Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

Le tournant à droite des sandinistes

· Inprecor n° 413, mai 1997 · p. 14-17 · 3 619 mots

Nicaragua Économie mondiale

En octobre dernier Arnoldo Alemán a été élu Président du Nicaragua, battant le leader du FSLN Daniel Ortega de 13 points. Certaines revues ont publié des articles expliquant que l'Alliance libérale d'Alemán avait gagné par la fraude. Incontestablement, les irrégularités n'ont pas manqué lors de ce scrutin, mais il est difficile d'y voir la cause première de la défaite du FSLN. Comme le débat se poursuit nous publions ici un article de César Ayala qui affirme que le véritable problème est le virage à droite des sandinistes.

Par César Ayala

S'il n'y avait pas eu la révolution sandiniste de 1979 il n'y aurait même pas d'élections aujourd'hui au Nicaragua. Le FSLN est arrivé au pouvoir par la lutte armée et a quitté le gouvernement après sa défaite électorale de 1990. La possibilité d'élections et d'une alternance au pouvoir sont elles-mêmes des conquêtes de la révolution de 1979. Ce simple fait, souvent négligé par les observateurs de droite, doit constituer le point de départ de toute analyse de la situation nicaraguayenne. La défaite électorale de 1996 est le second revers subi dans les urnes par le parti qui a dirigé la révolution de 1979. En 1990 les sandinistes ont été battus par Violeta Chamorro et son Union nationale d'opposition (UNO). Le résultat de 1990 avait fait l'objet d'un large débat à propos de l'importance relative, dans la défaite du FSLN, des facteurs internationaux tels la contra armée par les USA, et des facteurs internes tels l'impopulaire politique des sandinistes. Après une longue guerre d'usure entamée en 1981, les États-Unis ont réussi à truquer le jeu politique de telle façon qu'ils ont placé les Nicaraguayens devant le choix suivant : soit voter pour l'UNO et obtenir la paix et une aide économique, soit réélire les sandinistes et prendre le risque d'une continuation de l'embargo et de la guerre. L'aide « humanitaire »

Nicaragua

sandinistes

américaine maintenait les contras en activité, démentant la promesse sandiniste d'une victoire rapide qui amènerait finalement la paix. LE FSLN FAIT SON AUTOCRITIQUE En juin 1990 les sandinistes se sont réunis à El Crucero pour identifier les aspects de leur politique qui ont pu contribuer à leur défaite électorale. Les sandinistes en ont dressé une longue liste, dont le déplacement forcé des Indiens Miskitos, les abus commis par des cadres du FSLN dans des organisations de masse, l'incapacité à protéger les secteurs les plus démunis de la société de la dureté de la crise économique, particulièrement après les mesures de 1988 en faveur du secteur agro-exportateur, les procédures incorrectes et les jugements indéfendables dans des procès contre d'anciens contras et leurs collaborateurs, et, last but not least, la découverte tardive du fait que les paysans voulaient des titres de propriété individuelle! Toute étude honnête du processus d'érosion du soutien à la cause sandiniste montre que la guerre qu'ils ont dû mener face à la contra en a été le principal facteur. De ceux qui ont voté pour le FSLN en 1984 mais pour l'UNO en 1990, 28 % ont cessé de soutenir les sandinistes en 1985, encore 13 % en 1986

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et 15 % de plus en 1987. L'érosion du soutien a été la plus forte durant les années de la guerre la plus intense, c'est-àdire avant les mesures d'austérité de 1988. Mais beaucoup des pertes de voix (en particulier après 1988) ont été provoquées par des facteurs économiques : les effets de la guerre l'hostilité étrangère, l'épuisement, et le désir de voir la lumiè re au bout du tunnel. Une large part de l'effet électoral négaif attribué aux mesure sandinistes « impopulaires », en par iculier la conscription, était le résultat direct de la guerre de Les élections de 1990 ont eu lieu au milieu d'un paysage international très défavorable au FSLN. L'effondrement de l'URSS et des régimes de l'Est, l'invasion de Panama en 1989, et la déclaration de G. Bush selon laquelle la victoire de TUNO amènerait la fin de l'embargo, n'ont pas aidé les sandinistes.... Néanmoins, même dans ce contexte d'agression extérieure et l'intrusion violente dans les attaires internes du pays, ur certain nombre de problèmes résultent purement d'erreurs des sandinistes. LE DÉCLIN DU VOTE RURAL Le déclin du soutien au FSLN à la campagne n'a pas été le même selon les classes sociales. Le Nicaragua pré-sandiniste n'avait pas de mouvement paysan de grande ampleur. Il n'avait pas non plus de communautés indigènes capables de revendiquer un retour à un passé communautaire pré-hispanique. Il avait cependant une importante paysannerie petite et moyenne. Le FSLN a distribué les propriétés des somozistes et les terres inexploitées des latifundiaires, et a donné des titres aux paysans. Mais l'investissement sous les sandinistes est allé principalement au secteur étatique, aux grandes fermes modernes, et en troisième lieu aux coopératives Le déclin du soutien rural au FSLN de 65 % en 1984 à 36 % en 1990, a en partie été provoqué par ce biais : l'absorption des ressources par le secteur étatique, avec une faible efficacité. En 1990 le FSLN a recueilli les voix des ouvriers des grandes entreprises étatiques, mais pas celles des paysans moyens. Les travailleurs des entreprises publiques ont été mobilisés pour la guerre sur la base du volontariat, et l'Association des travailleurs ruraux a amorti le choc causé par l'enrôlement, en fournissant une aide financière aux familles des soldats. Mais pour beaucoup de familles de petits paysans pauvres, la conscription a signifié une perte économique importante pour les ménages, qui n'a pas été compensée. En conséquence beaucoup de paysans pauvres ont voté contre le FSLN, tandis que le prolétariat rural lui est resté loyal en 1990. La guerre de la contra a réduit à l'extrême la marge d'erreur admissible pour les sandinistes, rendant toute erreur très coûteuse. Dans ce contexte les décisions prises d'en haut et la mauvaise transmission des informations émanant de la base, ont empêché les sandinistes de se rendre compte de l'ampleur des difficultés économiques et des souffrances provoquées par la conscription : les électeurs le leur ont fait savoir lors des élections. LA PINATA En réaction à la défaite inattendue de 1990, le FSLN s'est embarqué dans une politique de transfert des biens d'Etat aux organisations de masse et aux organisations sandinistes locales. A cause de l'absence de distinction entre propriété publique et propriété du parti, le FSLN risquait de perdre la • plupart des moyens de son fonctionnement, tels les imprimeries, les locaux, les véhicules. Le transfert hâtif a remis la gestion de ces actifs aux organisations locales et à leurs dirigeants, et a provoqué l'enrichissement d'un secteur du FSLN aux dépens de l'Etat et du parti. C'est ce qu'on a appelé la piñata. L'isolement international et la défaite sandiniste ont poussé un secteur du FSLN vers une ligne « réaliste » de compromis avec les forces récemment élues de T'UNO Quand Chamorro a assumé la Présidence en avril 1990, et a promis de changer le gouvernement dans les cent premiers jours, les sandinistes ont appelé la population à « gouverner d'en bas » et ont pratiquement paralysé le pays. Des barricades ont surgi dans tout Managua. A ce moment les sandinistes ont conclu un accord avec le gouvernement Chamorro : en échange de l'abandon des projets d'extrême droite et de l'acceptation de la réforme agraire, les sandinistes ont démobilisé les travailleurs et laissé les élites économiques reprendre le contrôle du Nicaragua. Pendant les trois années qui ont suivi les sandinistes ont virtuellement co-gouverné avec l'UNO de V. Chamorro, grâce à une alliance à l'Assemblée nationale. En janvier 1993 le groupe parlementaire de l'UNO a formé une majorité avec les députés sandinistes, aboutissement du rapprochement entre le secteur enrichi du sandinisme et l'aile « anti-oligarchique » de la bourgeoisie. La « nouvelle bourgeoisie » sandiniste, enrichie par la piñata, et leurs partenaires de l'UNO ont partagé une opposition commune aux forces oligarchiques de l'Ordre ancien, mais ont été perçus par de plus en plus de gens comme les responsables des dithicultes presentes En avril 1994 le FMI et la Banque mondiale ont signé un accord avec le Nicaragua qui imposait les contraintes classiques de l'ajustement structurel. Les sandinistes avaient autrefois dénoncé la dette extérieure. Les acquisitions de propriétés et de richesses par certains sandinistes durant La piñata a provoqué, selon les termes du candidat à la Présidence Sergio Ramirez, « un désastre moral irréparable ». Certains, selon le sociologue Oscar René Vargas, se sont appropriés des maisons, comme moyen de survie dans le futur, puis ont raflé une deuxième maison au bord de la mer, puis une troisième, puis quelques centaines d'hectares de terre et 800 têtes de bétail... Une « nouvelle classe » a ainsi émergé, que son niveau de vie situe parmi les 5 % les plus riches, et pour qui la logique du profit est de plus en plus décisive dans le maintien de leur statut social. Cette nouvelle bourgeoisie recherche l'intégration dans la bourgeoisie traditionnel, et y parvient de mieux en mieux par des alliances. Le rapprochement du secteur néo-bourgeois des sandinistes avec le gouvernement Chamorro avait l'immense avantage de rendre le pays « gouvernable » grâce à un « pacte des élites ». Les propriétés saisies lors de la piñata comprennent nombre de biens que le FSLN et beaucoup d'organisations populaires utilisent légitimement. Outre ces biens collectivisés, les maisons et bâtiments appropriés individuellement par. des dirigeants sandinistes ont fait l'objet de beaucoup de contro-

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verses. En 1991, l'Assemblée nationale a adopté une loi garantissant les droits des petits propriétaires, et exigeant que les propriétaires de grandes demeures, de multiples maisons ou de grands domaines agricoles, les restituent ou les achètent pour un prix décent. En janvier 1997, après la deuxième défaite électorale du FSLN, Daniel Ortega a restitué la maison qu'il occupait depuis la révolution. Plus que les biens détenus par les organisations de masse ou le FSLN, ce sont les appropriations faites par les leaders sandinistes qui suscitèrent le mécontentement et furent exploitées par la droite comme des symboles de l'hypocrisie sandiniste. A l'époque de toutes ces discussions le governement Chamorro a rompu avec son aile droite et conclu un accord avec le FSLN dans le but de « reconstruire le centre ». Le programme de privatisations de Chamorro, perçu par de larges secteurs de la population comme l'œuvre conjointe de l'UNO et des sandinistes, provoquait un désastre social, en même temps que la dérégulation et la libéralisation économique. Le « pacte des élites » fait partie d'une longue tradition latino-américaine. Un nouveau pacte émergera certainement après la victoire d'Alemán, pour éviter la dérive du pays vers un « somozisme sans Somoza », mais traduisant néanmoins une dérive continuelle vers la droite. PRIVATISATION Sous Chamorro un processus accéléré de privatisation a été engagé. En 1987 l'État détenait plus de 13 % des terres cultivées, 50 % de la production industrielle et beaucoup d'entreprises de services, y compris des restaurants, des hôtels, des supermarchés, ainsi que la compagnie nationale d'aviation. Le Premier ministre Lacayo a entrepris le bradage du patrimoine public. « Le gouvernement semble n'avoir obte. nu pas grand chose ou rien de ces ventes, bien que les entreprises vendues (souvent endommagées lors de la guerre) représentent 30 % du PIB ». Ce processus a créé le soupçon d'une seconde piñata, « cette fois-ci à travers une grossière sous-évaluation des prix de vente et/ou la dévolution de biens pour lesquels les anciens propriétaires avaient déjà été indemnisés par les sandinistes ». De façon prévisible, le gouvernement Lacayo a « fait peu d'efforts pour inverser la piñata sandiniste, et encore moins pour examiner les accusations de corruption en son sein » (1). Ont été privatisés 351 entreprises et 280 000 hectares de terre. Les nouvelles banques privées ont accordé des crédits aux entreprises commerciales et aux gros producteurs, mais pas aux petits et moyens producteurs ruraux. Les banques publiques ont fait de même, sous la surveillance des institutions financières internationales. Les travailleurs ont résisté à beaucoup de ces mesures. Les sandinistes ont été entraînés dans deux directions : d'un côté ils soutenaient les luttes et l'organisation indépendante des travailleurs et des petits producteurs, mais de l'autre ils soutenaient le gouvernement Chamorro-Lacayo, de crainte que des secteurs plus revanchards de l'UNO soutenus par

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Washington ne prédominent sur les courants modérés. En 1989 le Nicaragua a dépensé 35 dollars par tête pour la santé ; en 1996 ce chiffre est tombé à 14 dollars. La mortalité infantile a augmenté de 58 pour mille en 1990à 72 en 1995. Cette année 70% des actifs travaillaient dans le secteur informel. 71 % des revenus d'exportation ont servi à payer la charge de la dette. Le Nicaragua est l'un des plus pauvres pays d'Amérique latine. Son PIB par tête est de 597 dollars, la moitié de celui du Salvador (1192 dollars) ou un tiers de celui du Pérou (1 885) et un cinquième de celui du Mexique (3 041). Même si sous le governement sandiniste 78 000 familles ont reçu une terre entre 1979 et 1989, le manque de crédit les a poussées à l'agriculture de survie et a empêché leur diversification. Le FSLN a négligé de leur fournir des titres légaux clairement établis, et les registres officiels continuent souvent à mentionner le nom des anciens propriétaires. L'ajustement structurel mené sous Chamorro a provoqué une restriction du crédit agricole ; les principaux bénéficiaires de la réforme agraire ont dû diviser leur terre et la vendre. Le manque de crédit et l'insécurité juridique ont mené à des ventes en catastrophe, qui pourraient provoquer une re-concentration de la propriété rurale (2). L'agriculture retourne à la monoculture, avec ses conséquences traditionnelles. Le café représente plus de 50 % des exportations du pays. Le quintal de café qui se vendait 143 dollars dans les années 80 a chuté à 54 dollars en 1993. La Banque mondiale recommandait que le Nicaragua favorise l'expansion des exportations. Pour le café cela signifie renforcer l'oligarchie caféière traditionnelle. Mais ces efforts sont annulés par la baisse des cours mondiaux. La victoire d'Alemán va probablement restaurer le rôle oligarchique traditionnel des exportateurs de café. Le capital étranger est peu désireux d'investir dans une économie manquant d'infrastructure et marquée par un « risque social ». Les contras et les sandinistes désarmés ont tellement de mal à retrouver des emplois qu'ils ont fait des manifestations communes pour demander des aides pour la période de transition vers l'économie de paix, ce que le government Chamorro leur avait promis mais n'a pas respecté. L'ÉCLATEMENT DU FSLN En 1994, le FSLN a éclaté. Une tendance dirigée par Sergio Ramirez (le suppléant d'Ortega à l'élection présidentielle de 1990) a quitté le parti, accusant la direction Ortega de « méthodes staliniennes » et appelant à une renaissance du sandinisme. Ramirez et d'autres dirigeants historiques du FSLN (notamment la légendaire Dora Maria Tellez), ont fondé le Mouvement de rénovation sandiniste (MRS). Le MRS se plaignait d'un manque de démocratie interne au sein du FSLN et d'un mode de government par pacte au sein des élites, en particulier la collusion entre Ortega et Antonio Lacayo, le Premier ministre de Violeta Chamorro La majorité du FSLN, de son côté, accusait le MRS de dériver vers la droite dans l'adaptation aux politiques néo-libérales de Chamorro, et de n'avoir pas soutenu la grève des travailleurs des transports en 1993. La scission s'est dessinée au congrès du FSLN en mai 1994 qui a confirmé la direction 1) D. Dye, J. Butler, D. Abu Lughod, J. Spence, G. Vickers, « Contesting everything, winning nothing: the search for consensus in Nicaragua, 1990-1995 , Washington Office on Latin America and Hemispheric Initiative, novembre 1995 2) J. Jonakin, « The impact of structural adjustment and property-rights conflicts on nicaraguayan agrarian-reform beneficiaries », World Development, Juillet 1996

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d'Ortega et donné la majorité à son courant Gauche démocratique tout en plaçant Sergio Ramirez dans la minorité. Le 25 octobre, le conflit s'est étendu au journal du parti, Barricada, dont le directeur favorable à Ramirez a été licencié. La majorité du FSLN affirmait qu'il s'agissait de restaurer l'autorité du parti, tandis que la minorité parlait d'« autoritarisme » de la « gauche orthodoxe ». Ernesto Cardenal démissionna alors du parti, affirmant qu Ortega avait confisqué le parti à ses fins propres. LES PRESSIONS D'UN MODE UNIPOLAIRE Sous Chamorro l'armée sandiniste a réduit ses effectifs de 96 000 en 1990 à 15 000 en 1993. Dans une interview de 1991 ntitulée « l'armée ne sera pas le bras du sandinisme », le rénéral Humberto Ortega affirmait que si son frère avait été élu, la paix et l'aide financière n'auraient pas été possibles, et assurait soutenir à 100% les projets de Chamorro. En juillet 1993, l'armée sandiniste s'affronta aux combattants sandinistes dissidents qui s'étaient soulevés à Esteli, afin de montrer aux critiques américains ou de f'UNO que les militaires étaient indépendants du FSLN et soutenaient le gouvernement Chamorro. La direction nationale du FSLN critiqua sévèrement Humberto Ortega. La pression du sénateur Helms et des USA poussa Chamorro à négocier le départ du général Ortega et son remplacement par Joaquin Cuadra en février 1995. L'Armée populaire sandiniste a été rebaptisée Armée nationale nicaraguayenne. 1994 a ete une annee de revirements uroniques : pendant que la majorité du FSLN (gauche démocratique) accusait le MRS d'être un regroupement social-démocrate classique, Daniel Ortega choisissait Juan Manuel Caldera comme colistier aux élections de 1996. Caldera n'est pas membre du FSLN, mais au contraire du Conseil supérieur de l'entreprise privée, le COSEP, tarouche adversaire des sandinistes depuis 1979. Ce choix a été interprété par la plupart des Nicaraguayens comme un virage à droite, un signe de la conciliation avec les ntérêts bourgeois, une volonté des sandinistes de se posi ionner dans le courant dominant au sein d'un monde de plus en plus néo-libéral, unipolaire, dominé par l'impérialisme. En d'autres termes Ortega et le FSLN faisaient ce qu'ils avaient accusé le MRS de proposer durant le congrès de 1994. Dans ce contexte le résultat de l'élection de 1996 n'est guère étonnant. La sévère crise sociale qui frappe le Nicaragua a été attribuée par de larges secteurs de la population au gouvernement Chamorro, dont la majorité parlementaire comptait 39 députés sandinistes et 15 « modérés » de l'UNO. L'enrichissement et la corruption d'une partie du FSLN étaient aussi très contestés. Un scepticisme généralisé régnait à propos de la possibilité de résister au programme néo-libéral et aux orientations de la Banque mondiale. En outre régnait la peur d'un retour de la guerre. Les partisans d'Alemán répétaient partout qu'une victoire sandiniste ramènerait le chaos économique et la guerre. En même temps Daniel Ortega s'était choisi un suppléant ouvertement libéral. Face à ce choix les électeurs ont logiquement voté pour le ticket capitaliste Alemán-Bolanos, qui apparaissait comme plus apte à obtenir des financements internationaux et une aide étrangère. Une expression populaire disait « Alemán vole aussi, mais au moins il est efficace ». Le candidat sandiniste Victor Hugo Tinoco a dit que le programme sandiniste ne présentait que des « nuances » par rapport à la stratégie néo-libérale de l'Alliance, de reprise économique grâce à l'investissement étranger. Dans une compétition électorale où le message des libéraux était « restaurer la production » alors que les sandinistes proclamaient « la recherche d'un consensus productif », les libéraux apparaissaient moins liés à la politique de Chamorro et des sandinistes, et plus crédibles pour obtenir des financements et restaurer la production. QUI EST ALEMAN? Alemán a reçu le soutien financier de Jorge Mas Canosa, leader des anticastristes de Miami. Son père était un dignitaire du régime Somoza. En 1980 Alemán a passé 9 mois en prison pour activité contre-révolutionnaire. Dans les années 80 il a été le responsable de l'Association des producteurs de café à Managua, puis de l'Association nationale. En 1990 il était candidat à la mairie de Managua pour le Parti libéral constitutionnel, une scission du Parti national libéral de Comme maire de Managua, Alemán a créé une machine clientéliste classique, utilisant les travaux publics pour distribuer des faveurs et des emplois. La Fondation cubano-américaine soutient Alemán à travers la Fondation nicaraguayenne pour le développement et la démocratie, un canal de financement venant de Miami. Les affaires de cette fondation à Miami sont dirigées par Byron Jimenez, qui est suspecté d'avoir participé à l'escadron de la mort somoziste, Mano Blanca. Les partisans d'Alemán ont appelé à la restitution des propriétés acquises par les sandinistes au cours de la piñata à leurs propriétaires pré-révolutionnaires. Les principaux obstacles à la restauration de ces droits oligarchiques sont l'armée nicaraguayenne et la Banque mondiale, qui préfèrent la stabilité à l'ouverture de conflits sur la propriété. Avant les élections Ortega a appelé Alemán à s'engager dans un « pacte de gouvernabilité », comprenant des garanties contre le revanchisme. LA DOUBLE DYNAMIQUE DU FSLN Le combat continue sur la réforme agraire, en particulier à propos des titres de propriété irresponsablement négligés par les sandinistes durant leur administration. Des invasions massives de terres ont eu lieu en 1990 et se sont poursuivies depuis, bien qu'à un rythme moindre. Les luttes continueront et les sandinistes ne sont pas près de disparaître de la scène politique. Mais il n'y a pas de solution facile aux dilemmes qu'affronte le FSLN aujourd'hui. Au lieu des arguments simplistes sur une supposée fraude électorale, une évaluation réaliste des causes complexes qui ont provoqué la défaite sandiniste pourrait faciliter l'analyse de la situation actuelle du pays, e e cours futur du FSLN pour la libération nationale. Sous le gouvernement Chamorro le FSLN a été tiraillé entre les uttes ouvrières et une coexistence « réaliste » avec l'impéria lisme et la droite nicaraguayenne. Sous le gouvernement Alemán il continuera à subir les mêmes tensions, mais dans une situation politique qui a nettement glissé vers la droite.

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