Inprecor 1974–2004

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EQUATEUR

La victoire confisquée

· Inprecor n° 412, avril 1997 · p. 7 · 933 mots

Equateur : La victoire confisquée

Le 18 février dernier, le Congrès a élu son nouveau président, pour remplacer Fabian Alarcon, président en titre jusqu'au 11 février, après sa nomination comme président de la République par intérim par le Parlement qui avait invalidé l'ancien président Abdala Bucaram. C'est le dirigeant du Parti social-chrétien (PSC), Heinz Moeller, qui a été élu par une alliance qui, outre son propre parti, regroupait la Démocratie populaire — Front national (DP-FN, sociaux-chrétiens), la Gauche démocratique (IC, sociaux-démocrates), le Front radical alfariste (FRA, le parti d'Alarcon), le Parti libéral (PLR), des députés indépendants et 5 des 6 parlementaires de Pachakutik-Nuevo Pais (MUPP-NP).

Rosendo Rojas, le député de Pachakutik qui a refusé de voter pour Heinz Moeller et s'est abstenu, est membre de la direction de Démocratie socialiste, l'organisation de la IV° Internationale qui a intégré le MUPP-NP dès sa création. Il explique son choix dans la « lettre ouverte » que nous publions ci-après.

Les divergences qui se sont fait jour au sein de la coalition MUPP-NP traduisent la difficulté à préserver l'indépendance du mouvement de masse qui a chassé Bucaram et à renforcer la lutte contre le néolibéralisme. Lors de l'élection d'Alarcon comme président de la République par intérim, notre camarade Rosendo Rojas ne s'était pas désolidarisé des autres députés de Pachakutik : il faut dire qu'un vote unique a décidé de l'invalidation de Bucaram et de l'élection de son successeur.

Par la suite, la majorité du groupe parlementaire MUPP-NP a choisi de voter pour Moeller dans le cadre d'accords garantissant l'arrivée au pouvoir de personnalités soutenues par le mouvement populaire. Ainsi Teodoro Coello, ancien recteur de l'université populaire de la province d'Azuay, devait être nommé contrôleur général de la nation. Mais très vite, les supposés partenaires du MUPP-NP (PSC, DP-FN, ID et FRA) se sont ravisés et ont choisi un vieux conservateur, le Dr. Teran Varea. De même, Manuel Chiriboga a été écarté du poste de ministre de l'Agriculture pour lequel il était proposé par les organisations paysannes et indigènes. « Nous ne devons pas tomber dans le piège du parlementarisme » : ce constat est aujourd'hui largement partagé au sein du MUPP-NP. Il reste à en tirer toutes les conséquences.

La rédaction

Chères et chers camarades,

Dans la nuit du 18 février, le bloc Pachakutik-Nuevo Pais n'a pas adopté une position unanime lors de l'élection du président du Congrès. La majorité des camarades a choisi de voter pour le Dr. Heinz Moeller Freire, personnalité de premier plan du Parti social-chrétien. J'ai décidé de m'abstenir. Je vous dois des explications sur les raisons de ma décision.

Pourquoi je n'ai pas voté pour Moeller

Le soulèvement populaire du 5 février a clairement manifesté sa volonté de changements fondamentaux dans notre pays. Le peuple d'Equateur a réclamé le départ de Bucaram, mais pas pour changer seulement de tête ; il a condamné les politicards corrompus, la manipulation et l'escroquerie, et cette vieille politique qui condamne la majorité à la marginalité. Le peuple a rejeté le modèle néolibéral. Et le peuple s'est prononcé pour une démocratie radicale. Le mandat populaire du 5 février est un mandat contre le pays du passé.

Ma position est absolument fidèle à ces principes. Nous ne pouvons pas approuver que les anciens politiciens continuent à profiter du soulèvement du peuple : toute cette agitation dans le poulailler, il ne faut pas qu'après le 5, tout continue comme avant.

Le PSC dont le Dr. Moeller est une des principales figures représente l'opposé exact de ce mandat. Ils sont et ont été impliqués dans cette vieille politique de tractations et de compromis au Congrès et au gouvernement. Le PSC a déjà exercé le pouvoir et nous a montré son vrai visage, celui de la répression et des disparitions. Le PSC défend une politique néolibérale. Il est, aujourd'hui comme hier, inadmissible de favoriser le renforcement des sociaux-chrétiens au pouvoir, sur le dos de la mobilisation populaire du 5 février. Le mandat populaire ne nous demandait pas de voter pour les sociaux-chrétiens.

Pour le mouvement populaire, pour les espoirs de libération, l'élection de Moeller est une défaite dans le cadre de la victoire du 5. Ma position, conforme à la décision prise les 14 et 15 février par la Coordination des mouvements sociaux et le Front patriotique, consiste à exiger l'application du mandat en s'appuyant sur la mobilisation indépendante du mouvement populaire.

Le bloc du MUPP-NP n'a pas éclaté

Mon organisation, Démocratie socialiste, l'a dit et répété : nous considérons Pachakutik-Nuevo Pais comme un immense progrès pour le mouvement populaire et les citoyens démocrates, qui peuvent enfin faire entendre leur propre voix et leurs propres espérances ; et nous continuerons à travailler pour son renforcement.

Le 18 février, c'est un désaccord politique qui s'est révélé au sein du bloc parlementaire, comme cela s'est déjà produit et pourra se reproduire à l'avenir. Mais Pachakutik-Nuevo Pais est un mouvement non homogène démocratique, qui inclut toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Le MUPP-NP continue à représenter le meilleur de la société équatorienne, et nous continuerons à le défendre comme à présent, convaincus que la meilleure façon de le faire, c'est d'être fidèle à ses principes.

Le bloc n'est donc pas rompu, pas plus que le mouvement. Des points de vue différents et des divergences apparaissent sur l'actualité et les tâches politiques, qu'il ne faut pas dissimuler, mais cela ne va pas plus loin. Et c'est le devoir de chacune et de chacun de participer à ces débats, car c'est ainsi que nous construirons notre image et notre profil indépendant pour l'avenir.

Fraternellement Rosendo Rojas Reyes Député de l'Azuay MUPP-NP Quito, le 19 février 1997

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