

Les femmes, partout, payent un très lourd tribut à la maladie. « Lorsque nous nous interrogeons sur ce que nous pouvons faire pour limiter le développement des MST » déclarait le Dr Jonathan Mann à la

Xeme Conférence internationale sur le Sida à Yokohama, « les experts de santé publique ont des réponses toutes prêtes :

mise en place de cliniques de soins, formation des médecins, élaboration de diagnostics rapides et précis, accès elargi au traitement, à la diffusion de l'information, éducation dans les écoles. Tout cela est important » (...) « mais si nous ne nous posons pas la question de savoir si cela peut suffire, la réponse est clairement

Non! Pour y parvenir, il nous faut aborder d'autres questions qui touchent au fonctionnement profond des sociétés (l'inégalité entre les sexes, les barrières culturelles) aux discussions sur la sexualité, aux injustices sociales ».

EN CE SENS, L'EXIGENCE d'un âge minimum pour le mariage des femmes, l'abaissement de l'âge du mariage pour les hommes par l'abaissement radical de la dot

(certains pays essayent de la rendre symbolique (1 franc CFA ou un anneau au doigt), l'interdiction de la répudiation et de la polygamie, la reconnaissance du droit au divorce pour tous et toutes, opposé à la répudiation par les seuls hommes, le relèvement de l'âge de la scolarité réellement obligatoire pour les garçons et pour les filles, le développement d'une éducation mixte où la sexualité soit abordée sans pudeur, le droit à la sexualité pour les femmes avant le mariage, les programmes de lutte contre la vente des enfants, la prostitution, le développement et la reconnaissance du travail des femmes, font tout autant partie de la lutte contre le Sida que les programmes de promotion du préservatif et de lutte contre les MST. Bien plus, elles en sont une précondition. En quelques décen-

L'EXPULSION D'UN MALADE

N'EST PAS UNE, BAVURE

C'EST LA CONSEQUENCE

MÉCANIQUE D'UNE POLITIQUE

DE RENVOIS MASSIFS nies, le Tiers Monde aura été emporté par la mondialisation. Destruction de l'agriculture traditionnelle villageoise, où les femmes jouaient un grand rôle, au profit des monocultures d'exportation, où les hommes sont dominants ; exode rural, qui pousse surtout les hommes à aller chercher un salaire et du travail à la ville ou un travail saisonnier dans des régions lointaines ; développement généralisé de l'échange monétaire, souvent au mains des hommes (salaires) qui diminue l'autonomie des femmes ; urbanisation galo-pante de gigantesques mégapoles où s'entassent des paysans « célibataires » à la ville et mariés au village ; développement impétueux d'une jeunesse souvent interdite de relations sexuelles hors mariage, qui n'a pas d'argent pour constituer la dot, et qui donc se marie de plus en plus tard, favorisant le développement d'une prostitution de masse dans toutes les villes du Tiers Monde ; multiplications des guerres et effondrement des

Etats issus des indépendances néo-coloniales (Rwanda, Zaire), laminés par la baisse des prix des matières premières et l'affaiblissement de la tutelle des anciennes puissances impérialistes, qui jettent sur les routes de l'exode des millions d'hommes et de femmes privés de tout. Tout ces éléments de bouleversement du Tiers Monde déjà large-

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ment décrits se sont fait selon des logiques sociales qui sont aussi des logiques de sexe. A une structure sociale où l'unité de base, économique mais aussi sexuelle était la famille, se substitue une structure éclatée, morcelée dans le temps et dans l'espace, où relations marchandes et traditionnelles se combinent. EN AFRIQUE, DU TOUR SEXUEL dans le cadre de la polygamie villageoise (passer la nuit à tour de rôle avec chacune de ses deux ou trois épouses), on passe à un multipartenariat beaucoup plus étendu des hommes, souvent supporté par un nombre restreint de femmes fragilisées qui n'ont plus que leur corps comme monnaie d'échange (prostituées). Cet accélération des échanges sexuels, parallèle à l'accélération de la circulation des marchandises, n'a rien à voir avec une quelconque libération sexuelle. Droit au plaisir et multipartenariat n'ont rien de commun quand le multipartenariat ne se conjugue qu'au masculin. Le libre choix d'avoir des relations sexuelles, quand il est reconnu aussi bien aux hommes qu'aux femmes, suppose liberté, parole, séduction, échanges réciproques. L'usage libre du préservatif s'y intègre beaucoup plus facilement. Ce n'est donc pas une fidélité jamais réellement au rendez-vous qu'il faut opposer au multipartenariat sexuel des maris, une plaie dont toutes les femmes africaines se plaignent à mots couverts. Mais bien l'égalité des sexes. Elle seule permettrait à la fois de conjuguer le droit au plaisir pour les hommes et les femmes, avec la nécessité au temps du Sida de parler, de se protéger. La sexualité, cette activité humaine si fondamentale que toutes les lois et institutions ne la canaliseront jamais, a aujourd'hui désespérément besoin de l'égalité pour ne pas transmettre la mort.

FRAGILISÉES, LES FEMMES ne peuvent que se soumettre à l'autorité traditionnelle des maris. Quand le nombre d'enfants est un moyen de montrer sa richesses pour un homme, quand les femmes ne sont reconnues qu'à travers les enfants qu'elles peuvent donner à leur mari, quand une femme stérile risque la répudiation, il lui est difficile d'introduire le préservatif dans le couple. Femmes soumises à leur mari donc, mais aussi de plus en plus souvent femmes isolées, supportant seules la charge des enfants. Ce phénomène récent est général dans le Tiers Monde, comme le soulignait un colloque de l'Orston de 1994, qui estimait les familles monoparentales à 29 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, 21 % en Afrique, 14 % en Asie et 26 % dans l'OCDE. C'est dans ces familles monoparentales que le niveau de vie est le plus bas, que le travail des enfants est le plus fréquent, la scolarisation la moins longue. C'est aussi là que le Sida a le plus de raisons de frapper.

Urbanisation frénétique, mariages imposés par la famille, grossesses à répétition, mépris pour les femmes, toute-puissance des hommes. En Asie, en quelques décennies s'est développé une prostitution de masse, auxquelles ont recours presque tous les hommes du pays. A Bombay, une gigantesque cité sans ordre de plus de 12 millions d'habitants, on estime que 150 à 200 000 femmes sont contraintes par l'exode rural et la misère à se prostituer dans de gigantesques quartiers réservés. Une habitante de Bombay sur 80 serait une prostituée. Cette concentration, cette oppression plus étouffante, facilitent la diffusion du virus, plus de 60% d'augmentation par an. MAIS CETTE CONCENTRATION jette aussi les bases d'une résistance et d'une organisation plus facile. Aujourd'hui, ce sont des prostituées indiennes qui tentent de faire la promotion du préservatif dans les quartiers chauds de Bombay. Avant même le Sida, la démographie galopante de l'Inde et l'explosion des maladies sexuellement transmissibles y posait la question de l'accès à la contraception, aux préservatifs, à l'éducation sexuelle, aux droits des femmes. Pourtant, instaurés en même temps que l'état d'urgence par Indihra Gandhi, les programmes de planification, sur les conseils de l'agence américaine US Aid, se résumaient souvent à des quotas de stérilisation forcée. Si 44 % des Indiens utilisent un moyen de contraception, il ne faut pas oublier que pour 30 % d'entre eux, ce moyen, c'est la ... stérilisation des femmes. Seuls 5 % des hommes utilisent un préservatif, chiffre terrible dans un des pays où l'expansion du Sida est vertigineuse de rapidité. C'est au moment où les structures sociales sont bouleversées partout dans le Tiers Monde que les fragiles avancées de la place des femmes en matière de santé, d'éducation, sont

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remises en cause par les plans d'ajustement du FMI, par la volonté de tous les régimes, face à une contestation sociale grandissante, de s'appuyer encore plus sur les autorités traditionnelles et religieuses, toujours hostiles aux femmes et à leur autonomie. Du haut des tribunes internationales, on proclame que ce sera l'éducation et la prévention qui permettront de vaincre le Sida. Mais dans le même temps, l'Unicef reconnaît que les dépenses d'éducation ont baissé de 25 % durant la décennie 80-90 dans les pays du Tiers Monde, avec pour conséquence en Afrique une baisse de 7 % de la scolarité des filles. Pour le Sida aussi, le mur de Berlin est tombé. Une libéralisation synonyme de marchandisation accélérée des sociétés et donc

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des relaterons sexuelles, sur fond de puritanisme social fait se développer maladies sexuellement transmissibles et Sida. La syphilis double tous les ans en Russie depuis 90. Mais la Chine, 1 milliards 300 millions d'habitants, c'est l'enjeu pour demain. La nouvelle folie du commerce y emporte aussi les corps, d'autant que la surexploitation féroce des femmes (des journées de 12-14 heures de travail) y rencontre « une population flottante », une immigration intérieure majoritairement composée d'hommes estimée à plus de 100 millions. La flambée des MST y prépare aussi la route du Sida. LE TIERS MONDE EST-IL POURVU de médicament, de tests, de sang propre et d'espoir de vaccin ? Dans les pays riches, on parle de l'espoir des trithérapies, un espoir qui n'est pas pour tout le monde d'ailleurs. Si on est femme toxicomane et prostituée espagnole ou portugaise, on a bien moins de chance d'en bénéficier que si l'on est français ou allemand, homme et cadre supérieur. Mais dans le Tiers Monde, c'est à une toute autre échelle que le problème se pose. LAZT, le premier traitement anti-viral y est tout simplement inconnu. La Côte d'Ivoire, un pays de 4 millions d'habitants, avec un taux de séropositivité supérieur à 10 % selon l'OMS, a officiellement importé 600 cp d'AZT en 1994. Même les médicaments les plus simples contre la douleur et les principales infections opportunistes sont manquants ou réservés à une petite élite. DEPUIS 20 ANS, SUR INJONCTION du Fonds monétaire international, les dépenses de santé se sont effondrées (de 50 % dans la décennie 80-90 selon l'Unicef). En Afrique, la dévaluation du franc CFA a encore fait doubler le prix des médicaments, importés en devises. Selon l'OMS en Afrique francophone, « seuls les 30 % de la population les plus aisés, généralement urbanisés, pouvaient avoir accès aux médicaments, tous importés ». Des médicaments d'ailleurs souvent achetés sur les marchés à l'unité. Les hôpitaux, les dispensaires, eux, sont vides de médicaments que l'État ne fournit plus. Parmi les programmes emportés par la politique d'ajustement structurel, tout ce qui était prévention et dépistage des maladies sexuellement transmissibles, alors qu'on sait que les ulcérations génitales favorisent la pénétration du virus du Sida.

Mais si le Tiers Monde manque de médicaments, il manque aussi de tests, de préservatifs. Chaque année dans le monde, 4 millions de dons de sang ne font l'objet d'aucun test de dépistage. Essentiellement dans les pays pauvres. Ce sont les chiffres terribles de l'OMS à la Conférence de Paris de décembre 1994. En Afrique, où la séropositivité est très importante, on estime que l'insécurité transfusionnelle, l'absence de tests est responsable de 5 à 10 % des contaminations. Peut-être de 20 % chez les enfants. Pourtant un test Elisa coûte 5f. Le projet de banques de sang propre, discuté lors de la conférence de Paris a été abandonné, comme la promesse de 100 millions de francs d'aide du gouvernement français. L'Agence américaine AIDSETCH a décidé en 1992 « d'abandonner son programme de surveillance de transfusion sanguine ».

Les pays du Tiers Monde sont producteurs de latex, la matière de base pour la fabrication des préservatifs. Mais quand le latex y revient sous forme de préservatif, son prix a explosé. Un préservatif peut coûter jusqu'à la moitié d'une passe dans certains bars misérables d'Afrique. En 91,16 millions de préservatifs seulement sont arrivés au Zaïre, qui compte 40 millions d'habitants, majoritairement des jeunes sexuellement actifs et un taux de séropositivité supérieur à 10 % dans de nombreuses régions. LE SIDA, C'EST AUSSI UN GIGANTESque marché financier. Pour les tests, pour les médicaments qui ont rapidement pu être mis sur le marché, malgré leurs limites. Pour le vaccin, il n'y a rien, quinze années de recherche et pas un seul vaccin vendu, pas un centime de retour sur investissement. La dure loi de la valeur fait que les capitaux investis dans la recherche vaccin « glissent » doucement vers des cieux plus rentables, la recherche d'anti-viraux ou de traitements contre les maladies opportunistes, par exemple. D'autant qu'il est de plus en plus évident, qu'avec la tiers-mondialisation de l'épidémie et la force des associations, le prix de vente d'un vaccin anti-Sida serait bas, très bas, pour être à la portée des bourses du Tiers Monde. « Il ne serait pas acceptable que les efforts se relâchent au motif que les perspectives demeurent imprécises, ou la rentabilité aléatoire ». Fortes paroles de Mme Veil, ministre de la santé française lors de la Conférence de Paris, mais paroles seulement puisqu'en ces temps de libéralisme triomphant, la recherche est aux mains des trusts privés.

Alors face à un tel tableau, faut-il baisser les bras ? Que répondre à tous ceux qui disent que la santé coûte aujourd'hui trop chère, qu'avec l'émergence des nouvelles pathologies comme le Sida, elle est définitivement hors de portée des bourses du Tiers Monde, qui font remarquer que les budgets de santé par habitant sont de 12 000f en France et de 25 f dans la plupart des pays du Tiers Monde? D'UNE PART IL FAUT ABOLIR LA DETTe du Tiers Monde et en finir avec les politiques d'ajustement structurel et de casse des budgets de santé et d'éducation. D'autre part on doit défendre une politique de développement avant tout centrée sur le social, la satisfaction des besoins élémentaires (nourriture, eau potable, éducation, promotion de la place des femmes), la fin du soutien aux dictatures qui écrasent le Tiers Monde, brisent les initiatives des associations de lutte contre le Sida, dilapident l'argent public (une étude de la Banque mondiale en 1993 révélait que sur 100 dollars d'achat public de médicaments seulement 12 dollars parviennent à l'utilisateur final dans certaines régions d'Afrique), une politique de santé centrée avant tout sur la fourniture de proximité des 200 médicaments indispensables recensés par l'OMS, une politique de prévention des maladies, et notamment des MST et de la tuberculose, une politique internationale de lutte contre le Sida qui abaisse radicalement le prix des anti-viraux, des antituberculeux, des tests, des préservatifs et qui donc expulse le profit du secteur des médicaments et des vaccins, qui accélère la recherche sur les vaccins, seule alternative réelle pour les peuples du Tiers Monde, quand on sait qu'une année de trithérapie coûte près de 65 000 francs et un vaccin seulement quelques dizaines.

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